Le Canada et l’OTAN – 70 ans de participation

(Available in English: Canada and NATO – 70 Years of Involvement)

Le 30 avril 1949, le gouvernement du Canada a ratifié le Traité de l’Atlantique Nord, devenant l’un des 12 membres fondateurs de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Alliance politique, militaire et économique, l’OTAN constitue un pilier de la politique de sécurité internationale du Canada depuis 70 ans.

Au fil du temps, l’OTAN admis de nouveaux membres dans un processus d’élargissent. Elle réunit maintenant 29 pays membres et s’est également donné de nouvelles missions et de nouvelles priorités. Toutefois, sa raison d’être, c’est-à-dire la défense collective en vue de protéger les valeurs essentielles communes, soit « la liberté individuelle, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit », n’a pas changé.

Le Canada continue d’adhérer à ces valeurs fondatrices et participe à presque toutes les missions de l’OTAN, déployant des milliers de membres des Forces armées canadiennes à l’appui des opérations de l’OTAN partout dans le monde.

Le 70e anniversaire de la ratification du Traité de l’Atlantique Nord est l’occasion de faire le point sur la participation du Canada au sein de l’OTAN depuis la création de cette dernière.

Les origines de l’OTAN et le rôle initial du Canada

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les gouvernements de l’Europe occidentale, du Canada et des États-Unis conviennent qu’il faut faire front commun contre l’expansion de l’influence de l’Union soviétique en Europe. Cette prise de conscience donne lieu à des négociations qui mènent à la conclusion du Traité de l’Atlantique Nord.

Alors dirigé par le premier ministre Louis St-Laurent, le gouvernement du Canada adhère au principe de la défense collective : les États qui partagent des valeurs fondamentales doivent s’engager à se défendre les uns les autres contre l’agression extérieure afin de prévenir une attaque.

« Ici au Canada, nous reconnaissons aussi qu’il n’y a pas de paix ni de sécurité possibles pour le Canada si l’Europe occidentale, tout comme n’importe quel pays de notre hémisphère, est menacée. »

Le très honorable Louis St‑Laurent, premier ministre du Canada, le 28 mars 1949

Dans le cadre des délibérations de la Chambre des communes concernant la ratification du traité par le Canada, les chefs des deux principaux partis de l’opposition, c’est-à-dire George Drew, chef de l’Opposition officielle, ainsi que M. J. Coldwell, chef de la Fédération coopérative du Commonwealth, expriment l’appui de leur parti à l’égard du Traité de l’Atlantique Nord.

« L’objet du pacte est l’adoption de mesures pratiques qui nous permettent de porter bien haut le flambeau de la liberté que nous ont transmis ceux qui ont payé de leur vie la liberté. Par notre vote, donné ici aujourd’hui, affirmons au monde que la population canadienne suivra ce brillant flambeau avec confiance et courage, dans l’espoir d’une paix et d’une liberté accessibles à tous les hommes. »

George A. Drew, chef de l’opposition officielle, le 28 mars 1949

« En adhérant à ce satisfaisant pacte régional de sécurité, nous avons au moins une occasion d’influer sur le cours des événements et de maintenir notre indépendance nationale. L’isolement nous empêcherait de bénéficier du premier avantage et mettrait le second en danger. »

M. J. Coldwell, chef de la Fédération coopérative du Commonwealth, le 28 mars 1949

Il convient de souligner que l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord oblige les pays membres de l’OTAN à considérer toute attaque contre l’un des pays membres de l’OTAN comme une attaque dirigée contre l’ensemble de l’alliance.

Lors des négociations entourant le traité, Lester B. Pearson, alors secrétaire d’État aux Affaires extérieures du Canada, réussit à faire valoir l’inclusion de l’article 2, appelé « l’article canadien », qui encourage la coopération économique entre les pays membres. S’exprimant à la Chambre des communes, le secrétaire d’État Pearson explique que la défense collective et la coopération économique sont toutes deux essentielles en vue « de supprimer les causes économiques et politiques de la guerre ».

Le Canada, l’OTAN et la guerre froide

Tout au long des années 1950 et 1960, les pays membres de l’OTAN connaissent une série de crises qui intensifient les tensions entre l’OTAN et l’Union soviétique. Parmi ces événements, mentionnons la guerre de Corée, la crise du canal de Suez, l’invasion de la Hongrie par l’Union soviétique, le lancement réussi du satellite Spoutnik par l’Union soviétique, ainsi que la crise des missiles de Cuba. Tant les pays membres de l’OTAN que l’Union soviétique augmentent leurs réserves d’armes nucléaires, si bien que ces crises et les suivantes auraient très bien pu dégénérer en conflit mondial.

