Qu’est-ce que la productivité et en quoi est-elle importante?

Temps de lecture : 6 minutes

Available in English.

La présente Note de la Colline est la première d’une série de quatre publications sur la productivité. Les trois autres notes porteront, respectivement, sur une comparaison des résultats du Canada en matière de productivité avec ceux d’autres économies avancées; les grandes causes potentielles de la croissance relativement faible de la productivité au Canada; et les principales solutions envisageables.

Comme Paul Krugman, prix Nobel d’économie, l’a mentionné dans son ouvrage The Age of Diminished Expectations [an anglais] (1997), « la productivité n’est pas tout, mais à long terme, elle est presque tout » [traduction]. Essentiellement, la productivité est le principal moteur à long terme du niveau de vie. Pour la prospérité économique d’un pays, il est primordial d’améliorer la productivité, c’est-à-dire de produire davantage de biens et de services avec une quantité égale ou moindre de ressources.

Le concept de productivité est simple, mais difficile à définir, et la productivité est compliquée à mesurer [en anglais] et à améliorer, comme en témoigne la croissance de la productivité du Canada au cours des 40 dernières années.

Diverses études universitaires, gouvernementales et parlementaires ont été consacrées à la croissance relativement faible de la productivité du Canada, à ses causes et aux possibles solutions.

Ainsi, en juin 2022, le Comité sénatorial permanent des banques, du commerce et de l’économie a publié son quatrième rapport provisoire sur l’investissement des entreprises au Canada, dans lequel il conclut que des améliorations doivent être apportées dans de nombreux secteurs stratégiques (p. ex. réglementation, approvisionnement, capital humain, immigration, politiques fiscales, ressources naturelles et innovation) afin d’encourager les entreprises canadiennes à investir dans leur future croissance.

Le même Comité a aussi publié en juin 2023 un rapport intitulé La nécessité d’une stratégie en innovation pour une économie fondée sur les données, dans lequel il insiste sur le fait que le Canada doit établir un régime de propriété intellectuelle moderne et une stratégie nationale en matière de données pour stimuler la croissance de la productivité.

Qu’est-ce que la productivité?

En termes simples, la productivité mesure l’efficacité avec laquelle les intrants, comme le travail et le capital, sont transformés en extrants, comme les biens et les services. Les économistes font une distinction entre deux grandes mesures de la productivité : la productivité du travail et la productivité totale des facteurs (PTF) ou productivité multifactorielle.

Productivité du travail

La productivité du travail mesure l’efficacité avec laquelle les heures de travail créent des biens et des services. Lorsque la productivité du travail augmente, l’économie génère plus d’extrants avec un nombre égal ou inférieur d’heures de travail, ce qui témoigne d’une efficacité accrue. Toutefois, comme l’indique Statistique Canada, la productivité du travail reflète aussi les changements dans le capital, comme des investissements dans les machines et l’infrastructure, ainsi que les améliorations dans l’organisation de la production.

Prenons en exemple deux boulangeries : celle de Mark et celle de Sarah. Comme le montre la figure 1, la boulangerie de Mark emploie dix boulangers à temps plein pour préparer cent pains par jour. En revanche, celle de Sarah n’emploie que cinq boulangers à temps plein, mais produit, elle aussi, cent pains par jour, grâce à l’utilisation d’une machine à pain automatisée. Par conséquent, la boulangerie de Sarah a doublé la productivité du travail et obtient le même résultat avec la moitié des travailleurs.

Figure 1 – Exemple de productivité du travail

Représentation graphique d’un exemple de comparaison de productivité du travail en boulangerie montrant que l’utilisation de machines permet d’augmenter la productivité de la main-d’œuvre.

Source : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement.

Cet exemple met en évidence le rôle du capital dans l’augmentation de la productivité. La machine à pain automatisée accroît l’efficacité de la main-d’œuvre, ce qui permet à moins de travailleurs de produire davantage. Voilà pourquoi les investissements dans les actifs physiques, comme les machines et l’infrastructure, sont essentiels pour accroître la productivité du travail. D’après une étude de Statistique Canada, les investissements dans des actifs incorporels (p. ex. logiciels, données, brevets, droits d’auteur, marques de commerce) contribuent aussi à la croissance de la productivité du travail au Canada, mais dans une moindre mesure qu’aux États-Unis et en Europe, qui dépendent davantage des actifs incorporels.

Productivité totale des facteurs

Comparer la productivité des entreprises ou des industries peut induire en erreur lorsque les montants de capitaux utilisés varient. Pour remédier à ce problème, les économistes ont généralement recours à la PTF, qui mesure avec quelle efficacité tous les intrants sont combinés pour générer des extrants. Selon Statistique Canada, la PTF est une mesure complète de l’efficacité et tient compte de l’innovation technologique, des améliorations dans l’organisation de la production et des économies d’échelle.

