Au cours des dernières années, on a observé, à l’échelle mondiale, une importante croissance de la demande en minéraux et en métaux. Cette croissance est principalement attribuable à la transition énergétique et aux avancées technologiques. Grâce à ses vastes ressources minérales et à sa forte capacité industrielle, le Canada pourrait tirer parti de l’augmentation de la demande mondiale de matériaux stratégiques et mieux se positionner dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Selon certains observateurs, il faudra tenir compte de nombreux facteurs pour atteindre cet objectif, dont la sécurité de l’approvisionnement en minéraux critiques. Parmi les mesures à prendre pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques, il faudra notamment identifier les parties prenantes impliquées dans l’extraction et le traitement des minéraux critiques au pays.
Contexte mondial
La demande mondiale de plusieurs minéraux et métaux a considérablement augmenté ces dernières années, et cette tendance à la hausse devrait se poursuivre. Par exemple, l’Agence internationale de l’énergie prévoit que la demande mondiale de graphite et de nickel [en anglais] pourrait doubler entre 2024 et 2040, si l’on tient compte des politiques actuelles. Cette croissance soutenue est principalement attribuable à la transition vers de nouvelles sources d’énergie et à l’utilisation des minéraux et des métaux pour produire et stocker les énergies à faibles émissions, notamment pour la fabrication des batteries au lithium-ion. L’augmentation de la demande est aussi associée à une utilisation accrue de ces matériaux dans les technologies comme les semiconducteurs.
La production et le traitement de plusieurs minéraux critiques sont concentrés dans certaines régions du monde. Selon les estimations de 2024, la production minière mondiale [en anglais] est répartie de la façon suivante :
- l’Australie assure 37 % de la production mondiale de lithium;
- l’Indonésie assure 59 % de la production mondiale de nickel;
- la République populaire de Chine (RPC) assure 69 % de la production mondiale d’éléments de terre rares (ETR) et 79 % de celle de graphite;
- la République démocratique du Congo assure 76 % de la production mondiale de cobalt.
Le Canada produit plus de 60 minéraux et métaux. Il est le plus grand producteur et exportateur mondial de potasse et le deuxième plus important producteur et exportateur d’uranium. Même s’il compte parmi les 10 plus grands producteurs mondiaux de cobalt, de graphite, de lithium et de nickel, il n’assure pas plus de 5 % de la production minière mondiale de chacun de ces minéraux.
Après son extraction, un minéral doit être traité – un terme générique qui fait référence aux diverses méthodes utilisées pour traiter les métaux et les minéraux – avant de pouvoir être utilisé. La RPC est le chef de file mondial [en anglais] dans le traitement ou le raffinage de plusieurs minéraux critiques dont le processus de traitement est complexe. En 2024, sa part de la production mondiale de matières raffinées atteignait 96 % pour le graphite, 91 % pour les ETR, 78 % pour le cobalt, 70 % pour le lithium et 44 % pour le cuivre. Quant à lui, le Canada possède d’importantes infrastructures de traitement de l’aluminium et de l’uranium.
La concentration de la production et du traitement de minéraux critiques dans certaines régions du monde expose le Canada et ses partenaires à divers risques [en anglais], tels que des perturbations de la chaîne d’approvisionnement et des mesures restrictives imposées par certains pays. En règle générale, les minéraux sont considérés comme étant critiques :
- s’ils ont peu ou pas de substituts;
- s’ils revêtent une importance stratégique;
- s’ils sont disponibles en quantités limitées;
- si leur extraction et leur traitement sont concentrés dans un petit nombre de régions.
Par conséquent, de nombreux pays, dont le Canada, ont élaboré une liste nationale des minéraux qu’ils jugent critiques. Ce processus vise à orienter les investissements et à définir les priorités en vue de soutenir les chaînes d’approvisionnement connexes. L’Australie [en anglais], les États-Unis [en anglais] et l’Union européenne [en anglais] ont élaboré des listes similaires des minéraux critiques. En 2022, le gouvernement du Canada a publié la Stratégie canadienne sur les minéraux critiques dans laquelle il souligne notamment l’importance de diversifier les chaînes d’approvisionnement afin de les sécuriser.
Sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques
Puisque la demande mondiale en minéraux critiques continue de croître, le Canada a l’occasion de tirer parti de ses ressources minières et de renforcer sa position dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Bien que les investissements extérieurs directs [en anglais] jouent un rôle essentiel pour appuyer ce secteur, on a soulevé certaines préoccupations concernant la propriété étrangère de ces ressources, notamment dans le cadre de l’étude de 2022 sur les minéraux critiques du Comité permanent de l’industrie et de la technologie de la Chambre des communes. Entre autres choses, cette forme de propriété met en péril l’accès à certains métaux et minéraux au pays. Il est donc important d’avoir une compréhension claire et globale de la propriété des ressources au Canada afin de renforcer la sécurité et la résilience des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques au pays.
