Au Canada, la Loi canadienne sur les droits de la personne interdit la discrimination fondée sur certains motifs, notamment le sexe, l’orientation sexuelle (depuis 1996) et l’identité ou l’expression de genre (depuis 2017). Ces termes sont souvent utilisés dans le contexte parlementaire, notamment lors des débats ou des discussions en comité. La présente Note de la Colline fournit des informations générales sur la terminologie utilisée pour décrire les concepts de la diversité de genre et sexuelle. Les principaux termes examinés sont résumés dans la figure 1 plus loin.
L’« orientation sexuelle » fait référence à « l’attirance physique ou émotionnelle pour des personnes selon leur sexe, leur identité de genre ou leur expression de genre. » Ainsi, une personne peut préciser son orientation sexuelle en s’identifiant comme, entre autres, lesbienne, gaie, hétérosexuelle, queer, bisexuelle ou asexuelle (personne qui ressent très peu ou pas d’attirance sexuelle). L’orientation sexuelle est un concept distinct du genre, de l’identité de genre et de l’expression de genre. Les concepts de genre, d’identité de genre et d’expression de genre sont associés à des termes tels que « transgenre », « cisgenre », « non binaire » et « queer ». Le terme « bispiritualité » peut être utilisé par certains Autochtones pour décrire leur genre ou leur orientation sexuelle, ou les deux.
Au moment de la rédaction, le gouvernement du Canada privilégie l’acronyme 2ELGBTQI+ pour représenter les personnes aux deux esprits, lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queers, intersexuées et les personnes faisant partie des communautés de la diversité sexuelle et de genre qui utilisent une autre terminologie.
Figure 1 – Terminologie sélectionnée pour décrire les concepts de la diversité de genre et sexuelle
Le sexe et le genre
La compréhension et l’utilisation des termes distincts « sexe » et « genre » ont évolué au fil du temps.
Le concept de sexe biologique fait référence à l’« ensemble défini des caractéristiques anatomiques et physiologiques d’une personne, par exemple les chromosomes, l’expression génique, les hormones ainsi que l’anatomie reproductive ou sexuelle. » À la naissance, le sexe d’une personne est généralement défini comme « féminin » ou « masculin », mais il existe certaines variations dans les caractéristiques biologiques qui composent le sexe.
Le terme « intersexué ou intersexuée » fait référence aux personnes dont les « caractéristiques anatomiques et physiologiques ne répondent pas aux critères médicaux du sexe féminin ou masculin » que ce soit par rapport aux chromosomes, aux hormones, à l’expression génique ou à l’anatomie reproductive et sexuelle. Ainsi, une personne née avec ce qui semble être des caractéristiques physiques externes masculines, mais qui a des organes reproducteurs internes féminins peut être désignée comme une personne intersexuée.
Alors que le « sexe » fait référence à des caractéristiques anatomiques et physiologiques, le « genre » fait référence à une construction sociale. Libres et Égaux Nations Unies définit le genre comme :
[les] identités, rôles et attributs socialement construits qu’une société considère comme attendus, appropriés et acceptables pour une personne en fonction de son sexe et des significations sociales et culturelles attachées aux différences biologiques fondées sur le sexe. En résumé, le genre est un ensemble de comportements, d’activités et de formes d’expression que la société attend des personnes en fonction de leur sexe. Ces attentes varient selon les sociétés, les communautés et les groupes, ainsi qu’au fil du temps.
Les normes liées au genre, c’est-à-dire les rôles, attentes, comportements et attributs associés à des genres spécifiques sont souvent appris tôt dans la vie et contribuent aux stéréotypes de genre, ce qui peut mener à des inégalités dans de nombreuses sociétés.
Identité de genre et expression de genre
L’identité de genre et l’expression de genre sont deux concepts distincts. L’identité de genre peut être définie comme étant la « sensation intérieure et profonde d’être homme ou femme, les deux, ni l’un ni l’autre, ou encore de se situer quelque part le long du spectre du genre. » L’identité de genre d’une personne ne correspond pas nécessairement au sexe qui lui a été assigné à la naissance et n’a pas de lien avec son orientation sexuelle. Les concepts d’identité de genre peuvent varier selon les cultures et les pays.
Différents termes peuvent être utilisés pour décrire l’identité de genre d’une personne, par exemple, « cisgenre », « transgenre » et « non binaire ».
Une personne cisgenre est une « personne qui s’identifie au sexe qui lui a été assigné à la naissance » alors qu’une personne transgenre est une « personne dont le genre ne correspond pas au sexe qui lui a été assigné à la naissance. »
Même si certaines personnes intersexuées peuvent aussi s’identifier comme étant transgenres, les deux termes ne sont pas interchangeables.
