La potasse et les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis

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Au début de l’année 2025, les exportations de potasse canadienne ont pris une place importante dans les relations commerciales changeantes entre le Canada et les États-Unis.

La potasse désigne un groupe de minéraux et de produits chimiques qui contiennent du potassium, un nutriment essentiel à la santé des plantes, des animaux et des êtres humains. La potasse est utilisée dans la production d’engrais pour favoriser la croissance des plantes, augmenter le rendement des cultures et renforcer leur résistance aux maladies. Le potassium est l’un des trois éléments, avec l’azote et le phosphore, qui diminue dans le sol plus vite qu’il ne peut se renouveler, de sorte qu’il faut en épandre dans les champs pour assurer la continuité de leur exploitation.

Même s’il existe plusieurs types de potasse, la présente Note de la Colline fait référence au chlorure de potassium ou muriate de potasse, qui représente plus de 80 % de la consommation de potasse dans le monde. Lorsque d’autres types de potasse sont mentionnés, ils sont exprimés en équivalents d’oxyde de potassium (K2O).

Secteur canadien de la potasse

Le Canada produit de la potasse depuis longtemps – ses premières exportations remontent en effet à 1767. À l’époque, comme la potasse n’était pas encore exploitée au pays, on la fabriquait à partir des cendres de bois selon une technique traditionnelle, la lixiviation. En 1943, on a découvert des gisements souterrains de potasse en Saskatchewan dont l’exploitation s’est développée considérablement dans les années 1970 et 1980.

Aujourd’hui, le Canada est le plus grand producteur de potasse dans le monde, avec 32 % du volume mondial en 2023. Les 11 mines de potasse en activité que possède le Canada sont toutes situées en Saskatchewan, où elles emploient directement quelque 5 400 personnes et représentent 11 % du produit intérieur brut de la province. Selon la Stratégie sur les minéraux critiques [en anglais] du gouvernement de la Saskatchewan, les mines de la province produisent 50 % moins d’émissions de gaz à effet de serre par tonne de potasse que celles de leurs concurrents étrangers. Les mines, situées au Canada, appartiennent aux quatre sociétés suivantes : The Mosaic Company et Compass Minerals, toutes deux établies aux États-Unis, K+S Potash, basée en Allemagne, et Nutrien, qui a son siège au Canada.

Un cinquième joueur, la compagnie australienne BHP, commencera l’exploitation d’une nouvelle mine de potasse à Jansen [en anglais], en Saskatchewan, en 2026, ce qui devrait faire augmenter la production canadienne de 40 % une fois que la mine sera pleinement opérationnelle, en 2029. BHP a une approche unique dans le secteur, puisqu’elle a conclu des ententes sur des possibilités d’affaires [en anglais] avec six Premières Nations. Avec ces ententes, la compagnie s’engage à renforcer les capacités des entreprises autochtones, à faire appel à des fournisseurs autochtones et à offrir des occasions de formation et d’emploi dans les collectivités autochtones partenaires. La compagnie a consulté également diverses collectivités et organisations autochtones afin d’élaborer son plan de partenariat autochtone [en anglais], qui prévoit que d’ici mars 2027, 20 % des travailleurs sur le site de Jansen seront issus de communautés autochtones. BHP a déclaré par la suite que la réalisation de ces engagements se heurte, jusqu’à présent, à des difficultés [en anglais] et qu’il « était nécessaire d’instaurer un mécanisme plus solide pour établir la responsabilité et suivre les résultats obtenus afin de garantir une mise en œuvre réussie à l’avenir » [traduction].

Les exportations canadiennes de potasse sont relativement stables depuis 2019, tournant autour de 20 millions de tonnes par an. Ces dernières années, la capacité à maintenir une croissance régulière des exportations canadiennes a été mise à rude épreuve à cause de problèmes de production dus à la pandémie de COVID-19, de conflits de travail fréquents dans les ports et le secteur ferroviaire, ainsi que des incendies de forêt. Le Canada exporte plus de 90 % de la potasse [en anglais] qu’il produit, le reste étant destiné au marché intérieur, et il n’en importe que de très petites quantités. La figure 1 indique les principaux marchés d’exportation de la potasse canadienne en 2024.

