Les feux de forêt et leurs impacts sont en augmentation au pays depuis les 20 dernières années. Cette Note de la Colline présente un portrait statistique des feux de forêt survenus au Canada depuis 2005, ainsi que des évacuations qu’ils ont causées et des personnes mobilisées pour y répondre. Les différents champs de compétences en matière de feux de forêt sont aussi résumés.
La figure 1 illustre l’évolution des zones brûlées par les feux de forêt de 2005 à 2024 à l’échelle du Canada.
Figure 1 – Zones brûlées par les feux de forêt au Canada, 2005-2024
Sources : Carte produite par la Bibliothèque du Parlement en 2025 à partir de données tirées de Ressources naturelles Canada (RNCan), Service canadien des forêts, Centre de foresterie du Nord, Edmonton, Alberta, « Composite nationale des superficies brûlées (CNSB) », Mini-entrepôt de données du Système canadien d’information sur les feux de végétation (SCIFV), base de données, consultée le 20 mai 2025; RNCan, Limites administratives au Canada – Série CanVec – Entités administratives, 1:5M, 1er mars 2019; et RNCan, Lacs, rivières et glaciers au Canada – Série CanVec – Entités hydrographiques, 1:5M, 1er mars 2019. Logiciel utilisé : Esri, ArcGIS Pro, version 3.4.2. Contient de l’information visée par la Licence du gouvernement ouvert – Canada.
Portrait statistique
La figure 2 montre que de 2005 à 2022, la situation des feux de forêt était relativement stable avec 2 129 795 hectares brûlés en moyenne chaque année. Par contre, depuis 2023, une forte hausse se dessine. Les années 2023 et 2024 sont les années les plus importantes du point de vue du nombre d’hectares brûlés depuis 2005. Ces deux années représentent 33,7 % de tous les hectares brûlés depuis 2005 et font grimper la moyenne annuelle à 2 892 068 hectares brûlés (35,8 % d’augmentation).
Figure 2 – Superficie brûlée par les feux de forêt au Canada, 2005-2024 (en millions d’hectares
Source : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement à partir de données tirées de Ressources naturelles Canada, « Base nationale de données sur les feux de forêt du Canada (BNDFFC) », consultée le 20 mai 2025.
La figure 3 présente la répartition des superficies brûlées par les feux de forêt entre 2005 et 2024 au Canada. On remarque que celles-ci se concentrent à 54,32 % dans deux provinces et un territoire : les Territoires du Nord-Ouest (21,38 %), la Saskatchewan (17,75 %) et le Québec (15,19 %).
Figure 3 – Répartition du nombre total d’hectares brûlés par province, territoire, région et agence de Parcs Canada, 2005‑2024 (en millions d’hectares)
Source : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement à partir de données tirées de Ressources naturelles Canada, « Base nationale de données sur les feux de forêt du Canada (BNDFFC) », consultée le 20 mai 2025
En moyenne, 33 631 personnes sont évacuées chaque année en raison des feux de forêt. La figure 4 montre que deux années sortent du lot : 2016, particulièrement en raison de l’incendie de Fort McMurray, et 2023, à cause de la saison record des feux de forêt. On constate aussi que le nombre de personnes évacuées en raison des feux de forêt est en augmentation : entre 2005 et 2014, 11 896 personnes étaient évacuées en moyenne chaque année et, entre 2015 et 2024, ce chiffre est passé à 55 366.
Figure 4 – Nombre de personnes évacuées en raison des feux de forêt au Canada, 2005‑2024
Source : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement à partir de données tirées de Ressources naturelles Canada, « Base nationale de données sur les feux de forêt du Canada (BNDFFC) », consultée le 20 mai 2025.
Les communautés des Premières Nations font partie des populations les plus touchées par les feux de forêt. Près de 80 % des communautés des Premières Nations qui vivent dans des réserves sont considérées comme étant à risque d’être touchées par des feux de forêt, notamment en raison de leur emplacement éloigné et de leur accès limité aux services lors des situations d’urgence. Chaque année, au pays, ces communautés font face, en moyenne, à 52 situations d’urgence en lien avec les feux de forêt. En 2023, 161 feux de forêt ont menacé leur sécurité et 90 communautés ont été évacuées.
Les personnes des Premières Nations vivant dans des réserves sont aussi davantage touchées par les évacuations que le reste de la population canadienne. Entre 2014 et 2024, 97 496 personnes des Premières Nations vivant dans des réserves ont été évacuées en raison des feux de forêt. Au total, 560 938 personnes de l’ensemble de la population canadienne ont été évacuées durant cette période, ce qui signifie que 17,38 % de toutes les personnes évacuées provenaient des communautés des Premières Nations vivant dans des réserves. Selon le recensement de 2021, les personnes des Premières Nations vivant dans des réserves ne représentent que 1,98 % de la population canadienne. La figure 5 montre que les personnes des Premières Nations vivant dans des réserves et qui ont été évacuées à cause des feux de forêt entre 2014 et 2024 étaient les plus nombreuses en Saskatchewan, en Alberta et au Manitoba.
Figure 5 – Nombre de personnes des Premières Nations vivant dans des réserves et d’autres communautés des Premières Nations admissibles évacuées en raison des feux de forêt, par province, territoire ou région, 2014-2024
Note : Les chiffres de la figure 5 concernant les Territoires du Nord-Ouest sont préliminaires et non définitifs.
Source : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement à partir de données tirées de Gouvernement du Canada, Statistiques sur les évacuations attribuables à des feux de forêt et à des inondations survenues entre le 1er avril et le 31 mars 2024.
La figure 6 montre l’évolution du nombre de personnes mobilisées pour combattre les feux de forêt de 2005 à 2024. Pendant cette période, 43 872 personnes ont été mobilisées au total. La moyenne des personnes mobilisées par année entre 2005 et 2014 était de 1 745. Cette moyenne a augmenté pour passer à 2 642 personnes mobilisées par année entre 2015 et 2024, ce qui correspond à une augmentation de 51,37 %.
Figure 6 – Nombre de personnes mobilisées pour répondre aux feux de forêt au Canada, 2005-2024
Source : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement à partir de données tirées de Centre interservices des feux de forêt du Canada, Personnel Mobilized 1982-2024 [en anglais].
Champs de compétences
L’article 92 de la Loi constitutionnelle de 1867 énumère les pouvoirs exclusifs des législatures provinciales. L’article 92A leur confère notamment le pouvoir exclusif de légiférer à l’égard de l’exploitation, de la conservation et de la gestion de leurs ressources naturelles non renouvelables et de leurs ressources forestières. La répartition des pouvoirs est complexe en raison du chevauchement des compétences provinciales et fédérales en vertu de la Loi constitutionnelle de 1867.
De plus, la Loi constitutionnelle de 1867 précise que le gouvernement fédéral a également l’autorité législative exclusive pour « les Indiens et les terres réservées pour les Indiens ». Conséquemment, le gouvernement fédéral fournit des programmes et des services aux personnes des Premières Nations vivant dans des réserves, notamment en ce qui concerne la gestion des urgences.
Les organismes provinciaux et territoriaux sont responsables de la gestion des feux de forêt dans la plupart des forêts canadiennes. Les organismes fédéraux sont, quant à eux, responsables des parcs nationaux et des bases militaires.
Aux termes de la Loi sur la gestion des urgences, le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile est chargé d’« assumer un rôle de premier plan en matière de gestion des urgences au Canada en coordonnant, au sein des institutions fédérales et en collaboration avec les gouvernements provinciaux et d’autres entités, les activités de gestion des urgences ».
Au Canada, les situations d’urgence sont d’abord gérées à l’échelle locale, puis provinciale ou territoriale. Ainsi, la gestion des situations d’urgence est partagée entre les gouvernements fédéral, provinciaux ou territoriaux, autochtones et leurs partenaires.
Échelon fédéral
Lors d’un incendie de forêt majeur, les provinces et les territoires peuvent présenter des demandes d’aide fédérale au ministre de la Sécurité publique. En 2024, le ministre a approuvé cinq demandes de ce type visant à obtenir de l’aide pour lutter contre des feux de forêt, dont trois provenaient de l’Alberta, une du Manitoba et une autre de Terre-Neuve-et-Labrador. Ces demandes ont incité le Centre des opérations du gouvernement de Sécurité publique Canada à coordonner ses efforts avec d’autres ministères afin d’adopter une approche pangouvernementale.
Par exemple, en juillet 2024, lorsque des feux de forêt se sont propagés du parc national Jasper, en Alberta, à la municipalité de Jasper, les Forces armées canadiennes ont fourni des ressources pour lutter contre les incendies et aider à l’évacuation. D’autres ministères et partenaires fédéraux, notamment Parcs Canada, le Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC) [en anglais], Services publics et Approvisionnement Canada, la Garde côtière canadienne et Emploi et Développement social Canada, étaient prêts à aider la province de l’Alberta dans le cadre de leurs mandats respectifs.
Sécurité publique Canada a joué un rôle clé en collaborant avec des organisations non gouvernementales, comme la Croix-Rouge canadienne, l’Armée du Salut, l’Ambulance Saint-Jean et l’Association canadienne des volontaires en recherche et sauvetage, dans le cadre du Programme de main-d’œuvre humanitaire, lors des feux de forêt de 2024 en Alberta et à Terre-Neuve-et-Labrador.
Collaboration entre les gouvernements provinciaux, territoriaux et fédéral
L’intervention directe en cas de feu de forêt relève de la compétence des provinces et des territoires. Les organismes provinciaux et territoriaux, comme Alberta Wildfire [en anglais], BC Wildfire Service [en anglais] et la Société de protection contre les feux de forêt , sont chargés de lutter contre les feux de forêt, de gérer les risques et de collaborer avec le CIFFC.
Le CIFFC est un organisme sans but lucratif détenu et exploité par les gouvernements provinciaux, territoriaux et fédéral. Son mandat consiste à soutenir ses membres, notamment les agences provinciales et territoriales, Parcs Canada et Ressources naturelles Canada, non seulement dans la gestion, la prévention et l’atténuation des feux de forêt, mais aussi lorsqu’ils interviennent sur le terrain.
Parcs Canada importe et exporte des ressources, du personnel et de l’équipement à destination et en provenance d’autres organismes canadiens de gestion des incendies et est le seul organisme fédéral qui gère les incendies de forêt dans les parcs nationaux et intervient sur le terrain. Ressources naturelles Canada travaille en étroite collaboration avec les provinces et les territoires afin de leur fournir un soutien technique pour la cartographie des points chauds des feux de forêt et la modélisation de la prévision du comportement des incendies.
Le CIFFC coordonne le partage des ressources (personnel, équipement et aéronefs) entre les provinces et les territoires, ainsi qu’avec les partenaires internationaux. Dans ses rapports annuels [en anglais], le CIFFC fournit également des données sur la mobilisation face aux feux de forêt qui incluent notamment les chiffres exceptionnels de la saison 2023 des feux de forêt : 7 311 personnes à l’échelle internationale et nationale ainsi que l’utilisation de 17 150 longueurs de tuyaux, 809 pompes et 46 aéronefs.
Échelon local
Selon le rapport 2024 de l’Association canadienne des chefs de pompiers [en anglais], plus de 90 % des services d’incendie canadiens avaient participé à des interventions liées à des feux de forêt en 2023, mais seulement la moitié d’entre eux étaient équipés du matériel nécessaire pour lutter contre ces incendies. De plus, seuls 18 % des services d’incendie locaux ont reçu des fonds ou du matériel de leur province ou territoire pour lutter contre les feux de forêt en 2023.
Des témoignages devant le Comité permanent des affaires autochtones et du Nord suggèrent que les services d’incendie des Premières Nations font face à des difficultés de financement qui entravent leur capacité à acheter des équipements ainsi qu’à former et à embaucher du personnel.
Comme les feux de forêt touchent de plus en plus les périphéries des zones urbaines et densément peuplées, les administrations locales peuvent demander une aide supplémentaire à leur province ou territoire respectif.
Communautés des Premières Nations vivant dans des réserves et feux de forêt
Lorsqu’une situation d’urgence liée à un feu de forêt touche une communauté des Premières Nations vivant dans une réserve, ses dirigeants utilisent toutes les ressources à leur disposition pour intervenir. Si l’urgence dépasse la capacité d’intervention de la communauté, cette dernière avise Services aux Autochtones Canada (SAC) et les autorités provinciales ou territoriales. SAC a conclu des ententes de service avec certaines provinces et certains territoires ainsi qu’avec d’autres organisations qui fournissent des services d’intervention d’urgence dans les communautés des Premières Nations vivant dans une réserve.
Dans leur témoignage devant le Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts en 2024, des représentants de certaines communautés des Premières Nations vivant dans des réserves ont indiqué que celles-ci sont exclues des activités de coordination des interventions et de prise de décisions en cas d’urgence liée à des feux de forêt.
Lectures complémentaires
Brideau, Isabelle, et al. Le partage des compétences législatives : un aperçu, publication no 2019‑35‑F, Bibliothèque du Parlement, 16 octobre 2019.
Fryer, Sara, et Olivier Leblanc-Laurendeau. Comprendre la compétence fédérale et les Premières Nations, publication no 2019-51-F, Bibliothèque du Parlement, 29 novembre 2019.
Par Nicolas Berniquez-Villemaire et Joanne Markle LaMontagne, Bibliothèque du Parlement
Catégories :Agriculture, environnement, pêches et ressources naturelles, Santé et sécurité




