La pandémie de COVID-19 et l’environnement

Le 27 mai 2020, 11h20

(Available in English: The COVID-19 Pandemic and the Environment)

Les crises financières, les pandémies, les conflits internationaux et les incidents environnementaux ont tous déjà eu des répercussions sur l’économie canadienne dans le passé, causant parfois des ralentissements économiques importants. Les changements comportementaux susceptibles de s’opérer après de tels événements, comme la diminution des déplacements et de l’activité industrielle, peuvent aller de pair avec d’importants changements environnementaux.

La présente publication met en lumière les interactions entre l’environnement et la pandémie de COVID-19.

La dégradation de l’environnement, la transmission de la COVID-19 et le taux de mortalité

Selon l’Organisation mondiale de la santé, toutes les données disponibles à présent laissent entendre que le virus qui cause la COVID-19 a été transmis [en anglais seulement] des animaux à l’humain. La dégradation de l’environnement semble être un facteur important de ces transmissions.

Des recherches récemment publiées dans la revue Proceedings of the Royal Society B (Biological Sciences) démontrent que les activités humaines à l’origine du déclin des espèces sauvages, comme la dégradation et la perte des habitats, la chasse et le commerce illégal d’animaux sauvages, facilitent la transmission des virus des animaux à l’humain [en anglais seulement]. De plus, les recherches démontrent que le risque de transmission de virus est haut pour les espèces qui ont élargi leur aire de répartition en s’adaptant à des endroits dominés par les humains. Ceci suggère que les initiatives de conservation qui réduisent les interactions entre les humains et les espèces sauvages pourraient se révéler vitales pour prévenir de futures pandémies dues aux virus que transportent les animaux sauvages.

La dégradation de l’environnement peut aussi contribuer à l’impact des maladies respiratoires sur la santé, tel que la COVID-19. Les particules fines de pollution atmosphérique, qui résultent de la combustion de carburant par les véhicules et les installations industrielles, sont déjà liées à un risque plus élevé de décès attribuable à d’autres maladies respiratoires et cardiovasculaires. En ce qui a trait à la COVID-19, les études préliminaires démontrent des tendances semblables. Par exemple, une étude de l’École de santé publique T.H. Chan de Harvard portant sur 3 080 comtés des États-Unis a établi un lien entre l’exposition à long terme aux particules fines de pollution atmosphérique et la probabilité accrue de mourir de la COVID-19 [en anglais seulement]. De même, une étude de l’Université Martin Luther de Halle-Wittenberg en Allemagne a révélé que 78 % des décès dus au coronavirus en Italie, en Espagne, en France et en Allemagne sont survenus dans les régions où la pollution atmosphérique par le dioxyde d’azote est la plus importante [en anglais seulement]. De tels liens entre la pollution atmosphérique et les conséquences des pandémies sur la santé publique montrent les avantages, outre la qualité de l’environnement, de réduire la pollution.

La réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’autres polluants atmosphériques durant les grands ralentissements économiques

L’Organisation météorologique mondiale rappelle que même si les crises économiques précédentes ont entraîné une diminution des émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’échelle mondiale, elles ont souvent été suivies de reprises qui ont fait augmenter les émissions à des niveaux plus élevés qu’avant les crises.

Par exemple, pendant la « Grande Récession » qui a suivi la crise financière mondiale de 2007-2008, les émissions mondiales de dioxyde de carbone provenant de combustibles fossiles et de la production de ciment ont diminué de 1,4 % [en anglais seulement]. Toutefois, ces réductions à court terme ont été plus qu’annulées à la reprise; en effet, les émissions annuelles de GES étaient plus élevées que jamais en 2010 (voir figure 1). The Economist explique la situation comme suit :

[…] selon les analyses, l’augmentation des émissions après la crise de 2008 était surtout due à la croissance rapide de certaines grandes économies émergentes, notamment celles de la Chine et de l’Inde. La faiblesse des prix des combustibles fossiles en est en partie la cause. Mais elle s’explique aussi par les plans de relance qui visaient délibérément à promouvoir les secteurs d’activité à forte intensité de carbone, comme la construction [traduction].

Figure 1 — Émissions mondiales de gaz à effet de serre, 1990 à 2016; indiquant la dernière crise économique et les principaux accords de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

Le graphique illustre les émissions de gaz à effet de serre totales dans le monde de 1990 à 2016. Les émissions s’élèvent à 35 000 mégatonnes d’équivalent de dioxyde de carbone en 1990 et augmentent progressivement jusqu’à un peu moins de 50 000 mégatonnes d’équivalent de dioxyde de carbone en 2016. Le graphique montre aussi les principaux accords signés dans le contexte de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques : la Déclaration de Rio en 1992, le Protocole de Kyoto en 1997, l’Accord de Copenhague en 2009 et l’Accord de Paris en 2015. La Grande Récession qui a commencé en 2007 2008 y figure également. Le graphique montre que même si les émissions ont augmenté au cours des années précédentes, elles sont restées stables de 2008 à 2009 pendant le ralentissement économique. Ce changement n’a toutefois été que de courte durée puisque, dès 2009-2010, les émissions ont repris à la hausse.