Propriété des actifs miniers canadiens
En raison des importantes ressources minières du Canada, de nombreuses entreprises, canadiennes et étrangères, investissent dans ses gisements et ses infrastructures minières. Dans la figure 1, on constate que 30 des 55 mines de minéraux critiques au pays appartiennent à des entreprises dont la société mère ultime a son siège au Canada. En ce qui concerne les autres mines présentes au pays, leurs sociétés mères ultimes ont leur siège au Brésil, aux États-Unis et en Suisse. La RPC est le pays de résidence de la société mère ultime d’une mine canadienne située au Manitoba, qui produit divers minéraux critiques. Les mines produisant d’« autres minéraux critiques » exploitent plusieurs minéraux critiques ainsi que de la potasse ou de l’hélium.
Figure 1 – Mines de minéraux critiques en activité au Canada, 2025
Sources : Carte préparée par la Bibliothèque du Parlement en 2025 à partir de données tirées de Ressources naturelles Canada (RNCan), « Carte des minéraux critiques du Canada », carte interactive, consultée le 6 mai 2025; Statistique Canada, Liens de parenté entre sociétés, 2024, 16 juin 2025; S&P Global, « S&P Capital IQ », base de données, consultée en juin 2025; sites Web de différentes sociétés; RNCan, Limites administratives au Canada – Série CanVec – Entités administratives, 1:5M, 1er mars 2019; RNCan, Lacs, rivières et glaciers au Canada – Série CanVec – Entités hydrographiques, 1:5M, 1er mars 2019. Logiciel utilisé : Esri, ArcGIS Pro, version 3.4.2. Contient de l’information visée par la Licence du gouvernement ouvert – Canada et la Licence ouverte de Statistique Canada.
Le gouvernement du Canada définit un projet avancé comme étant un projet minier qui comporte des réserves ou des ressources minérales confirmées et dont la viabilité est soutenue par une étude économique initiale ou une étude de faisabilité préliminaire. Ces projets sont associés à des sites qui extraient ou prévoient d’extraire au moins un des minéraux critiques du Canada, ainsi que d’autres minéraux et métaux. On remarque dans la figure 2 que le Canada compte 45 projets avancés axés sur les ETR, le graphite et le lithium. Parmi eux, 31 projets appartiennent à des entreprises dont la société mère ultime a son siège au Canada.
Figure 2 – Projets avancés d’éléments de terres rares, de graphite et de lithium, au Canada, 2025
Sources : Carte préparée par la Bibliothèque du Parlement en 2025 à partir de données tirées de Ressources naturelles Canada (RNCan), « Carte des minéraux critiques du Canada », carte interactive, consultée le 6 mai 2025; Statistique Canada, Liens de parenté entre sociétés, 2024, 16 juin 2025; S&P Global, « S&P Capital IQ », base de données, consultée en juin 2025; sites Web de différentes sociétés; RNCan, Limites administratives au Canada – Série CanVec – Entités administratives, 1:5M, 1er mars 2019; RNCan, Lacs, rivières et glaciers au Canada – Série CanVec – Entités hydrographiques, 1:5M, 1er mars 2019. Logiciel utilisé : Esri, ArcGIS Pro, version 3.4.2. Contient de l’information visée par la Licence du gouvernement ouvert – Canada et la Licence ouverte de Statistique Canada.
Comme on peut le voir sur la figure 3, seulement 8 des 32 centres de traitement de minéraux critiques appartiennent à des entreprises dont la société mère ultime a son siège au Canada. Les 24 autres centres de traitement appartiennent à des entreprises dont la société mère ultime a son siège au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Suisse, au Brésil, en France, en Allemagne ou au Luxembourg et on y exploite principalement de l’aluminium ou encore plusieurs autres minéraux critiques.
Figure 3 – Centres de traitement des minéraux critiques au Canada, 2025
Sources : Carte préparée par la Bibliothèque du Parlement en 2025 à partir de données tirées de Ressources naturelles Canada (RNCan), « Carte des minéraux critiques du Canada », carte interactive, consultée le 6 mai 2025; Statistique Canada, Liens de parenté entre sociétés, 2024, 16 juin 2025; S&P Global, « S&P Capital IQ », base de données, consultée en juin 2025; sites Web de différentes sociétés; RNCan, Limites administratives au Canada – Série CanVec – Entités administratives, 1:5M, 1er mars 2019; RNCan, Lacs, rivières et glaciers au Canada – Série CanVec – Entités hydrographiques, 1:5M, 1er mars 2019. Logiciel utilisé : Esri, ArcGIS Pro, version 3.4.2. Contient de l’information visée par la Licence du gouvernement ouvert – Canada et la Licence ouverte de Statistique Canada.
