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Les efforts de réduction de la pauvreté au Canada

Close-up woman looking a check from a supermarket. Expense tracking and budgeting.

Temps de lecture : 9 minutes

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Il existe de nombreuses façons de définir et de mesurer la pauvreté. Chez les Autochtones, par exemple, la conception de la pauvreté [en anglais] transcende la notion de contraintes financières, et le concept peut être décrit d’une manière qui met l’accent sur le bien-être. La façon de voir la pauvreté varie d’un groupe autochtone à l’autre.

Pour le gouvernement du Canada, la pauvreté est définie au sens large comme étant « [l]a condition dans laquelle se trouve une personne qui est privée des ressources, des moyens, des choix et du pouvoir nécessaires pour atteindre et maintenir un niveau de vie de base et pour favoriser son intégration et sa participation à la société ». En 2018, le gouvernement fédéral a lancé une stratégie de réduction de la pauvreté dont l’objectif est de réduire de moitié le taux de pauvreté à l’échelle nationale d’ici 2030 par rapport à ce qu’il était en 2015.

La présente note de la Colline résume le rôle du gouvernement fédéral dans la réduction de la pauvreté, présente les principales caractéristiques de la Stratégie canadienne de réduction de la pauvreté et analyse l’évolution du taux de pauvreté au Canada depuis 2002.

Rôle du gouvernement fédéral dans la réduction de la pauvreté

La répartition des pouvoirs en matière de réduction de la pauvreté est complexe : les prestations parentales de l’assurance-emploi (sauf au Québec), les allégements fiscaux liés au revenu (sauf au Québec) et la plupart des programmes de la sécurité du revenu relèvent de la compétence fédérale. En revanche, l’aide sociale, les services de garde pour enfants et les lois sur la protection de l’enfance sont la responsabilité des provinces, avec l’appui financier du gouvernement fédéral. Enfin, dans le cas de certains programmes, comme les pensions de vieillesse, la compétence est partagée entre le gouvernement fédéral et les gouvernements des provinces.

En outre, le gouvernement fédéral offre du financement à long terme pour les provinces et les territoires par l’intermédiaire du Transfert canadien en matière de programmes sociaux, qui vise à soutenir l’éducation postsecondaire, l’aide sociale, les services sociaux, le développement de la petite enfance, l’apprentissage chez les jeunes enfants et les services de garde.

La figure 1 présente les principaux programmes fédéraux de soutien du revenu dont les Canadiens peuvent profiter à différentes étapes de leur vie. Le gouvernement fédéral offre également des mesures de soutien ciblant différents groupes de population, comme les Autochtones, les personnes en situation de handicap et les anciens combattants. Certains programmes ciblent des enjeux liés à la pauvreté, comme la toxicomanie, l’éducation et l’emploi, ainsi que les besoins en matière de logement (dans le cadre de la Stratégie nationale sur le logement, par exemple).

Parmi les initiatives récentes liées à la pauvreté, on peut citer :

Figure 1 – Principaux programmes fédéraux de soutien du revenu

Version textuelle.

Sources : Receveur général du Canada, « Tableau 2a – Récapitulation des charges externes par catégorie », Comptes publics du Canada 2024 – Volume II : Détails des charges et des revenus; Gouvernement du Canada, Allocation canadienne pour enfants; Gouvernement du Canada, Prestation pour enfants handicapés (PEH); Ministère des Finances du Canada, Rapport sur les dépenses fiscales fédérales – Concepts, estimations et évaluations, 2024; Gouvernement du Canada, Crédit pour la taxe sur les produits et services/taxe de vente harmonisée (TPS/TVH) – Aperçu; Gouvernement du Canada, Allocation canadienne pour les travailleurs (avant 2019, la Prestation fiscale pour le revenu de travail); Bureau du surintendant des institutions financières Canada et Bureau de l’actuaire en chef, Rapport actuariel 2025 sur le taux de cotisation d’assurance-emploi, 13 septembre 2024; Emploi et développement social Canada (EDSC), Assurance-emploi; EDSC, « Introduction », Rapport de contrôle et d’évaluation de l’assurance-emploi pour l’exercice financier commençant le 1er avril 2018 et se terminant le 31 mars 2019, 2020; Jill Giswold et Kaitlyn Vanderwees, Le Plan des dépenses du gouvernement et le Budget principal des dépenses pour 2024-2025, Bureau du directeur parlementaire du budget, 7 mars 2024; Gouvernement du Canada, Sécurité de vieillesse; Gouvernement du Canada, Supplément de revenu garanti : Allocation; EDSC, Régime de pensions du Canada : Rapport annuel de 2021 à 2022, 2023; et Gouvernement du Québec, Régime de rentes du Québec.

