Le Canada et l’OTAN : les résultats du Sommet de Varsovie

Les 8 et 9 juillet 2016, les chefs d’État et de gouvernement des États membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) se sont réunis à Varsovie, en Pologne, pour décider d’une réponse collective aux défis de défense et de sécurité auxquels est confrontée l’Alliance.

En tant que membre de l’OTAN, le Canada a profité de l’occasion pour participer à l’élaboration de la stratégie, en prenant des engagements à l’appui de l’Alliance.

Ces dernières années, la crise économique mondiale et la résurgence de la Russie ainsi que les conflits et l’instabilité qui sévissent au Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) ont mis à l’épreuve l’unité des membres de l’OTAN et leur capacité de remplir les trois tâches fondamentales de l’Alliance, telles qu’énoncées dans le concept stratégique de 2010, c’est-à-dire la défense collective, la gestion de crise et la sécurité coopérative.

À la lumière de ces défis et en témoignage de leur solidarité, le Canada et ses alliés de l’OTAN se sont engagés à Varsovie à renforcer leur posture de dissuasion et de défense collective en Europe centrale et orientale ainsi que leur soutien à la stabilisation du MENA.

Rassurance et dissuasion sur le flanc est de l’OTAN

En 2014, lorsque la Russie a annexé la Crimée et mené en Ukraine une intervention militaire déclarée illégale et illégitime par l’OTAN, les dirigeants de l’Alliance ont suspendu toute coopération civile et militaire pratique avec Moscou. Ainsi prenaient fin deux décennies de confiance et de collaboration accrues entre l’OTAN et la Russie.

Toutefois, l’OTAN prône le maintien des communications avec la Russie dans le cadre du Conseil OTAN-Russie, le but étant d’encourager la transparence politique et militaire et de prévenir l’escalade des tensions.

L’inquiétude de l’Alliance face aux politiques et aux activités déstabilisatrices de la Russie ne se limite pas à l’Ukraine. En réponse aux provocations militaires de Moscou aux frontières de l’OTAN, celle‑ci continue d’adapter sa stratégie. Au Sommet de Varsovie, le Canada de même que les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne se sont engagés à appuyer la présence renforcée de l’OTAN sur son flanc est.

Au début de 2017, le Canada dirigera un groupement tactique multinational en Lettonie et y affectera un effectif militaire de 450 personnes. Aussi, dans le cadre de l’opération REASSURANCE, le Canada déploiera une frégate qui se joindra aux forces maritimes de l’OTAN dans la région et offrira jusqu’à six chasseurs de combat CF‑18 pour accomplir des activités de surveillance et de police aérienne. Par ailleurs, en Ukraine, le Canada poursuivra sa mission, l’opération UNIFIER.

L’OTAN agit aussi face à la menace grandissante que représente la guerre hybride, c’est-à-dire l’alliance de la guerre conventionnelle/non conventionnelle, ou typique/irrégulière, avec la cyberguerre ou l’info‑guerre. Toutes ces tactiques ont été employées par la Russie en Ukraine.

Pour contrer les risques de plus en plus sérieux de cyberattaques, les dirigeants réunis au Sommet se sont engagés à renforcer urgemment la cyberdéfense des réseaux et infrastructures de leur pays.

L’objectif est d’améliorer la résilience et les réponses aux attaques. Ces nouvelles menaces exploitent le flou existant entre la défense collective de l’OTAN et les responsabilités de défense et sécurité des pays individuels. La Russie et d’autres acteurs ne manquent pas de profiter de ces vulnérabilités.

Les défis à la sécurité sur le flanc sud de l’OTAN

Sur la frontière sud de l’OTAN, de la Libye à la Syrie, de l’Iraq à l’Afghanistan, un arc d’instabilité cause une crise d’ampleur historique. Des millions de réfugiés déferlent sur l’Europe pour y trouver sécurité et travail; en outre, l’État islamique en Iraq et au Levant (EIIL) provoque des attaques terroristes sur le sol des États membres de l’Alliance.