L’information présentée dans ces figures donne un aperçu des parties prenantes impliquées dans l’exploitation et le traitement des ressources minières canadiennes. Selon les données, le Canada est le pays de résidence principal des sociétés mères ultimes de la plupart des mines et installations de traitement nationales. Cependant, pour sécuriser efficacement les chaînes d’approvisionnement, il faut aussi prendre en considération d’autres facteurs, notamment la capacité de production des mines et des centres de traitement, l’expertise technique du Canada dans le traitement des minéraux critiques tels que le lithium ou les ETR, ainsi que le développement des infrastructures de transport dans les régions rurales et éloignées. Les données présentées ne tiennent pas compte des accords conclus avec certaines entreprises [en anglais] pour réserver une partie de la production d’une mine et ne fournissent pas d’indications sur l’identité ni sur l’importance des autres investisseurs dans chacun des projets miniers. Il convient également de souligner que la propriété des actifs miniers peut souvent changer de mains au fil du temps.
Perspectives et défis
Identifier les parties prenantes impliquées dans l’exploitation et le traitement des minéraux critiques du Canada pourrait permettre de sécuriser les chaînes d’approvisionnement du pays et de renforcer leur résilience, mais plusieurs défis importants subsistent.
D’une part, le Canada rencontre divers obstacles dans l’exploitation et la transformation des minéraux critiques. Parmi ces obstacles, il faut compter : de longs délais dans la délivrance de permis pour exploiter une nouvelle mine, des difficultés persistantes à mobiliser des capitaux, particulièrement pour les petites entreprises, et, selon certains intervenants, un cadre réglementaire complexe.
D’autre part, le secteur minier connaît des défis en matière d’emploi. Selon le Conseil des ressources humaines de l’industrie minière, le secteur fait face à une importante pénurie de main-d’œuvre, alors qu’il a besoin de nouveaux travailleurs. De plus, certains groupes de population sont sous-représentés dans le secteur minier. Par exemple, malgré une amélioration dans la représentation des femmes dans les dernières années, celles-ci représentaient moins de 20 % de la main-d’œuvre du secteur minier en 2021. Aussi, même si les Autochtones représentaient 11 % de la main-d’œuvre du sous-secteur de l’exploitation minière en amont en 2021, contre une représentation moyenne de 4 % dans l’ensemble des secteurs industriels, les femmes autochtones continuent de se buter à des obstacles [en anglais] qui freinent leur inclusion dans le secteur minier.
Le gouvernement du Canada a pris des mesures pour répondre à certaines des préoccupations soulevées ci-dessus. Dans son rapport de 2024 sur la stratégie relative aux minéraux critiques, le gouvernement fédéral a fait valoir qu’il était déterminé à répondre aux préoccupations qui ont trait à la propriété des actifs miniers canadiens en adaptant le régime d’examen des investissements étrangers. Le projet de loi C‑34, Loi modifiant la Loi sur Investissement Canada, qui vise à renforcer la compétence du gouvernement en vue de détecter, d’examiner et de restreindre les investissements étrangers qui pourraient nuire à la sécurité nationale du Canada, a reçu la sanction royale le 22 mars 2024, et certaines dispositions sont entrées en vigueur le 3 septembre 2024. Par ailleurs, le projet de loi C‑5, Loi édictant la Loi sur le libre-échange et la mobilité de la main-d’œuvre au Canada et la Loi visant à bâtir le Canada, a reçu la sanction royale le 26 juin 2025. Entre autres choses, ce projet de loi permettrait d’accélérer l’approbation des projets jugés d’intérêt national, qui pourraient inclure des projets de minéraux critiques.
La Couronne a obligation juridique de consulter les Autochtones lorsqu’elle envisage de prendre des mesures qui pourraient avoir une incidence sur les droits autochtones et ceux issus de traités garantis par la Constitution. Selon une récente décision de la Cour fédérale du Canada, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones pourrait être utilisée pour interpréter la portée de l’obligation de consulter. Même si les parties privées n’ont pas l’obligation de consulter, celle-ci peut être appliquée lorsque la Couronne envisage d’approuver des projets miniers, et ces parties participent souvent au processus de consultation.
Le protocole de relations avec les Autochtones et les collectivités sert de guide aux relations entre les parties privées et les Autochtones. Les processus décisionnels dans le secteur minier font l’objet de critiques de la part de certaines nations autochtones, et des obstacles systémiques continuent de restreindre leur participation et leur leadership au sein de l’industrie minière. Les activités minières peuvent aussi avoir une incidence négative [en anglais] sur ces collectivités, surtout sur le plan intersectionnel [en anglais] ou sur le plan environnemental.
Par Sarah Lemelin-Bellerose
Révisée par Isaac Doucette et Sarah Lemelin-Bellerose, Bibliothèque du Parlement
Catégories :Agriculture, environnement, pêches et ressources naturelles, Industrie, entreprises et commerce