Stratégie canadienne de réduction de la pauvreté

En août 2018, après l’analyse des résultats des consultations menées auprès de la population canadienne, le gouvernement fédéral a lancé Une chance pour tous : La première Stratégie canadienne de réduction de la pauvreté. Cette stratégie prend appui sur des efforts de réduction de la pauvreté déjà déployés, dans certains cas depuis plusieurs décennies. Les principaux éléments de la Stratégie ont été énoncés dans la Loi sur la réduction de la pauvreté, entrée complètement en vigueur le 9 juillet 2019, notamment :

Taux de pauvreté au Canada

Même si la MPC constitue le seuil officiel de la pauvreté au pays, le gouvernement du Canada évalue également la pauvreté en mesurant le faible revenu en fonction du seuil de faible revenu (SFR) et de la mesure de faible revenu (MFR). Selon le SFR, un ménage est considéré comme étant à faible revenu s’il dépense 20 points de pourcentage de plus qu’une famille moyenne pour des produits de première nécessité comme la nourriture, le logement et les vêtements, selon les tendances en matière de dépenses relevées en 1992. Selon la MFR, les ménages à faible revenu sont ceux dont les revenus sont inférieurs à 50 % du revenu ménager médian, ajustés en fonction de la taille du ménage.

La figure 2 montre l’évolution du taux de pauvreté national fondé sur le SFR, au cours des deux dernières décennies. Contrairement à la MPC, qui a été révisée en 2008 et en 2018 pour actualiser le panier de consommation, le SFR est une mesure constante qui permet de comparer des données sur de plus longues périodes. De plus, le SFR donne une image différente du faible revenu par rapport à la MPC. Il s’agit d’une mesure relative, qui met l’accent sur le niveau de richesse des ménages par rapport à la moyenne, plutôt que sur l’atteinte d’un niveau de revenu précis. Il prend également en compte un moins grand nombre de catégories de dépenses. Le taux de pauvreté, fondé sur le SFR, a connu une tendance générale à la baisse au cours des 20 dernières années.

Figure 2 – Taux de pauvreté au Canada depuis 2002 (seuil de faible revenu après impôt) (en pourcentage de la population totale)

Source : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement à partir des données tirées de l’Enquête canadienne sur le revenu de Statistique Canada. Voir Statistique Canada, « Tableau 11‑10‑0135‑01 : Statistiques du faible revenu selon l’âge, le sexe et le type de famille économique », base de données, consultée le 12 février 2025.

La figure 3 montre l’évolution du taux de pauvreté national, fondé sur le seuil officiel de la pauvreté, de 2015 à 2022 (les données antérieures à 2015 ne sont pas disponibles publiquement). En 2018, le taux de pauvreté (11,2 %) avait déjà baissé de 20 % par rapport à celui de 2015 (14,5 %), atteignant ainsi la première cible de la Loi sur la réduction de la pauvreté. À la suite de la prise de mesures de soutien offertes en réaction à la pandémie en 2020, le taux de pauvreté a continué à chuter cette année-là pour atteindre 6,4 %, soit une réduction de plus de 50 % par rapport à 2015. Le taux de pauvreté est remonté depuis à 9,9 % en 2022.

Figure 3 – Taux de pauvreté au Canada depuis 2015 (seuil officiel de la pauvreté) (en pourcentage de la population totale)

Note : Les données de cette figure reposent sur la mesure du panier de consommation (MPC), avec 2018 comme année de référence. Pour cette année de référence, les données publiquement accessibles remontent à 2015.

Source : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement à partir des données tirées de l’Enquête canadienne sur le revenu de Statistique Canada. Voir Statistique Canada, « Tableau 11‑10‑0135‑01 : Statistiques du faible revenu selon l’âge, le sexe et le type de famille économique », base de données, consultée le 12 février 2025.

La figure 4 montre que certains groupes de la population courent un risque plus élevé de vivre dans la pauvreté. En 2022, les personnes dans les familles monoparentales ayant une femme à leur tête (23,8 %), les membres des Premières Nations (22,1 %), les personnes hors famille économique (26 %), les Autochtones (17,2 %), les personnes en situation de handicap (12,3 %), les nouveaux arrivants (14 %), les membres des groupes racisés (13 %), et les Métis (11,9 %) affichaient des taux de pauvreté plus élevés que ceux de la population totale (9,9 %). Les personnes âgées présentaient un taux de pauvreté inférieur à celui des autres groupes (6,1 %), mais certains chercheurs ont fait valoir que la MPC ne brosse pas un portrait fiable de la pauvreté chez les personnes âgées [en anglais].

Figure 4 : Taux de pauvreté par groupe de population, fondé sur le seuil officiel de la pauvreté, pour 2015 et 2022 (en pourcentage)

Note : Les données de cette figure s’appuient sur la mesure du panier de consommation (MPC), avec 2018 comme année de référence, ce qui ne s’applique pas aux populations dans les réserves des Premières Nations ni dans les territoires. Les termes « femmes » et « hommes » correspondent à la terminologie employée dans les sources de données. « Groupes racisés » correspond au terme « minorités visibles » dans les sources de données. Une « famille économique » est définie par Statistique Canada comme « un groupe de deux personnes ou plus qui vivent dans le même logement et qui sont apparentées par le sang, par alliance, par union libre, par adoption ou par une relation de famille d’accueil ». Toujours selon Statistique Canada, le terme « population autochtone » désigne « [l]es personnes ayant déclaré être Autochtones, soit Premières Nations (Indiens de l’Amérique du Nord), Métis ou Inuits, ou les personnes qui ont déclaré appartenir à un de ces groupes ». Les données pour les membres des Premières Nations, les nouveaux arrivants et les personnes en situation de handicap incluent les personnes âgées de 16 ans et plus pour 2015, et les personnes de 15 ans et plus pour 2022. Bien que l’Enquête canadienne sur le revenu recueille des données sur les Inuits, ces données ont été supprimées en raison de la petite taille de l’échantillon. Les données sur les Métis pour 2015 ont été exclues de cette figure, car elles étaient classées comme étant « à utiliser avec prudence » par Statistique Canada. Les données sur les Autochtones et les groupes racisés ne sont pas disponibles pour 2015.

Sources : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement à partir des données tirées de l’Enquête canadienne sur le revenu de Statistique Canada. Voir Statistique Canada, « Tableau 11‑10‑0135‑01 : Statistiques du faible revenu selon l’âge, le sexe et le type de famille économique », base de données, consultée le 12 février 2015; Statistique Canada, « Tableau : 11-10-0136-01, Statistiques du faible revenu selon le type de famille économique », base de données, consultée le 12 février 2015; Voir Statistique Canada, « Tableau : 11-10-0093-01, Statistiques sur la pauvreté et le faible revenu selon certaines caractéristiques démographiques », base de données, consultée le 12 février 2015; et Voir Statistique Canada, « Tableau : 11-10-0090-01, Statistiques sur la pauvreté et le faible revenu selon le statut d’incapacité », base de données, consultée le 12 février 2015.

Les militants contre la pauvreté et les chercheurs qui s’intéressent à cet enjeu ont soulevé d’autres préoccupations au sujet de la MPC, affirmant qu’elle ne reflète pas toute l’étendue de la pauvreté. Ils ont fait remarquer, par exemple, que le recours aux banques alimentaires augmente alors que le taux officiel de pauvreté est en baisse, et que certaines catégories de dépenses, comme les soins dentaires ou les coûts supplémentaires liés aux soins de santé pour les personnes handicapées, ne sont pas prises en compte dans la MPC. À l’inverse, certains reprochent à la MPC d’avoir un seuil trop élevé [en anglais], puisqu’elle met l’accent sur les ressources nécessaires à l’intégration dans la société plutôt que de se limiter aux besoins de base.

Des spécialistes de Statistique Canada et du milieu universitaire continuent de chercher des mesures plus précises de la pauvreté [en anglais] à l’échelle nationale. Par exemple, dans son Carrefour des dimensions de la pauvreté, Statistique Canada fait le suivi d’indicateurs tels que les besoins insatisfaits en matière de logement et de santé, l’insécurité alimentaire, la littératie et la numératie. L’organisme a également collaboré avec les gouvernements territoriaux en vue de créer une mesure du panier de consommation du Nord pour le Nunavut, les Territoires du Nord‑Ouest et le Yukon. Par ailleurs, plusieurs initiatives liées aux données dirigées par des Autochtones, qui reposent sur des approches adaptées à leurs cultures, mesurent divers aspects de la pauvreté et du bien‑être au Canada.

Par Eleni Kachulis, Bibliothèque du Parlement

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