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Les 25 ans du Programme sur les femmes, la paix et la sécurité

Temps de lecture : 11 minutes


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Le 31 octobre 2000, après des décennies de lobbying de la part d’organisations de la société civile, la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité a été adoptée à l’unanimité. Il s’agit de la première résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies (RCSNU) axée sur l’autonomisation des femmes en tant qu’agentes de la paix et de la sécurité. Le 25e anniversaire de cette résolution historique représente une excellente occasion d’examiner de plus près le Programme sur les femmes, la paix et la sécurité.

La résolution reconnaît que les conflits et les guerres ont des effets disproportionnés sur les femmes et que celles-ci sont plus que des victimes ayant besoin de protection. En effet, elles peuvent également jouer un rôle important pour faire avancer les processus de paix.

La RCSNU 1325 réclame l’intégration d’une perspective de genre aux processus de négociations de paix, aux activités humanitaires, aux opérations de paix ainsi qu’aux efforts de consolidation de la paix après un conflit. Elle insiste également sur la nécessité, pour les femmes, de participer à la prise de décisions. La résolution contribue ainsi à éliminer les obstacles qui empêchent fréquemment les femmes de jouer un rôle concret dans la résolution de questions de paix et de sécurité et prépare le terrain pour l’adoption de politiques et de pratiques plus inclusives.

Point central des résolutions

Le Programme sur les femmes, la paix et la sécurité, énoncé dans la RCSNU 1325 et les résolutions ultérieures, repose sur les quatre piliers suivants :

Neuf autres résolutions relatives aux femmes, à la paix et à la sécurité ont été adoptées depuis l’an 2000, les plus récentes – RCSNU 2467 et RCSNU 2493 – ayant été adoptées en 2019. Ces neuf résolutions, tout comme la RCSNU 1325, lient les États membres des Nations Unies, et elles ont eu pour effet de renforcer le Programme sur les femmes, la paix et la sécurité en mettant en place des mesures, des cibles ainsi que des mécanismes d’établissement de rapport et de vérification supplémentaires. Pour souligner l’importance de ces résolutions, le Pacte pour l’avenir, adopté par consensus en septembre 2024 par les 193 pays membres de l’Assemblée générale des Nations Unies, prévoit une mesure spécifique – la mesure 19 – destinée à accélérer la mise en œuvre des engagements relatifs aux femmes, à la paix et à la sécurité.

Plusieurs de ces résolutions sont axées sur l’élimination de la violence sexuelle. À titre d’exemple, la RCSNU 1820 fait observer que le viol et les autres formes de violence sexuelle constituent des crimes de guerre; la RCSNU 1888 exige le déploiement rapide de conseillers pour la protection des femmes dans le cas de conflits où l’on observe un taux élevé de violence sexuelle; et la RCSNU 1889, la RCSNU 2106 et la RCSNU 2122 précisent que la santé sexuelle et procréative ainsi que les droits à ces égards contribuent à la sécurité internationale.

Cependant, comme l’indique un article publié par le Security Council Report [en anglais] en novembre 2019, les deux résolutions portant sur les femmes, la paix et la sécurité adoptées cette même année ne font pas mention de la santé sexuelle et procréative ainsi que des droits à ces égards puisque ce sujet a été la source de désaccords parmi les États membres du CSNU au cours des négociations.

De façon globale, les 10 résolutions sur les femmes, la paix et la sécurité réunies dont il est question dans la chronologie ci-dessous ont contribué à encadrer le plaidoyer pour la participation des femmes aux questions de paix et de sécurité dans les affaires internationales.

Figure 1 – Chronologie des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies axées sur les femmes, la paix et la sécurité

Source : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement à partir de données tirées de Nations Unies, Security Council Resolutions on Women, Peace and Security [en anglais].

Progrès à l’échelle mondiale et obstacles à franchir

Diverses mesures ont été prises pour promouvoir la mise en œuvre du Programme sur les femmes, la paix et la sécurité depuis l’adoption de la RCSNU 1325, il y a 25 ans.

Par exemple, en 2004, le Secrétaire général des Nations Unies a demandé aux États membres de préparer des plans d’action d’envergure régionale ou nationale [en anglais] pour mettre en œuvre le Programme sur les femmes, la paix et la sécurité. En date d’octobre 2025, 115 pays ou régions ont des plans d’action, et un peu plus de la moitié de ces plans comportaient un engagement relatif à la participation des femmes aux processus de paix.

