Résilience à l’écran – L’apport des cinéastes inuits, métis et des Premières Nations

(Available in English: Resilience on Screen – Contributions of First Nations, Inuit and Métis filmmakers)

Au Canada, le 21 juin est la Journée nationale des peuples autochtones. Partout au pays, des activités ont lieu pour célébrer les cultures et les apports des peuples autochtones à la société canadienne. Cette Note de la Colline présente l’œuvre de cinéastes inuits, métis et des Premières Nations, de même que leurs projets de création de compagnies de production, de festivals et de réseaux de distribution autochtones.

Les Autochtones et l’industrie cinématographique

Les récits autochtones sont transmis par tradition orale d’une génération à l’autre et ont pour thèmes les langues, les cultures et les terres autochtones. Des politiques canadiennes qui visaient à assimiler les Autochtones et à supprimer leurs cultures et leurs langues, comme le système des pensionnats, ont affecté l’expression culturelle autochtone [en anglais].

Des cinéastes non autochtones ont dépeint des stéréotypes nuisibles et ont porté à l’écran des interprétations inexactes des récits autochtones. Les westerns hollywoodiens ont présenté des images négatives [en anglais seulement] des Autochtones des États-Unis, dont le rôle était parfois joué par des Autochtones. Dans des films comme Pocahontas, les femmes et les filles autochtones sont « déshumanisées et hypersexualisées, et leur rôle est purement passif ». Ces films ont conditionné la perception qu’ont les Canadiens [en anglais] des Autochtones et contribué à l’incompréhension et à la discrimination [en anglais].

Aujourd’hui, des cinéastes inuits, métis et des Premières Nations mettent en lumière la force et la résilience de leurs communautés. Le cinéma autochtone présente au monde entier des perspectives essentielles, des cultures et des langues tout en dénonçant des stéréotypes [en anglais].

Les apports des cinéastes autochtones

Dans les années 1960, l’Office national du film (ONF) a financé et produit des films autochtones en formant une équipe de tournage des Premières Nations, dont le premier film, The Ballad of Crowfoot [en anglais] (1968) , a été dirigé par le réalisateur et chanteur folk micmac Willie Dunn. Cette œuvre est souvent qualifiée de premier vidéoclip canadien. Ces gens sont mon peuple (1969), premier film réalisé entièrement par une équipe des Premières Nations, aborde les relations entre les Autochtones et les colons.

Image du chef Crowfoot tirée du film The Ballad of Crowfoot

Image du chef Crowfoot tirée du film The Ballad of Crowfoot. Source : Office national du film du Canada, Willie Dunn, The Ballad of Crowfoot.

Des cinéastes inuits, métis et des Premières Nations ont réalisé des documentaires primés ainsi que de longs et courts métrages sur des questions d’importance pour leurs communautés :

Affiche - Kanehsatake : 270 ans de résistance.

Source : Office national du film du Canada, Kanehsatake : 270 ans de résistance.

  • À la recherche de Dawn (2006) est un documentaire de la réalisatrice métisse Christine Welsh sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Il raconte l’histoire de trois de ces femmes [en anglais] (Ramona Wilson, Daleen Bosse et Dawn Cray) à travers des entrevues réalisées auprès de membres de leurs familles et de leurs amis.

Image tirée du documentaire À la recherche de Dawn.

Image tirée du documentaire À la recherche de Dawn. Source : Office national du film du Canada, Christine Welsh.

  • Inuk en colère (2016) est un documentaire de la réalisatrice inuite Alethea Arnaquq-Baril [en anglais], qui aborde les répercussions économiques et sociales subies par les communautés inuites à la suite de l’interdiction de la chasse au phoque par l’Union européenne.

Affiche - Inuk en colère

Source : Office national du film du Canada, Inuk en colère.

  • Fire Song [en anglais] (2015) est un long métrage du réalisateur bispirituel cri, métis et danois Adam Garnet Jones. Il relate l’expérience d’un adolescent anishinaabe qui, après le suicide de sa sœur, reporte son déménagement à la ville pour s’occuper de sa famille.

Image tirée de Fire Song

Image tirée de Fire Song. Source : Adam Garnet Jones, Fire Song.

  • Langue Leçons (2020) est un court métrage de la réalisatrice innue Karen Pinette Fontaine sur son expérience de l’apprentissage de la langue innu-aimun dans un milieu urbain.

Films mettant en vedette les langues et les cultures inuites, métisses et des Premières Nations :

Image tirée d'Atanarjuat: The Fast Runner

Image tirée d’Atanarjuat: The Fast Runner. Source : Office national du film du Canada, Atanarjuat: The Fast Runner.

Image tirée de Sgaawaay K'uuna (L’arête du couteau). 

