Le 21 juin, Journée nationale des peuples autochtones, des communautés partout au Canada organisent des activités pour rendre hommage aux cultures et aux réalisations autochtones. L’année 2026 marque le 30e anniversaire de la Journée nationale des peuples autochtones. Afin de souligner cette journée spéciale, la présente Note de la Colline met l’accent sur des exemples de leadership autochtone dans l’enseignement postsecondaire. Les peuples autochtones prennent en main leur avenir éducatif en créant de nouveaux établissements adaptés à leurs besoins.
Aperçu de l’enseignement postsecondaire
L’éducation est un déterminant social de la santé étroitement lié au bien-être des personnes et des collectivités. Les peuples autochtones ont leurs propres approches de l’enseignement qui privilégient généralement un apprentissage holistique, continu, basé sur l’expérience et ancré dans leurs langues et leurs cultures.
Les modèles d’éducation autochtones ont été bouleversés par la création des pensionnats autochtones. Ces établissements avaient pour objectif d’assimiler les jeunes autochtones et de les couper de leurs familles, de leurs langues, de leurs cultures et de leurs identités. On y dispensait généralement un enseignement de mauvaise qualité, qui ne préparait pas adéquatement les élèves aux études postsecondaires. De nombreux élèves ont quitté les pensionnats avec un sentiment de profonde méfiance envers l’éducation, ce qui a contribué à les dissuader de poursuivre des études postsecondaires ou à ne les entreprendre que des années plus tard.
Des obstacles d’ordre législatif ont également limité l’accès des Premières Nations à l’enseignement postsecondaire. De 1876 à 1951, les personnes des Premières Nations qui obtenaient un diplôme universitaire perdaient automatiquement leur statut aux termes de la Loi sur les Indiens, ce qui entraînait également la perte de leur droit de résider dans leur communauté.
De nos jours, Services aux Autochtones Canada offre un financement aux gouvernements et aux organismes autochtones, qui redistribuent ensuite ces fonds à des étudiantes et des étudiants admissibles issus des Premières Nations inscrites, des communautés inuites et métisses qui poursuivent une formation postsecondaire. Le ministère finance également des établissements postsecondaires des Premières Nations.
Leadership autochtone dans l’enseignement postsecondaire
Même si la Loi sur les Indiens contient des dispositions relatives à l’enseignement primaire et secondaire dans les réserves, elle ne prévoit rien en matière d’enseignement postsecondaire. Le paragraphe 14(1) de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones reconnaît aux peuples autochtones le droit d’établir et de diriger des systèmes et des établissements scolaires adaptés à leurs cultures. Certains traités signés entre les Premières Nations et le Canada avant 1975 contiennent des dispositions sur l’éducation, bien que leur formulation varie d’un traité à l’autre. Par conséquent, certaines Premières Nations revendiquent des droits en matière d’éducation issus de ces traités [en anglais], notamment le pouvoir de prendre des décisions en matière d’éducation des Premières Nations à tous les niveaux, y compris dans l’enseignement postsecondaire.
Depuis les années 1970, les peuples autochtones créent des établissements postsecondaires pour offrir une formation holistique, ancrée dans les cultures autochtones et adaptée aux besoins de leurs étudiants et étudiantes et de leurs communautés. Les établissements postsecondaires autochtones (EPSA) sont dirigés, administrés ou contrôlés par les peuples autochtones. Selon les recherches, il existerait au moins 50 EPSA au Canada. Les territoires en comptent encore peu, mais la première université dirigée par des Inuits [en anglais] dans l’Arctique est en cours de planification. Certains EPSA sont de petite taille et ne comptent qu’un seul campus au sein d’une communauté autochtone, tandis que d’autres sont plus vastes et disposent de plusieurs campus répartis sur différents sites.
La carte de la figure 1 présente des exemples d’EPSA au Canada qui offrent des programmes menant à l’obtention d’un grade, d’un diplôme ou d’un certificat. Les établissements autochtones offrant uniquement des programmes d’éducation des adultes n’y figurent toutefois pas.
Figure 1 – Carte des établissements postsecondaires sous contrôle autochtone au Canada
Sources : Carte interactive produite par Philippe Renaud, Bibliothèque du Parlement, en 2026, à partir de données tirées de Signal49 Research, Tracer le portrait des établissements d’enseignement postsecondaire dirigé par les Autochtones au Canada, 6 juillet 2023; Ressources naturelles Canada, « Limites législatives des terres autochtones du Canada », Service Web d’entités géographiques (WFS); Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada (RCAANC), « Traités historiques », WFS; RCAANC, « Traités modernes », WFS; RCAANC, « Ententes autochtones », WFS; Gouvernement de l’Alberta, « Metis Settlement », WFS; et Esri, « Provinces and Territories of Canada », WFS. Cette carte a été créée à l’aide de la plateforme ArcGIS Online d’Esri. Les fonds de carte sont la propriété intellectuelle d’Esri et sont utilisés ici sous licence, © 2026 Esri et ses concédants de licence. Contient de l’information visée par la Licence du gouvernement ouvert – Canada et la Open Government Licence – Alberta.
Les EPSA proposent diverses formations. La plupart sont établis au sein même des communautés qu’ils desservent. Certains travaillent en partenariat avec des établissements d’enseignement postsecondaire non autochtones afin d’élargir leur offre de formation ou de faire reconnaître les titres qu’ils décernent. En voici quelques exemples :
- En 1971, le Blue Quills Native Education Council a repris la gestion de l’ancien pensionnat autochtone Blue Quills [en anglais] à la suite de son occupation par des parents d’élèves. Aujourd’hui, l’University nuxełhot’ı̨ne thaaɁehots’ı̨ nistameyimâkanak Blue Quills [en anglais] est installée dans ce même bâtiment, situé dans la réserve de St. Paul, en Alberta. Cette université propose des programmes d’enseignement qui intègrent les savoirs autochtones dans des domaines comme la petite enfance, les sciences, le travail social et les langues autochtones.
- L’Université des Premières Nations du Canada (First Nations University of Canada) [en anglais], fondée en 1976 [en anglais] à Regina, en Saskatchewan, offre un enseignement postsecondaire adapté aux cultures autochtones. Dirigé aujourd’hui par des Autochtones et affilié à l’Université de Regina, l’établissement propose des programmes dans des domaines comme l’éducation, les beaux-arts et la santé, sur quatre campus en Saskatchewan, dont l’un abrite un centre d’apprentissage axé sur la terre.
- L’Institut Gabriel-Dumont d’études autochtones et de recherche appliquée (Gabriel Dumont Institute of Native Studies and Applied Research) [en anglais], fondé en 1976 à Saskatoon, en Saskatchewan, est issu d’une conférence réunissant des Métis et des personnes des Premières Nations non inscrites, qui cherchaient à promouvoir et à renforcer leurs cultures. Il offre aujourd’hui des programmes universitaires en éducation qui intègrent la culture métisse, dont certains en partenariat avec l’Université de Regina et l’Université de la Saskatchewan.
- Fondé en 1983 par cinq Premières Nations de la vallée de la Nicola, en Colombie‑Britannique, le Nicola Valley Institute of Technology (NVIT) [en anglais] offre une éducation culturellement adaptée aux étudiantes et étudiants autochtones. En 1995, une loi provinciale lui a conféré [en anglais] le statut d’institut provincial et le pouvoir de décerner des diplômes associés, des diplômes et des certificats. Le NVIT possède des campus à Merritt et à Vancouver et propose des formations accessibles dans des communautés autochtones partout au Canada. Ses programmes permettent d’acquérir les compétences pour travailler au sein de ces communautés, notamment dans le domaine du développement économique.
- Les leaders inuits ont reconnu la nécessité de former les jeunes inuits [en anglais] afin de leur permettre de négocier et de mettre en œuvre l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut. C’est dans ce contexte qu’a été créé le collège Nunavut Sivuniksavut (Nunavut Sivuniksavut College) [en anglais] en 1985, à Ottawa, en Ontario. Il propose deux programmes de certificat en études inuites qui intègrent les savoirs inuits et qui sont accrédités par le Collège algonquin. Ces programmes préparent les étudiants à poursuivre d’autres études postsecondaires. L’établissement offre également, par l’entremise de responsables de résidence et de conseillers, un accompagnement aux étudiantes et étudiants inuits qui viennent étudier dans les villes du sud du pays.
- Le Centre Dechinta pour la recherche et l’apprentissage (Dechinta Centre for Research and Learning) [en anglais], fondé en 2009 dans les Territoires du Nord‑Ouest, est né d’un projet de recherche qui a mis en évidence les obstacles limitant l’accès des communautés autochtones du Nord à l’enseignement postsecondaire. Il offre une formation postsecondaire dans les Territoires du Nord-Ouest et au Yukon dans des domaines comme le droit déné, la narration et l’autodétermination des peuples autochtones. Les étudiantes et étudiants peuvent suivre des cours accrédités menant à un grade universitaire ou un programme de certificat en recherche sur le territoire, offert en partenariat avec l’Université de la Colombie‑Britannique.
- L’Institution Kiuna a été fondée en 2011 dans la communauté abénaquise d’Odanak, située dans une réserve au Québec, par le Conseil en éducation des Premières Nations, à la suite d’une mobilisation de l’ensemble des Premières Nations du Québec en faveur d’un meilleur accès à l’enseignement postsecondaire. Cet établissement offre des programmes d’études collégiales et de formation continue ancrés dans les cultures des Premières Nations et menant à l’obtention de diplômes reconnus par le ministère de l’Éducation du Québec.
