Œuvres d’artistes autochtones dans les édifices du Parlement

Vous pouvez également consulter d’autres Notes de la Colline en l’honneur de la Journée nationale des peuples autochtones.

(Available in English: Contributions of Indigenous Artists to the Parliament Buildings)

Le 21 juin, le Canada célèbrera la Journée nationale des peuples autochtones. Partout au pays, des communautés organiseront des activités pour souligner le patrimoine, les réalisations et la diversité des peuples autochtones. Comme l’édifice du Centre a été fermé dernièrement pour des travaux de rénovation, il semble approprié de réfléchir aux œuvres des artistes autochtones dans les édifices du Parlement.

Programme de sculptures des peuples autochtones

Lors de sa construction, des parties de l’édifice du Centre sont demeurées sans ornement. On voulait ainsi laisser un espace où écrire de nouvelles histoires. Des artistes autochtones y ont notamment inscrit la leur dans les édifices du Parlement. C’est le Président de la Chambre des communes James Jerome qui a lancé en 1978 le Programme de sculptures des peuples autochtones imaginé par Wally Firth, député Métis des Territoires du Nord-Ouest.

En effet, plusieurs artistes Inuits et des Premières Nations ont été invités à participer à un concours de sculpture pour la Chambre des communes. Les artistes retenus par le jury d’après leurs designs se sont vu confier la création de frontons de certaines portes dans tout l’édifice. Tranchant avec les ornements néogothiques, leurs réalisations insufflent une nouvelle expression et une diversité dans l’édifice du Centre par la représentation culturelle des peuples autochtones au Canada.

 Photographie de Earl Muldon, Untitled (1983)

Earl Muldon, Sans titre (1983)
© Collection de la Chambre des communes, Ottawa

On trouve sur le site Web de la Chambre des communes des images et des renseignements concernant les œuvres signées par certains de ces artistes. Notons Abraham Anghik et son Cycle de vie (1981), Walter Harris et son Épaulard (1981), Pauloosie Akitirq et son Chasseur inuit (1982), Geesee Akulukjuk et son Shaman (1982), Earl Muldon et son œuvre Sans titre (1983), Guy Sioui et sa Pointe de flèche (1983), Joseph Jacobs et sa Création (1986) ainsi que Kumakuluk Saggiak et son œuvre Sans titre (1990).

Les sculptures d’Earl Muldon et de Joseph Jacobs parent les murs est et ouest de l’entrée des députés à l’édifice du Centre. Chaque fois qu’ils accèdent à l’édifice, les députés passent sous les frises en calcaire composées de cinq panneaux chacun. La frise de Muldon comporte les emblèmes des clans de la grenouille, du hibou et du loup. Dans Création, produite seulement 10 ans après le lancement de sa carrière d’artiste, Jacobs représente la naissance de la terre, le bien et le mal ainsi que l’instauration de la Confédération haudenosaunee.

Photographie de Joseph Jacobs, Création (1986)

Joseph Jacobs, Création (1986)
© Bibliothèque du Parlement, Ottawa

Plus récemment, la nouvelle œuvre du sculpteur d’Igloolik Bart Hanna a été dévoilée à l’édifice de l’Ouest [en anglais seulement], le 8 avril 2019. Intitulée Sedna, elle avait été commandée à l’occasion du 20e anniversaire de l’établissement du Nunavut à titre de territoire. Grande figure puissante des légendes inuites, Sedna est une « créature marine aperçue dans les eaux arctiques » selon la description de M. Hanna [en anglais seulement]. Toujours exposée dans l’édifice de l’Ouest, la sculpture sera installée dans le foyer de la Chambre des communes dans l’édifice du Centre à la réouverture de celui-ci.

Photographie de Bart Hanna, Sedna (2019)Bart Hanna, Sedna (2019)
© Collection de la Chambre des communes, Ottawa

La Salle des peuples autochtones

À l’édifice du Centre, le côté du Sénat comprend un espace consacré aux arts visuels autochtones : la Salle des peuples autochtones. En juin 1996, le Sénat a adopté une motion visant à nommer une pièce de l’édifice du Centre la Salle des peuples autochtones « en l’honneur des peuples autochtones du Canada et pour commémorer leur apport à la culture canadienne ». Peu après l’adoption de cette motion, le Comité sénatorial permanent de la régie interne, des budgets et de l’administration a tenu une série de réunions sur l’aménagement de la pièce. Plusieurs comités s’y réunissent de nos jours, notamment le Comité sénatorial permanent des peuples autochtones qui a été mis sur pied en 1990 pour étudier les dossiers concernant les peuples autochtones au Canada.

