Le crabe vert européen : un virage vert à éviter

featuredimage_CROPPED(Available in English: It’s Way Too Easy Being Green – European Green Crab)

Classé comme une des espèces aquatiques les plus envahissantes au monde dans la base de données mondiales sur les espèces envahissantes, la Global Invasive Species Database [en anglais seulement], le crabe vert européen (Carcinus maenas) est originaire d’Europe et d’Afrique du Nord. Communément appelé le crabe vert, on le trouve maintenant aussi en Australie, en Amérique du Nord et du Sud et en Afrique du Sud.

Pêches et Océans Canada qualifie le crabe vert d’agressif et de « prédateur dominant qui consomme de nombreuses espèces de mollusques et de crustacés comme les palourdes, les moules, les huîtres, les crabes plus petits que lui ainsi que d’autres crustacés, et même de petits poissons ». La présence du crabe vert est problématique pour ceux qui pêchent ou élèvent commercialement les espèces proies susmentionnées.

Le crabe vert, qui peut aussi être jaune ou rouge, a été observé pour la première fois au Canada atlantique en 1951 dans les eaux au sud-ouest du Nouveau-Brunswick. Sur la côte canadienne du Pacifique, il a été aperçu la première fois en 1998 ou en 1999. L’espèce s’est probablement introduite sur les deux côtes par le rejet d’eau de ballast, c’est-à-dire l’eau pompée dans les réservoirs d’eau de ballast des navires pour contrôler, entre autres choses, la stabilité des navires.

Cette carte illustre les endroits où le crabe vert a été observé sur la côte Atlantique du Canada. Le crabe vert est couramment observé dans le sud du golfe du Saint-Laurent, le long des côtes de l’Île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse et du nord-est du Nouveau-Brunswick. Il est également présent dans certaines régions du sud de Terre-Neuve-et-Labrador.

Cette carte illustre les endroits où le crabe vert a été observé sur la côte Pacifique du Canada. En Colombie-Britannique, on trouve le crabe vert le long de la côte du bassin de la Reine-Charlotte et de toute la côte ouest de l’île de Vancouver. L’espèce n’a pas été observée dans les eaux intérieures de la mer des Salish.

Cartes produites par la Bibliothèque du Parlement, Ottawa, 2019, au moyen des données de Ressources naturelles Canada (RNCan), Limites administratives au Canada – Série CanVec, « Entités administratives », 1:5M, Ottawa, RNCan, 2018; et Natural Earth, 1.10m Physical Vectors [en anglais seulement], version 4.1.0.  Données sur les observations de crabe vert compilées par les bureaux régionaux de Pêches et Océans Canada. Contient de l’information visée par la Licence du gouvernement ouvert – Canada. La couche de la World Oceans Basemap [en anglais seulement] est propriété intellectuelle d’Esri et est protégée par licence. Droit d’auteur ©2014 Esri et ses concédants. Tous droits réservés. Les logiciels suivants ont été utilisés : Esri, ArcGIS PRO v. 2.1.0.

Comme le montrent les cartes, la dispersion de cette espèce envahissante a été rapide et étendue. Sur la côte est, l’espèce a frappé le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve-et-Labrador et les îles de la Madeleine, au Québec. Sur la côte ouest, le crabe vert a été observé au nord de Bella Bella et aussi loin au sud que la pointe sud de l’île de Vancouver.

Caractéristiques

Cette espèce omnivore aurait une grande tolérance aux variations de salinité et de température de l’eau. C’est ce qui explique comment elle survit dans tant d’écosystèmes différents dans le monde. Au Canada, Pêches et Océans Canada note que le crabe vert vit dans les eaux peu profondes avec divers types de substrats, c’est-à-dire­ les matériaux que l’on trouve au fond de l’habitat marin, comme la boue, le sable, les cailloux et la végétation.

Répercussions socioéconomiques et environnementales

Ce prédateur vorace a été blâmé pour « l’effondrement de l’industrie de la mye commune en Nouvelle-Angleterre [États-Unis] et en Nouvelle-Écosse », et on dit qu’il est capable de faire concurrence à diverses espèces indigènes de crabes pour la nourriture et de modifier la dynamique des écosystèmes. Pêches et Océans Canada attribue également à cette espèce envahissante la destruction de nombreux herbiers de zostère marine, qui constituent un habitat clé pour des espèces comme la morue franche.


