Les femmes au Parlement du Canada

(Available in English: Women in the Parliament of Canada)

L’élection générale fédérale de 1921 est un jalon important pour les femmes en politique au Canada : c’est lors de cette élection que la majorité des femmes ont pu exercer leur droit de vote pour la première fois dans une élection fédérale et qu’une première femme a été élue députée.

Dans son rapport publié en décembre 1970, la Commission royale d’enquête sur la situation de la femme au Canada affirmait qu’« [a]ucun pays ne peut prétendre avoir donné aux femmes une situation égale tant que le gouvernement appartient entièrement aux hommes ». À l’époque, un seul des 264 sièges à la Chambre des communes était occupé par une femme, tandis que 6 des 91 sièges au Sénat étaient occupés par des femmes. Depuis, le nombre de femmes au Parlement du Canada n’a cessé d’augmenter et le rôle des Canadiennes en politique électorale est devenu de plus en plus important. Malgré cela, les femmes demeurent sous-représentées au sein de tous les ordres de gouvernement au Canada.

Les femmes à la Chambre des communes

Lors de l’élection fédérale de 1921, quatre femmes s’étaient portées candidates, mais seule Agnes Campbell Macphail a été élue, devenant ainsi la première femme à siéger à la Chambre des communes. Elle a été la seule femme députée durant près de 14 ans. Ce n’est que lors de l’élection générale fédérale de 1935 qu’une autre femme, Martha Louise Black, a été élue. Depuis la première élection générale fédérale, en 1867, 352 femmes ont été élues à la Chambre des communes, représentant ainsi 7,8 % de tous les députés.

Selon des données reçues d’Élections Canada, lors de la 43e élection générale fédérale, tenue en octobre 2019, 736 des 2 146 candidats étaient des femmes – du jamais vu, tant pour le nombre de candidates que pour la proportion de femmes parmi tous les candidats (voir figure 1).

Qui plus est, des données ont été collectées relativement aux identités de genre des candidats autres que « homme » ou « femme » pour la première fois lors de la dernière élection. Selon Élections Canada, cinq candidats ont indiqué s’identifier à une autre identité de genre et 19 candidats n’ont pas précisé leur identité de genre.

Figure 1 – Représentation des candidates lors d’élections générales fédérales

La figure 1 présente des informations sur la représentation des femmes candidates lors des élections générales fédérales depuis 1968. L’axe vertical présente le pourcentage de femmes parmi les candidats, et l’axe horizontal présente les années au cours desquelles une élection générale fédérale a eu lieu. Pour chaque élection, le nombre de candidates est également donné. La figure 1 montre une tendance à la hausse dans la représentation des femmes parmi les candidats depuis 1968, passant de 4 % en 1968 à 34 % en 2019.

Source : Figure préparée par l’auteure à partir de données obtenues auprès d’Élections Canada le 2 décembre 2019; de données tirées de Parlement du Canada, « Candidates aux élections générales », Parlinfo; et Parlement du Canada, « Élections et candidats », Parlinfo.

Selon les données provisoires disponibles pour la 43e élection générale fédérale, approximativement 30 % des circonscriptions électorales ne comptaient aucune ou qu’une seule femme candidate. En comparaison, approximativement 3 % des circonscriptions électorales ne comptaient aucun ou qu’un seul homme candidat.

Le jour du scrutin, 98 des 338 sièges (29 %) à la Chambre des communes ont été remportés par des femmes. Il s’agit d’ailleurs d’une proportion record (voir figure 2). Cela dit, la cible de 30 % à 35 % établie par la Commission de la condition de la femme des Nations Unies pour assurer une « masse critique » de femmes à la Chambre des communes n’est pas atteinte; l’élection de quatre autres femmes aurait été nécessaire pour atteindre cette cible.

Figure 2 – Représentation des femmes parmi les candidats élus lors d’élections générales fédérales

La figure 2 présente des informations sur la représentation des femmes parmi les candidats élus lors des élections générales fédérales depuis 1968. L’axe vertical présente le pourcentage de femmes parmi les candidats élus, tandis que l’axe horizontal présente les différentes années au cours desquelles une élection générale fédérale a eu lieu. Pour chaque élection, le nombre de femmes élues est également donné. La figure 2 montre une tendance à la hausse dans la représentation des femmes parmi les candidats élus lors d’élections depuis 1967, au niveau tant de la proportion que du nombre de femmes élues. En 1968, une femme a été élue (0,4 % des candidats élus), tandis que 98 femmes ont été élues en 2019 (29 % des candidats élus).

