Maladie à virus Ebola : Poussées épidémiques, vaccins et principaux enseignements

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L’épidémie du virus Ebola qui a frappé l’Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016 s’est révélée la plus grave de l’histoire en raison du nombre plus important d’infections et de décès que toutes les autres épidémies mises ensemble. Le virus a infecté 28 610 personnes, surtout en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone, et a fait 11 308 morts. De nouvelles poussées épidémiques d’Ebola ont éclaté depuis, dont celle en République démocratique du Congo (RDC) qui s’est propagée de 2018 à 2020. Cette poussée épidémique, la deuxième en importance, a causé 3 481 infections et 2 299 décès.

Figure 1 – Poussées épidémiques du virus Ebola déclarées en Afrique continentale de 1976 à 2021

Cette carte animée montre le nombre d’infections et de décès qui ont été enregistrés au cours des différentes poussées épidémiques du virus Ebola qui ont frappé l’Afrique continentale de 1976 à 2021.

Carte produite par la Bibliothèque du Parlement, Ottawa, 2021, à partir de données tirées de : Natural Earth, 1:50m Cultural Vectors [en anglais], version 4.1.0; Organisation mondiale de la Santé, « Tableau : Chronologie des flambées de maladie à virus Ebola », Ebola (maladie à virus); et Centers for Disease Control and Prevention, « Ebola Virus Outbreaks by Species and Size, Since 1976 », Ebola (Ebola Virus Disease) [en anglais]. Les logiciels suivants ont été utilisés : Esri, ArcGIS Pro, version 2.8.3.

La poussée épidémique qui a sévi en Afrique de l’Ouest a ravivé la nécessité de faire approuver et de distribuer le vaccin contre le virus Ebola, et d’imposer des mesures de santé publique plus efficaces qui empêchent la propagation de traverser les frontières. Malgré plusieurs avertissements des spécialistes, les grandes réformes de l’architecture de la santé mondiale ont été mises en œuvre de façon inégale, ce qui a affaibli les activités de préparation lors de la pandémie de COVID-19.

Qu’est-ce que l’Ebola?

Quatre espèces de ce qu’on appelle le virus Ebola provoquent une maladie rare et souvent mortelle chez l’homme : la maladie à virus Ebola (MVE). Cette maladie a été détectée pour la première fois en 1976 lorsque deux poussées épidémiques sont survenues en même temps sur le territoire actuel du Soudan du Sud et en RDC.

Le virus Ebola est contracté ou transmis par contact direct avec les liquides biologiques de personnes ou d’animaux infectés. Il empêche le sang de se coaguler et entraîne des hémorragies internes; son taux de létalité moyen se situe à 50 %. Même si le virus Ebola ne semble pas avoir beaucoup muté, une étude menée en 2016 [en anglais] indique que la poussée épidémique déclarée en Afrique de l’Ouest avait une ampleur qui a donné lieu à « un nombre encore jamais vu de mutations du virus » [traduction], ce qui a possiblement renforcé l’infectiosité du virus.

Épidémie en Afrique de l’Ouest

Le patient zéro de l’épidémie déclarée en Afrique de l’Ouest est, selon toute vraisemblance, un jeune garçon de la campagne guinéenne infecté par des chauves-souris. Vers le milieu de l’année 2014, le virus s’est propagé dans toute la Guinée, puis a traversé la frontière du Libéria et de la Sierra Leone. Des infections ont ensuite été recensées ailleurs en Afrique, ainsi qu’en Italie, en Espagne, au Royaume-Uni et aux États‑Unis. En août 2014, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a décrété que la situation ne cessant de se détériorer en Afrique de l’Ouest constituait une « urgence de santé publique de portée internationale » et qu’il fallait coordonner l’intervention internationale.

