Plus de 80 % des Canadiens vivent dans des villes, le reste étant réparti dans les vastes régions rurales et éloignées du pays. Ces collectivités rurales représentent un segment démographique à part entière, avec ses caractéristiques, ses contributions et ses défis uniques.
On entend généralement par « urbain » tout ce qui se rapporte à une ville, tandis que « rural » désigne tout ce qui concerne les campagnes. Ces deux concepts sont toutefois interdépendants, et il n’a jamais été simple de les démêler tout à fait. De plus, de nombreux ministères fédéraux ont leur propre interprétation de ces termes, ce qui fait en sorte qu’il est encore plus difficile d’en arriver à une définition uniforme.
La présente Note de la Colline s’intéresse tout particulièrement aux définitions des termes « urbain », « rural » et « éloigné » utilisées par Statistique Canada. Il est essentiel de bien comprendre les classifications et définitions statistiques pour identifier les populations auxquelles sont destinées diverses initiatives et politiques gouvernementales. Ce document contient également plusieurs cartes pour illustrer les différences entre ces définitions.
Classification des centres de population et des régions rurales
Statistique Canada utilise la Classification des centres de population et des régions rurales comme norme ministérielle pour classer les régions urbaines et rurales. Les centres de population sont des régions qui comptent au moins 1 000 habitants et ont une densité de 400 habitants ou plus par kilomètre carré. La figure 1 montre l’emplacement de tous les centres de population au Canada. Selon la Classification des centres de population et des régions rurales, les zones en violet sont urbaines et toutes les autres sont classées comme régions rurales. Selon le recensement de 2021, 6,6 millions de personnes (soit 17,8 % de la population) vivaient dans des régions rurales.
Figure 1 – Centres de population au Canada, 2021
Sources : Carte produite par la Bibliothèque du Parlement en 2025 à partir de données tirées de Statistique Canada, « Tableau 98-10-0006-01 : Chiffres de population, régions métropolitaines de recensement, agglomérations de recensement, centres de population et régions rurales » , 9 février 2022; et Statistique Canada, « Centres de population », Recensement de 2021 – Fichiers des limites. Les fonds de carte Esri sont la propriété intellectuelle d’Esri et sont utilisés ici sous licence; © 2025 Esri et ses concédants de licence. Logiciel utilisé : ArcGIS Online. Contient de l’information visée par la Licence ouverte de Statistique Canada
Définition de « régions rurales et petites villes »
Statistique Canada se sert également d’une autre définition, plus informelle, pour désigner ce qui est rural et ce qui est urbain, soit la définition de « régions rurales et petites ville ». Toutes les régions à l’intérieur d’une région métropolitaine de recensement (RMR) et d’agglomération de recensement (AR) sont considérées comme étant urbaines, et toutes les autres, comme étant rurales.
Les RMR et AR sont composées d’une ou de plusieurs subdivisions de recensement adjacentes et situées autour d’un centre de population, que l’on appelle le noyau. Une subdivision de recensement est basée sur une unité administrative définie par une province ou un territoire, telle qu’une municipalité. Une RMR doit compter au moins 100 000 habitants, dont 50 000 qui résident dans le noyau. Une AR doit avoir une population d’au moins 10 000 habitants.
La figure 2 montre les RMR et AR au Canada. Selon la définition de « régions rurales et petites villes », toute région qui n’apparaît pas en orange pâle est considérée comme rurale. D’après le recensement de 2021, 6 millions de personnes vivaient en milieu rural, soit environ 16 % de la population.
Figure 2 – Régions métropolitaines de recensement et agglomérations de recensement du Canada, 2021
Sources : Carte produite par la Bibliothèque du Parlement en 2025 à partir de données tirées de Statistique Canada, « Tableau 98-10-0006-01 : Chiffres de population, régions métropolitaines de recensement, agglomérations de recensement, centres de population et régions rurales » , 9 février 2022; et Statistique Canada, « Régions métropolitaines de recensement et agglomérations de recensement », Recensement de 2021 – Fichiers des limites. Les fonds de carte Esri sont la propriété intellectuelle d’Esri et sont utilisés ici sous licence; © 2025 Esri et ses concédants de licence. Logiciel utilisé : ArcGIS Online. Contient de l’information visée par la Licence ouverte de Statistique Canada.
