Les questions de genre et la pandémie de COVID-19

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24 janvier 2022, 9h15.

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Les questions biologiques, les normes sexospécifiques et les inégalités font en sorte que les urgences de santé publique telles que la pandémie de COVID-19 ont des conséquences socioéconomiques différenciées selon les genres [en anglais]. Il est essentiel de bien comprendre ces différences pour pouvoir élaborer des politiques et des mesures efficaces en vue de contrer les effets d’une pandémie et de permettre un retour à la normale. Idéalement, les analyses des résultats socioéconomiques des pandémies devraient tenir compte d’un éventail de facteurs identitaires qui s’entrecroisent [en anglais], dont le genre, l’âge, la race, l’ethnicité et le revenu.

La présente Note de la Colline examine deux répercussions socioéconomiques et sexospécifiques de la pandémie de COVID-19, soit l’augmentation du travail de prestation de soins non rémunéré et l’incidence de la pandémie sur l’emploi. Elle se penche également sur les mesures stratégiques et les plans de relance qui tiennent compte du genre, à l’international et au Canada.

Le travail de prestation de soins non rémunéré et la pandémie

Partout dans le monde, y compris au Canada, les femmes effectuent une plus grande proportion de travail de prestation de soins non rémunéré que les hommes. Les normes sexospécifiques contribuent à cette réalité en influant sur la répartition des activités de soins dans les familles tout en causant des inégalités dans la population active.

Les changements sociétaux liés à la pandémie ont entraîné une augmentation du travail de prestation de soins non rémunéré, se traduisant par une dépendance croissante envers les femmes en tant qu’aidantes naturelles. D’une part, la fermeture des établissements scolaires et des garderies au Canada a eu une incidence sur les soins aux enfants. D’après Statistique Canada, les femmes mères de famille de 25 à 54 ans ont été plus touchées que les hommes par les difficultés associées à la pandémie et à la garde des enfants au cours de la première année de la pandémie. D’autre part, les soins aux adultes, aux aînés et aux personnes malades ont été touchés notamment par une réduction de l’accessibilité des services de santé et des services sociaux. Les personnes en situation de handicap ou ayant des maladies chroniques et dont le bien-être dépend de ces services ont davantage besoin du soutien de leurs proches. Cette situation concerne davantage les femmes que les hommes, étant donné que les femmes représentent la majorité des aidants au Canada (54 %), comparativement à leurs homologues masculins (46 %). Certains groupes de femmes, comme les femmes autochtones, ont été plus touchés que d’autres par cette augmentation du travail de prestation de soins non rémunéré.

Pendant une urgence de santé publique, le travail de prestation de soins peut avoir des conséquences négatives sur le bien-être mental et physique des aidants. Ces dernières pourraient être forcées de réduire leurs heures de travail rémunérées, de renoncer à des occasions d’avancement professionnel ou de quitter leur emploi rémunéré pour s’occuper de leur famille.

Le genre, l’emploi et la COVID-19

Les ralentissements économiques, comme celui provoqué par la pandémie de COVID-19, peuvent avoir des conséquences [en anglais] sur l’emploi et la sécurité économique qui varient en fonction du genre et reflètent, en partie, la répartition genrée du travail dans la population active. À l’échelle mondiale, les travailleuses ont subi des pertes d’emploi dans une plus grande mesure que les hommes pendant la pandémie.

Les données de Statistique Canada montrent que les tendances en matière de perte et de reprise d’emploi varient selon le genre depuis le début de la pandémie de COVID‑19. Ces différences s’expliquent, en partie, par le fait que les femmes sont plus nombreuses que les hommes à travailler dans des secteurs visés par les fermetures (comme le secteur des services) et que les femmes ont réduit leurs heures de travail en raison d’une charge accrue du travail de prestation de soins non rémunéré. Si l’on compare les chiffres mensuels de l’emploi de mars 2020 à février 2021 avec ceux des mêmes mois de l’année précédente, on constate que les femmes représentaient 53,7 % des pertes d’emploi d’une année à l’autre.

