Les répercussions de la COVID-19 sur les foyers de soins de longue durée au Canada

Révisée le 24 novembre 2020, 9h50
Dans cette Note de la Colline, tout changement d’importance depuis la dernière publication est indiqué en caractères gras.

(Available in English: Long-Term Care Homes in Canada – The Impact of COVID-19)

Selon l’Institut national sur le vieillissement [en anglais] de l’Université Ryerson, en date le 24 novembre 2020, les foyers de soins de longue durée (SLD) et les résidences pour personnes âgées avaient déclaré 12 % du total des cas de COVID-19 et 75 % du total des décès.

La présente Note de la Colline décrit des répercussions de la COVID-19 sur les résidents et le personnel des foyers de soins de longue durée ainsi que les recommandations et les initiatives subséquentes.

Pour obtenir de plus amples renseignements, consulter l’article Comment les foyers de soins de longue durée sont-ils financés et réglementés au Canada?

La COVID-19 dans les foyers de soins de longue durée canadiens

La plus grande proportion des cas de COVID-19 au Canada était chez les personnes âgées de 20 à 29 ans. La plus petite proportion des cas était chez les personnes âgées de 70 à 79 ans. Cependant, la majorité des décès attribuables à cette maladie ont touché les Canadiens plus âgés, soit 71 % chez les 80 ans.

Proportion des cas et des décès liés à la COVID-19 selon l’âge au Canada

La proportion des cas de COVID-19 varie selon les groupes d’âge sans tendance apparente. La proportion la moins élevée des cas de COVID-19 est chez les personnes âgées de 70 à 79 ans (6 %), et la plus élevée est chez les personnes âgées de 20 à 29 ans (17 %). Il y a eu un nombre disproportionnellement plus élevé de décès liés à la COVID-19 chez les personnes âgées de 60 ans et plus par rapport au nombre de cas de COVID-19 dans ce groupe d’âge.

Source : Préparé par l’auteur à partir des données du gouvernement du Canada, COVID-19 Tableau de bord de l’état de la situation, consulté le 14 octobre 2020.

Tandis que les personnes de 80 ans et plus représentent 12 % de tous les cas de COVID-19, elles comptent 71 % de tous les décès.

Proportion des cas de COVID-19 qui ont été mortels, selon l’âge

Le taux de mortalité de la COVID-19 est nettement plus élevé pour les personnes de plus de 80 ans que pour tout autre groupe d’âge (33 %). Le taux de mortalité chute environ de moitié pour les personnes âgées de 70 à 79 ans.

Source : Préparé par l’auteur à partir des données du gouvernement du Canada, COVID-19 Tableau de bord de l’état de la situation, consulté le 14 octobre 2020.

En juin 2020, l’Institut canadien d’information sur la santé a rapporté que le Canada avait une proportion plus élevée de décès associés à la COVID-19 dans ses foyers de SLD que tous les autres pays de l’OCDE inclus dans sa comparaison. À cette date, les décès dans les établissements de SLD canadiens représentaient 81 % des décès totaux, alors que les décès dans de tels établissements dans les autres pays de l’OCDE représentaient entre 10 et 66 % des décès totaux (moyenne de 38 %).

Dans le rapport, on peut lire que « les résultats des comparaisons doivent être interprétés avec une extrême prudence en raison de l’évolution rapide du nombre de cas ainsi que des différences quant à la définition des SLD et aux pratiques de dépistage et de déclaration de la COVID-19 d’un pays à l’autre. » De même, un plus grand pourcentage d’aînés vit dans des foyers de SLD au Canada et les résidents sont en moyenne plus âgés que dans les pays de comparaison. Finalement, on y apprend que les foyers de SLD du Canada comptent moins de travailleurs de la santé par tranche de 100 résidents que la moyenne de l’OCDE.

Tel que noté ci-dessus, l’Institut national pour le vieillissement a affirmé que jusqu’à maintenant, 12 % des cas de COVID-19 et 75 % de tous les décès attribuables à la COVID-19 provenaient des foyers de SLD, touchant les résidents et le personnel. Le résumé de l’Institut a aussi révélé que 87 % de tous les cas de COVID-19 et 93 % des décès dans des foyers de SLD avaient eu lieu en Ontario et au Québec.

Résumé des cas de COVID-19 et des décès liés à la maladie dans les foyers de soins de longue durée au Canada

Total des cas de COVID-19 au Canada 334 711
Total des décès liés à la COVID-19 au Canada 11 496
Total des foyers de soins de longue durée 5 801
Nombre de foyers de soins de longue durée ayant des cas de COVID-19 1 787
Nombre de cas de COVID-19 chez les résidents 26 961
Nombre de cas de COVID-19 chez les employés 13 274
Pourcentage de la totalité des cas de COVID-19 dans des foyers de soins de longue durée 12 %
Nombre de décès de résidents liés à la COVID-19 dans des foyers de soins de longue durée 8 612
Nombre de décès d’employés liés à la COVID-19 dans des foyers de soins de longue durée 16
Pourcentage de tous les décès liés à la COVID-19 survenus dans des foyers de soins de longue durée 75 %

Source : Préparé par l’auteur à partir de l’outil de suivi des cas de COVID-19 dans les foyers de soins de longue durée de l’Institut national sur le vieillissement, Sommaire canadien [en anglais], consulté le 24 novembre 2020.

