Qu’est-ce qui a mal tourné pour la baleine noire de l’Atlantique Nord?

(Available in  English: What Has Gone Wrong for the North Atlantic Right Whale?)

La baleine noire de l’Atlantique Nord (Eubalaena glacialis) en est arrivée à un point critique  en 2017. Entre juin et septembre, 12 baleines ont été retrouvées mortes dans les eaux canadiennes du golfe du Saint-Laurent (voir la figure 1). Cinq autres ont été retrouvées mortes dans les eaux américaines. La plupart de ces décès ont été attribués à l’activité humaine : collisions avec des navires et empêtrements dans des engins de pêche.

Figure 1 – Décès de baleines noires de l’Atlantique Nord et empêtrements dans le golfe du Saint-Laurent en 2017,  et indication de la zone de réduction de vitesse saisonnière et des zones de pêche du crabe des neiges.

Décès de baleines noires de l’Atlantique Nord et empêtrements dans le golfe du Saint-Laurent en 2017, et indication de la zone de réduction de vitesse saisonnière et des zones de pêche du crabe des neiges

Carte produite par la Bibliothèque du Parlement, Ottawa, 2018, à l’aide de données de Ressources naturelles Canada (RNCan). Limites (polygones), dans la série : Données de l’Atlas du Canada à l’échelle nationale de 1/5 000 000, Ottawa, RNCan, 2013; Garde côtière canadienne. Réduction de vitesse dans le golfe du St-Laurent dû à la présence de baleines noires, Avis radiodiffusé Q1189/2017, 11 août 2017; Pêches et Océans Canada. Zone de pêche du crabe des neiges; Daoust, P.-Y., E.L. Couture, T. Wimmer et L. Bourque. Incident Report:  North Atlantic Right Whale Mortality Event in the Gulf of St. Lawrence, 2017. Réseau canadien de la santé de la faune, Marine Animal Response Society et Pêches et Océans Canada, 29 décembre 2017. Le logiciel suivant a été utilisé : Esri, ArcGIS, version 10.3.1. Contient des renseignements assujettis à la Licence du gouvernement ouvert – Canada.

Les résultats de six des sept nécropsies pratiquées sur des baleines noires mortes de l’Atlantique Nord (ci-après les baleines noires) au Canada sont décrits dans le document Rapport d’incident : Épisode de mortalité de baleines noires de l’Atlantique Nord dans le golfe du Saint-Laurent, 2017. Selon les auteurs du rapport :

« Ces mortalités associées aux activités humaines coïncident avec un volume élevé de pêche et de trafic maritime dans le golfe du Saint-Laurent. »

Compte tenu du fait qu’il ne reste que 451 [en anglais seulement] baleines noires, un tel taux de mortalité comme celui observé en 2017 met la survie de l’espèce en danger [en anglais seulement]. À moins que des mesures de gestion soient rapidement prises pour prévenir ces décès attribuables à l’activité humaine, la baleine noire pourrait disparaître dans 20 ans [en anglais seulement].

Menacée d’extinction par des siècles de chasse à la baleine, la baleine noire de l’Atlantique Nord est inscrite à la liste des espèces en voie de disparition de la Loi sur les espèces en péril du Canada et de la Endangered Species Act des États-Unis. Les individus passent généralement le printemps, l’été et l’automne dans les habitats d’alimentation canadiens et migrent vers les habitats de mise bas au sud des États-Unis pour l’hiver.

Pêches et Océans Canada est le ministère fédéral chargé du rétablissement de la baleine noire au Canada. Le Programme de rétablissement de la baleine noire de la Loi sur les espèces en péril vise à mettre en œuvre les deux principaux objectifs de rétablissement suivants :

  • réduire le nombre de baleines noires tuées ou blessées à la suite de collisions avec des navires;
  • réduire le nombre de baleines noires tuées ou blessées à la suite d’interactions avec des engins de pêche.

Juste avant l’épisode de mortalité de 2017, Pêches et Océans Canada a mené un examen scientifique de l’efficacité des efforts de rétablissement des baleines en péril ainsi qu’il a publié un document sommaire et un résumé de ce qui a été entendu lors de la consultation. À la suite de l’épisode de mortalité de 2017, le ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne a animé une table ronde avec les pêcheurs, l’industrie du transport maritime, les scientifiques, les peuples autochtones, les représentants des provinces atlantiques et les responsables américains, afin de définir des façons de réduire l’incidence des activités humaines sur les baleines noires.

Le ministre a, par la suite, annoncé d’autres mesures de protection des baleines noires pour la saison de la pêche et du transport maritime de 2018, en janvier et mars 2018.

Figure 2 – Désempêtrement d’une baleine noire de l’Atlantique Nord empêtrée dans un engin de pêche

Une jeune baleine noire de l’Atlantique Nord empêtrée dans des engins de pêche est approchée par des scientifiques de la National Oceanic and Atmospheric Administration Fisheries

Une jeune baleine noire de l’Atlantique Nord empêtrée dans des engins de pêche est approchée par des scientifiques de la National Oceanic and Atmospheric Administration Fisheries (NOAA) des États-Unis au large des côtes de la Floride. Crédit : Archive des nouvelles de la NOAA 011811, Photothèque de la NOAA. Porte la licence CC by 2.0.