Comme mentionné dans une étude du Fonds monétaire international (FMI), les économistes qualifient parfois la PTF de « mesure de notre ignorance », car elle rend compte de la partie du revenu d’un pays qui ne peut être attribuée à la main-d’œuvre et au capital, qui sont plus faciles à quantifier. Au fil du temps, les économistes ont établi que trois grands facteurs contribuent à une augmentation de la PTF.

  • Productivité de la main-d’œuvre : la PTF est supérieure dans les pays où les travailleurs sont plus instruits, en meilleure santé et ont accès à une meilleure formation.
  • Attribution de ressources : la PTF est supérieure dans les pays où les entreprises les plus productives peuvent attirer les meilleurs travailleurs et des investissements.
  • Commerce international : la PTF est supérieure dans les pays qui doivent faire face à moins de barrières commerciales. En effet, puisque les pays se spécialisent et font une utilisation plus efficace de leurs ressources (ce que les économistes appellent un avantage comparatif), la concurrence est encouragée et les entreprises productives sont récompensées.

Quel est le lien entre le produit intérieur brut par habitant, la productivité du travail et la PTF?

Le produit intérieur brut (PIB) par habitant est calculé en divisant le PIB d’un pays (c.-à-d. la valeur totale des biens et des services produits à l’intérieur de ses frontières) par sa population. La croissance du PIB par habitant représente quant à elle la somme de :

  • la croissance de la production par heure travaillée (productivité du travail),
  • la croissance des heures travaillées par personne (effort de travail),
  • la croissance du nombre de personnes qui ont un emploi dans la population.

Étant donné que l’augmentation des deux derniers facteurs n’est possible que dans une certaine mesure – il y a un nombre fini d’heures de travail dans une journée et une limite à la part de la population qui peut avoir un emploi, parce qu’elle comprend les enfants et les retraités, par exemple – la productivité du travail est le principal moteur de la croissance à long terme du PIB par habitant.

Le taux de croissance de la productivité du travail [en anglais] est principalement déterminé par trois facteurs :

  • La composition de la main‑d’œuvre, qui comprend les gains liés à l’éducation, aux compétences, à la diversité et à l’évolution des effectifs, entre autres;
  • le capital par travailleur (intensification du capital), qui comprend les investissements dans les actifs physiques (p. ex. les machines et l’infrastructure) et les actifs incorporels (p. ex. les logiciels, les données, les brevets, les droits d’auteur et les marques déposées);
  • la PTF, qui reflète les améliorations de la productivité du travail non prises en compte par les deux premiers facteurs.

Pourquoi la productivité est‑elle importante?

Toujours selon la même étude du FMI mentionnée plus haut, l’amélioration du niveau de vie dépend de la croissance de la PTF. En effet, le niveau de vie est mesuré au moyen du PIB par habitant, et une économie ne peut pas augmenter son niveau de vie en ajoutant simplement des travailleurs. En outre, de nombreuses études économiques montrent que les investissements en capital ont des rendements décroissants.

Robert Solow, autre lauréat du prix Nobel d’économie et pionnier de la mesure de la croissance de la productivité, a estimé dans un texte fondamental [en anglais] [accès au réseau parlementaire requis] que sept huitièmes de la croissance de la productivité du travail aux États‑Unis entre 1909 et 1949 ont été attribuables à la croissance de la PTF, tandis que l’investissement en capital n’a entraîné qu’un huitième de la croissance. C’est une observation encore valide [en anglais] [accès au réseau parlementaire requis] aujourd’hui.

Dans un discours prononcé en mars 2024, Carolyn Rogers, première sous‑gouverneure de la Banque du Canada, a expliqué que la croissance de la productivité est un moyen d’immuniser l’économie contre l’inflation parce qu’une économie à faible productivité ne peut croître qu’à une vitesse limitée avant que la demande globale ne dépasse la capacité de production de l’économie et que l’inflation ne s’en mêle.

La productivité est la clé de la croissance à long terme du PIB par habitant et de l’amélioration du niveau de vie. La hausse de la quantité et de la qualité du travail et du capital contribue à la croissance du PIB par habitant, mais les améliorations durables dépendent de la croissance de la productivité. L’innovation technologique, l’amélioration de l’organisation de la production et les économies d’échelle sont les principaux moteurs de ce processus à long terme.

Lectures complémentaires

Gu, Wulong. Ralentissement des investissements au Canada après le milieu des années 2000 : le rôle de la concurrence et des actifs incorporels, document de recherche de la Direction des études analytiques, Statistique Canada, 22 février 2024.

Kiarsi, Mehrab. L’importance des nouvelles idées en tant que facteurs déterminants de la croissance de la productivité à long terme du Canada, publication no 2023-15-F, Bibliothèque du Parlement, 27 novembre 2023.

MacGee, James et Joel Rodrigue. The Distributional Origins of the Canada‑US GDP and Labour Productivity Gaps, document de travail du personnel 2024-49, Banque du Canada, 19 décembre 2024 [en anglais].

Par Mehrab Kiarsi, Bibliothèque du Parlement



Catégories :Économie et finances, Industrie, entreprises et commerce

Tags:, , , , , , ,

En savoir plus sur Notes de la Colline

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture