Le Mois de l’histoire des Noirs : dates et personnalités marquantes dans la sphère politique canadienne

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Février est le Mois de l’histoire des Noirs, une occasion de réfléchir à l’histoire des communautés noires au Canada et d’honorer les contributions des Canadiens noirs.

Il semblerait que la première personne noire à être arrivée sur le territoire qui forme à présent le Canada ait été Mathieu Da Costa qui, en sa qualité d’interprète, a pris part aux expéditions des explorateurs européens vers la Nouvelle-France au début des années 1600. Contrairement à M. Da Costa, qui était un homme libre, des milliers de personnes d’origine africaine ont été, pendant environ 200 ans, réduites en esclavage et amenées dans les colonies britanniques et françaises qui sont devenues le Nouveau‑Brunswick, la Nouvelle‑Écosse, l’Île‑du‑Prince‑Édouard, l’Ontario et le Québec actuels. En 1793, le lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe présente une loi interdisant l’importation de personnes réduites en esclavage au Haut-Canada (l’Ontario contemporain). En 1833, le gouvernement britannique adopte une loi prévoyant, à partir de 1834, l’émancipation des esclaves dans son empire. Une fois émancipés, certains anciens esclaves se voient accorder de nouveaux droits, tels que le droit à la propriété et le droit de vote.

Aux États-Unis, face à la persistance de l’esclavage qui reste légal jusqu’en 1865, un réseau secret de routes et de refuges, déjà en place, se consolide pour venir en aide aux milliers de personnes fuyant ce pays dans l’espoir de trouver la liberté en Amérique du Nord britannique. Ce réseau est connu sous le nom de « chemin de fer clandestin ». Mais si les Noirs devenaient libres à leur arrivée, leur vie n’était pas pour autant plus facile, car ils étaient confrontés au racisme.

Le Mois de l’histoire des Noirs rend hommage à cet héritage et célèbre les réalisations passées et actuelles des Canadiens noirs.

Figure 1 : Mois de l’histoire des Noirs et représentation des Noirs dans la sphère politique canadienne – événements marquants

Cette infographie présente une chronologie des grandes premières dans la représentation desCanadiens noirs dans la sphère politique canadienne et dans leurs efforts pour faire reconnaîtreofficiellement le Mois de l’histoire des Noirs. Au début de la chronologie, il y a l’obtention du droit devote pour les hommes et les femmes de race noire dans ce qu’on appelle aujourd’hui le Canada.Les événements qui suivent décrivent les premières élections de femmes et d’hommes noirs auxassemblées législatives provinciales, à la Chambre des communes et au Sénat. L’événement le plusrécent s’est produit en 2023, lorsque la Chambre des communes a élu son premier Président noir.

Source : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement.

Les origines du Mois de l’histoire des Noirs

En 1926, l’historien Carter G. Woodson crée la Semaine de l’histoire des Noirs, qui a lieu la deuxième semaine de février, en l’honneur des réalisations des Afro-Américains aux États‑Unis. Pendant 50 ans, cette semaine est célébrée chaque année, jusqu’en 1976 lorsque le président Gerald Ford élargit l’événement en instituant le Mois de l’histoire des Noirs. Au Canada, la Semaine de l’histoire des Noirs est célébrée dès le début des années 1970, et à Toronto, le mois de février devient le Mois de l’histoire des Noirs en 1979.

En 1995, la Chambre des communes reconnaît officiellement le mois de février comme le Mois de l’histoire des Noirs en adoptant à l’unanimité une motion reconnaissant « l’importante contribution de la population noire canadienne à l’établissement, à la croissance et à l’essor du Canada ». En 2008, suivant l’exemple de la Chambre des communes, le Sénat reconnaît lui aussi le Mois de l’histoire des Noirs, en adoptant une motion identique à celle de la Chambre.

Les Canadiens noirs au Parlement

Un héritage de pionniers

Voici les profils de plusieurs parlementaires noirs, véritables pionniers, qui ont brisé des barrières au Sénat et à la Chambre des communes et qui ont joué un rôle essentiel dans la reconnaissance du Mois de l’histoire des Noirs dans ces deux Chambres.

L’honorable Lincoln Alexander

Lincoln Alexander est né à Toronto de parents immigrés des Caraïbes. Dans sa jeunesse, ses idées sur la race et l’égalité sont influencées par le travail de son père comme porteur de wagon-lit et par le temps qu’il passe à Harlem, à New York, lorsqu’il est adolescent. M. Alexander retourne à Toronto en 1939, où il sert en qualité de radiotélégraphiste au sein du Programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique pendant la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, il devient avocat. En 1965, il est nommé conseiller de la reine, en reconnaissance de ses contributions à la profession juridique, avant de se lancer en politique.

Il est élu à la Chambre des communes en 1968, devenant ainsi le premier député noir. Il est réélu quatre fois et siège comme député pendant près de 12 ans. Nommé ministre du Travail en 1979, il devient le premier membre noir du Cabinet.

M. Alexander préside ensuite la Commission des accidents du travail de l’Ontario et, en 1985, il est nommé 24e lieutenant-gouverneur de l’Ontario, ce qui en fait la première personne racisée à être nommée représentant de la Couronne au Canada. Il a été compagnon de l’Ordre du Canada et membre de l’Ordre de l’Ontario.

Lincoln Alexander décède en 2012. En 2014, le Parlement adopte une loi faisant du 21 janvier de chaque année la Journée Lincoln Alexander.

L’honorable Anne Cools

Née à la Barbade, Anne Cools déménage à Montréal pendant son adolescence. En 1984, elle est nommée au Sénat, devenant ainsi la première personne noire à y occuper un siège et la première sénatrice noire d’Amérique du Nord.

