Comprendre l’intelligence artificielle – Perspectives canadiennes

(Available in English: Understanding Artificial Intelligence – Canadian Perspectives)

L’intelligence artificielle (IA) transforme nos vies, nos emplois et nos loisirs. Cette technologie transformatrice peut avoir des répercussions sur la fabrication, le transport, la sécurité nationale, la prestation de soins de santé et d’autres services publics ou privés.

Issues des progrès constants dans la recherche sur l’IA, les applications actuelles comprennent l’analyse prédictive, le traitement du langage naturel (compréhension et génération de discours et de textes « humains »), la reconnaissance d’images et la robotique avancée. L’IA est même utilisée par certains médias pour rédiger des nouvelles.

L’IA est partout, depuis les fils d’actualité des médias sociaux jusqu’aux appareils de navigation, en passant par les achats en ligne. En voici d’autres exemples connus :

  • les publicités ciblées en fonction de l’utilisation des moteurs de recherche;
  • les suggestions personnalisées sur les plateformes de diffusion vidéo et d’achats en ligne;
  • les assistants virtuels sur les appareils intelligents, comme Siri (Apple) ou Alexa (Amazon).

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle?

L’intelligence artificielle, terme imaginé en 1955 par John McCarthy, professeur à l’Université de Dartmouth, renvoie à la reproduction des capacités cognitives et prédictives humaines par des moyens artificiels. Le Canada contribue à l’avancement de l’IA depuis les années 1970 et, aujourd’hui, il est un chef de file dans plusieurs sphères de la recherche sur l’IA.

L’un des principaux types d’IA est l’« apprentissage machine », qui « permet aux systèmes informatiques d’apprendre et de faire des prédictions à partir de données historiques » [traduction], avec un minimum d’intervention humaine. Autrement dit, un tel système est « capable d’améliorer ses performances au fil du temps en s’entraînant lui-même à l’aide de méthodes d’analyse de données et de modélisation analytique » [traduction].

Le rôle de l’informatique quantique

L’informatique traditionnelle emploie des informations stockées sous forme binaire, c’est-à-dire des 1 et des 0. Or, en informatique quantique, l’information peut être stockée en tant que 1 ou 0, ou encore une « superposition » des deux (puisque les systèmes quantiques peuvent être dans plusieurs états simultanément). Si cette technologie se concrétise, la puissance de traitement pourrait se multiplier de manière exponentielle, ce qui pourrait faire avancer rapidement le développement de l’intelligence artificielle.

Bien que la quantité d’informations produites, collectées et cataloguées augmente rapidement, les technologies actuelles de traitement des données sont de plus en plus limitées dans leur capacité à analyser toute l’étendue de ces données (et donc à s’en servir pour « apprendre »). En revanche, associée à l’IA, l’immense puissance de calcul de l’informatique quantique pourrait offrir de nouvelles solutions à des problèmes hypercomplexes dans d’innombrables domaines, dépassant de loin les capacités informatiques actuelles.

Répercussions économiques

Compte tenu de son potentiel, l’IA pourrait avoir de profondes répercussions sur de nombreux aspects de l’économie et de la société canadiennes. Par exemple, elle pourrait mener à une amélioration de la logistique dans les transports, à des traitements médicaux adaptés à chacun, à des prévisions météorologiques avancées et à des campagnes de marketing ciblées avec précision. À l’échelle mondiale, l’IA pourrait avoir des répercussions économiques de l’ordre de 7 000 à 13 000 milliards de dollars d’ici 2025.

Par contre, l’IA pourrait aussi exposer l’économie canadienne et sa main-d’œuvre à des risques. Depuis des décennies, les intervenants craignent que l’automatisation entraîne l’élimination d’une grande partie des emplois actuels. Les experts ne s’entendent pas sur l’ampleur de cette transformation, ce qui se traduit par des divergences importantes dans les analyses et les opinions sur cet enjeu. Certains ont aussi formulé des mises en garde contre l’IA, soutenant qu’elle pourrait avoir des répercussions négatives si elle est utilisée dans un but malveillant.

Implications-of-AI-portrait_FR

Investissements du gouvernement du Canada

En 2016, le gouvernement fédéral a investi dans la recherche sur l’IA dans le cadre du Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada. Dans son budget de 2017, il a annoncé la Stratégie pancanadienne en matière d’intelligence artificielle, un investissement de 125 millions de dollars. En 2018, les trois conseils subventionnaires du Canada ont quant à eux lancé un appel spécial de 6 millions de dollars pour de la recherche sur les répercussions de l’IA sur le secteur de la santé. Le gouvernement fédéral fournit également un appui à l’Institut Périmètre d’informatique quantique et à d’autres travaux de recherche scientifique au Canada.

Le rôle du Parlement du Canada

L’IA aura une incidence sur plusieurs des domaines de législation et de gouvernance du gouvernement fédéral, et le Parlement du Canada a commencé à en prendre note. En octobre 2017, le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie a présenté un rapport intitulé Défi en vue : Intégrer les technologies de la robotique, de l’intelligence artificielle et de l’impression en 3D dans les systèmes canadiens de soins de santé. De même, en janvier 2018, le Comité sénatorial permanent des transports et des communications a publié un rapport intitulé Paver la voie: technologie et le futur du véhicule automatisé.

Bon nombre de domaines stratégiques du gouvernement fédéral et de lois s’y rapportant pourraient être touchés par l’IA, dont les suivant :

  • la sécurité nationale – terrorisme, cyberattaques (Loi sur la défense nationale, Loi sur le Service canadien du renseignement de sécurité, Loi sur le Centre de la sécurité des télécommunications (à l’étude));
  • le droit interne et l’ordre public (Code criminel, Loi sur le recyclage des produits de la criminalité et le financement des activités terroristes, Loi sur la preuve au Canada);
  • la sécurité des personnes – mesures de protection contre les préjudices personnels, normes de conception et de fabrication (Code criminel, Règlement sur les instruments médicaux);
  • la vie privée – protection ou utilisation des renseignements personnels (Loi sur la protection de l’information, Loi sur la protection des renseignements personnels, Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques);
  • les soins de santé – renseignements personnels, accès équitable aux services (Loi canadienne sur la santé);
  • le transport – accès équitable aux corridors, traitement équitable des passagers (Loi sur les transports au Canada, Loi sur la sécurité automobile);
  • le commerce – concurrence, accès équitable au marché, prix équitables (Loi sur la concurrence).

L’IA risque fort de transformer le Canada et le monde en profondeur, au même titre que l’ont fait les réseaux ferroviaires, la révolution industrielle et Internet. De plus, à mesure que l’IA continuera d’évoluer et de se tailler une place dans notre quotidien, il faudra sans doute aussi se pencher sur ses implications en matière de responsabilisation, d’accessibilité (coûts, littératie numérique) et d’éthique, sans oublier les enjeux économiques, juridiques et en matière de sécurité. Ce faisant, le Canada sera mieux préparé pour s’adapter aux avantages et aux défis découlant de l’intelligence artificielle.

Suggestions de lecture

Brookfield Institute for Innovation + Entrepreneurship et coll., AI + Public Policy: Understanding the Shift, mars 2018.

HEC Montréal, Canada’s impending AI revolution and the opportunity for Canadian business, présentation PowerPoint, février 2017.

Conseil des technologies de l’information et des communications, L’intelligence artificielle au Canada – Où en sommes-nous?, avril 2015.

Nota – La Bibliothèque du Parlement publiera d’autres documents sur l’IA.

Auteur : Dillan Theckedath, Bibliothèque du Parlement