Les autorités locales et internationales de santé publique se sont efforcées de contenir la propagation par le traçage des contacts, le dépistage, le traitement, la mise en quarantaine, les rites funéraires sécuritaires et la sensibilisation en matière d’hygiène. Dans le cadre de l’intervention canadienne, les Forces armées canadiennes ont déployé des employés militaires et médicaux en Sierra Leone pour donner des soins et du soutien stratégique. L’Agence de la santé publique du Canada y a aussi envoyé des experts pour aider dans les activités de laboratoire, de gestion des situations d’urgence et de diagnostic.

Afin de mieux prévenir la transmission transfrontalière, nombre de pays ont imposé des restrictions aux voyageurs en provenance de l’Afrique de l’Ouest et ont renforcé leurs procédures de contrôle aux aéroports. Ainsi, en vertu de l’article 58 de la Loi sur la mise en quarantaine, le gouvernement du Canada a pris des décrets qui autorisent les agents de quarantaine aux frontières et points d’entrée canadiens à interroger, à évaluer et, s’il y a lieu, à mettre en détention les voyageurs arrivant au Canada en provenance des pays touchés.

En juin 2016, la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone ont tous été déclarés exempts d’infections de la MVE, mais le virus a coûté un lourd tribut sur le plan humain et socioéconomique. La maladie a perturbé plusieurs secteurs d’activité économique, notamment l’agriculture, les mines, la fabrication et le transport ainsi que le commerce transfrontalier. La Banque mondiale [en anglais] a estimé que les pertes du produit intérieur brut (PIB) de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone s’élevaient à 2,8 milliards de dollars américains, soit une perte moyenne du PIB de 125 $ US par habitant de ces trois pays.

Selon un article [en anglais] universitaire de 2018, les nombreuses estimations sur le fardeau économique de l’épidémie ne comprennent pas les coûts sociaux, lesquels sont évalués à 53,19 milliards de dollars américains dans le monde, dont la plus grande partie, soit 18,78 milliards de dollars américains, découle de décès sans lien avec la MVE. Ces décès sont plutôt attribuables à une réduction des services de soins de santé causée par la perte de travailleurs de la santé et par le détournement des ressources en santé. Dans le cas du Libéria, 8 % des médecins, des infirmières et des sages-femmes du pays sont décédés [en anglais] de la MVE. Compte tenu de leur rôle de principales fournisseuses de soins à domicile et de travailleuses de la santé de première ligne, les femmes ont été infectées de manière disproportionnée [en anglais] par rapport aux hommes durant l’épidémie du virus Ebola.

Mise au point et utilisation du vaccin

Le Canada a largement contribué à la mise au point d’un vaccin contre le virus Ebola. En 2001, des scientifiques qui travaillent au Laboratoire national de microbiologie de l’Agence de la santé publique du Canada ont commencé à travailler à la mise au point d’un vaccin. En octobre 2014, le gouvernement du Canada a envoyé 800 flacons d’un vaccin candidat contre le virus Ebola à l’OMS pour aider à contenir la poussée épidémique qui sévissait en Afrique de l’Ouest.

La licence du vaccin candidat a été octroyée à NewLink Genetics, qui a annoncé en 2014 une collaboration avec Merck pour la conduite des essais cliniques en vue de la fabrication et de la distribution du vaccin. En novembre 2019, la Commission européenne a approuvé le vaccin contre le virus Ebola – commercialisé sous le nom d’Ervebo –, dont l’usage a été préautorisé par l’OMS. En juillet 2020, elle a approuvé un autre vaccin contre le virus Ebola fabriqué par Janssen.

Pendant l’épidémie du virus Ebola déclarée en RDC de 2018 à 2020, environ 300 000 personnes se sont vu administrer le vaccin Ervebo dans le cadre d’une stratégie de confinement appelée la « vaccination en anneau ». Selon cette stratégie, les contacts primaires et secondaires de personnes infectées ainsi que les travailleurs de la santé et de première ligne sont vaccinés afin de créer un « anneau » d’immunité censé casser la chaîne de transmission. Malgré le vaccin, il s’est révélé particulièrement difficile de contrôler l’épidémie dans une zone active de conflit. Des dizaines de groupes armés se trouvent dans l’est de la RDC, leur présence empêchant le dépistage et le traitement des personnes infectées ou susceptibles de l’être.

