Engins de pêche fantômes : une source majeure de pollution marine par le plastique

(Available in English: Ghost Fishing Gear: A Major Source of Marine Plastic Pollution)

La pollution par le plastique dans les environnements marins est un problème mondial de plus en plus préoccupant. Les activités de pêche commerciale représentent l’une des principales sources de pollution par le plastique dans les océans [en anglais seulement], tout comme les activités de transport maritime. L’industrie de la pêche utilise de grandes quantités d’engins de pêche composés de divers matériaux conçus pour assurer leur durabilité, leur caractère abordable et leur facilité d’utilisation, comme les filets maillants en nylon monofilament et les casiers à homard en grillage d’acier revêtu de vinyle (figure 1).

Les engins de pêche « fantômes » sont des engins qui ont été abandonnés, perdus ou jetés à la mer. On estime que les engins de pêche fantômes représentent de 46 à 70 % du poids de l’ensemble des débris marins de macroplastique. On estime en outre que, chaque année, 640 000 tonnes d’engins de pêche fantômes se retrouvent dans les océans, ce qui a une incidence importante sur la vie marine.

Figure 1 – Engins de pêche à base de plastique

La figure 1 montre le déploiement d’un filet maillant (à gauche) et de casiers à homard (à droite), deux types d’engins de pêche commerciale qui contiennent du plastique.]

Filet maillant (à gauche) et casiers à homard (à droite).
Sources : Pêches et Océans Canada,
Types d’engins commerciaux pour la pêche au saumon [en anglais seulement]; et This Fish, Casier [en anglais seulement].

Les engins de pêche, comme les filets, les lignes de pêche et les casiers, peuvent devenir des engins fantômes en raison :

  • de phénomènes météorologiques violents;
  • d’emmêlements avec des engins utilisés par d’autres industries marines, comme l’aquaculture et le transport maritime;
  • de leur simple usure normale.

Un des principaux facteurs qui explique l’augmentation des engins de pêche fantômes à l’échelle mondiale est la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) [en anglais seulement], particulièrement en haute mer. Les navires qui pratiquent la pêche INN jettent souvent leurs engins pour échapper à la détection, pour détruire les preuves et pour avoir accès aux ports.

Incidence sur les environnements marins

Les engins fantômes peuvent demeurer dans les environnements marins pendant des centaines d’années et continuer à piéger des poissons, des mammifères marins et des oiseaux pendant qu’ils dérivent dans les courants océaniques ou qu’ils reposent sur le fond marin. Dans le cadre d’une étude réalisée en 2010 [en anglais seulement], des chercheurs ont analysé 870 filets de pêche récupérés au large de l’État de Washington, aux États-Unis. Ils ont constaté que les engins fantômes contenaient plus de 32 000 organismes marins, y compris 1 036 poissons, 514 oiseaux et 23 mammifères marins.

En raison des courants océaniques, les engins fantômes peuvent parcourir de grandes distances. Par exemple, même si les répercussions des engins fantômes dans l’océan Arctique n’ont pas été systématiquement consignées, une étude menée en 2019 par le Conseil de l’Arctique [en anglais seulement] a révélé que la pollution par le plastique prend de l’ampleur dans l’Arctique, une région située loin des zones fortement peuplées, où les pêches commerciales sont peu fréquentes (figure 2). Par conséquent, le Conseil de l’Arctique a décidé de mettre l’accent sur la pollution par le plastique [en anglais seulement] pendant la présidence de l’Islande de 2019 à 2021.