Programmes et initiatives autochtones dans les établissements postsecondaires
À partir des années 1960, les universités canadiennes ont commencé à créer des programmes d’études autochtones [en anglais] à la demande des peuples autochtones qui souhaitaient un enseignement plus adapté à leurs réalités culturelles. Dans certains cas, ils ont participé directement à la conception de ces programmes. Ainsi, dans les années 1980, à l’Université du Cap-Breton, des professeurs autochtones et non autochtones ont mis sur pied des cours en études autochtones [en anglais]. Ces cours ont ensuite été intégrés dans des programmes universitaires en études mi’kmaq élaborés en partenariat avec les communautés mi’kmaq et les étudiantes et étudiants concernés. Aujourd’hui, le Unama’ki College [en anglais] de l’Université du Cap-Breton offre des cours sur la langue, les cultures, l’histoire et la gouvernance des Mi’kmaq, notamment au sein de leurs communautés.
Au cours des dernières années, la participation des peuples autochtones dans la gouvernance des universités s’est renforcée. Par exemple, à l’Université du Yukon, le conseil d’administration, qui compte 17 membres votants, doit inclure trois membres nommés par les Premières Nations du Yukon, conformément à la Loi sur l’Université du Yukon. Depuis 2021, le Sénat de l’Université du Manitoba (l’organe directeur de l’établissement) compte cinq sièges réservés [en anglais] à des Autochtones.
Aujourd’hui, de nombreux établissements non autochtones ont élaboré des plans d’action pour la réconciliation ou des initiatives en réponse aux appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.
Enjeux actuels en matière d’enseignement postsecondaire
Les recherches montrent que les établissements autochtones jouent un rôle essentiel, tant pour améliorer l’accès des étudiantes et étudiants autochtones à l’enseignement postsecondaire [en anglais] que pour les préparer à travailler dans leurs communautés. Cependant, selon un examen de l’enseignement postsecondaire chez les Premières Nations, l’absence de financement stable et de mécanismes d’attestation et de reconnaissance freine le développement de ces établissements. Dans certaines provinces, comme l’Ontario et la Colombie‑Britannique [en anglais], les établissements postsecondaires autochtones sont officiellement reconnus par des lois qui prévoient également des engagements de financement provinciaux.
Les étudiantes et étudiants autochtones continuent de faire face à des obstacles qui peuvent les empêcher de mener à bien leurs études postsecondaires, notamment le manque d’accès à des établissements postsecondaires dans leurs communautés, un financement limité, les séquelles du traumatisme intergénérationnel, ainsi que le racisme et la discrimination dans les établissements postsecondaires non autochtones. L’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a conclu que le fait de s’éloigner de sa communauté d’origine pour poursuivre des études augmente également le risque d’être victime de violence pour les femmes, les filles et les personnes bispirituelles, lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queer, en questionnement, intersexes et asexuelles autochtones.
Le faible niveau de scolarité observé chez les peuples autochtones s’inscrit dans le contexte de ces obstacles. Entre 2016 et 2021, la proportion d’Autochtones titulaires d’un baccalauréat ou d’un diplôme d’études supérieures a augmenté chez les personnes des Premières Nations (+1,6 %), les Métis (+2,5 %) et les Inuits (+0,9 %) s’identifiant comme tels. Cependant, les étudiantes et étudiants autochtones affichent des taux de diplomation postsecondaire inférieurs (49,2 %) à ceux de leurs homologues non autochtones (68 %). L’éloignement géographique contribue lui aussi à ces écarts. Les Autochtones qui vivent dans une région où les établissements d’enseignement postsecondaire sont facilement accessibles présentent un taux de diplomation postsecondaire de 54,7 %, comparativement à 70 % pour les non-Autochtones. De même, les Autochtones qui vivent dans des régions très éloignées affichent un taux de diplomation postsecondaire de 27 %, comparativement à 54 % chez les non-Autochtones. La figure 2 présente des données supplémentaires de Statistique Canada sur le niveau de scolarité des personnes s’identifiant comme Autochtones, comparativement à la population non autochtone, selon le plus haut niveau de scolarité atteint, le genre et l’identité autochtone.
Figure 2 – Identité autochtone, scolarité et taux d’emploi, 2021
Source : Figure préparée par Emmanuel Preville, Bibliothèque du Parlement, à partir de données tirées de Statistique Canada, « Tableau 98-10-0424-01 : Plus haut niveau de scolarité, selon l’identité autochtone et la situation d’activité – Canada, provinces et territoires, régions métropolitaines de recensement et agglomérations de recensement y compris les parties », base de données, consultée le 1er juin 2026.
Par la création d’EPSA et leur participation à la gouvernance d’établissements non autochtones, les peuples autochtones mettent en place des modèles d’éducation ancrés dans leurs cultures, leurs perspectives et leurs langues, tant en classe que sur le territoire.
Lectures complémentaires
Groupe de travail sur l’éducation postsecondaire dans le Nord. Une responsabilité partagée : voix du Nord, solutions du Nord – Rapport du Groupe de travail sur l’éducation postsecondaire dans le Nord, 2022.
Stonechild, Blair. The New Buffalo: The Struggle for Aboriginal Post-Secondary Education in Canada, Winnipeg, University of Manitoba Press, 2006 [en anglais].
Par Brittany Collier et Antoine Csuzdi-Vallée, Bibliothèque du Parlement