Depuis, la Salle des peuples autochtones met en valeur les réalisations d’artistes membres des Premières Nations, Inuits et Métis. La plupart des œuvres exposées sont un don de l’honorable sénateur Serge Joyal effectué par l’entremise du Fonds Canadiana, dont la mission consiste à embellir les espaces officiels grâce aux dons publics d’œuvres d’art, d’ameublement et d’autres objets.

Photographie de Jerry Whitehead, Native Women (2002)

Jerry Whitehead, Native Women (2002)
© Sénat du Canada

Plusieurs œuvres d’art de cette collection agrémentent la salle de comité dans le nouvel édifice du Sénat du Canada. Notons celles des artistes cris Jerry Whitehead et Shirley Cheechoo, de l’artiste haïda Francis Williams, des artistes inuits Helen Kalvak et Syollie Arpatuk ainsi que de l’artiste ojibway Sam Ash.

Les œuvres d’art dans la salle de comité du Sénat témoignent des contributions de nombreux peuples autochtones au Canada et de la diversité de leurs identités culturelles.

Puisque la salle de comité dans le nouvel édifice du Sénat du Canada est plus petite que la Salle des peuples autochtones de l’édifice du Centre, on alternera régulièrement les œuvres d’art afin de mettre en valeur d’autres pièces de la collection autochtone.

Hommage aux anciens étudiants des pensionnats

Une œuvre d’art émouvante de l’édifice du Centre, citons les vitraux trônant au-dessus de l’entrée des députés, que l’artiste visuelle métisse Christi Belcourt a réalisée. Portant pour titre Giniigaaniimenaaning ou « regarder devant » en anishinaabemowin (ojibwé), ils avaient été commandés en guise d’hommage aux survivants des pensionnats et à leurs familles.

Photographie de Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (2012)

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (2012)
© Collection de la Chambre des communes, Ottawa

Installés en 2012, les vitraux servent aussi à souligner les excuses que le premier ministre a présentées au nom du gouvernement du Canada en 2008 à l’endroit des anciens étudiants des pensionnats. On trouve une copie des excuses officielles dans la salle de comité à l’édifice du Sénat du Canada.

Mme Belcourt explique [en anglais seulement] que les vitraux illustrent la vie avant, pendant et après les pensionnats. Dans le panneau sur la période des pensionnats, l’artiste illustre sa vision des enfants qui ont fréquenté un pensionnat, s’inspirant de photos prises à l’époque. Vient ensuite une ligne divisant le panneau qui symbolise « le musellement des enfants incapables de parler des mauvais traitements qu’ils ont subis ». Les autres panneaux portent sur la résilience des peuples autochtones et leur guérison par la réunification des familles, l’amour, la danse et les tambours. On voit aussi dans les vitraux des cérémonies et des symboles culturels des Premières Nations, des Inuits et des Métis ainsi que leurs liens avec la terre et leurs ancêtres.

Conclusion

Malgré la fermeture de l’édifice du Centre, il est toujours possible d’admirer les œuvres d’artistes autochtones dans les nouveaux emplacements du Sénat et de la Chambre des communes, de même que de lire les histoires des peuples autochtones et prendre conscience de leurs contributions pour tous les Canadiens.

Ressources connexes

Christi Belcourt, Giniigaaniimenaaning (Looking Ahead) [en anglais seulement].

Chambre des communes, Histoire, arts et architecture.

Eleanor Milne, K. Barbara Lambert et Eleanor Moore, Captured in Stone: Carving Canada’s Past, Penumbra Press, 2002.

Sénat, Comité sénatorial permanent de la régie interne, des budgets et de l’administration, Témoignages, 13 juin 1996.

Sénat, Comité sénatorial permanent de la régie interne, des budgets et de l’administration, Témoignages, 6 août 1996.

Auteures : Brittany Collier et Sara Fryer, Biblothèque du Parlement