Les données du recensement de 2016 indiquent que 121 140 personnes âgées de plus de 80 ans habitent dans des établissements de soins infirmiers, dont 73 % sont des femmes. Même s’il n’existe pas de données nationales permettant de ventiler le nombre de cas et de décès dans les foyers de SLD selon le sexe, l’Ontario a rapporté que 64,5 % des cas de COVID-19 dans les établissements de SLD touchaient des femmes. Les données révèlent que les hommes sont plus susceptibles que les femmes de mourir de la COVID-19 dans les foyers de SLD, comme c’est le cas dans le reste de la population.

Les répercussions de la COVID-19 sur les activités et le personnel des foyers de soins de longue durée

La proportion élevée de décès liés à la COVID-19 parmi les aînés vivant en foyer de SLD a exposé les défis de longue date dans la prestation de soins de longue durée au Canada. En avril 2020, les gouvernements du Québec et de l’Ontario ont tous deux demandé l’aide du gouvernement fédéral pour gérer les éclosions de COVID-19 dans les foyers de SLD.

Ainsi, les Forces armées canadiennes (FAC) ont déployé des équipes dans 20 établissements au Québec et cinq en Ontario. Les FAC ont présenté des rapports aux deux gouvernements provinciaux. Tant le rapport présenté à l’Ontario [en anglais] que celui présenté au Québec ont révélé un approvisionnement insuffisant en équipement de protection individuelle, des soins de piètre qualité, un manque de personnel chronique et un comportement inadéquat à l’égard des résidents. Il a été mentionné que de nombreux établissements ne pouvaient pas permettre un éloignement physique suffisant ni mettre en place les protocoles d’isolement. L’Ontario et le Québec ont lancé une enquête publique sur les répercussions de la COVID-19 sur les foyers de SLD. Le 23 octobre 2020, la Commission d’enquête sur la COVID-19 dans les foyers de soins de longue durée de l’Ontario a publié des recommandations provisoires. Celles-ci proposaient notamment d’augmenter les niveaux et les types de postes dans les foyers de SLD, d’améliorer les mesures de prévention et de contrôle des infections et de permettre aux membres de la famille et aux soignants de visiter les résidents.

Dans un rapport publié en juin 2020 sur la composition des effectifs, la Société royale du Canada affirmait que « [c]ette pandémie a tout simplement exposé les lacunes généralisées qui minaient profondément le secteur » et a proposé neuf mesures pour résoudre la « crise de la main-d’œuvre dans les établissements de SLD » qui nécessiteront « un solide leadership et un travai[l] en coordination » entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux/territoriaux.

Le rapport soulignait que les infirmières constituent le principal groupe de professionnels de la santé réglementé dans les foyers de SLD, et que des médecins sont rarement présents. Selon le rapport, les infirmières offrent peu de soins directs aux résidents et 90 % de ces soins sont donnés par des préposés aux bénéficiaires ou des préposés aux services de soutien non réglementés. Le rapport souligne que les préposés aux bénéficiaires :

  • ne sont pas très bien rémunérés;
  • avaient reçu une formation scolaire variable et minime;
  • travaillent à temps partiel sans avantages sociaux;
  • sont recrutés par des agences de placement et ne connaissent pas le foyer de SLD où ils travaillent;
  • prennent rarement part aux décisions et aux réunions avec la famille, même s’ils sont ceux qui passent le plus de temps avec les résidents.

De plus, le rapport a révélé que les préposés aux bénéficiaires avaient des niveaux élevés de stress et étaient à risque de subir un épuisement professionnel. Les statistiques suivantes s’appliquent aux préposés aux bénéficiaires dans les foyers de SLD :

  • presque 90 % sont des femmes, dont 70 % sont âgées de plus de 40 ans, et proviennent souvent de groupes racialisés et marginalisés;
  • 60 % utilisent l’anglais comme langue seconde;
  • près de 50 % de ceux qui travaillent dans des centres urbains sont des immigrants;
  • entre 25 et 30 % d’entre eux ont plus d’un emploi;
  • 65 % disent ne pas avoir assez de temps pour fournir les soins nécessaires.

Le rapport comprenait des recommandations relatives à des normes nationales en matière de main-d’œuvre et de formation et de ressources nécessaires à la lutte contre les infections. Il exigeait aussi un soutien financier accru du gouvernement fédéral pour aider les provinces et les territoires à mettre en œuvre les normes nationales et recommandait des changements pour les gouvernements provinciaux et territoriaux, notamment :

  • mettre en place des normes appropriées, équitables et permanentes de rémunération et de conditions de travail, notamment en matière de congés de maladie, y compris pour les préposés aux bénéficiaires;
  • offrir un soutien en santé mentale à tout le personnel;
  • améliorer et exiger la collecte de données.

Un certain nombre d’intervenants demande au gouvernement fédéral d’inclure expressément les SLD à la Loi canadienne sur la santé [en anglais] ou d’adopter une loi distincte [en anglais] sur les SLD énonçant des normes nationales.

Activités fédérales récentes

Le gouvernement a publié des lignes directrices pour les établissements de SLD en matière de prévention et de contrôle de la COVID-19. Un groupe de travail fédéral sur les soins de longue durée a été créé par la Conseillère scientifique en chef du Canada, et un rapport a été rendu public le 30 octobre 2020.

L’Accord sur la relance sécuritaire annoncé en septembre 2020 inclut un montant de 740 millions de dollars pour les SLD, les soins à domicile et les soins palliatifs pour compenser les coûts ponctuels engendrés par la pandémie. De plus, le discours du Trône du gouvernement fédéral prononcé en septembre comprenait un engagement à travailler avec les provinces et les territoires afin d’établir des normes nationales pour les SLD et à prendre « des mesures supplémentaires pour aider les gens à vivre chez eux plus longtemps ».

Auteure : Sonya Norris, Bibliothèque du Parlement

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