Figure 2 – Déversements de plastique dans l’océan Arctique

La figure 2 illustre la circulation océanique dans l’océan Arctique, l’océan Atlantique Nord et l’océan Pacifique Nord; le gyre de Beaufort et la dérive transpolaire; d’autres courants océaniques froids et chauds; et le minimum estival de l’étendue des glaces marines en 2018. La figure montre également les grands bassins fluviaux dans le bassin versant de l’océan Arctique ainsi que les principaux débits fluviaux. La figure montre que la densité de population dans la région de l’Arctique est faible (de 1 à 5 habitants par km2 dans l’ouest de l’Arctique russe et à certains endroits de l’Arctique norvégien; et moins de 1 habitant par km2 ailleurs). La figure montre également qu’il y a une forte intensité de pêche dans les eaux qui baignent les côtes de la Russie occidentale et de la Norvège, les eaux islandaises, les eaux du sud du Groenland et de l’Alaska ainsi que les eaux qui bordent la pointe nord-est du continent asiatique et la pointe nord-ouest du continent américain. Enfin, la figure montre que des niveaux élevés de pollution marine par le plastique ont été trouvés dans des échantillons de fulmars boréaux prélevés dans le nord de la Norvège, aux îles Féroé, en Islande, au Svalbard et en Alaska. Les plus bas niveaux de contamination par le plastique ont été détectés dans des échantillons de fulmars boréaux prélevés dans l’Arctique canadien.

Source : Carte en français produite par la Bibliothèque du Parlement à partir de Philippe Rekacewicz, Riccardo Pravettoni et Nieves Lopez Izquierdo, Plastic input into the Arctic Ocean [en anglais seulement], Programme des Nations Unies pour l’environnement et GRID‑Arendal, 2019.

Incidence sur les économies côtières

En plus d’avoir des répercussions néfastes sur l’environnement, la pollution marine par le plastique et les engins fantômes a aussi une incidence négative sur les économies côtières [en anglais seulement]. Les engins fantômes coûtent des millions de dollars par année aux gouvernements et aux collectivités côtières en frais de nettoyage et en perte de temps de pêche. Les plus importantes catégories de coûts pour l’industrie de la pêche comprennent la diminution des prises, l’augmentation de l’effort de pêche et les dommages causés aux engins de pêche et à l’habitat du poisson.

De fait, environ 10 % de la diminution mondiale [en anglais seulement] des stocks de poisson est attribuable à la présence d’engins fantômes, un pourcentage important si l’on tient compte du fait que de nombreux stocks font déjà l’objet d’une surpêche. En raison de la diminution des stocks de poisson, il en coûte plus cher aux pêcheurs pour maintenir les niveaux de prise.

Ainsi, selon un rapport de 2016, 11 % des engins de pêche utilisés dans le cadre de la pêche au crabe dormeur en Colombie-Britannique [en anglais seulement] sont perdus chaque année. On estime que les engins fantômes causent la perte d’environ 9 % des prises de crabes dormeurs. Une autre étude a signalé qu’à l’échelle mondiale, des débarquements d’une valeur de 831 millions de dollars américains pourraient être récupérés chaque année si on retirait moins de 10 % des nasses et casiers fantômes des principales pêches de crustacés.

Lutte contre la pollution marine par le plastique et les engins de pêche fantômes

Conscients des effets dévastateurs des engins fantômes sur la durabilité des pêches et des économies côtières canadiennes, Pêches et Océans Canada (MPO) et des pêcheurs commerciaux ont collaboré dans le cadre de diverses initiatives visant à réduire la pollution marine par le plastique.

A. Signalement des engins de pêche fantômes

Il faut absolument recueillir des données sur la perte et la récupération des engins de pêche afin de cerner les zones névralgiques en ce qui concerne les engins fantômes. C’est la raison pour laquelle le MPO a rendu obligatoire la déclaration de perte d’engins de pêche en vertu de la Loi sur les pêches pour un nombre grandissant de pêches. Depuis 2018, tous les engins de pêche fixes perdus et récupérés dans le Canada atlantique doivent être signalés, y compris ceux utilisés pour le crabe et le homard. Selon le MPO, la perte de plus de 1 000 engins de pêche a été signalée en 2019, uniquement dans le golfe du Saint-Laurent.

