Le 20 juin 2022, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution 76/269 proclamant le 24 juin Journée internationale des femmes dans la diplomatie.
La résolution des Nations Unies reconnaît la contribution des femmes à la diplomatie; elle y constate leur sous-représentation et invite les États membres et autres parties prenantes à célébrer cette journée « de la manière qu’ils jugeront la plus appropriée, notamment dans le cadre d’initiatives éducatives et d’activités de sensibilisation du public, afin de favoriser la participation pleine et égale des femmes à tous les niveaux de la diplomatie ».
Brève histoire des femmes canadiennes dans la diplomatie
Même si elles travaillent pour Affaires mondiales Canada (AMC) depuis que le Ministère a ouvert ses portes en 1909 sous le nom de ministère pour les Affaires extérieures, au départ, les femmes n’avaient pas le droit d’occuper le poste d’agente du service extérieur et travaillaient surtout comme secrétaires ou commises [en anglais]. La première femme à représenter le Canada à l’étranger a été Agnes McCloskey, qui est entrée au Ministère en 1909 comme dactylographe, puis a gravi les échelons au fil des ans jusqu’au poste de consule au consulat général du Canada à New York en 1943.
La Deuxième Guerre mondiale a été une période de transformation pour le ministère des Affaires extérieures. Entre autres changements, le rôle des femmes s’est élargi. En 1942-1943, 12 femmes sont entrées au Ministère pour accomplir les tâches d’agentes subalternes du service extérieur. Toutefois, puisqu’il leur était toujours interdit d’occuper un emploi au sein du service extérieur, elles étaient classées comme commises et ne recevaient que 60 % du salaire auquel elles auraient autrement eu droit.
En 1947, au cours d’une deuxième vague d’expansion, le Ministère a lancé pour la première fois un concours ouvert aux hommes et aux femmes. Ainsi, six femmes sont devenues agentes du service extérieur, dont cinq avaient exercé les fonctions de commises pendant la guerre.
Elizabeth MacCallum [en anglais] était l’une d’entre elles. Spécialiste du Moyen‑Orient, elle est entrée au Ministère en 1942 en tant que commise, puis est devenue agente du service extérieur. En 1954, elle a été nommée chargée d’affaires de la légation canadienne à Beyrouth, devenant ainsi la première Canadienne nommée chef de mission.
Margaret Meagher, une autre recrue embauchée pendant la guerre, est également entrée au Ministère en 1942 en tant que commise. En 1945, elle a été nommée troisième secrétaire à l’ambassade du Canada au Mexique, ce qui a fait d’elle la première femme canadienne diplomate accréditée affectée à l’étranger, bien que son salaire et son statut à Ottawa soient restés ceux d’une commise. Mme Meagher a accepté une série d’affectations de plus haut rang avant d’être nommée ambassadrice en Israël en 1958, devenant ainsi la première femme ambassadrice du Canada.
Malgré la réussite de ces pionnières, les femmes diplomates continuaient de se heurter à de nombreux obstacles. Par exemple, jusqu’en 1971, les femmes du service extérieur devaient démissionner de leur poste lorsqu’elles se mariaient. Les restrictions imposées aux femmes mariées travaillant ailleurs dans la fonction publique fédérale avaient pourtant été levées en 1955.
Les femmes diplomates au Canada et dans le monde
De nos jours, la parité hommes-femmes semble avoir été atteinte parmi les agents du service extérieur canadien. Selon un mémoire présenté en 2023 par l’Association professionnelle des agents du service extérieur au Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international dans le cadre de l’étude du Comité sur le service extérieur canadien, 53 % des agents du service extérieur canadien sont des femmes.
En outre, les données d’AMC montrent qu’en date du 16 août 2022, 47 % des chefs de mission du Canada, ce qui comprend les ambassadeurs, les hauts‑commissaires et les consuls généraux, étaient des femmes. Le contraste est saisissant par rapport à 1968, où seulement 5 % des chefs de mission canadiens étaient des femmes, selon le GenDip Dataset on Gender and Diplomatic Representation [en anglais] de l’Université de Göteborg, en Suède. La figure 1 ci-dessous montre la proportion de chefs de mission canadiens dans des affectations principales, par genre, pour certaines années.
Figure 1 – Proportion de chefs de mission canadiens dans des affectations principales, par genre
Note : Dans une affectation principale, une personne est ambassadrice résidente et peut également avoir des accréditations simultanées (également appelées affectations secondaires).
Les données disponibles sont ventilées par hommes et femmes. Les données concernant les autres genres ne sont pas disponibles.
Source : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement à partir de données tirées de Birgitta Niklasson et Ann E. Towns, « The GenDip Dataset on Gender and Diplomatic Representation », Université de Gothenburg, base de données, consultée le 29 avril 2024 [en anglais].
À l’échelle mondiale, le Canada figure en bonne place en ce qui concerne le nombre de femmes chefs de mission. La figure 2 ci-dessous montre la proportion de femmes chefs de mission dans des affectations principales dans les pays membres du Groupe des Sept (G7), pour certaines années.
Figure 2 – Proportion de femmes chefs de mission dans des affectations principales dans les pays du Groupe des Sept
Note : Dans une affectation principale, une personne est ambassadrice résidente et peut également avoir des accréditations simultanées (également appelées affectations secondaires).
