Le bien-être au cœur des politiques publiques : l’État devrait-il se soucier du bonheur?

(Available in English: Well-being in Public Policy: Should Governments Worry about Happiness?)

En 2012, les Nations Unies (ONU) ont désigné le 20 mars comme étant la Journée internationale du bonheur. Depuis, chaque année, en vue de cette journée, on publie le World Happiness Report [en anglais seulement], rapport qui présente l’indice de bonheur dans différents pays.

Cet indice mesure le bonheur au moyen d’une question dans un sondage réalisé à l’échelle mondiale par la société Gallup, le Gallup World Poll [en anglais seulement], qu’on appelle aussi l’échelle de Cantril. On demande essentiellement aux répondants de se situer sur une échelle de 0 à 10, où 10 représente la meilleure vie possible.

De nombreux facteurs influent sur le sentiment de bien-être d’une personne, mais l’endroit où elle vit peut avoir une grande incidence. Dans le rapport de 2018, la Finlande se classe au premier rang. Le Canada, qui figure toujours dans les dix premiers, se classe 7e en 2018. Dans le haut du palmarès, on retrouve régulièrement le Danemark, la Norvège et les Pays-Bas.

Cet indice n’est qu’un des moyens de mesurer le bien-être. Les réponses fournies dans cette auto-évaluation sont liées au produit intérieur brut (PIB) par habitant, à l’espérance de vie, au soutien social, à la liberté sociale, à la générosité et à l’absence de corruption. D’autres indices ratissent plus large et tiennent compte de facteurs comme la santé mentale et la durabilité environnementale.

Le Happy Planet Index [en anglais seulement], l’indice de la planète heureuse, tient compte de l’empreinte écologique du pays et de l’inégalité des revenus. Selon cet indice, le Costa Rica est arrivé en tête en 2017, du fait qu’un pourcentage élevé (99 %) de son électricité est produite à partir de sources renouvelables et que les investissements en éducation et en santé sont élevés. Le Canada s’est classé au 85e rang, en partie à cause de ses émissions de gaz à effet de serre élevées et de l’intensification des inégalités de revenus.

La recherche montre de plus en plus un lien entre les politiques gouvernementales et le bien-être. La qualité des politiques gouvernementales concernant la pauvreté, les inégalités et la protection environnementale est un important facteur dans l’amélioration du bien-être d’un pays. En 2015, les dirigeants mondiaux ont adopté les 17 Objectifs de développement durable (ODD) du Programme de développement durable à l’horizon 2030 de l’ONU afin de promouvoir l’adoption de politiques gouvernementales qui favorisent le bonheur et le bien-être.

De plus, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) reconnaît que la vie « ne se résume pas aux froids chiffres du PIB et autres statistiques économiques ». Selon l’organisation, les politiques publiques devraient être établies à partir de statistiques sur les facteurs influant sur la qualité de vie, comme la confiance, la participation électorale, le chômage et la dégradation de l’environnement.

Certains pays ont fait des progrès considérables dans la mise en œuvre des politiques de bien‑être à l’échelle nationale. Au Canada, même s’ils ne sont pas devenus lois, deux projets de loi d’initiative parlementaire présentés à la Chambre des communes visaient à mesurer le bien-être dans la population, les communautés et les écosystèmes du pays[*].

Depuis 2011, l’Indice canadien du mieux-être, par le biais de l’Université de Waterloo, fait le rapport sur la qualité de vie des Canadiens. L’indice recommande que le mieux-être soit placé au cœur des politiques à tous les paliers de gouvernement. Le Budget fédéral 2018 du Canada comporte de multiples mentions du mieux-être dans le cadre des engagements envers la réconciliation avec les peuples autochtones, la mise en œuvre des ODD et la promotion de l’égalité.

En 2010, le bureau national de la statistique du Royaume-Uni, l’Office for National Statistics, a lancé un programme national de mesure du bien-être, le Measuring National Well-being Programme [en anglais seulement], axé sur la collecte de données. En janvier 2018, le gouvernement du Royaume-Uni a confié la responsabilité de coordonner les travaux sur la solitude au sous-secrétaire d’État sur le Sport et la Société civile.