Dans le cadre de sa contribution à l’OTAN pendant la guerre froide, le Canada maintient une forte présence militaire en Europe. Comme le souligne le Comité permanent de la défense nationale de la Chambre des communes dans son rapport de juin 2018, plus de 100 000 militaires canadiens sont déployés en Europe entre 1951 et 1993.

Tout au long de la guerre froide, en plus de participer fréquemment à des exercices militaires, le Canada apporte d’importantes contributions aux efforts navals de l’OTAN. Au plus fort de la contribution du Canada à la fin des années 1950, la Marine royale canadienne affecte plus de 40 navires de guerre à des tâches de l’OTAN dans l’Atlantique Nord et est prête à accroître ce nombre en cas d’urgence.

Le Canada et l’OTAN mettent l’accent sur la gestion de crise et la lutte contre le terrorisme

L’effondrement de l’Union soviétique et la fin de la guerre froide au début des années 1990 forcent l’OTAN à réévaluer sa mission et ses objectifs premiers afin de s’adapter à l’évolution du contexte de la sécurité mondiale. Par exemple, en 1992, de nouveaux défis complexes en matière de sécurité font surface lorsque de violents conflits éclatent le long de la frontière sud-est de l’OTAN, en ancienne Yougoslavie, propulsant l’OTAN dans son nouveau rôle de gestion de crise.

Les engagements du Canada s’adaptent à l’évolution de l’OTAN. Bien que le Canada élimine son déploiement militaire permanent en Europe en 1993, il contribue aux opérations de maintien de la paix dirigées par les Nations Unies (ONU) et l’OTAN. Entre 1992 et 2004, quelque 40 000 militaires canadiens sont déployés dans des opérations de soutien de la paix dans la région des Balkans, dont 23 y trouvent la mort.

Le 11 septembre 2001, les attaques terroristes aux États-Unis entraînent un changement majeur du contexte de sécurité internationale. Pour la première fois de son histoire, l’OTAN invoque l’article 5 du Traité de l’Atlantique du nord et lance une opération à l’extérieur de la région euro-atlantique dans la lutte contre le terrorisme.

En particulier, de 2003 à 2014, l’OTAN dirige la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan. Dans le cadre de cette mission, plus de 40 000 membres des Forces armées canadiennes sont déployés en Afghanistan, dont 158 y perdent la vie. De plus, en 2011, le lieutenant général canadien Charles Bouchard dirige la campagne aérienne de l’OTAN pour faire respecter la zone d’exclusion aérienne en Libye afin d’aider à prévenir les attaques contre les civils.Cette carte montre les 12 membres fondateurs de l’OTAN ainsi que les 17 pays européens qui se sont joints à l’OTAN depuis 1949 et la date de leur adhésion.

Source : Chambre des communes, Comité permanent de la défense nationale, Le Canada et l’OTAN : une alliance cimentée par la force et la fiabilité, Dixième rapport, 1re session, 42e législature, juin 2018, p. 125.

Le Canada et l’OTAN dans le contexte moderne de la sécurité

Aujourd’hui, l’OTAN continue de mettre l’accent sur trois tâches principales : la lutte contre le terrorisme, la gestion de crise et le travail de coopération en matière de sécurité.

Cependant, l’annexion illégale de la Crimée par la Russie en 2014 ainsi que l’appui continu de ce même pays auprès des militants séparatistes dans l’Est de l’Ukraine suscitent un regain d’intérêt à l’égard du flanc oriental de l’OTAN.

Le Canada a appuyé les mesures de réassurance et de dissuasion de l’OTAN, déployant plus de 1 000 membres des Forces armées canadiennes en Europe de l’Est et en Europe centrale dans le cadre de l’opération REASSURANCE. De même, depuis 2017, le Canada dirige un groupement tactique en Lettonie dans le cadre de la présence avancée renforcée de l’OTAN, aidant à renforcer la défense collective dans la région.

Le Canada participe aussi activement à la promotion, au sein de l’OTAN, du programme de l’ONU concernant les femmes, la paix et la sécurité. En plus d’encourager l’égalité entre les sexes dans toutes les doctrines, tous les programmes et toutes les opérations, le Canada est le plus important bailleur de fonds du bureau de l’OTAN pour les femmes, la paix et la sécurité. La Canadienne Clare Hutchinson est la première représentante spéciale du secrétaire général de l’OTAN pour les femmes, la paix et la sécurité.

