Les femmes au Parlement du Canada : au-delà des chiffres

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Le droit des femmes à une participation pleine et égale à la vie publique et politique de leur pays est reconnu par la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes des Nations unies de 1979. La « représentation descriptive des femmes », c’est-à-dire la proportion ou le nombre de femmes parlementaires, sert souvent à mesurer l’exercice de ce droit. Toutefois, au-delà des statistiques, il existe d’autres façons d’analyser la représentation des femmes et des groupes diversifiés dans les institutions politiques (représentation formelle, descriptive, symbolique et substantielle). La présente Note de la Colline examine certaines approches utilisées.

Théories politiques de la représentation

Les théories politiques de la représentation sont souvent attribuables à des érudits comme Thomas Hobbes (Léviathan) et John Locke (Traité du gouvernement civil), entre autres. Les spécialistes de la théorie politique et de la représentation continuent d’explorer et d’élargir ces théories. Par exemple, The Concept of Representation [en anglais] de Hanna Pitkin est considéré comme un ouvrage théorique très influent dans le domaine de la représentation politique. Dans son livre, elle décrit quatre types particuliers de représentation politique : « formelle », « descriptive », « symbolique » et « substantielle ». Ces quatre types de représentation sont fréquemment utilisés aujourd’hui pour analyser la représentation et la participation de divers groupes dans les institutions politiques.

Figure 1 — Les formes de représentation politique

Infographie présentant quatre types de représentation politique : la représentation formelle, la représentation descriptive, la représentation substantielle et la représentation symbolique. La représentation formelle concerne les institutions, les règles et les procédures régissant la sélection des représentants politiques et leur capacité à représenter la population. La représentation descriptive concerne le nombre ou la proportion de représentants d’un groupe donné dans les institutions politiques. La représentation substantielle concerne les mesures, initiatives et activités de défense par un représentant politique dans l’intérêt d’un groupe de personnes. La représentation symbolique concerne les façons symboliques dont les représentants politiques personnifient et défendent un groupe de personnes.

Source : Infographie préparée par la Bibliothèque du Parlement.

Les institutions ainsi que les règles et procédures de sélection des représentants politiques sont l’essence même de la représentation formelle [en anglais]. Hanna Pitkin précise que cette forme de représentation concerne également l’activité de représentation que ces institutions permettent, en particulier en raison des règles et des structures qui habilitent la population à demander des comptes aux représentants. Les trois autres types de représentation sont examinés plus en détail ci-dessous.

Les femmes au Parlement : les chiffres

La « représentation descriptive » est la mesure de la présence numérique d’un groupe de personnes au sein d’un plus grand groupe. Il peut s’agir là d’un outil utile pour évaluer rapidement la représentation des femmes en politique et mettre en évidence les différences entre la représentation d’un groupe dans le monde politique et sa représentation dans la population générale. Comme expliqué dans une publication de 2025, intitulée Elections in Canada : People, Players, and Processes, ces différences de représentation « peuvent être un indice que les préjugés et la discrimination systémiques forment des obstacles qui rendent plus difficile la participation des membres de ce groupe à la vie politique » [traduction].

Prenons l’exemple des 45e élections générales fédérales pour examiner la question de la représentation des femmes à la Chambre des communes. L’obtention d’un siège à la Chambre des communes commence par la décision de se présenter aux élections. Selon les données d’Élections Canada, lors des 45e élections générales fédérales, 30 % des candidats ayant indiqué leur identité de genre sur leur formulaire de candidature se sont auto-identifiés comme des femmes. Ce pourcentage a diminué par rapport aux élections générales fédérales précédentes de 2021, où 37 % des candidats s’étaient auto-identifiés comme des femmes. La proportion de candidats s’auto-identifiant comme étant d’un genre autre que « femme » ou « homme » a augmenté sur la même période, passant de 0,5 % en 2021 à 0,7 % en 2025.

Le jour du scrutin, les femmes ont remporté 104 des 343 sièges de la Chambre des communes, soit 30,3 % des sièges. Au 22 septembre 2025, aucun député ne s’auto-identifie publiquement comme étant d’un genre autre que « femme » ou « homme ». Les progrès réalisés sur la voie de la parité hommes-femmes à la Chambre des communes sont graduels, comme le montre la figure 2.