La baie Placentia, à Terre-Neuve-et-Labrador, en est un exemple : un projet de restauration côtière d’une valeur de 4,7 millions de dollars sur cinq ans vise à restaurer les herbiers de zostère endommagés par le crabe vert (parmi d’autres objectifs). Ce projet — dirigé par le Fisheries and Marine Institute, de l’Université Memorial — a identifié le crabe vert comme le principal facteur de stress dans l’écosystème de la baie Placentia. Un article paru dans la Memorial University Gazette [en anglais seulement] explique que lorsque cette espèce envahissante creuse un terrier pour se trouver un abri ou des proies, elle endommage les plantes de zostère marine.

 

Selon Pêches et Océans Canada, « une fois que les crabes verts ont commencé à envahir une zone, il est pratiquement impossible de les éradiquer, mais il est possible de limiter la dispersion de la population et donc les dégâts causés par cette espèce ». Alors, que peut-on faire contre cette espèce nuisible au Canada?

Solutions

Réduire l’abondance

Pêches et Océans Canada, en collaboration avec ses partenaires (pêcheurs et chercheurs de l’Université Memorial et le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador), a constaté que l’enlèvement durable de l’espèce a permis aux crabes indigènes de reconquérir leur territoire.

Depuis 2016, le parc national Kejimkujik, près de Caledonia, en Nouvelle-Écosse, offre une écoaventure visant à éliminer le crabe vert de l’estuaire situé dans le parc. Les visiteurs peuvent aider à ramasser les casiers à crabes et à retirer cette espèce envahissante de l’écosystème après une promenade en VTT côte-à-côte jusqu’au site.

Réduire le risque de propagation

En 2010, Pêches et Océans Canada a mis en œuvre des mesures sur la côte ouest pour aider à réduire le risque de propagation du crabe vert dans les eaux non touchées, particulièrement dans le détroit de Georgia. Plus précisément, la conchyliculture a été identifiée comme un vecteur potentiel de transfert avec des crabes verts « en auto-stop » sur des mollusques d’élevage ou des engins transférés de la côte ouest de l’île de Vancouver vers la côte est de l’île pour transformation. Des mesures préventives ont été incluses comme conditions des permis d’aquaculture pour assurer la conformité.

Créer une nouvelle pêche commerciale

De nombreux pêcheurs et associations de pêcheurs ont manifesté leur intérêt pour la pêche commerciale du crabe vert et ont noté que, bien qu’il n’existe pas encore de marché intérieur important pour cette espèce, des marchés internationaux existent. Le crabe vert est pêché commercialement et considéré comme un mets délicat dans certains pays européens, comme l’Italie.

Pêches et Océans Canada a mené un projet pilote de 2015 à 2017 dans la région du Golfe en échangeant des permis de pêche à l’anguille contre des permis de pêche au crabe vert. Toutefois, seulement 15 permis ont été délivrés en 2017, et le projet pilote a pris fin en 2018. Le Ministère a également mis à l’essai un projet pilote semblable dans la région des Maritimes, où les pêcheurs ont été autorisés à vendre leurs prises comme appâts; 69 permis commerciaux ont été délivrés en 2018 par le Ministère.

Pêches et Océans Canada a également confirmé qu’au large des côtes sud et ouest de Terre‑Neuve, 18 et 14 permis de pêche expérimentale ont été délivrés pour le crabe vert européen, en 2017 et 2018 respectivement. Toutefois, les pêcheurs n’étaient pas autorisés à vendre leurs prises parce que les conditions de permis exigeaient que les prises soient détruites immédiatement. Cette pêche commerciale n’a pas été rentable, mais, en participant, les pêcheurs ont contribué à l’élimination durable de cette espèce envahissante.

En 2018, une subvention Saltonstall-Kennedy [en anglais seulement] de plus de 267 000 $, accordée par la National Oceanic and Atmospheric Administration des États-Unis, a été attribuée à un organisme sans but lucratif pour l’aider à développer une pêche au crabe vert dans la région de la Nouvelle-Angleterre. Le projet visait à promouvoir, développer et commercialiser le crabe vert dans cette région.

Conclusion

Comme l’a fait remarquer Pêches et Océans Canada, le crabe vert européen semble être là pour rester. Toutefois, sa présence entraînera certainement des conséquences sociales, économiques et environnementales indésirables, notamment la destruction de l’habitat, des impacts négatifs sur les écosystèmes et la mise en danger des crustacés d’élevage et de pêche commerciale.

Il est donc nécessaire de poursuivre les efforts en vue de l’élimination systématique de l’espèce afin de limiter sa propagation. Qu’il s’agisse d’une pêche commerciale, d’un programme dans un parc national ou d’une nouvelle méthode qui n’a pas encore été mise à l’essai, il est important, dans ce cas-ci, d’éviter le virage vert.

Auteure : Daniele Lafrance, Bibliothèque du Parlement