Comparaison des deux approches
Cela peut sembler paradoxal, mais il arrive qu’une région soit considérée comme urbaine aux termes d’une classification, mais rurale aux termes d’une autre. Plus particulièrement, il existe des régions rurales (des régions autres que les centres de population) à l’intérieur des RMR et des AR, mais ces régions sont considérées comme urbaines d’après la définition de « régions rurales et petites villes ». En 2021, environ 644 300 personnes vivaient dans ces régions rurales. Il s’agit généralement de petites villes ou de régions rurales qui sont situées à proximité de grands centres urbains et qui représentent un sous-ensemble important de la population rurale.
La figure 3 montre le chevauchement entre les centres de population et les RMR ou les AR dans l’ensemble du Canada. La barre de recherche permet de trouver des régions du Canada et de découvrir leurs limites rurales et urbaines.
Figure 3 – Chevauchement entre les régions métropolitaines de recensement, les agglomérations de recensement et les centres de population au Canada, 2021
Sources : Carte produite par la Bibliothèque du Parlement en 2025 à partir de données tirées de Statistique Canada, « Tableau 98-10-0006-01 : Chiffres de population, régions métropolitaines de recensement, agglomérations de recensement, centres de population et régions rurales », 9 février 2022; et Statistique Canada, « Centres de population » et « Régions métropolitaines de recensement et agglomérations de recensement », Recensement de 2021 – Fichiers des limites. Les fonds de carte Esri sont la propriété intellectuelle d’Esri et sont utilisés ici sous licence; © 2025 Esri et ses concédants de licence. Logiciel utilisé : ArcGIS Online. Contient de l’information visée par la Licence ouverte de Statistique Canada.
Les figures 4 à 6 présentent des exemples précis qui mettent en évidence différentes régions du pays. La figure 4 montre l’AR de Rouyn-Noranda, au Québec. La zone orangée est considérée comme urbaine selon la définition de « régions rurales et petites villes » (comme elle est située à l’intérieur d’une AR); or, selon la Classification des centres de population et des régions rurales, cette même région est considérée comme rurale à 99,5 %. Les deux centres de population (Rouyn-Noranda et Évain) regroupent 60,3 % de la population de l’AR, mais occupent seulement 0,5 % de sa superficie. À l’inverse, le centre de population de Malartic, à l’est de Rouyn-Noranda, est considéré comme une région rurale selon la définition de « régions rurales et petites villes », mais comme une région urbaine selon la Classification des centres de population et des régions rurales.
Figure 4 – Chevauchement entre l’agglomération de recensement et le centre de population de Rouyn-Noranda
Sources : Carte produite par la Bibliothèque du Parlement en 2025 à partir de données tirées de Statistique Canada, « Centres de population » et « Régions métropolitaines de recensement et agglomérations de recensement », Recensement de 2021 – Fichiers des limites; Ressources naturelles Canada (RNCan), Limites administratives au Canada – Série CanVec – Entités administratives, 1:1M, 1er mars 2019; RNCan, Lacs, rivières et glaciers au Canada – Série CanVec – Entités hydrographiques, 1:250K, 1er mars 2019; et RNCan, Réseaux de transport au Canada – Série CanVec – Entités transport, 1:250K, 1er mars 2019. Logiciel utilisé : Esri, ArcGIS Pro, version 3.4.0. Contient de l’information visée par la Licence du gouvernement ouvert – Canada et la Licence ouverte de Statistique Canada
Selon le recensement de 2021, 62,9 % de la superficie de la RMR de Red Deer, en Alberta, est urbaine, car elle est couverte par le centre de population du même nom. Le reste, soit 37,1 %, est rural (comme le montre la figure 5). Red Deer est l’une des plus petites RMR, puisque sa population (100 844 habitants) dépasse à peine le seuil requis pour être considérée comme telle.
Figure 5 – Chevauchement entre la région métropolitaine de recensement et le centre de population de Red Deer
Sources : Carte produite par la Bibliothèque du Parlement en 2025 à partir de données tirées de Statistique Canada, « Centres de population » et « Régions métropolitaines de recensement et agglomérations de recensement », Recensement de 2021 – Fichiers des limites; Ressources naturelles Canada (RNCan), Limites administratives au Canada – Série CanVec – Entités administratives, 1:1M, 1er mars 2019; RNCan, Lacs, rivières et glaciers au Canada – Série CanVec – Entités hydrographiques, 1:250K, 1er mars 2019; et RNCan, Réseaux de transport au Canada – Série CanVec – Entités transport, 1:250K, 1er mars 2019. Logiciel utilisé : Esri, ArcGIS Pro, version 3.4.0. Contient des renseignements visés par la Licence du gouvernement ouvert – Canada et la Licence ouverte de Statistique Canada.