Figure 2 — Représentation des femmes parmi les candidats et les élus aux élections générales fédérales depuis 1921

Graphique linéaire illustrant l’évolution de la représentation des femmes parmi les personnes candidates et élues aux élections générales fédérales depuis 1921. De 1921 à 1972, la représentation des femmes n’a pas sensiblement augmenté. À partir de 1972 et jusqu’à aujourd’hui, la représentation des femmes a connu une augmentation constante. En 2025, 32 % des candidats aux élections générales fédérales et 30,3 % des élus étaient des femmes.

Source : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement à partir de données tirées de Parlement du Canada, « Candidates aux élections générales », Parlinfo, base de données; et Parlement du Canada, « Élections et candidats », Parlinfo, base de données.

Au 1er août 2025, le Canada se classait au 71e rang mondial en ce qui concerne la représentation des femmes dans les chambres basses ou uniques des parlements nationaux.

Les données existantes montrent que la diversité à la Chambre des communes s’est accrue au fil du temps et que les femmes députées constituent un groupe plus diversifié que celui des hommes députés. Selon une analyse de la diversité des candidats aux élections et des députés élus [en anglais] réalisée en 2025, 18 % des députés élus lors des 45e élections générales fédérales sont des membres de « minorités visibles », et 35 % d’entre eux sont des femmes, un pourcentage plus élevé que les 30,3 % de sièges à la Chambre occupés par des femmes en tant que groupe. De plus, en ce qui concerne la représentation autochtone à la Chambre des communes [en anglais], quatre femmes autochtones ont été élues députées (3,8 % des députées), comparativement à huit hommes autochtones élus députés (3,3 % des députés masculins).

Les données sur la diversité des candidats aux élections et des députés sont encore limitées et ne peuvent pas toujours être complètement désagrégées. Avec un peu de chance, les futures mises à jour des données existantes sur les candidats aux élections générales fédérales, et les ajouts qui y seront faits, permettront des analyses plus détaillées de la diversité des candidats et des députés.

Parmi les nombreux obstacles qui nuisent à la participation des femmes à la vie politique [en anglais], citons le sexisme, le racisme et les stéréotypes genrés, la violence à l’égard des femmes en politique, le manque d’accès aux ressources financières ou aux réseaux et les systèmes électoraux.

En ce qui concerne la représentation des femmes au Sénat, au 22 septembre 2025, les femmes occupent 55 des 103 sièges non vacants (53,4 %) à la Chambre rouge. Depuis les années 1980, la représentation des femmes au Sénat du Canada est plus élevée qu’à la Chambre des communes, et la Chambre rouge a atteint la parité hommes-femmes au cours des dernières années. Les femmes sont également bien représentées dans les fonctions de leadership au Sénat : la présidence du Sénat est assurée par une femme, l’honorable Raymonde Gagné, et un peu moins de 70 % des fonctions de leadership au Sénat sont exercées par des femmes.

La diversité au Sénat [en anglais] s’est accrue au cours de la dernière décennie, particulièrement en ce qui a trait à la représentation des Autochtones, des groupes racialisés et des groupes de divers genres. Par exemple, au 28 août 2025, douze sénateurs sont autochtones (11,5 % de l’ensemble des sénateurs) et parmi eux se trouvent huit femmes (14 % des sénatrices).

Les femmes au Parlement : au-delà des chiffres

Qu’il soit question de nombres absolus ou de proportions, l’accroissement de la représentation des femmes en politique est un aspect important des efforts visant l’atteinte d’une plus grande égalité entre les hommes et les femmes au Canada et dans le monde. Toutefois, la représentation descriptive des femmes dans les parlements n’est pas la seule façon d’analyser la manière dont les femmes sont représentées dans les institutions politiques. On peut également analyser leur représentation symbolique et substantielle.

Dans sa description de la représentation symbolique [en anglais], Hanna Pitkin se concentre sur la façon dont les représentants politiques incarnent un groupe ou une communauté à travers des symboles, des images et des actes performatifs. Elle ajoute que l’efficacité de ce type de représentation dépend de la capacité des groupes à accepter que les représentants incarnent leurs valeurs et leurs identités.