B. Récupération des engins de pêche fantômes

En 2019, le gouvernement du Canada a annoncé la création d’un Programme de contributions pour soutenir des solutions durables en matière de pêche et la récupération des engins de pêche. Le Programme appuie financièrement les pêcheurs et les collectivités côtières qui procèdent à la récupération et à l’élimination d’engins fantômes.

Les pêcheurs commerciaux jouent un rôle crucial [en anglais seulement] pour assurer le succès des initiatives de gestion des milieux marins.


Au Nouveau-Brunswick, par exemple, la Fundy North Fishermen’s Association (FNFA) [en anglais seulement] mène des opérations de récupération d’engins de pêche fantômes depuis 2008. La FNFA a également mis des protocoles au point avec d’autres industries marines afin de réduire la perte d’engins de pêche attribuable au trafic maritime dans le port de Saint John. À l’Île-du-Prince-Édouard, la Western Gulf Fishermen’s Association [en anglais seulement] collabore depuis plusieurs années avec le MPO pour récupérer les engins de pêche perdus. En 2019, plus de 50 casiers à homard ont été récupérés et certains d’entre eux étaient remplis de homards.

 

C. Technologies novatrices pour réduire la perte d’engins de pêche

La récupération d’engins fantômes demande beaucoup de travail et de carburant. En plus du Programme de contributions pour soutenir des solutions durables en matière de pêche et la récupération des engins de pêche, le MPO a donc lancé deux défis liés au plastique pour encourager les petites entreprises à mettre au point des technologies novatrices permettant de récupérer les engins fantômes et de réduire les pertes d’engins à l’avenir. En avril 2019, une entreprise de la Nouvelle-Écosse [en anglais seulement] a obtenu une subvention du MPO pour la conception d’un système de pêche sans cordage et d’un système de suivi des engins de pêche à activation acoustique et à faible coût pour la pêche du homard et du crabe (figure 3).

Figure 3 – Casiers sans cordage

Cette figure présente des casiers sans cordage, une innovation technologique mise au point par Ashored Innovations, une entreprise de la Nouvelle-Écosse. Le système de pêche sans cordage, conçu pour la pêche du homard et du crabe, est activé par voie acoustique.

Source : Ashored Innovations [en anglais seulement].

Le MPO a également annoncé qu’un sommet sur l’innovation dans le domaine des engins se tiendra en février 2020. Le sommet devrait comprendre des discussions sur des solutions technologiques permettant d’atténuer l’incidence des engins fantômes et de réduire au minimum la perte d’engins de pêche.

D. Engagements et partenariats internationaux

En raison du caractère mondial de la pollution marine par le plastique et des engins fantômes, le gouvernement du Canada a pris des mesures pour mobiliser une intervention mondiale afin de régler ces problèmes. Lors du Sommet du Groupe des sept qui s’est tenu à Charlevoix en 2018, le Canada a présenté une Charte sur les plastiques dans les océans soutenue par plus de 20 pays et 60 entreprises et organisations. Les partenaires se sont engagés à adopter une approche axée sur le cycle de vie en ce qui a trait à la gestion des plastiques (ce qui comprend les engins fantômes) et à accroître les investissements destinés aux activités de nettoyage des zones côtières.

En 2018, le gouvernement du Canada a aussi conclu un partenariat avec la Global Ghost Gear Initiative (GGGI) [en anglais seulement], une alliance internationale lancée en 2015 qui vise à s’attaquer au problème des engins de pêche fantômes à l’échelle mondiale. La GGGI a élaboré un ensemble de pratiques exemplaires pour la gestion des engins de pêche [en anglais seulement] afin de guider les pêcheurs, les transformateurs de fruits de mer, les fabricants d’engins de pêche et les organismes de réglementation, et ainsi contribuer à réduire les pertes d’engins et à atténuer les effets des engins fantômes.

Auteur : Thai Nguyen, Bibliothèque du Parlement

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