Le 21 juin, Journée nationale des peuples autochtones, des communautés partout au Canada organisent des activités pour rendre hommage aux cultures et aux réalisations autochtones. Afin de souligner cette journée spéciale, la présente Note de la Colline met l’accent sur des exemples de leadership autochtone dans l’enseignement primaire et secondaire, ainsi que sur certains enjeux actuels. Partout au Canada, les peuples autochtones reprennent le contrôle de l’éducation de leurs enfants. Grâce au leadership autochtone dans l’enseignement primaire et secondaire, les élèves autochtones renouent avec leur culture, leur langue et leurs perspectives, en classe comme sur le terrain.
Aperçu de l’enseignement autochtone
L’éducation est un déterminant social de la santé et du bien-être des personnes comme des collectivités. Selon une étude, l’éducation peut faire en sorte que « les enfants, les jeunes, les adultes et les Aînés aient l’occasion de développer leurs talents dans un espace respectueux » [traduction] et que tous les membres de la collectivité puissent contribuer à la société. Les Premières Nations, les Inuits et les Métis ont leurs propres approches de l’enseignement, qui privilégient généralement un apprentissage holistique, continu, basé sur l’expérience et ancré dans les langues et les cultures autochtones.
Les modèles d’éducation autochtones ont été bouleversés par les pensionnats autochtones exploités par le gouvernement fédéral et les églises chrétiennes entre la fin des années 1800 et les années 1990. Dans ces pensionnats, les enfants n’avaient pas le droit de conserver leur culture ni de parler leur langue. L’enseignement dispensé dans ces institutions était généralement de mauvaise qualité et dénigrait intentionnellement l’histoire, la culture et les modes de vie des peuples autochtones. Les pensionnats, qui s’inspiraient de modèles européens, ont occupé une place centrale dans la stratégie d’assimilation mise en place par le gouvernement du Canada pour condamner les peuples autochtones à disparaître en tant que groupes distincts.
De nos jours, le gouvernement fédéral offre du financement pour l’éducation primaire et secondaire des élèves admissibles des Premières Nations qui vivent dans des réserves afin qu’ils puissent fréquenter une école fédérale, provinciale, privée ou des Premières Nations. La plupart des enfants des Premières Nations qui vivent dans les réserves fréquentent des écoles administrées par les Premières Nations, tandis que beaucoup d’enfants autochtones qui ne vivent pas dans les réserves fréquentent des écoles administrées par les provinces ou territoires. Certains fréquentent également des écoles dirigées par des gouvernements autochtones.
Leadership autochtone dans l’enseignement primaire et secondaire
La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones stipule que les peuples autochtones ont le droit d’établir et de diriger des systèmes et des établissements d’enseignement adaptés à leur culture. Depuis des décennies, les peuples autochtones revendiquent leur droit de régir leurs propres systèmes d’éducation. Certaines Premières Nations revendiquent leur droit à l’éducation en vertu d’un traité [en anglais]. Certaines Premières Nations [en anglais] ainsi que certains groupes inuits [en anglais] et métis ont élaboré des stratégies ou des cadres en matière d’éducation, tandis que d’autres s’efforcent d’articuler leur vision. De jeunes leaders autochtones ont souligné l’importance d’une éducation adaptée à la culture pour les élèves autochtones, ce qui comprend la participation des Aînés et des gardiens du savoir ainsi que l’apprentissage lié à la terre.
Certains peuples autochtones ont retrouvé leur compétence et leur pouvoir de légiférer en matière d’enseignement primaire et secondaire en vertu de traités modernes, d’accords sur l’autonomie gouvernementale ou d’autres types d’ententes. Les exemples ci-dessous illustrent comment certains peuples autochtones ont exercé leur pouvoir législatif en matière d’éducation, créé des commissions scolaires et proposé aux élèves une éducation adaptée à leur culture, fondée sur un mode d’apprentissage et des valeurs autochtones.
- La Convention de la Baie James et du Nord québécois de 1975 a mené à la création de commissions scolaires distinctes régies par les Cris et les Inuits. La Commission scolaire crie [en anglais] et Kativik Ilisarniliriniq, la Commission scolaire du Nunavik, ont mis en place des programmes d’enseignement primaire et secondaire qui répondent aux normes provinciales et qui sont axés, respectivement, sur le mode de vie des Cris et celui des Inuits. Kativik Ilisarniliriniq offre un enseignement en inuktitut, des cours axés sur la terre et une plateforme d’apprentissage en ligne proposant des ressources locales en inuktitut, en anglais et en français, lesquelles ont été développées notamment en partenariat avec des enseignants, des Aînés et des gardiens du savoir. La Commission scolaire crie assure l’enseignement de la langue et de la culture cries et a adapté son calendrier scolaire afin de prévoir des congés pendant la période de chasse à l’oie du printemps.