Toutefois, il reste encore des obstacles à franchir. Dans son rapport sur les femmes, la paix et la sécurité, publié en septembre 2025, le Secrétaire général des Nations Unies affirme :

Pourtant, 25 ans après le début de notre action collective sur la question des femmes et de la paix et de la sécurité, les allées du pouvoir, les tables de paix et les institutions de sécurité restent largement dominées par les hommes, qui, trop souvent, n’ont que très peu de comptes à rendre en ce qui concerne le résultat des décisions qu’ils prennent.

Selon un rapport de l’Institut international de la paix [en anglais] publié en 2015, les accords de paix négociés avec l’aide de femmes ont 35 % plus de chances de durer au moins 15 ans.

Or, des recherches effectuées conjointement par ONU Femmes et le Council on Foreign Relations ont permis de constater que les femmes sont toujours sous‑représentées dans les processus de paix [en anglais]. À l’échelle mondiale, de 1992 à 2019, les femmes représentaient 6 % des médiateurs, 6 % des signataires et 13 % des négociateurs dans le cadre des principaux processus de paix. En 2024, selon les Nations Unies, les femmes représentaient en moyenne 14 % des médiateurs, 20 % des signataires et 7 % des négociateurs.

La RCSNU 2242, présentée en 2015, visait à accroître la proportion des femmes participant aux contingents policiers et militaires des missions de paix des Nations Unies, pour la faire passer de 4,2 % en octobre 2015 [en anglais] à 8,4 % d’ici 2020. Cette cible n’a pas été atteinte, mais des progrès ont néanmoins été réalisés : les contingents policiers et militaires comptaient 6,5 % de femmes en juin 2020 [en anglais].

De nouvelles cibles pour l’égalité des genres dans les missions de paix des Nations Unies ont été établies dans la Stratégie uniforme pour la parité entre les genres 2018-2028 [en anglais]. Selon le rapport du Secrétaire général, les cibles pour la présence des femmes parmi le personnel judiciaire et pénitentiaire, les policiers, les experts militaires et les unités de police constituées avaient été atteintes ou surpassées avant la fin de 2024. Dans le cas des contingents militaires, la cible n’avait pas été atteinte, mais des progrès avaient été enregistrés.

Selon une analyse de 2016 publiée dans la revue International Affairs [en anglais], bien qu’elle soit importante, la proportion de femmes ne donne pas une image complète de l’égalité entre les genres. En effet, il faudrait également obtenir de l’information sur les endroits où les gardiennes de la paix sont déployées, leurs rôles et l’effet de leur participation sur le déroulement des missions.

Les violences sexuelles en situation de conflit sont un fléau qui persiste et ne sont que peu souvent signalées. Dans son dernier rapport sur les violences sexuelles liées aux conflits, le Secrétaire général des Nations Unies a déclaré ce qui suit :

Des violences sexuelles généralisées liées aux conflits ont été observées en 2024 dans un contexte de prolifération et d’escalade des conflits ayant donné lieu à une hausse sans précédent du nombre de déplacements et à une militarisation croissante. Vingt-cinq ans après l’adoption par le Conseil de sécurité de sa résolution 1325 (2000) sur les femmes et la paix et la sécurité, les femmes et les filles continuent d’être les premières touchées par ces violences sexuelles.

Activités et progrès du Canada en matière de femmes, de paix et de sécurité

Le gouvernement du Canada considère que la mise en œuvre du Programme sur les femmes, la paix et la sécurité constitue une « priorité de sa politique étrangère ». Publié en 2024, le troisième Plan d’action national du Canada pour les femmes, la paix et la sécurité du gouvernement met l’accent sur la participation accrue des femmes aux efforts de paix et de sécurité, le renforcement de l’autonomie des femmes et des filles, et le respect des droits de la personne dans les États fragiles ou touchés par des conflits.

En outre, la politique de développement international du Canada, Politique d’aide internationale féministe du Canada (PAIF), et la politique de défense du pays, Notre Nord, fort et libre : Une vision renouvelée pour la défense du Canada, intègrent des aspects du Programme sur les femmes, la paix et la sécurité

À titre d’exemple, le sixième champ d’action du PAIF porte sur l’impact de la participation des femmes aux processus de paix et aux efforts de reconstruction à la suite d’un conflit. Pour sa part, la politique de défense met à jour l’objectif d’appliquer l’analyse comparative entre les sexes Plus afin d’approfondir la compréhension des crises et de promouvoir des solutions plus adaptées pour relever les défis en matière de sécurité.

En juin 2019, Jacqueline O’Neill est devenue la première ambassadrice du Canada pour les femmes, la paix et la sécurité. Dans ses fonctions, elle conseillait les ministres fédéraux au sujet du Programme sur les femmes, la paix et la sécurité, contribuait à la mise en œuvre du Plan d’action national pour les femmes, la paix et la sécurité et représentait le pays dans le cadre d’initiatives nationales et internationales liées aux femmes, à la paix et à la sécurité. Son mandat a pris fin en 2025; personne n’a encore été désigné pour lui succéder.

Le Canada travaille également en collaboration avec d’autres pays dans le cadre de projets relatifs aux femmes, à la paix et à la sécurité. En 2017, le Canada a notamment lancé un projet multilatéral appelé l’Initiative Elsie pour la participation des femmes aux opérations de paix; il l’a prolongé jusqu’en mars 2027. L’initiative a été nommée en l’honneur d’Elsie Muriel Gregory MacGill, une ingénieure en aéronautique qui a notamment dirigé la production d’avions de chasse canadiens pendant la Seconde Guerre mondiale et qui a défendu les droits des femmes et des enfants.

En plus de proposer des activités conçues pour favoriser la participation des femmes aux opérations de paix, l’Initiative Elsie vise à offrir de la formation aux femmes militaires, à administrer un fonds mondial pour appuyer les efforts des pays en ce sens, et à diriger des recherches pertinentes dans le domaine.

Le Canada préside aussi le Groupe des amis des femmes, de la paix et de la sécurité, un réseau informel composé de plus de 63 membres représentant cinq groupes régionaux des Nations Unies. Dans le cadre de ses travaux, le Groupe exhorte les États membres à augmenter le nombre de postes de conseillers pour la protection des femmes déployés au sein des missions de maintien de la paix.

Enfin, la Canadienne Clare Hutchinson [en anglais] a occupé de 2018 à 2021 le poste de représentante spéciale pour les femmes, la paix et la sécurité auprès du secrétaire général de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Pendant son mandat, elle a déclaré qu’elle était particulièrement fière de la Politique de l’OTAN sur la prévention de l’exploitation et des abus sexuels et sur les moyens d’y réagir [en anglais], entérinée en 2019, qui confirme l’engagement de l’alliance envers le Programme sur les femmes, la paix et la sécurité.

Ressources supplémentaires

Basu, Soumita, Paul Kirkby et Laura J. Shepherd. New Directions in Women, Peace and Security, 2020 [en anglais].

Gouvernement du Canada. Rapport d’étape sur le Plan d’action national du Canada 2017-2022 pour la mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité – exercice financier 2018-2019.

Haastrup, Toni. « Resisting the Tide: Reclaiming the Women, Peace, and Security Agenda », Politics and Gender, vol. 21, no 3, septembre 2025, p. 696 à 703 [en anglais].

ONU Femmes, Faits et chiffres : Les femmes, la paix et la sécurité, 20 octobre 2025.

Tryggestad, Torunn L. « Trick or Treat? The UN and Implementation of Security Council Resolution 1325 on Women, Peace, and Security, » Global Governance, vol. 15, no 4, 2009, p. 539 à 557 [abonnement requis].

Par Marie Dumont, Bibliothèque du Parlement

 

Principaux éléments des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité

RCSNU 1325 (2000)

Reconnaît que les contributions des femmes à la prévention des conflits, au maintien de la paix, à la résolution de conflits et à la consolidation de la paix sont sous‑estimées et que les femmes sont sous‑utilisées.

Demande que les perspectives d’égalité des genres soient intégrées à l’architecture stratégique des Nations Unies ainsi qu’aux processus de gestion de conflits et de reconstruction.

Encourage une participation et une représentation accrues des femmes à toutes les étapes des processus décisionnels.

RCSNU 1820 (2008)

Reconnaît que le viol et la violence sexuelle sont des stratégies de guerre délibérées et des crimes graves et exige de toutes les parties à des conflits armés qu’elles mettent fin à tous les actes de violence sexuelle.

Exige qu’un plus grand nombre de femmes soit déployé dans le cadre des opérations de maintien de la paix et que les troupes reçoivent la formation nécessaire pour prévenir la violence sexuelle et intervenir si celle-ci devait se produire.

RCSNU 1888 (2009)

Rappelle que la violence sexuelle en situation de conflit armé ainsi que la violence envers les femmes et les enfants continuent de se produire malgré les demandes visant à mettre fin à ces pratiques.

