Comme l’a déclaré le député Ted McWhinney, le 21 mars 1994, à l’occasion du départ à la retraite du bibliothécaire parlementaire de l’époque, M. Erik John Spicer, « la Bibliothèque du Parlement constitue un trésor. La [B]ibliothèque constitue littéralement le joyau de la [C]ouronne dans cet imposant édifice parlementaire ».
Depuis 150 ans, la Bibliothèque du Parlement (la Bibliothèque) occupe une place centrale, tant sur le plan physique que symbolique, dans la démocratie canadienne. Son histoire ne se limite pas à celle d’un bâtiment emblématique; elle témoigne également de l’évolution d’une institution du savoir dédiée aux besoins des parlementaires en matière d’information et de recherche.
Érigée au milieu du XIXe siècle lors de la construction des premiers édifices du Parlement à Ottawa et inaugurée le 28 février 1876, la Bibliothèque a toujours eu pour vocation d’aller au-delà du simple entreposage de livres. Elle a été conçue pour fournir aux législateurs les renseignements fiables dont ils ont besoin pour débattre des lois, adopter des mesures législatives et demander des comptes au gouvernement. Aujourd’hui, elle constitue le centre de connaissances du Parlement du Canada, une bibliothèque de recherche moderne et non partisane qui aide les parlementaires à s’y retrouver dans un environnement politique de plus en plus complexe.
L’histoire même de l’édifice a été marquée par la résilience et un entretien constant. Il a survécu à deux incendies et a fait l’objet de plusieurs restaurations. Si l’édifice lui-même est un symbole de résilience, l’institution qu’il abrite l’est tout autant. Les services de la Bibliothèque ont évolué au fil des ans afin de répondre aux besoins changeants du Parlement.
Vue intérieure de la Bibliothèque du Parlement (années 1920). Ministre de l’Intérieur, Canada / Bibliothèque et Archive Canada – PA-043759.
Jalons de l’histoire de la Bibliothèque du Parlement
1791-1792 : Des bibliothèques législatives sont établies au Haut et au Bas-Canada.
1841 : Après l’unification du Haut et du Bas-Canada, les collections sont fusionnées et suivent le Parlement de la nouvelle Province du Canada, qui se déplace au fil des ans entre Kingston, Montréal, Toronto et Québec.
1857 : Ottawa devient la capitale et le Parlement trouve enfin un siège permanent.
1859 : Thomas Fuller et Chilion Jones sont choisis comme architectes du nouvel édifice du Parlement, y compris de la Bibliothèque, et la construction débute la même année.
1871 : L’Acte relatif à la bibliothèque du Parlement établit officiellement l’institution.
1876 : La construction est achevée et la Bibliothèque ouvre ses portes le 28 février 1876.
1916 : Un incendie détruit l’édifice du Centre d’origine et la Bibliothèque est la seule partie du bâtiment qui reste encore debout.
1952 : Un incendie se déclenche dans le dôme de la Bibliothèque. La fumée et l’eau endommagent gravement l’édifice et la collection.
1952-1956 : À la suite de l’incendie de 1952, la Bibliothèque fait l’objet d’importants travaux de restauration et de modernisation.
1965 : La Direction de la recherche parlementaire est créée afin de fournir aux parlementaires des services impartiaux et confidentiels de recherche et d’analyse.
1996 : La Bibliothèque prend en charge les programmes destinés au public au nom du Parlement du Canada, y compris les visites guidées et la création de produits éducatifs.
2002-2006 : D’importants travaux de rénovation sont entrepris afin de préserver, de restaurer et de moderniser l’édifice. La collection est transférée ailleurs pour toute la durée des travaux.
2019 : La Bibliothèque ferme ses portes pendant la rénovation de l’édifice du Centre. La collection est de nouveau déplacée vers des emplacements temporaires, comme la Bibliothèque principale provisoire au 125, rue Sparks.
La statue de la reine Victoria dans la Bibliothèque du Parlement. Parlement du Canada.
Histoire
Peu après la désignation d’Ottawa comme capitale de la Province du Canada, les plans pour la construction d’un nouvel édifice du Parlement commencent à voir le jour. En 1859, l’Assemblée législative lance un concours international d’architecture [en anglais], et donne aux architectes seulement dix semaines pour répondre à des exigences détaillées. Alpheus Todd, le premier bibliothécaire parlementaire, ajoute ses propres conditions, insistant pour que la nouvelle bibliothèque soit construite dans un édifice distinct et doté de portes en fer à l’épreuve du feu. Il veut éviter une répétition de l’incendie qui avait détruit les édifices du Parlement à Montréal en 1849 et entrainé la perte de la collection de la Bibliothèque.
La soumission gagnante des architectes Thomas Fuller et Chilion Jones de Toronto, choisie parmi 15 autres propositions, comprend un complexe néogothique, une tour centrale, des ailes symétriques et une bibliothèque ronde à l’arrière de l’édifice construite selon les spécifications d’Alpheus Todd.
Le style des bâtiments reflète les traditions constitutionnelles britanniques et contraste avec l’architecture néoclassique associée aux États-Unis. La construction débute en décembre 1859 et se poursuit jusqu’en 1876.
Quarante ans plus tard, les conditions imposées par Alpheus Todd se révèlent particulièrement judicieuses lorsqu’un incendie se déclare dans l’édifice du Centre. Dans la soirée du 3 février 1916, un incendie se déclenche dans la salle de lecture de la Chambre des communes et se propage rapidement dans la structure, dont la charpente est en grande partie faite en bois. La cloche qui se trouve tout en haut de la Tour de la Paix, appelée à l’époque Tour Victoria, marque les heures jusqu’à minuit, jusqu’à ce que la Tour s’effondre, emportant la cloche avec elle. La majeure partie du Parlement est détruite, mais grâce à la vivacité d’esprit du greffier de la Bibliothèque, Michael Connolly MacCormac, qui a fermé les portes en fer, à l’intervention rapide des pompiers et à un vent favorable, la Bibliothèque échappe au pire et se dresse seule au milieu des ruines.
Pompiers s’attaquant au feu lors de l’incendie de 1916. Parlement du Canada.
En 1952, trente ans seulement après la reconstruction du Parlement, un incendie se déclare à nouveau, cette fois directement dans la pièce conçue pour y résister, la Bibliothèque du Parlement, lorsqu’un problème électrique dans le dôme provoque un embrasement. Après 10 heures et près de 910 000 litres d’eau, l’édifice est sauvé, mais bon nombre de livres et de collections de journaux sont endommagés. Environ 150 000 volumes doivent être retirés des rayons, séchés et minutieusement restaurés. La fumée et l’eau endommagent gravement l’édifice et la collection. La Bibliothèque doit alors fermer ses portes pendant près de quatre ans pour réparation.
Pendant la restauration de l’édifice de la Bibliothèque, l’institution elle-même connaît une transformation d’un autre ordre. Afin de mieux répondre aux besoins des parlementaires pendant l’expansion du gouvernement de l’après la guerre, dans les années 1950, la Bibliothèque embauche des spécialistes dans divers domaines et commence à proposer des services de recherche analytique aux parlementaires. Dans les années 1960, une structure officielle de recherche parlementaire est mise en place et permet à la Bibliothèque d’offrir un soutien politique confidentiel et non partisan aux sénateurs, aux députés et aux comités parlementaires.
L’édifice historique de la Bibliothèque fait l’objet de travaux de conservation supplémentaires juste avant le centenaire du Canada en 1967, afin de stabiliser la structure et de restaurer son intérieur.
En 2002, l’édifice de la Bibliothèque ferme de nouveau ses portes [en anglais] pendant plus de cinq ans pour d’importants travaux de conservation, de restauration et de modernisation. Le bâtiment centenaire commençait effectivement à montrer des signes de vieillissement : dégâts des eaux dus à un mauvais système de drainage, parquets usés, systèmes mécaniques désuets et espace insuffisant pour accueillir la collection grandissante, le personnel de la Bibliothèque et les nouvelles technologies. La société Thomas Fuller Construction Company, dirigée par les arrière-petits-fils de l’architecte d’origine de la Bibliothèque, a été chargée de gérer ce projet pluriannuel de plusieurs millions de dollars.
En 2019, l’édifice de la Bibliothèque du Parlement ferme de nouveau ses portes en raison de la réhabilitation en cours de l’édifice du Centre. Même si cet édifice historique doit rester fermé jusqu’à la réouverture de l’édifice du Centre, la Bibliothèque continue néanmoins de servir les parlementaires durant cette période par l’entremise de ses cinq succursales situées un peu partout sur la Colline du Parlement, afin que les parlementaires aient accès à une expertise, à des informations et à des connaissances fiables.
Éléments architecturaux et décoratifs
La Bibliothèque du Parlement est l’un des plus beaux exemples d’architecture néogothique de la grande époque victorienne [en anglais] au Canada et un exemple remarquable du savoir-faire artisanal du XIXe siècle.
Figure 1 – Quelques éléments architecturaux et décoratifs remarquables
Alors que la Bibliothèque du Parlement célèbre son 150e anniversaire, cet événement marquant met en lumière le rôle constant et essentiel que joue cette institution au cœur du Parlement du Canada. Depuis des générations, elle fournit aux parlementaires des recherches et des analyses non partisanes, qui soutiennent des débats éclairés et l’élaboration de lois fondées sur des données probantes. Cet anniversaire nous rappelle la force symbolique de la Bibliothèque : seule structure à avoir survécu à l’incendie dévastateur de 1916, elle témoigne de la résilience, de la continuité et de la préservation de la mémoire parlementaire du Canada.
Par Emilie Lusson, Bibliothèque du Parlement
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