Dès la levée des restrictions imposées aux activités économiques au Canada, les hommes ont récupéré leur emploi plus rapidement que les femmes. Par exemple, en juillet 2020, chez les 25 à 54 ans, l’emploi des hommes était inférieur de 4,4 % à celui de février 2020, comparativement à celui des femmes qui était inférieur de 5,7 % au cours de la même période. Les données d’octobre 2021 ont démontré que l’emploi à temps plein des femmes âgées de 25 à 54 ans était en hausse de 1,0 % par rapport à son niveau observé en février 2020, tandis que l’emploi des hommes de la même tranche d’âge stagnait au même niveau qu’en février 2020.

Les travailleuses sont également surreprésentées parmi l’ensemble des travailleurs essentiels de première ligne dans les secteurs de la santé et des services sociaux, où les femmes forment la majorité de la main-d’œuvre (70 % à l’échelle mondiale et 81 % au Canada). Par conséquent, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à rencontrer des difficultés liées à la COVID-19 en milieu de travail : citons notamment les longues heures de travail, les pénuries d’équipement de protection individuelle et d’autres ressources, le manque de personnel et l’exposition accrue aux risques d’infection et de transmission.

La figure 1 illustre des exemples de répercussions de la pandémie de COVID-19 sur les femmes au Canada et dans le monde.

Figure 1 – Répercussions de la pandémie de COVID-19 sur les femmes

Dans la figure 1, les répercussions de la pandémie de COVID-19 sur les femmes sont examinées sous trois angles différents : l’augmentation du travail de prestation de soins non rémunéré, une responsabilité qui incombe de manière disproportionnée aux femmes par rapport aux hommes, le taux élevé de perte d’emploi, qui a été ressenti dans une plus grande mesure par les femmes que par les hommes, et le taux croissant d’épuisement professionnel parmi les travailleuses et les travailleurs de la santé, dont la majorité sont des femmes. Voici quelques statistiques notables sur les répercussions de la pandémie de COVID-19 sur les femmes : au Canada, parmi les parents qui ont aidé leurs enfants dans leurs travaux scolaires pendant la pandémie, 64 % étaient des femmes; les pertes d’emploi dans le monde pendant la pandémie (en 2020, par rapport à 2019) s’élevaient à 5 % pour les femmes comparativement à 3,9 % pour les hommes, et le taux d’épuisement professionnel grave chez les travailleuses et les travailleurs de la santé s’est accru au Canada, passant entre 30 et 40 % au printemps 2020 à 60 % au printemps 2021.Sources : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement à partir de données tirées de Karine Leclerc, « Soins des enfants : répercussions de la COVID-19 sur les parents », StatCan et la COVID-19 : Des données aux connaissances, pour bâtir un Canada meilleur, Statistique Canada, 14 décembre 2020; Oxfam Canada, Oxfam Testimony to the Status of Women Committee on Women’s Unpaid Work [en anglais], note d’information, 3 décembre 2020; Oxfam International, Time to Care: Unpaid and underpaid care work and the global inequality crisis [en anglais], note méthodologique, janvier 2020; Organisation internationale du Travail, Observatoire de l’OIT : le COVID-19 et le monde du travail, estimations actualisées et analyses, septième édition, 25 janvier 2021; René Morissette et al., « Travailleurs recevant des paiements du programme de la Prestation canadienne d’urgence en 2020 », StatCan et la COVID-19 : Des données aux connaissances, pour bâtir un Canada meilleur, Statistique Canada, 2 juin 2021; Statistique Canada, « Caractéristiques de la population active, données mensuelles désaisonnalisées et la tendance-cycle, 5 derniers mois », base de données, consultée le 3 décembre 2021; Table de consultation scientifique sur la COVID-19 de l’Ontario, « Burnout in Hospital-Based Healthcare Workers during COVID-19 » [en anglais], dossiers scientifiques, 7 octobre 2021; Statistique Canada, « Caractéristiques de la population active selon l’industrie, données mensuelles non désaisonnalisées (x 1 000) », base de données, consultée le 3 décembre 2021; et Statistique Canada, « Étude : La contribution des immigrants et des groupes de population désignés comme minorités visibles aux professions d’aide-infirmier, d’aide-soignant et de préposé aux bénéficiaires », Le Quotidien, 22 juin 2020.