- Une entente sur l’autonomie gouvernementale [en anglais] conclue par les Premières Nations micmaques en Nouvelle-Écosse avec le gouvernement du Canada en 1997 a mené à la création de Mi’kmaw Kina’matnewey [en anglais], une commission scolaire qui appuie 12 Premières Nations micmaques dans la province. Elle conçoit des ressources pédagogiques [en anglais] et œuvre à l’amélioration de la qualité de l’éducation. Cette entente reconnaît également le pouvoir législatif des Premières Nations en matière d’éducation primaire et secondaire dans les réserves. Les écoles des 12 Premières Nations micmaques offrent des programmes culturels et linguistiques. C’est le cas notamment de l’école primaire et intermédiaire Eskasoni [en anglais] qui propose un programme d’immersion en langue micmaque aux élèves jusqu’à la quatrième année. Mi’kmaw Kina’matnewey a par ailleurs conclu une entente avec le gouvernement de la Nouvelle-Écosse [en anglais] afin d’assurer un soutien aux élèves micmacs qui fréquentent les écoles publiques provinciales et d’échanger des informations permettant de faciliter la transition des élèves d’un système à l’autre.
- L’Entente sur l’éducation de la Nation Anishinabek de 2017 conclue par 23 Premières Nations en Ontario avec le gouvernement du Canada a établi le système d’éducation Anishinabek [en anglais], qui est formé d’une société appelée Kinoomaadziwin Education Body (KEB), d’autorités locales en matière d’éducation et de conseils régionaux d’éducation. Cet accord reconnaît le pouvoir législatif des Premières Nations en matière d’enseignement primaire, élémentaire et secondaire pour les Premières Nations participantes. Le KEB distribue les fonds fédéraux destinés à l’éducation, collabore avec les Premières Nations concernées pour établir des normes en matière d’éducation (telles que les conditions d’octroi des diplômes et des certificats) et prépare des ressources pour aider les Premières Nations [en anglais] à mettre en place des programmes culturels et linguistiques et des programmes d’éducation spécialisée. Les Premières Nations ont également conclu une entente avec le gouvernement de l’Ontario en 2017 afin de faciliter la transition des élèves des écoles des Premières Nations Anishinabek vers les écoles provinciales.
- En 2022 et 2023, sept Premières Nations de la Colombie-Britannique ont signé des ententes avec le gouvernement du Canada [en anglais] en vue de la reconnaissance de leur pouvoir législatif en matière d’éducation, de la maternelle à la douzième année, sur leurs terres, conformément à une entente-cadre conclue entre les Premières Nations, le Canada et la Colombie-Britannique en 2006 ainsi qu’à une loi fédérale et à une loi provinciale [en anglais] adoptées respectivement en 2006 et 2007. Les Premières Nations qui ont conclu un accord peuvent travailler ensemble par l’entremise de la First Nation Education Authority [en anglais] pour exercer leur compétence dans des domaines comme la certification et la réglementation des enseignants et la certification des écoles des Premières Nations.
D’autres types d’ententes portent sur la prestation et la conception de services d’éducation, sans toutefois conférer aux Premières Nations le pouvoir de légiférer en matière d’éducation. Par exemple, les ententes régionales en matière d’éducation, conclues entre les Premières Nations et le gouvernement du Canada et mises en place à partir de 2019, couvrent des questions telles que les modalités de financement, les normes de service et les mécanismes de responsabilisation pour ce qui est de l’éducation de la maternelle à la douzième année. Parmi les récentes ententes régionales en matière d’éducation, mentionnons celle conclue en 2021 avec l’Elsipogtog First Nation Education Authority [en anglais] au Nouveau‑Brunswick et celle conclue en 2022 avec le Conseil en éducation des Premières Nations au Québec, qui est constitué de 22 communautés des Premières Nations dans la province.
Certaines ententes ne sont considérées ni comme des ententes régionales en matière d’éducation ni comme des ententes sur l’autonomie gouvernementale; c’est le cas, par exemple, de l’Accord de gouvernance en matière d’éducation de 2016 qui a établi le système scolaire des Premières Nations au Manitoba [en anglais]. Conçu par les Premières Nations, ce système vise à offrir aux élèves de 12 Premières Nations une éducation holistique, de qualité et adaptée à la culture. Ainsi, dans le cadre de ce système scolaire, la Première Nation de Bloodvein a travaillé avec Logics Academy pour créer une carte Minecraft qui intègre les connaissances des Aînés au paysage de Bloodvein, permettant ainsi aux élèves de renouer avec la terre dans un environnement virtuel.