La représentation substantielle fait référence aux actions des représentants et à la manière dont ils défendent les intérêts de ceux qu’ils représentent ou agissent en leur nom. Ce type de représentation repose sur les actions des représentants, ce qui inclut leurs votes au Parlement et leurs démarches visant à défendre les intérêts des personnes qu’ils représentent, par opposition à leur identité ou à la façon dont ils sont perçus. Selon certains chercheurs, il existe trois formes de représentation substantielle [en anglais] [accès au réseau parlementaire requis] qui peuvent servir à représenter les femmes au Parlement : parler au nom des femmes dans les débats parlementaires, défendre les intérêts des femmes dans les processus d’élaboration des politiques et obtenir des gains pour les femmes sous forme de résultats politiques.

Les effets de la représentation

De nombreux théoriciens de la représentation conviennent que les quatre types de représentation en politique sont importants. Cependant, les opinions divergent quant au type de représentation qui aurait l’effet le plus important pour la démocratie. Par exemple, l’école de pensée d’Hanna Pitkin postule que la représentation substantielle est la plus importante [en anglais]. Elle explique que les représentations descriptives et symboliques peuvent renforcer la confiance de la société civile envers son gouvernement et améliorer la perception de légitimité de ce dernier, mais que, sans mesures substantielles qui servent les intérêts des gens, la représentation a moins de sens et d’effets.

En revanche, certaines chercheuses féministes et spécialistes de la théorie critique soutiennent que la représentation descriptive est essentielle [en anglais], c’est-à-dire que la présence des femmes et d’autres groupes marginalisés en politique est la plus cruciale [en anglais] [accès au réseau parlementaire requis], car les expériences vécues de marginalisation et de discrimination façonnent les perspectives des représentants politiques de manières importantes. D’autres experts avancent que la représentation n’est pas uniquement une question d’action, mais qu’en fait, les dimensions symboliques et performatives sont au cœur de la représentation des femmes ou d’autres groupes (voir, par exemple, les publications The Representative Claim et Representation as ‘Spokespersonship’: Bruno Latour’s Political Theory).

La capacité des parlementaires à représenter les intérêts des femmes peut être considérablement affectée ou entravée par le contexte institutionnel. Par exemple, les sénateurs, qui sont nommés, peuvent jouir d’une plus grande liberté pour défendre les questions féminines [en anglais] que les députés, qui sont élus, en partie parce qu’ils sont moins soumis à des obligations imposées par des partis politiques ou par les électeurs d’un secteur géographique donné. Des chercheurs, comme Melanee Thomas, ont montré que l’élection de femmes au Parlement peut avoir une incidence sur la nature des questions qui sont débattues : les femmes parlent davantage que les hommes des enjeux qui concernent les femmes. Cette chercheure souligne que les femmes parlementaires « sont à l’avant-garde de la défense des intérêts des femmes [traduction] ».

Par ailleurs, les femmes constituent un groupe hétérogène et ne partagent pas toutes les mêmes valeurs, les mêmes origines et les mêmes perspectives. Si la représentation descriptive offre un moyen simple de mesurer la représentation politique des femmes, il n’existe pas de méthode unique pour évaluer et mesurer les trois autres formes de représentation (formelle, substantive et symbolique) présentées dans la Note. Quoi qu’il en soit, les efforts visant à mesurer la représentation politique des femmes sont essentiels pour garantir leur droit à une participation pleine et égale à la vie publique et politique.

Ressources supplémentaires

Chambre des communes, Comité permanent de la condition féminine. Élisez-la : feuille de route pour accroître la représentation des femmes sur la scène politique canadienne, quatorzième rapport, avril 2019.

Raney, Tracey (dir.) et Cheryl N., Collier. Gender-based violence in Canadian politics in the #MeToo era, 2024

Rayment, Erica. What women represent: the impact of women in Parliament, 2024.

Tremblay, Manon. LGBQ Legislators in Canadian Politics: Out to Represent, 2022.

Wagner, Angelia. The candidacy calculation: challenges to running for elected office in Canada, 2025.

Par Clare Annett et Dominique Montpetit, Bibliothèque du Parlement



Catégories :Affaires sociales et communautaires, Égalité des genres, Gouvernement, Parlement et politique, Lois, justice et droits

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