En janvier 2021, un stock mondial d’urgence constitué de 500 000 doses de vaccin Ervebo a été créé grâce au financement de Gavi, l’Alliance du vaccin. Ces vaccins ont servi à lutter contre les poussées épidémiques qui ont éclaté en RDC et en Guinée en février 2021. La poussée épidémique en RDC a causé 12 infections et 6 décès, puis on l’a déclarée terminée en mai 2021; celle en Guinée a causé 23 infections et 12 décès, puis elle a été déclarée terminée en juin 2021.

Principaux enseignements

En novembre 2015, le groupe d’experts indépendants sur l’action mondiale face à l’épidémie du virus Ebola a publié un rapport [en anglais] sur l’intervention de la communauté internationale à l’épidémie d’Ebola qui a sévi en Afrique de l’Ouest. Ce groupe d’experts indépendants a critiqué l’OMS pour son incapacité à mobiliser rapidement une aide internationale et pour sa « faible » capacité technique opérationnelle à réagir dans ces pays. Il recommande notamment que l’OMS renforce son système d’alerte rapide et établisse un centre pour la riposte à l’épidémie.

Ce rapport, combiné avec celui d’un autre groupe d’experts indépendants [en anglais] et celui d’un Groupe de haut niveau des Nations Unies, a poussé l’OMS à mettre sur pied un programme sur les crises sanitaires en 2016. L’OMS a mis sur pied le programme afin d’accélérer sa capacité d’intervention d’urgence et de garantir un soutien prévisible d’ordre financier, logistique et autre aux pays et communautés qui en ont besoin. Or, d’autres groupes d’experts [en anglais] ont fait savoir que les réformes entreprises par l’OMS dans la foulée de l’épidémie qui a frappé l’Afrique de l’Ouest « n’ont pas amené la gouvernance mondiale de la santé à évoluer suffisamment [pour bien protéger la société] des crises sanitaires de notre temps » [traduction].

En raison de la pandémie de COVID‑19, la communauté internationale surveille l’OMS de près. Les critiques envers son intervention d’urgence ont poussé l’Assemblée mondiale de la Santé – l’organe décisionnel de l’OMS – à demander une étude indépendante. En mai 2021, le Groupe d’experts indépendants sur la préparation et l’intervention en cas de pandémie [en anglais] a évoqué des « lacunes et échecs à chaque étape critique de la préparation et de l’intervention en cas de pandémie de COVID-19 » [traduction]. Il a notamment recommandé aux États membres de l’OMS de consolider l’indépendance, l’autorité et le financement de l’OMS, sans compter qu’il invite l’OMS à mettre au point un système mondial d’alerte rapide en cas de poussées épidémiques. Les États membres de l’OMS ont convenu de mettre sur pied un groupe de travail chargé d’examiner les constatations du groupe d’experts et de présenter des propositions concrètes à l’Assemblée mondiale de la Santé en 2022.

Ressources additionnelles

Daniel G. Bausch, « The need for a new strategy for Ebola vaccination », Nature Medicine, vol. 27, avril 2021, p. 580 et 581 [en anglais].

Agence européenne des médicaments, Ervebo (Vaccin contre Ebola Zaïre [rVSV∆G-ZEBOV-GP, vivant]).

Claire Felter et Danielle Renwick, What is the Ebola Virus?, étude générale, Council on Foreign Relations, 1er juillet 2020 [en anglais].

Megha Satyanarayana, « Vaccines could make big Ebola outbreaks a thing of the past », Chemical & Engineering News (C&EN), 20 juin 2021 [en anglais].

Organisation mondiale de la santé, Maladie à virus Ebola.

Auteurs : Raphaëlle Deraspe et Brian Hermon, Bibliothèque du Parlement



Catégories :Affaires internationales et défense, Santé

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