Bien que les opérations et les membres de l’OTAN ont beaucoup changé depuis 1949, le Canada a toujours joué un rôle clé dans les missions et les programmes de l’OTAN. Comme l’a récemment déclaré le gouvernement du Canada, le pays encourage l’OTAN à demeurer « une organisation moderne, souple et capable de faire face aux menaces actuelles et futures ». Dans un contexte mondial de plus en plus incertain, il est tout probable que l’OTAN demeurera un pilier important de l’approche du Canada en matière de sécurité internationale.

1945 : fin de la Seconde Guerre mondiale. 1949 : Début de la guerre froide; le Canada se joint à 11 autres pays pour signer le Traité de l’Atlantique Nord et l’OTAN est créée. De 1950 à 1953 : Quelque 26 000 soldats canadiens sont déployés à la guerre de Corée, dont 516 y perdent la vie. 1951 : À la réunion ministérielle de l’OTAN à Ottawa, les pays conviennent d’admettre la Grèce et la Turquie au sein de l’OTAN; d’autres pays leur emboîteront le pas par la suite. 1963 : Le premier ministre Lester B. Pearson, qui a joué un rôle de premier plan dans la création de l’OTAN 15 ans plus tôt, accueille les ministres de l’OTAN à Ottawa. 1974 : Le premier ministre Pierre Elliott Trudeau accueille la réunion ministérielle du Conseil de l’Atlantique Nord à Ottawa. 1983 : Le Groupe des plans nucléaires de l’OTAN se rencontre à Montebello et conclut une entente sur le maintien de niveaux inférieurs de forces nucléaires et conventionnelles en Europe. 1986 : À la réunion ministérielle de l’OTAN à Halifax, les pays promettent de collaborer avec le nouveau dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev concernant la réduction mutuelle des armements. De 1989 à 1991 : Chute du mur de Berlin, effondrement de l’Union soviétique et fin de la guerre froide. De 1992 à 2004 : Le Canada participe aux efforts de soutien de la paix et de stabilisation de l’ONU et de l’OTAN dans les Balkans. 1993 : Kim Campbell est nommée ministre de la Défense nationale du Canada, devenant la toute première femme à occuper un tel poste au sein de l’OTAN. 2001 : Le 11 septembre 2001, les attaques terroristes aux États-Unis mènent l’OTAN à invoquer l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord, la première occurrence du genre de l’histoire du traité. De 2003 à 2014 : Le Canada se joint à d’autres pays membres de l’OTAN au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité déployée en Afghanistan. De 2014 à 2019 : Annexion de la région ukrainienne de la Crimée par la Russie, et lancement de l’opération REASURRANCE par le Canada pour appuyer la présence de l’OTAN en Europe de l’Est et en Europe centrale.

Images :
1949 : Organisation du traité de l’Atlantique du Nord, « 
Le Canada et l’OTAN »
1963 : Organisation du traité de l’Atlantique du Nord, « Le Canada et l’OTAN »
1974 : Organisation du traité de l’Atlantique du Nord, « Le Canada et l’OTAN »
1993 : Organisation du traité de l’Atlantique du Nord, « Le Canada et l’OTAN »
2014–2019 : Défense nationale et les Forces armées canadiennes, « Opération Reassurance : Présence avancée renforcée (Par) »

Ressources supplémentaires

Chambre de communes, Comité permanent de la défense nationale, Le Canada et l’OTAN : une alliance cimentée par la force et la fiabilité, Dixième rapport, 1resession, 42e législature, juin 2018.

Sivan Ghasem, « What has Canada Contributed to NATO?», Association canadienne pour l’OTAN, 27 novembre 2018. [En anglais seulement]

Joseph T. Jockel et Joel J. Sokolsky, « Canada and NATO: Keeping Ottawa in, expenses down, criticism out… and the country secure», International Journal, vol. 64, no 2, printemps 2009. [En anglais seulement]

Dean F. Oliver, « Le Canada et l’OTAN – Dépêches : Documents d’information sur l’histoire militaire du Canada», Musée canadien de la guerre.

Katherine Simonds, « Une nouvelle ère pour l’OTAN : certains résultats du Sommet de l’OTAN de 2018 à Bruxelles», Bibliothèque du Parlement, Note de la Colline, 14 novembre 2018.

Erika Simpson, « Canada’s NATO Commitments during the Cold War», Political Science Publications, Université Western Ontario, 2000. [En anglais seulement]

Melissa Radford, « Le Canada et l’OTAN : les résultats du Sommet de Varsovie», Bibliothèque du Parlement, Note de la Colline, 26 septembre 2016.

Auteur : Ariel Shapiro, Biblothèque du Parlement