Bien que la RMR de Kamloops, en Colombie-Britannique (114 142 habitants), ait une population comparable à celle de Red Deer, elle est rurale à 98,6 %, selon la Classification des centres de population et des régions rurales (voir la figure 6).
Figure 6 – Chevauchement entre la région métropolitaine de recensement et le centre de population de Kamloops
Sources : Carte produite par la Bibliothèque du Parlement en 2025 à partir de données tirées de Statistique Canada, « Centres de population » et « Régions métropolitaines de recensement et agglomérations de recensement », Recensement de 2021 — Fichiers des limites; Ressources naturelles Canada (RNCan), Limites administratives au Canada – Série CanVec – Entités administratives, 1:1M, 1er mars 2019; RNCan, Lacs, rivières et glaciers au Canada – Série CanVec – Entités hydrographiques, 1:250K, 1er mars 2019; et RNCan, Réseaux de transport au Canada – Série CanVec – Entités transport, 1:250K, 1er mars 2019. Logiciel utilisé : Esri, ArcGIS Pro, version 3.4.0. Contient des renseignements visés par la Licence du gouvernement ouvert – Canada et la Licence ouverte de Statistique Canada.
Indice d’éloignement du Canada
Enfin, il est important de noter que les réalités rurales ne sont pas les mêmes partout au Canada. Certaines collectivités rurales sont situées près de régions urbaines où elles ont accès à plus de services, alors que d’autres sont complètement isolées. Pour mieux tenir compte de cette réalité, Statistique Canada a créé un indice d’éloignement en collaboration avec Services aux Autochtones Canada. Cet indice mesure l’éloignement en attribuant à chaque subdivision de recensement une valeur comprise entre 0 (facilement accessible) et 1 (très éloigné), en fonction de l’accessibilité géographique des services et de la proximité des régions voisines. La figure 7 montre l’éloignement de chaque subdivision de recensement au Canada selon l’indice d’éloignement de 2021. Les zones plus claires correspondent aux régions plus éloignées, tandis que celles plus foncées indiquent des régions moins éloignées.
Figure 7 – Indice d’éloignement par subdivision de recensement du Canada
Sources : Carte produite par la Bibliothèque du Parlement en 2025 à partir de données tirées de Statistique Canada, Indice d’éloignement, 3 avril 2020; et Statistique Canada, « Subdivisions de recensement », Recensement de 2021 – Fichiers des limites. Les fonds de carte Esri sont la propriété intellectuelle d’Esri et sont utilisés ici sous licence; © 2025 Esri et ses concédants de licence. Logiciel utilisé : ArcGIS Online. Contient de l’information visée par la Licence ouverte de Statistique Canada.
De nombreuses collectivités éloignées ne sont pas desservies par des routes et ont un accès limité à des services essentiels, dont les soins de santé, l’éducation, les services sociaux et d’urgence, ainsi que les épiceries. De plus, l’isolement peut exacerber les difficultés socioéconomiques, en particulier pour les peuples autochtones. La figure 8 montre la proportion de personnes autochtones et non autochtones vivant dans des régions éloignées selon l’indice d’éloignement. En 2016, 26 % des Autochtones (âgés de 19 à 45 ans) vivaient dans des régions éloignées ou très éloignées du Canada, contre seulement 3 % de la population non autochtone. Cet écart s’explique probablement par les déplacements et les réinstallations historiques des peuples autochtones menées par le gouvernement du Canada. Les Inuits étaient les plus susceptibles de vivre dans des régions très éloignées (57 %) et éloignées (23 %).
Figure 8 – Proportion (en %) de personnes autochtones et non autochtones, âgées de 19 à 45 ans, vivant dans des régions éloignées selon l’indice d’éloignement, 2016
Sources : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement à partir de données tirées de Statistique Canada, Recensement de 2016; et de Jaclyn Layton, La distance comme facteur de l’achèvement des études secondaires chez les Premières Nations, les Métis et les Inuit, Statistique Canada, 2023.
Par Megan Barkey et Philippe Renaud, Bibliothèque du Parlement