Avant sa nomination, Mme Cools était travailleuse sociale et activiste. Alors qu’elle participe à des manifestations contre le racisme dans une université de Montréal, elle est arrêtée et brièvement emprisonnée, avant d’être graciée par le gouvernement. Elle a également été une pionnière de la défense des femmes contre la violence conjugale, notamment en fondant l’un des premiers refuges pour femmes victimes de violence au Canada.

Au cours de ses 34 années au Sénat, Mme Cools siège à de nombreux comités, dont le Comité mixte spécial sur la garde et le droit de visite des enfants. De 2011 à sa retraite en 2018, elle est la doyenne du Sénat, soit son membre le plus ancien.

L’honorable Jean Augustine

Jean Augustine a grandi à la Grenade, où elle a suivi une formation d’enseignante avant d’immigrer au Canada en 1960 dans le cadre du Programme de recrutement de domestiques antillaises. Après avoir effectué l’année de travail nécessaire comme domestique, elle a poursuivi sa carrière en éducation, travaillant comme enseignante à l’école primaire et, plus tard, comme directrice d’école. Mme Augustine participe à l’organisation du premier festival Caribana [en anglais] en 1967. Elle crée également la section torontoise du Congrès des femmes noires du Canada [en anglais], dont elle assure ensuite la présidence nationale.

En 1993, Mme Augustine est élue à la Chambre des communes, devenant ainsi la première femme noire à y siéger. Au cours de ses 12 années de carrière à la Chambre, elle occupe diverses fonctions, notamment celles de ministre d’État (Multiculturalisme et Situation de la femme), de vice-présidente de la Chambre et de présidente de plusieurs comités.

En décembre 1995, Mme Augustine a déposé à la Chambre des communes la motion visant à faire reconnaître officiellement le Mois de l’histoire des Noirs. Elle a également parrainé la motion autorisant l’installation, sur la Colline du Parlement, de statues représentant les Cinq femmes célèbres, rompant ainsi avec la tradition voulant que les statues sur cette colline soient réservées aux anciens premiers ministres et aux monarques.

Mme Augustine est membre de l’Ordre du Canada et commandeure de l’Ordre de l’Empire britannique. Depuis son retour à la vie civile, elle continue de se consacrer à son travail au profit de l’autonomisation des femmes et des groupes méritant l’équité à travers l’éducation.

L’honorable Donald Oliver

Donald Oliver, né en Nouvelle‑Écosse, est issu d’une famille dont l’histoire est jalonnée de contributions au Canada, notamment celle de son grand-père William White, qui a participé à la formation du seul bataillon entièrement composé de Noirs du pays. Jeune homme, M. Oliver pratique le droit en Nouvelle‑Écosse et travaille comme avocat au civil et professeur. Il s’investit dans la communauté et siège aux conseils de direction de plusieurs entreprises privées. Il poursuit ensuite une carrière politique qui se veut axée sur la promotion de l’égalité pour les Canadiens de toutes les origines.

En 1990, M. Oliver est le premier homme noir à être nommé au Sénat. Au cours de sa carrière de 23 ans, il a été membre de nombreux comités, dont plusieurs comités spéciaux et mixtes. Tout au long de son mandat, il a également assuré la présidence de plusieurs comités.

En 2008, M. Oliver dépose au Sénat une motion visant à faire reconnaître le Mois de l’histoire des Noirs, motion qui fait écho à celle adoptée plusieurs années plus tôt par la Chambre des communes.

En 2010, M. Oliver est nommé Président intérimaire (vice-président) du Sénat. Bien qu’il ait pris sa retraite en 2013, il demeure actif au sein de sa communauté néo-écossaise. M. Oliver est membre de l’Ordre du Canada et de l’Ordre de la Nouvelle‑Écosse.

La représentation aujourd’hui

La carrière et le travail des pionniers parlementaires évoqués ci-dessus, ainsi que la reconnaissance officielle par le Parlement du Mois de l’histoire des Noirs, ont ouvert la voie à une plus grande représentation des Canadiens noirs au Parlement aujourd’hui.

Le Caucus des parlementaires noirs

En 2015, cinq parlementaires ont formé le Caucus des parlementaires noirs – un groupe non partisan de parlementaires noirs et d’alliés qui travaillent ensemble à la défense des questions touchant les communautés noires partout au Canada.

En 2023, des membres du Caucus des parlementaires noirs se sont rendus à Washington pour rencontrer des membres du Caucus des parlementaires noirs du Congrès des États‑Unis et des représentants d’organisations américaines de défense des droits civiques à l’Université Howard.

Au Sénat

Pour remplir leur engagement à représenter les diverses régions et populations du Canada, les sénateurs peuvent envisager les répercussions des lois et des politiques sur diverses communautés tout en tenant compte de l’intersectionnalité. Au cours de la 44e législature, deux rapports pertinents se sont penchés sur le racisme anti-Noirs et d’autres formes de discrimination au sein de la Commission canadienne des droits de la personne et le rôle de l’analyse comparative entre les sexes Plus dans le processus d’élaboration des politiques fédérales.

À la Chambre des communes

Comme au Sénat, les questions relatives aux communautés noires et aux autres communautés racisées peuvent être examinées tout au long du processus législatif et au sein de divers comités de la Chambre des communes. Certains travaux dignes de mention et entrepris au cours des 43e et 44e législatures portent sur le racisme systémique au sein des services policiers et sur l’initiative Appuyer les communautés noires du Canada.

Par Laura Blackmore, Bibliothèque du Parlement



Catégories :Affaires sociales et communautaires, Gouvernement, Parlement et politique

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