Les mesures stratégiques et les plans de relance tenant compte du genre

De nombreuses organisations et institutions internationales, dont le Fonds monétaire international (FMI), l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et le Parlement européen, ont souligné l’importance de mettre en œuvre des mesures stratégiques et des plans de relance liés à la COVID-19 avec une approche sexospécifique. Par exemple, ONU Femmes et l’Organisation internationale du travail se sont associées pour concevoir des outils afin d’aider les pays à élaborer des stratégies nationales d’emploi qui tiennent compte du genre, d’intégrer les questions d’égalité des sexes dans les plans nationaux de relance budgétaire, et de concevoir des stratégies d’investissements publics dans l’économie des soins.

De même, divers intervenants, dont des organisations internationales et des organismes gouvernementaux et sans but lucratif, ont présenté des plans de relance prenant en considération la dimension du genre. Par exemple :

Par ailleurs, la Déclaration des dirigeants du G20, adoptée en octobre 2021, souligne ceci : « Nous nous engageons à placer les femmes et les filles, qui ont été touchées de manière disproportionnée par la pandémie, au cœur de nos efforts pour mieux avancer. »

Les mesures gouvernementales et parlementaires prises au Canada

À l’échelon fédéral, le gouvernement a pris des mesures visant à aider à contrer les répercussions de la pandémie de COVID-19 sur les femmes en matière d’inégalités. Certaines de ces mesures sont présentées ci-dessous.

Le Fonds de réponse et de relance féministes, lancé en février 2021, reconnaît que « la pandémie a amplifié les inégalités systémiques », notamment envers les femmes. Ce fonds fournira un soutien financier de 100 millions de dollars pour divers projets visant à aider certains groupes de femmes désignés, telles que des femmes noires et des femmes en situation de handicap.

L’Énoncé économique de l’automne 2020 et le budget de 2021 ont tous deux souligné l’incidence particulière de la pandémie sur divers groupes de femmes, et ont présenté des mesures gouvernementales visant à aider à relever ces défis sexospécifiques. De plus, dans son Portrait économique et budgétaire 2020, le gouvernement du Canada a fourni un Sommaire de l’analyse comparative entre les sexes plus du Plan d’intervention économique du Canada pour répondre à la COVID‑19.

Selon un communiqué publié en octobre 2020, le gouvernement fédéral a accordé un financement d’urgence de 100 millions de dollars aux organismes fournissant du soutien et des services pour lutter contre la violence fondée sur le genre, comme des maisons d’hébergement pour femmes, des refuges pour Autochtones vivant hors réserve et des centres d’aide aux victimes d’agressions sexuelles.

En outre, le gouvernement fédéral a mis en place le Groupe de travail sur les femmes dans l’économie au début de 2021 afin de conseiller le gouvernement sur « un plan d’action féministe et intersectionnel qui répond aux questions liées à l’égalité des sexes dans le contexte de la pandémie ».

Les politiques et programmes du gouvernement fédéral, qu’ils soient nouveaux ou révisés, font également référence aux répercussions sexospécifiques de la pandémie. Par exemple, le gouvernement du Canada a annoncé :

Du point de vue parlementaire, deux comités de la Chambre des communes ont mené des études au cours de la 43e législature afin d’examiner les questions de genre dans le contexte de la pandémie.

Ressources additionnelles

Annett, Clare et Dominique Montpetit. Journée internationale des femmes 2021 : assurer une relance sensible au genre suite à la pandémie de COVID-19, Notes de la Colline, 8 mars 2021.

ONU Femmes et Programme des Nations Unies pour le développement. COVID-19 Global Gender Response Tracker [en anglais].

Organisation de coopération et de développement économiques. « Towards gender-inclusive recovery », Les réponses de l’OCDE face au coronavirus (COVID-19), 19 mai 2021 [en anglais].

Sapala, Magdalena. Gender equality in the Recovery and Resilience Facility, Service de recherche du Parlement européen, 26 octobre 2021 [en anglais].

Auteures : Tatiana Haustant et Laura Munn-Rivard, Bibliothèque du Parlement



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