La lutte contre ces menaces pour la sécurité nationale incombe aux services ou agences des États membres individuels tels que le renseignement, la police, la sécurité frontalière, l’aide humanitaire. Néanmoins, l’OTAN et l’Union européenne (UE) coopèrent sur plusieurs fronts dans ces domaines.

Par exemple, l’OTAN a permis que ses ressources maritimes suivent le flux des migrants et en informent en temps réel la Turquie, la Grèce et l’Agence de gestion des frontières de l’UE, FRONTEX. Bien que l’Alliance ne soit pas membre de la Coalition internationale contre l’EIIL, ses dirigeants ont, au Sommet de Varsovie, donné leur accord de principe pour que le Système aéroporté de détection lointaine et de contrôle (AWACS) de l’OTAN fournisse de l’information sur le théâtre d’opération de l’État islamique.

Les dirigeants réunis au Sommet ont aussi acquiescé à la demande du gouvernement de l’Iraq en mai 2016 d’un entraînement sur son territoire de ses forces de la sécurité. L’OTAN étoffera ainsi l’Initiative de renforcement des capacités de défense et des capacités de sécurité, établie en août 2015 pour entraîner les forces iraquiennes dans des bases en Jordanie et en Turquie.

La formation dispensée comprend la neutralisation des explosifs et munitions et le déminage, la planification civilo-militaire et les conseils concernant la réforme du secteur de la sécurité. L’entraînement et le développement des capacités en Iraq devraient commencer en janvier 2017. Durant le Sommet, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé que le Canada contribuera aux efforts de renforcement des capacités de lutte contre les dispositifs explosifs de circonstance. Cela serait un élargissement de l’opération IMPACT du Canada.

Soutien à la sécurité et au développement en Afghanistan

Par le combat, la diplomatie et l’aide au développement, le Canada a sacrifié des vies et consacré depuis plus d’une décennie des ressources militaires et financières à la lutte contre le terrorisme et au renforcement des structures nationales en Afghanistan.

L’engagement du Canada et de l’OTAN envers ce pays se poursuivra. La mission Resolute Support de l’Alliance continuera de fournir formation, conseils et aide aux Forces de défense et de sécurité nationales afghanes (FDSNA), et elle en maintiendra le financement jusqu’à la fin de 2020. À Varsovie, M. Trudeau a annoncé que le Canada affectera 195 millions de dollars sur trois ans aux FDSNA.

Par ailleurs, le Canada investira 270 millions de dollars dans l’aide au développement de l’Afghanistan sur les trois prochaines années. Cette aide, qui priorise avant tout les droits des femmes et des filles, vise entre autres à améliorer l’accès des femmes et des filles aux services de santé, à lutter contre la violence fondée sur le sexe et à promouvoir la pleine participation des femmes à la société afghane. Ces objectifs sont conformes aux engagements pris par le Canada et l’Afghanistan en vertu des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité.

Une alliance de valeurs partagées

Au Sommet de Varsovie, les pays membres de l’OTAN ont approuvé des mesures supplémentaires de mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU sur les femmes, la paix et la sécurité, les enfants et les conflits armés ainsi que la violence sexuelle et sexiste en situation de conflit [DISPONIBLE EN ANGLAIS SEULEMENT].

Les membres ont souscrit à la politique OTAN de protection des civils qui vise à protéger les civils des conséquences négatives des opérations de l’OTAN, telles que les violences physiques et les menaces de violences physiques émanant d’autres acteurs dans les conflits. En Afghanistan, par exemple, pour la question des enfants touchés par les conflits armés, l’OTAN a pour la première fois désigné un conseiller chargé de contribuer à la formation des FDSNA.

L’OTAN doit constamment s’adapter aux menaces actuelles et changeantes. Au Sommet de Varsovie, le Canada a confirmé son rôle de membre de premier plan au sein de l’OTAN, comme en témoignent ses engagements envers les alliés de l’Europe centrale et orientale, et son soutien de la stabilité en Iraq et en Afghanistan.

Ressources connexes

L’OTAN, Communiqué du Sommet de Varsovie, le 9 juillet 2016.

Auteur : Melissa Radford, Bibliothèque du Parlement