A.        Collisions avec des navires

Se déplaçant lentement, la baleine noire semble plus sujette aux collisions avec des navires [en anglais seulement] que les autres grandes baleines. Les fractures et les hémorragies internes pouvant résulter des collisions avec des navires, ainsi que les coupures profondes que peuvent causer les hélices, peuvent entraîner la mort. Les baleines ont plus de chances d’éviter une collision avec un navire ou d’y survivre quand les navires se déplacent moins rapidement [en anglais seulement]. Ces dernières années, les gouvernements canadien et américain [en anglais seulement] ont mis en œuvre des stratégies comme la réduction de la vitesse des navires et la modification des voies de navigation, afin de réduire la mortalité des baleines noires.

En réponse à l’épisode de mortalité, le 11 août 2017, Transports Canada a diffusé un « Avis à la navigation » pour l’ouest du golfe du Saint-Laurent (voir la zone en pointillé dans la figure 1). Les navires de 20 mètres ou plus ont été tenus de respecter une vitesse maximale de 10 nœuds (18,5 km/h). Les propriétaires de navire contrevenants se sont vu imposer des amendes.

Certains membres de l’industrie du transport maritime et des croisières ont souligné le fardeau financier que représente la réduction de la vitesse [en anglais seulement], en invoquant notamment l’accroissement des coûts de carburant qu’entraîne l’augmentation de la vitesse dans d’autres secteurs pour rattraper le temps perdu et respecter leur temps d’arrivée prévu. La limitation de vitesse a été levée en janvier 2018 pour des raisons de sécurité et de manœuvrabilité dans les glaces, après le départ apparent des baleines des eaux du golfe du Saint-Laurent.

La limitation de vitesse dans l’ouest du golfe du Saint-Laurent sera en vigueur du 28 avril au 15 novembre 2018, et pourrait faire l’objet de modifications au besoin.

B.        Empêtrement dans des engins de pêche

83 % [en anglais seulement] des baleines noires vivantes portent des marques d’empêtrement dans des engins de pêche. On observe deux types d’empêtrement : aigu et chronique. L’empêtrement aigu peut couper la chair et les os, et entraîner des infections, des amputations, l’incapacité de se nourrir, ou la noyade. L’empêtrement chronique a un effet plus lent; la baleine étant forcée de tirer l’engin de pêche, elle doit utiliser plus d’énergie pour nager et filtrer les aliments. Empêtrée de la sorte, la baleine peut perdre du poids au point de ne plus être en assez bonne santé pour se reproduire et peut éventuellement mourir de faim.

Les eaux atlantiques canadiennes fréquentées par les baleines noires sont un lieu de pêche intensive, où des câbles de plus en plus solides relient les engins de pêche, situés au fond de la mer, aux bouées repères, à la surface. Comme l’indique la figure 1, dans les eaux canadiennes, la plupart des carcasses de baleines ont été retrouvées dans la zone de pêche du crabe des neiges 12.

En réponse à l’épisode de mortalité de 2017, le ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne a annoncé la fermeture anticipée de la zone de pêche du crabe des neiges 12. Le ministre a, par la suite, annoncé de nouvelles mesures pour la saison 2018 de pêche du crabe des neiges, visant à réduire la quantité de cordages et la perte d’engins de pêche dans l’eau.

En mars 2018, le ministre a annoncé des mesures de protection additionnelles, dont la fermeture précoce de la zone de pêche du crabe des neiges du sud du golfe du Saint-Laurent (le 28 avril 2018), exigeant le retrait de tout l’équipement de pêche du crabe des neiges deux semaines plus tôt que d’habitude, soit au plus tard le 30 juin 2018, et d’éventuelles fermetures temporaires pour d’autres pêches à engin fixe lorsque la présence d’une baleine noire est signalée dans le secteur.

Le gouvernement du Canada intensifiera les efforts de repérage de la baleine noire, lèvera l’interruption des opérations de sauvetage des baleines empêtrées (mise en place à la suite du tragique accident de 2017) et augmentera son aide financière aux groupes d’intervention auprès des mammifères marins.

C.        Facteurs écologiques compliquant le rétablissement de l’espèce

Comme d’autres mammifères de grande taille qui vivent longtemps, la baleine noire se reproduit lentement et a relativement peu de petits. Depuis 2010, les taux de mise bas semblent avoir chuté de façon spectaculaire [en anglais seulement], ce qui ralentit davantage le rétablissement de l’espèce. Les scientifiques ont exprimé des inquiétudes quant au ratio mâles-femelles dans la population [en anglais seulement], à cause du nombre de femelles qui est passé de 200 en 2010, à 186 en 2015. Aucun nouveau baleineau n’a été aperçu [en anglais seulement] pendant la saison de mise bas, de novembre 2017 à février 2018.

En 2017, les baleines noires n’ont pas fréquenté leurs habitats d’alimentation habituels dans le bassin Grand Manan et le bassin Roseway, mais se sont plutôt alimentées plus au nord, dans le golfe du Saint-Laurent. Il semble que les baleines noires ont suivi leurs proies – de minuscules crustacés – qui se déplacent vers le nord [en anglais seulement].

L’habitat nécessaire à la survie et au rétablissement d’une espèce en péril peut être qualifié « d’essentiel » aux termes de la Loi sur les espèces en péril. Les bassins Grand Manan et Roseway ont été reconnus et protégés en tant que zones de recherche de nourriture et d’alimentation de la baleine noire adulte dans un Arrêté visant l’habitat essentiel pris en vertu de la Loi sur les espèces en péril en 2017, mais le golfe du Saint-Laurent ne l’est pas.

La collaboration continue des organismes de réglementation, des scientifiques, des pêcheurs, de l’industrie du transport maritime et des groupes de conservation aiderait à faire en sorte que les mesures de gestion soient à la fois efficaces et réalisables, ou adaptées selon les besoins.

Auteure : Sarah Yakobowski, Bibliothèque du Parlement