L’identité de genre de certaines personnes peut ne pas correspondre au concept binaire homme/femme ou masculinité/fémininité. Le terme « non binaire » englobe généralement les identités de genre qui se situent en dehors de ce modèle binaire et peut lui-même être utilisé comme une identité de genre. Par ailleurs, certaines identités de genre non binaires peuvent être spécifiques à une culture.
L’expression de genre fait référence aux façons dont une personne manifeste le genre auquel elle s’identifie par son apparence et ses comportements (maquillage, vêtements, style, coiffure, voix, façons de s’exprimer, etc.).
Identités « queers » et « bispirituelles »
Certains termes peuvent faire référence à l’orientation sexuelle, à l’identité de genre ou aux deux, par exemple, les identités « queer » et « bispirituelle ».
Le terme « queer » fait référence à une « personne dont l’orientation sexuelle ou le genre diffère de la vision binaire normative des genres et des sexualités. » Historiquement, ce terme a longtemps été utilisé de manière péjorative et peut parfois encore être considéré comme controversé ou peut être blessant pour certaines personnes. Toutefois, des personnes 2ELGBTQI+ s’auto-identifient en tant que personne queer, car ce terme représente à leurs yeux « un puissant symbole d’affirmation de soi et de liberté, en partie parce qu’il résiste à la catégorisation et peut être utilisé comme un terme générique pour désigner diverses identités de genre ou orientations sexuelles. »
Certains peuples autochtones se réapproprient les conceptions autochtones du genre et des identités bispirituelles qui ont été minées par la colonisation. Avec la colonisation, les conceptions européennes du genre et de la sexualité, définissant les genres comme binaires et la sexualité comme hétérosexuelle, ont été imposées aux peuples autochtones, ce qui a ébranlé les conceptions autochtones du genre et de la sexualité et a changé les rôles des personnes bispirituelles dans les communautés. Des témoignages entendus dans le cadre de l’Enquête nationale sur les femmes et filles autochtones disparues et assassinées ont soutenu que les politiques et les pratiques canadiennes, comme les pensionnats autochtones, ont « forcé la modification des normes de genres autochtones en s’attachant à effacer et exclure les identités et le rôle culturel des personnes 2ELGBTQQIA. Cette politique d’effacement et d’exclusion se poursuit encore de nos jours. »
Selon l’Association des femmes autochtones du Canada (AFAC), le terme « bispirituel » est reconnu comme ayant été proposé par l’aînée Myra Laramee lors de la troisième conférence intertribale annuelle des Amérindiens et des Premières Nations sur les gais et les lesbiennes en 1990. Ce terme est la traduction de la phrase anishinaabemowin (ojibwée) « niizh manidoowag » qui est utilisée dans différentes communautés autochtones au Canada et peut être traduit par « deux esprits ». Le terme « bispiritualité » (ou deux esprits) est utilisé par certains Autochtones au Canada et en Amérique du Nord comme un terme général qui englobe un large éventail d’identités autochtones liées à la sexualité et à l’identité spirituelle et de genre. Selon le lexique terminologique de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, le terme « bispirituel » décrit
les Autochtones qui sont nés avec un esprit féminin et un esprit masculin. La « bispiritualité » sert à décrire le rôle social et spirituel joué par certaines personnes dans les sociétés traditionnelles, à titre de médiateurs et de gardiens de cérémonies. Elle transcende les rôles acceptés des femmes et des hommes et représente le troisième genre.
Le terme est spécifique aux personnes autochtones, mais ce ne sont pas toutes les personnes autochtones 2ELGBTQI+ qui souhaitent se présenter comme étant bispirituelles. Certaines personnes autochtones peuvent préférer des termes spécifiques à leur nation ou d’autres termes reconnaissant plusieurs genres. Il est important de noter que des peuples autochtones d’autres pays peuvent utiliser une terminologie différente. Enfin, l’AFAC indique que le terme « indigiqueer », crédité au cinéaste et artiste Theo Jean Cuthand [en anglais], membre de la Première Nation Pine Creek, est un autre terme utilisé par certaines personnes autochtones faisant partie de la communauté 2ELGBTQI+. Le terme « Indigiqueer » peut être utilisé de façon interchangeable avec le terme « Autochtone queer ».
Lectures complémentaires
Collins, Zacharie, et al., FrancoQueer. En quête de vérité et de respect : les sujets 2SLGBTQIA+ au sein des communautés noires d’expression française, octobre 2024.
Égale Canada. Lexique et définitions 2SLGBTQI.
Femmes autochtones du Québec Inc. Dossier 2ELGBTQQIA+.
Hunt, Sarah, Centre de collaboration nationale de la santé autochtone. Une introduction à la santé des personnes bispirituelles : questions historiques, contemporaines et émergentes¸ 2016.
Le Réseau Enchanté. Démographie et expériences éducatives des personnes noir.e.s 2SLGBTQI+ au Canada, 10 février 2023.
Par Clare Annett et Alexia Lagacé-Roy, Bibliothèque du Parlement