Décide d’intégrer aux missions de maintien de la paix des conseillers pour la protection des femmes qui seront rapidement déployés dans les situations de violence sexuelle.

Demande le déploiement d’une équipe d’experts pour aider les autorités nationales dans le cadre des efforts visant à renforcer la primauté du droit dans les situations où des actes de violence sexuelle sont commis.

RCSNU 1889 (2009)

Crée le Bureau de la représentante spéciale du secrétaire général chargé de la lutte contre les violences sexuelles dans les conflits armés.

Reconnaît l’importance des droits économiques des femmes dans un contexte de paix et de sécurité.

Exige que les rapports sur les pays remis au Conseil de sécurité des Nations Unies comportent des renseignements sur les besoins des femmes et des filles en situation de conflit armé et au lendemain d’un conflit que les données sur ces besoins soient compilées.

Demande la création d’un ensemble d’indicateurs à utiliser pour suivre l’application de la RCSNU 1325 et des résolutions subséquentes relatives aux femmes, à la paix et à la sécurité.

RCSNU 1960 (2010)

Rappelle que les actes de violence sexuelle en situation de conflit demeurent généralisés et réitère son appel à mettre fin à ces pratiques.

Établit un mécanisme de dénonciation et de condamnation visant à surveiller les conflits à l’échelle mondiale.

Exige que les rapports annuels du Secrétaire général et les documents renvoyés aux comités des sanctions des Nations Unies ainsi qu’aux tribunaux pénaux internationaux comportent une liste de parties soupçonnées de s’être livrées à des formes de violence sexuelle dans des situations de conflit armé.

RCSNU 2106 (2013)

Reconnaît la nécessité de mettre en place des obligations dans le but de combattre la violence sexuelle en situation de conflit armé.

Invite à augmenter le nombre de conseillers pour la protection des femmes qui sont déployés et à leur offrir une formation adéquate.

Demande la tenue d’enquêtes sur la violence sexuelle et exhorte à engager des poursuites contre les responsables de tels crimes.

RCSNU 2122 (2013)

Exige la réalisation d’une étude mondiale sur la mise en œuvre de la RCSNU 1325 dans le cadre du 15e anniversaire de l’adoption de cette résolution.

Constate la nécessité de se pencher sur les causes profondes des conflits armés et sur les menaces qui pèsent sur la sécurité des femmes qui sont confrontées à ces situations.

Insiste sur l’importance de contrôler les armes classiques pour réduire la violence faite aux femmes ainsi que d’adopter et de mettre en œuvre le Traité sur le commerce des armes à cette fin.

RCSNU 2242 (2015)

Aborde la question des lacunes dans la mise en œuvre du Programme sur les femmes, la paix et la sécurité en demandant aux Nations Unies de prendre les deux mesures suivantes : renforcer l’équilibre entre les genres au sein de sa structure et prioriser les droits des femmes et l’accès à la justice en situation de conflit.

Intègre l’égalité des genres aux questions de portée générale applicables aux stratégies des Nations Unies en matière de lutte contre l’extrémisme violent et le terrorisme.

Exhorte les États membres des Nations Unies à doubler le nombre de femmes au sein des organismes militaires et policiers de maintien de la paix d’ici 2020.

Encourage les États membres des Nations Unies à augmenter le financement destiné au Programme sur les femmes, la paix et la sécurité dans leur budget relatif aux conflits et à la reconstruction.

RCSNU 2467 (2019)

Recommande l’adoption de mesures visant à réduire la violence sexuelle en situation de conflit ainsi que d’une approche axée sur les survivants pour venir en aide aux victimes de violence sexuelle.

Reconnaît que l’inégalité structurelle entre les genres et la discrimination font partie des causes profondes de la violence sexuelle et affirme que les États parties des Nations Unies ont la responsabilité, à l’échelle nationale, de s’attaquer à ces causes profondes.

RCSNU 2493 (2019)

Insiste sur la nécessité de passer des engagements aux réalisations concrètes puisque 2020 marque le 20e anniversaire de la RCSNU 1325, le 75e anniversaire des Nations Unies et le 25e anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing.

Invite les organisations régionales à tenir des réunions pour faire le point sur l’avancement du Programme sur les femmes, la paix et la sécurité et pour cerner les mesures à prendre pour améliorer sa mise en œuvre.

Exhorte les États membres des Nations Unies à augmenter le financement destiné au Programme sur les femmes, la paix et la sécurité dans leur budget relatif aux conflits et à la reconstruction

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