Image tirée de Sgaawaay K’uuna (L’arête du couteau). Source : Isuma, Sgaawaay K’uuna (L’arête du couteau)

Image tirée de Sgaawaay K'uuna (L’arête du couteau). Image tirée de Sgaawaay K’uuna (L’arête du couteau). Source : Isuma, Sgaawaay K’uuna (L’arête du couteau)

Des réalisateurs autochtones ont exprimé leur créativité dans différents genres, dont le film d’horreur, explorant le colonialisme et l’histoire des relations entre les Autochtones et les colons au Canada :

D’autres réalisateurs autochtones ont raconté leurs histoires par le film d’animation :

  • The Lodge [en anglais] (2014) est un film d’animation en prise de vues image par image créé par la réalisatrice métisse Terril Calder. Dans la nature canadienne, Pearl Simpson, épouse de guerre, veut devenir reine des animaux qui l’entourent. Mais les Manitous ont d’autres idées en tête.
  • Œuvre de la réalisatrice inuite Nadia Mike, Ukaliq and Kalla Go Fishing [en anglais] (2017) est un court métrage d’animation mettant en vedette Ukaliq, le lièvre arctique, et Kalla, le lemming. Au cours d’un voyage de pêche sur la glace, Kalla communique ses connaissances à Ukaliq, qui n’est pas préparé pour la chasse.

Distribution, compagnies de production et festivals autochtones

Le secteur privé cherchant avant tout à être rentable, le financement est souvent dirigé vers les productions commerciales. Ce modèle ne tient pas compte d’autres formes de distribution importantes pour les cinéastes autochtones, comme les projections communautaires. Pour montrer leurs films, les créateurs autochtones ont mis en place leurs propres mécanismes de distribution, compagnies de production et festivals. Ils ont aussi conçu des protocoles sur la façon d’aborder les cultures, les concepts et les histoires autochtones.

Des télédiffuseurs spécialisés, comme le Réseau de télévision des peuples autochtones et l’Inuit Broadcasting Corporation [en anglais], présentent du contenu inuit, métis et des Premières Nations.

Première compagnie de production inuite indépendante, Isuma Productions, à Igloolik, a été fondée en 1990. La compagnie, qui réalise des productions pour les médias communautaires [en anglais], a aussi créé IsumaTV [en anglais], une plateforme multimédia présentant des films autochtones de partout dans le monde.

Arnait Video Productions [en anglais] produit des films tournés par des réalisatrices inuites. La compagnie de télévision et de production cinématographique autochtone Rezolution Pictures International [en anglais] a produit des films tels que Reel Injun [en anglais], un documentaire sur l’évolution de la représentation des Premières Nations dans les films hollywoodiens. Wookey films est une compagnie de production franco-métisse spécialisée dans les documentaires et les séries télévisées.

Les créateurs autochtones ont aussi mis sur pied leurs propres festivals, comme le Festival du film et des arts médiatiques imagineNATIVE [en anglais], qui est le plus grand festival du film autochtone au monde

Soutien à la prochaine génération de cinéastes autochtones

Les outils de narration numériques fournissent un mécanisme de guérison [en anglais seulement] et un moyen pour les jeunes Autochtones de raconter leurs histoires et leurs expériences [en anglais]. Wapikoni Mobile est un studio ambulant qui se déplace entre les communautés autochtones pour former des jeunes à la réalisation de films et à l’enregistrement musical. Dans un projet de l’Université de Victoria [en anglais] qui a pris fin en 2012 [en anglais], de jeunes Autochtones ont utilisé des médias numériques pour raconter les stratégies employées par des membres de leur famille et de leur communauté pour survivre aux pensionnats.

Les Autochtones ont créé des instituts pour former la prochaine génération de réalisateurs. En 2002, la réalisatrice crie Shirley Cheechoo a fondé le Weengushk Film Institute [en anglais], centre de formation en production cinématographique et télévisuelle pour les jeunes Autochtones. En 2012, l’acteur saulteaux Adam Beach a fondé l’Adam Beach Film Institute [en anglais] pour enseigner le métier de cinéaste aux jeunes Autochtones.

Après des années de revendication autochtone [en anglais], le Bureau de l’écran autochtone a été créé en 2017 pour soutenir les raconteurs cinématographiques autochtones. Le Bureau diffuse de l’information sur les programmes offerts par les établissements d’enseignement et propose une base de données [en anglais] permettant de mettre en relation les créateurs autochtones et les compagnies de production, les organismes et autres intervenants. Par ces initiatives et d’autres encore, les Autochtones offrent à une nouvelle génération de cinéastes l’occasion de porter leurs histoires à l’écran.

Lectures complémentaires

Marcia Nickerson, Supporting & Developing the Indigenous Screen‐based Media Industry in Canada: A Strategy, préparé pour le Fonds des médias du Canada, décembre 2016 [en anglais].

Marcia Nickerson, Protocoles et chemins cinématographiques : Un guide de production médiatique pour la collaboration avec les communautés, cultures, concepts et histoires des peuples des Premières nations, Métis, et Inuit, préparé pour imagineNATIVE, 15 mai 2019.

Danis Goulet et Kerry Swanson, Indigenous Feature Film Production in Canada: A National and International Perspective, préparé pour imagineNATIVE, octobre 2013 [en anglais].

Office national du film du Canada, Cinéma autochtone et Le cinéma autochtone à l’ONF : un aperçu.

Auteure : Brittany Collier, Bibliothèque du Parlement