Certains critiquent [en anglais seulement] l’attention accrue accordée au bonheur et au bien-être dans les politiques publiques. Les indicateurs d’auto-évaluation du World Happiness Report sont considérés comme des méthodes de mesure subjectives. D’autres prétendent qu’augmenter la richesse au-delà d’un certain point ne mène pas nécessairement à un bonheur accru, phénomène appelé paradoxe revenu-bonheur. Entre 1994 et 2014, le PIB du Canada a augmenté de 38 %, mais le bien-être n’a augmenté que de 9,9 %. Au Bhoutan, depuis 1972, le Bonheur national brut (BNB), plutôt que le PIB, est au cœur des politiques publiques. Toutefois, les détracteurs évoquent les présumées violations des droits de la personne envers la minorité népalaise pour illustrer le fossé entre la théorie et la pratique.

Les gouvernements de partout dans le monde jouent un rôle de plus en plus grand dans la promotion du bonheur et du bien-être de leurs citoyens. La Journée internationale du bonheur est l’occasion de réfléchir à la façon dont les politiques du gouvernement du Canada influent sur le bonheur et le bien-être des Canadiens d’aujourd’hui et des générations à venir.

John F. Helliwell, Richard Layard et Jeffrey D. Sachs, « World Happiness Report 2018 » [en anglais seulement], Sustainable Development Solutions Network, 14 mars 2018.
Karen Jeffrey, Hanna Wheatley et Saamah Abdallah, « The Happy Planet Index 2016 » [en anglais seulement], New Economics Foundation, juillet 2016.
The World Bank, « GDP per capita, PPP (current international $) » [en anglais seulement], Data.
New Economics Foundation, « Canada » [en anglais seulement], Happy Planet Index. (Ecological Footprint)

The World Bank, « GINI index (World Bank estimate) » [en anglais seulement], Data.
The World Bank, « Life expectancy at birth, total (years) » [en anglais seulement], Data.
Transparency International, « Corruption Perceptions Index 2017 » [en anglais seulement], 21 février 2018.

 

Suggestions de lecture

Gallup, Understanding How Gallup Uses the Cantril Scale [en anglais seulement].

Mariano Rojas et Joar Vittersø, « Conceptual Referent for Happiness: Cross-Country Comparisons » [en anglais seulement], Journal of Social Research & Policy, vol. 1, no 2, 2010, p. 103 à 116.

Ian Bache, Louise Reardon et Paul Anand, « Wellbeing as a Wicked Problem: Navigating the Arguments for the Role of Government », Journal of Happiness Studies, vol. 17, 2016, p. 896.

Nicholas Apergis, « The Impact of Greenhouse Gas Emissions on Personal Well-Being: Evidence from a Panel of 58 Countries and Aggregate and Regional Country Samples » [en anglais seulement], Journal of Happiness Studies, vol. 19, no 1, janvier 2018, p. 69 à 80.

Jan Ott, « Impact of Size and Quality of Governments on Happiness: Financial Insecurity as a Key-Problem in Market-Democracies » [en anglais seulement], Journal of Happiness Studies, vol. 16, no 6, décembre 2015, p. 1639 à 1647.

Nations Unies, Journée internationale du bonheur 20 mars.

OECD, Comment va la vie? 2017, Mesurer le bien-être, Résumé en français.

Ian Bache et Louise Reardon, « An Idea Whose Time has Come? Explaining the Rise of Well-Being in British Politics » [en anglais seulement], Political Studies, vol. 61, p. 909.

Richard Easterlin et coll., « The happiness-income paradox revisited » [en anglais seulement], Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, vol. 107, no 52, p. 22463 à 22468.

Indice canadien du mieux-être, Comment les Canadiens se portent-ils véritablement? Le Rapport national de l’ICM 2016, Indice canadien du mieux-être et Université de Waterloo, Ontario, 2016.

Bjørn Grinde, The Biology of Happiness, Springer, New York, 2012, p. 96.

Lorenzo Pellegrini et Luca Tasciotti, « Bhutan: Between Happiness and Horror », Capitalism Nature Socialism, vol. 25, no 3, 2014, p. 103 à 109.

[*] La Loi sur la mesure du bien-être canadien et la Loi sur la mesure du progrès réel au Canada, ont été présentée en 2001 et en 2013 respectivement.

 

Auteure : Marie Dumont, Bibliothèque du Parlement