Certains peuples autochtones collaborent également directement avec les gouvernements provinciaux, territoriaux ou locaux afin de concrétiser leurs aspirations en matière d’éducation dirigée par leurs propres communautés. En 2021, dix Premières Nations au Yukon ont conclu un accord avec le gouvernement territorial [en anglais] qui a permis de créer la Commission scolaire des Premières Nations [en anglais]. Cette commission scolaire gère actuellement 11 écoles où tous les élèves du Yukon, y compris des enfants qui ne sont pas membres des Premières Nations, peuvent s’inscrire. Les écoles suivent le programme scolaire de la Colombie-Britannique et y intègrent du contenu autochtone dans des matières comme les mathématiques et les sciences grâce à la participation d’Aînés et à l’inclusion d’activités culturelles sur le terrain, ainsi qu’à l’enseignement dans les langues des Premières Nations.
Grâce aux relations établies entre les peuples autochtones et les commissions scolaires, les langues et les cultures autochtones ont trouvé leur place dans les salles de classe. Par exemple, à Saskatoon, un partenariat entre la Central Urban Métis Federation et les écoles catholiques du Grand Saskatoon [en anglais] a mené à la création de la St. Michael Métis School of Excellence où la culture, les perspectives et la langue michif des Métis font partie de l’apprentissage des écoles primaires. Dans le nord du Labrador, le gouvernement du Nunatsiavut [en anglais] appuie les programmes culturels et linguistiques inuits dans les écoles primaires et secondaires.
Enjeux actuels liés à l’éducation autochtone au primaire et au secondaire au Canada
Les peuples autochtones dirigent des initiatives en matière d’éducation visant à leur redonner le contrôle de l’éducation autochtone, à soutenir la réussite des élèves autochtones et à éliminer les écarts de longue date entre les élèves autochtones et non autochtones en matière de niveau de scolarité. Statistique Canada recueille des données auprès des personnes qui s’identifient comme Autochtones sur l’achèvement des études secondaires. La figure 1 illustre les données recueillies.
Figure 1 – Évolution de la proportion de personnes s’identifiant comme des Autochtones et de Non-Autochtones, entre 25 et 64 ans, ayant au moins un diplôme d’études secondaires, entre 2001 et 2021, au Canada
Source : Tableau préparé par la Bibliothèque du Parlement à partir de données tirées de Gouvernement du Canada, Une mise à jour des écarts socioéconomiques entre les peuples autochtones et la population non autochtone au Canada : Points saillants du recensement de 2021.
La Commission de vérité et de réconciliation du Canada souligne que les écarts en matière de niveau de scolarité des enfants des Premières Nations peuvent s’expliquer par un certain nombre de facteurs, notamment le manque de fonds fédéraux pour l’éducation des Premières Nations et la méfiance envers le système scolaire découlant des séquelles laissées par les pensionnats autochtones synonymes, entre autres, de présence forcée et d’abus.
Selon les recherches, la mesure du niveau de scolarité et de l’apprentissage, notamment à l’aide des taux d’achèvement des études secondaires, ne rend pas suffisamment compte de la valeur de l’apprentissage basé sur l’expérience et holistique ou des activités éducatives traditionnelles. De novembre 2013 à mai 2015, le Centre de gouvernance de l’information des Premières Nations [en anglais] a mené une enquête afin d’évaluer l’état actuel de l’apprentissage chez les jeunes des Premières Nations âgés de 12 à 17 ans à l’aide d’indicateurs tels que l’apprentissage auprès des Aînés et la connaissance et l’utilisation d’une langue des Premières Nations. Cette enquête a notamment révélé que « la plupart [des jeunes des Premières Nations] ont souvent déclaré avoir appris leur langue auprès d’enseignants ou de membres du personnel scolaire (60,8 %), de leurs grands-parents (53,5 %) et de leurs parents ou de leurs tuteurs (49,9 %) » [traduction].
Lectures additionnelles
Centre national de collaboration en éducation autochtone. Pour le maintien de nos traditions.
Université du Manitoba, Centre national pour la vérité et la réconciliation. Rapports de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.
Par Brittany Collier, Bibliothèque du Parlement
Catégories :Affaires autochtones, Affaires sociales et communautaires, Éducation, langue et formation