Figure 1 – Pays de destination des exportations canadiennes de potasse, 2024
(en millions de tonnes de chlorure de potassium)

Cette figure montre les pays de destination des exportations canadiennes de potasse (chlorure de potassium), lesquelles s’élevaient à 22,8 millions de tonnes en 2024. Tous les chiffres sont arrondis au dixième près. Les États-Unis ont importé le plus de potasse avec 12,1 millions de tonnes. Le Brésil arrivait deuxième, avec 3,1 millions de tonnes importées, suivi par la Chine, qui a importé 1,4 million de tonnes, tandis que l’Indonésie et l’Inde ont chacune importé 1,2 million de tonnes. La Belgique, la Malaisie, le Bangladesh, le Maroc, la Colombie et la Thaïlande ont importé entre 200 000 et 900 000 tonnes chacun. Tous les autres pays importateurs représentent un total combiné de 1,3 million de tonnes.

Note : Les totaux ont été arrondis au dixième près.
Source : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement à partir de données tirées de Statistique Canada, « L’application Web sur le commerce international de marchandises du Canada », base de données, consultée le 20 mars 2025. Contient de l’information visée par la Licence ouverte de Statistique Canada.

Commerce de la potasse entre le Canada et les États-Unis

La production mondiale de potasse est fortement concentrée dans un petit nombre de pays, dont le Canada, la Russie, le Bélarus et la Chine qui représentaient 78 % de cette production (équivalent d’oxyde de potassium) en 2024. Les États-Unis n’importent pas de potasse du Bélarus en raison des sanctions [en anglais] qu’ils ont imposées à ce pays en 2021. Et même si les États‑Unis ont imposé aussi des sanctions à la Russie [en anglais], les produits agricoles, dont la potasse, en sont exemptés. La figure 2 montre que le Canada occupe une place dominante à la fois dans la production et dans l’exportation de potasse vers les États-Unis en 2024.

Figure 2 – Principaux producteurs de potasse et principaux exportateurs vers les États‑Unis en 2024

Carte indiquant les principaux producteurs de potasse dans le monde et les principaux exportateurs vers les États-Unis en 2024. Le Canada est le premier producteur mondial de potasse (équivalent d’oxyde de potassium), avec plus de 30 % de la production mondiale. La Chine, la Russie et le Bélarus assurent chacun entre 10 et 30 % de la production mondiale. Le Chili, l’Allemagne et le Laos représentent chacun moins de 10 % de la production mondiale. Le Canada et la Russie étaient les principaux exportateurs de potasse (chlorure de potassium) vers les États-Unis en 2024, en volume en tonnes. Par comparaison, les exportations de potasse d’Israël, de l’Allemagne, du Chili, de l’Inde et de la Chine vers les États-Unis représentent des volumes plus faibles.

Sources : Carte produite par la Bibliothèque du Parlement en 2025 à partir de données tirées de États-Unis (É.-U.), International Trade Commission, « DataWeb: U.S. Trade & Tariff Data », base de données, consultée le 20 mars 2025 [en anglais]; É.-U., Geological Survey, Mineral Commodity Summaries 2025, version 1.2, mars 2025, p. 139 [en anglais]; et Natural Earth, 1:110m Cultural Vectors [en anglais], version 5.11. Logiciel utilisé : Esri, ArcGIS Pro, version 3.4.3.

Au cours des premiers mois de 2025, la nouvelle administration américaine a multiplié les annonces concernant des modifications apportées à sa politique de commerce international. Dans le cadre de ces modifications, elle a annoncé, le 1er février 2025 [en anglais], l’imposition de droits de douane de 25 % sur toutes les importations canadiennes, à l’exception des importations d’énergie, soumises pour leur part à des droits de douane de 10 %. Le 2 avril 2025 [en anglais], l’administration américaine avait révisé sa position, dévoilant son intention d’imposer des droits de douane de 25 % sur les importations canadiennes non conformes à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) et de 10 % sur les importations d’énergie et de potasse non conformes.