Source : Figure préparée par les auteures à l’aide de PiktoChart et de renseignements provenant de ClimateWatch, Historical GHG Emissions [en anglais seulement].
Note 1 : La Grande Récession s’est échelonnée de décembre 2007 à juin 2009 aux États-Unis, mais de novembre 2008 à mai 2009 au Canada.
Note 2 : Mt d’éq. CO2 fait référence aux mégatonnes de gaz à effet de serre mesurées en équivalents de dioxyde de carbone. Les équivalents de dioxyde de carbone sont calculés en multipliant les émissions de chaque gaz à effet de serre par le potentiel de réchauffement de la planète de ce gaz.

De nombreux pays ont mis en place des mesures durant la pandémie de COVID-19 qui limitent les déplacements et les rassemblements publics afin de réduire la propagation du virus. En conséquence, selon l’Association du transport aérien international, en date du 12 avril 2020, les vols intérieurs avaient diminué de 70 % dans le monde [en anglais seulement] depuis le début de la pandémie de COVID-19. Les rencontres virtuelles, par opposition aux longs déplacements professionnels, commencent à être considérées par certains comme la « nouvelle norme ». Si elles se poursuivent après la pandémie, certaines émissions connexes pourraient donc rester réduites.

Atteindre les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre et assurer une transition vers une économie à faibles émissions de carbone tout au long de la pandémie de COVID-19 et lors de la reprise

La pandémie de COVID-19 coïncide avec une urgence d’agir encore plus grande que lors de la Grande Récession (2007‑2008). Comme le montre la figure 1, la signature d’accords internationaux (p. ex. l’Accord de Paris) n’a pas encore permis de réduire de manière significative les émissions aux niveaux recommandés par la majorité des climatologues.

Dans son Rapport spécial sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C, publié en 2018, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a fait savoir que la communauté mondiale devra faire face à des conséquences bien plus graves si elle ne réduit pas les émissions de GES pour prévenir un réchauffement de 2 °C au-dessus des niveaux préindustriels. Parmi les exemples cités, mentionnons la perte d’écosystèmes entiers, la quasi-extinction des récifs coralliens et le déplacement de 10 millions de personnes supplémentaires.

Le GIEC recommande vivement aux pays de limiter leurs émissions de GES afin que le réchauffement climatique ne dépasse pas 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Pour y parvenir, les pays doivent réduire leurs émissions de dioxyde de carbone de 45 % par rapport au niveau de 2010 d’ici 2030 et ils doivent atteindre la cible nette de zéro vers 2050, ce qui nécessitera des transitions « rapides et profondes » dans les domaines de l’utilisation des sols, de l’énergie, des industries, des bâtiments, des transports et des villes. Le GIEC souligne que ces efforts, qui permettront d’améliorer la qualité de l’air par la réduction des émissions, incluant celles du dioxyde de carbone, « apporteront également des bienfaits directs et immédiats pour la santé de la population ».

Selon l’Organisation météorologique mondiale, la réduction temporaire des émissions de GES que pourrait entraîner la COVID-19 ne remplace pas l’action durable nécessaire à l’atténuation des conséquences de plus en plus importantes des changements climatiques, comme la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes.

De nombreux pays ont exprimé leur intention de passer à une économie à faibles émissions de carbone dans le cadre de leurs plans pour l’atteinte des objectifs de réduction des GES établis dans l’Accord de Paris. De plus, les organisations internationales ont vivement conseillé aux dirigeants de ne pas perdre de vue cet objectif au sortir de la pandémie de COVID-19.

La directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, nous invite à voir dans la crise provoquée par la pandémie de COVID-19 une occasion de stimuler la reprise économique d’une manière qui soit écologique, qui résiste aux changements climatiques et qui tienne compte de l’égalité des sexes [en anglais seulement]. De même, dans son discours pour le 50e anniversaire de la Journée de la Terre, Patricia Espinosa, chef onusienne du climat, a invité les pays à se lancer dans une reprise économique durable après la pandémie de COVID-19 [en anglais seulement]. Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, a quant à lui demandé que la relance économique après la COVID-19 mette l’accent sur les énergies propres [en anglais seulement], car la menace posée par les changements climatiques « nous obligera à réduire considérablement les émissions mondiales au cours de la prochaine décennie ».

Auteures : Sarah Yakobowski, Daniele Lafrance et Alison Clegg, Bibliothèque du Parlement