Les données disponibles sont ventilées par hommes et femmes. Les données concernant les autres genres ne sont pas disponibles. Les données pour l’Allemagne ne sont pas disponibles avant 1998.
Source : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement à partir de données tirées de Birgitta Niklasson et Ann E. Towns, « The GenDip Dataset on Gender and Diplomatic Representation », Université de Gothenburg, base de données, consultée le 29 avril 2024 [en anglais].
Pour sa part, en 2023, le Women in Diplomacy Index [en anglais], une initiative de recherche de l’Anwar Gargash Diplomatic Academy, a classé le Canada au premier rang parmi 169 États pour le pourcentage de femmes ambassadrices et de représentantes permanentes. Les données révèlent que 51 % des ambassadeurs canadiens sont des femmes, contre 21 % à l’échelle mondiale. Selon ce même indice, le Canada a été reconnu comme étant le pays ayant fait le plus de progrès en matière d’égalité des genres au cours de la période allant de 2018 à 2023, durant laquelle le pourcentage de femmes ambassadrices est passé de 35,6 % à 51 %.
Malgré les progrès réalisés, certaines parties prenantes continuent d’exprimer leur inquiétude quant à l’égalité entre les hommes et les femmes au sein du service extérieur. Le 25 janvier 2023, le Réseau des femmes d’AMC a présenté un mémoire au Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international dans lequel il soutient que, malgré la parité hommes‑femmes observée en début de carrière au sein du service extérieur, des écarts subsistent dans la représentation à l’étranger. Par exemple, les femmes ont tendance à rester à Ottawa plus longtemps que les hommes plus tard dans leur carrière au lieu de servir à l’étranger. Les raisons avancées pour expliquer cette divergence comprennent les considérations liées à l’emploi du conjoint ou du partenaire, les besoins des enfants en matière d’éducation et la prise en charge des membres âgés de la famille.
Au cours de l’étude du Comité sénatorial, les parties prenantes ont insisté sur l’expérience des femmes présentant des facteurs identitaires croisés et ont souligné l’importance de disposer de données ventilées par facteurs identitaires pour soutenir l’élaboration des politiques. Par exemple, lors de sa comparution devant le Comité, Sandra McCardell, alors sous‑ministre adjointe et championne du Réseau des femmes d’AMC, a expliqué que le Réseau encourageait le Ministère à obtenir et à analyser des données intersectionnelles pour l’aider à « savoir pourquoi il y a des obstacles et pour élaborer des politiques pour encourager la promotion des femmes noires ».
Diplomatie parlementaire et initiatives pour l’égalité des genres
Les parlementaires canadiens participent régulièrement à des activités diplomatiques. Par exemple, ils assistent à des réunions d’organisations interparlementaires, prennent part à des missions bilatérales et accueillent des délégations étrangères.
La Présidente du Sénat et le Président de la Chambre des communes sont à la tête de la diplomatie parlementaire du Canada. L’honorable Raymonde Gagné, Présidente du Sénat, est la troisième femme à occuper cette fonction dans l’histoire du Parlement.
Récemment, une délégation canadienne a participé à la 147e Assemblée de l’Union interparlementaire, au cours de laquelle la Commission permanente des Affaires des Nations Unies a adopté une motion concernant l’égalité des genres à l’Assemblée générale des Nations Unies. Entre autres appels à l’action, la motion invite tous les parlements à revoir le processus de recrutement de leur corps diplomatique national afin de s’assurer que les femmes sont encouragées à postuler et qu’elles ont les mêmes possibilités d’avancement que les hommes.
En outre, les parlementaires canadiens se livrent à des activités diplomatiques qui mettent tout particulièrement l’accent sur le genre. Ils effectuent une partie de ce travail sur des tribunes et dans des groupes comme le Réseau des femmes parlementaires de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, les Femmes parlementaires du Commonwealth, le Forum des femmes parlementaires de l’Union interparlementaire et le Réseau parlementaire pour l’égalité des genres de ParlAmericas. Depuis 2022, les parlementaires ont également eu l’occasion de discuter de l’égalité des genres dans le cadre du réseau informel de l’Assemblée parlementaire de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (AP OSCE), lancé par l’honorable Hedy Fry, C.P., députée, représentante spéciale de l’AP OSCE sur les questions du genre.
Lectures complémentaires
Annett, Clare et Dominique Montpetit. Les femmes au Parlement du Canada : 100 ans de représentation, Notes de la Colline, Bibliothèque du Parlement, 1er décembre 2021.
Keenleyside, H. L. « Canada’s Department of External Affairs », International Journal, vol. 1, no 3, juillet 1946, p. 189 à 214 [en anglais].
Mychajlyszyn, Natalie. La diplomatie parlementaire : les parlementaires canadiens et le monde, Notes de la Colline, Bibliothèque du Parlement, 18 novembre 2021.
Niklasson, Birgitta et Ann E. Towns. « Diplomatic Gender Patterns and Symbolic Status Signaling: Introducing the GenDip Dataset on Gender and Diplomatic Representation », International Studies Quarterly, vol. 67, no 4, décembre 2023 [en anglais].
Sénat du Canada, Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international. Plus qu’une vocation : le Canada doit se doter d’un service extérieur adapté au XXIe siècle, douzième rapport, décembre 2023.
Par Michel Cristerna, Bibliothèque du Parlement