Même si la politique commerciale des États-Unis est susceptible d’évoluer encore, on demeure optimiste quant à la capacité du secteur canadien de la potasse à faire face à différents scénarios concernant les droits de douane américains. Par exemple, selon RBC Marchés des capitaux [en anglais], même si la potasse était soumise aux droits de douane de 25 % annoncés initialement, cela « ne causerait qu’un ralentissement temporaire de la demande américaine. La potasse canadienne devrait demeurer abordable, et les États-Unis continueront probablement d’en dépendre en raison du manque de sources de remplacement » [traduction]. La figure 3 montre que le prix de la potasse canadienne exportée vers les États-Unis en 2024 était compétitif par rapport à celui des autres grands exportateurs de potasse vers les États-Unis.

Figure 3 – Prix de la potasse des principaux exportateurs vers les États‑Unis, 2024 (en dollars américains par tonne)

Graphique à barres indiquant le prix de la potasse des principaux exportateurs vers les États-Unis en 2024. Le graphique montre que le Chili affiche le prix le plus bas, à 231 dollars américains la tonne, suivi du Canada, à 245 dollars américains la tonne, de la Chine, à 252 dollars américains la tonne, de la Russie, à 265 dollars américains la tonne, d’Israël, à 309 dollars américains la tonne et de l’Allemagne, à 419 dollars américains la tonne. Le graphique montre également que, selon la Banque mondiale, le prix moyen de la potasse dans le monde en 2024 était de 295 dollars américains la tonne.

Notes: Le Bélarus est l’un des principaux pays producteurs de potasse au monde; toutefois, les données sur les importations de 2024 ne sont pas disponibles, car le pays fait l’objet de sanctions de la part des États-Unis.

Bien qu’il n’y ait pas de mines de potasse en Inde, le pays est l’un des principaux exportateurs de potasse vers les États-Unis puisqu’il fabrique des engrais potassiques à partir de potasse importée. Au cours des cinq dernières années, le prix de la potasse importée aux États-Unis depuis l’Inde a varié de 1000 $ US/tonne en 2021 à 24 083 $ US/tonne en 2024. Ces données sont cependant exclues du graphique pour en faciliter la lecture.

Sources: Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement à partir de données tirées de États-Unis (É.-U.), International Trade Commission, « DataWeb: U.S. Trade & Tariff Data », base de données, consultée le 4 avril 2025 [en anglais]; et Banque mondiale, World Bank Commodities Price Data (The Pink Sheet), 2 avril 2025 [en anglais].

De plus, les dirigeants des sociétés d’exploitation de mines de potasse Mosaic, K+S Potash [en anglais] et BHP [en anglais] [abonnement requis] ont tous déclaré publiquement qu’ils ne prévoyaient pas de baisse de la demande américaine ou qu’ils étaient convaincus de pouvoir trouver d’autres acheteurs pour la potasse canadienne si c’était nécessaire. Nutrien [en anglais], qui est le plus grand producteur de potasse au Canada, a déclaré que toute sa production était conforme à l’ACEUM et qu’elle devrait pouvoir traverser la frontière sans droits de douane.

Il convient toutefois de préciser que les États-Unis ont tenu des discussions bilatérales avec la Russie [en anglais], en mars 2025, qui ont notamment conduit à un engagement visant à « aider à rétablir l’accès de la Russie au marché mondial pour les exportations de produits agricoles et d’engrais, à réduire les coûts de l’assurance maritime et à améliorer l’accès aux ports et aux systèmes de paiement pour ce genre de transactions » [traduction]. Les États-Unis pourraient signaler leur intention d’acheter plus de potasse russe; toutefois, depuis 2023, les exportations russes de potasse ne suffiraient pas à répondre à la demande américaine [en anglais].

Lectures complémentaires

Mussell, Al et Angèle Poirier. Comprendre les risques et les vulnérabilités du marché canadien des engrais agricoles, L’Institut canadien des politiques agroalimentaires, décembre 2022.

Ressources naturelles Canada. Stratégie canadienne sur les minéraux critiques : de l’exploration au recyclage – alimenter l’économie verte et numérique du Canada et du monde entier, 2022.

Par Avalon Jennings, Bibliothèque du Parlement



Catégories :Agriculture, environnement, pêches et ressources naturelles, Industrie, entreprises et commerce

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