Source : Figure préparée par l’auteure à partir de données tirées de Parlement du Canada, « Candidates aux élections générales », Parlinfo; et Parlement du Canada, « Élections et candidats », Parlinfo.

Si les femmes sont sous-représentées à la Chambre des communes, cela est aussi vrai lorsque l’on analyse la représentation d’autres groupes de la population. Par exemple, 3,1 % des députés de la 42e législature étaient autochtones, bien que les Autochtones représentent plus de 5 % de la population du Canada. De plus, les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transgenres ont historiquement été sous-représentées en politique électorale au Canada.

Les femmes au Sénat du Canada

À la suite de la contestation judiciaire lancée en 1927 (connue comme l’affaire « personne »), par les Célèbres cinq (Nellie McClung, Henrietta Muir Edwards, Louise McKinney, Emily Murphy et Irene Parlby) pour faire reconnaître les femmes comme des « personnes » au sens de la Loi de 1867 sur l’Amérique du Nord britannique, les femmes ont obtenu le droit de siéger au Sénat du Canada. C’est ainsi que l’honorable Cairine Reay Wilson est devenue, en 1930, la première femme nommée au Sénat.

Depuis les années 1980, la représentation des femmes au Sénat du Canada est plus élevée qu’à la Chambre des communes. En date du 14 janvier 2020, des femmes occupaient 48 des 100 sièges occupés (48 %) à la Chambre rouge.

Pourquoi les femmes sont-elles sous-représentées en politique électorale?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer la sous-représentation des femmes en politique électorale, notamment :

  • L’intérêt de se porter candidate : Selon des recherches, les filles sont socialisées différemment des garçons, ce qui pourrait expliquer pourquoi les femmes peuvent, en raison des stéréotypes sexospécifiques, avoir de la difficulté à s’imaginer elles-mêmes comme des candidates potentielles.
  • Les procédures de nomination des candidats : La nature imprévisible des courses à l’investiture (moment du déclenchement, durée, etc.) et le fait que leurs règles soient parfois peu claires ou difficilement accessibles pour les personnes qui ne sont pas déjà impliquées en politique peuvent expliquer en partie la sous‑représentation des femmes parmi les candidats à ces courses (p. 18) [en anglais seulement].
  • La violence envers les femmes en politique : Les femmes en politique peuvent être victimes de violence psychologique et physique en raison de leur sexe ou de leur identité de genre. Selon l’Union interparlementaire, cela peut décourager les femmes de se lancer en politique, les empêcher d’accéder à des postes de leadership au sein des parlements, nuire à leur capacité à remplir leur mandat et les pousser à se retirer du milieu politique.

En 2016, le Comité pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes des Nations Unies a publié un rapport dans lequel il a présenté ses observations finales concernant les plus récents rapports périodiques du Canada et recommandé que le gouvernement du Canada redouble d’efforts afin d’augmenter la représentation des femmes dans les différents organes de prise de décision.

Quelles initiatives ont été menées durant la 42e législature pour contribuer à améliorer la représentation des femmes au Parlement du Canada?

Plusieurs initiatives ont été menées durant la 42e législature afin d’augmenter la représentation des femmes au Parlement du Canada. Par exemple, en avril 2019, le Comité permanent de la condition féminine de la Chambre des communes a déposé un rapport dans lequel il a formulé 14 recommandations au gouvernement du Canada dans le but d’améliorer la représentation des femmes à tous les niveaux de la politique électorale au Canada.

Par ailleurs, plusieurs mesures ont été mises en place au cours des dernières années pour rendre le Parlement du Canada plus sensible au genre et mieux adapté à la vie de famille, par exemple :

Ressources supplémentaires

Tremblay, Manon, 100 questions sur les femmes et la politique, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 2015.

Tremblay, Manon (dir.), Queering representation: LGBTQ people and electoral politics in Canada, Vancouver, University of British Columbia Press, 2019 [en anglais seulement].

Trimble, Linda, Jane Arscott et Manon Tremblay (dir.), Stalled: The Representation of Women in Canadian Governments, Vancouver, University of British Columbia Press, 2013 [en anglais seulement].

Union interparlementaire, Les femmes au parlement en 2018 : Regard sur l’année écoulée, 2019.

Auteure : Dominique Montpetit, Bibliothèque du Parlement