La COVID-19 et les crises humanitaires

Le 26 août 2020, 10h30

(Available in English: COVID-19 and Humanitarian Crises)

Au début de l’année 2020, des millions de personnes dans le monde étaient déjà dans un état de grande vulnérabilité en raison de conflits armés, de catastrophes et de dysfonctionnements des États. La présente Note de la Colline traite de l’incidence de la pandémie de COVID‑19 sur les situations de crise humanitaire et l’aide humanitaire.

Chevauchement des urgences

Selon l’International Rescue Committee, les personnes travaillant dans les situations de crise humanitaire sont confrontées à une « double urgence » [en anglais] en raison de la pandémie de COVID‑19. Il y a l’incidence directe « sur des systèmes de santé pris au dépourvu et des populations déjà vulnérables », ainsi que « les ravages secondaires que la maladie causera à la situation humanitaire, économique, sécuritaire et politique déjà fragile de ces États ».

Les pandémies peuvent avoir des effets indirects sur la santé [en anglais]. Par exemple, en raison d’arrêts de production liés à la COVID-19, les campagnes de vaccination contre des maladies telles que la diphtérie et la rougeole ont été interrompues dans de nombreux pays. Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), on a observé « des retards importants dans les livraisons de vaccins » [en anglais].

Le Plan de réponse humanitaire global à la COVID‑19 des Nations Unies

En mars 2020, les Nations Unies a lancé un Plan de réponse humanitaire global à la COVID‑19 au titre duquel elle a demandé 2 milliards de dollars américains aux donateurs, en plus des autres appels actuels à l’aide humanitaire. La mise à jour de mai 2020 a porté l’appel à la lutte contre la COVID‑19 à 6,7 milliards de dollars américains. En juillet 2020, l’ONU demandait 10,3 milliards de dollars américains pour répondre aux besoins de 63 pays.

Selon les Services de surveillance financière administrés par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (BCAH) des Nations Unies, au 17 août 2020, le plan avait reçu un financement [en anglais] à hauteur de 21,3 % de ses besoins. Le Canada avait fourni [en anglais]1,3 % des fonds déclarés du plan, soit quelque 28 millions de dollars américains. De plus, le Canada a répondu à d’autres appels, contribuant [en anglais] pour près de 60 millions de dollars américains au total au financement humanitaire déclaré pour l’urgence de la lutte contre la COVID‑19. Les États-Unis sont le principal donateur, avec 874 millions de dollars américains.

Les besoins non satisfaits du Plan de réponse humanitaire global à la COVID‑19 pourraient être fonction de l’élargissement de son champ d’application, de contraintes financières dans des pays donateurs qui font face à d’importants défis de politique intérieure, ou de retards dans les rapports.

Le spectre des besoins

Le Plan de réponse humanitaire global à la COVID‑19 des Nations Unies vise à remédier aux nouvelles vulnérabilités, notamment la montée de la famine. Des plans distincts lancés par le Programme des Nations Unies pour le développement, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, entre autres, sont censés aborder les défis macroéconomiques et de développement plus importants.

Alors que les opérations humanitaires visent à fournir une assistance salvatrice à ceux qui en ont le plus besoin, l’aide au développement a généralement pour but de traiter des problèmes plus systémiques, souvent en coopération avec les institutions de l’État et parfois dans le respect de conditions politiques.

Il y a un débat [en anglais] de longue date sur la question de savoir s’il est nécessaire d’atténuer ou de combler la distinction entre les structures, les plans et les programmes humanitaires et de développement. Dans plusieurs cas, il n’est pas facile de classer les pays et les régions selon qu’ils en sont à une étape de développement, de consolidation de la paix ou de crise. Les situations peuvent progresser, régresser et se chevaucher.

Un rapport [en anglais] publié en 2019 par Development Initiatives a révélé que 33 % des personnes vivant dans une extrême pauvreté se trouvaient également dans des pays où les appels humanitaires étaient récurrents. En outre, un certain nombre de pays qui reçoivent une aide humanitaire sont également confrontés à des problèmes d’endettement et à des chocs climatiques.

On craint toutefois que la fusion des activités humanitaires et de développement compromette les principes [en anglais] qui guident l’action humanitaire – humanité, impartialité, neutralité et indépendance.

L’incidence sur l’environnement opérationnel

Les restrictions en matière de déplacements et des perturbations des systèmes de transport et des chaînes d’approvisionnement causées par la pandémie de COVID‑19 ont entravé les activités humanitaires.

À la fin mars 2020, l’ACAPS, organisme sans but lucratif axé sur l’analyse des activités humanitaires, a mené une enquête rapide sur l’incidence [en anglais] de la pandémie auprès des organismes humanitaires. Presque tous les répondants ont indiqué que les mesures gouvernementales en réponse à la pandémie avaient une certaine incidence sur leur travail sur le terrain, 56 % d’entre eux ont fait état de « répercussions importantes sur toutes les activités », 13 % ont mentionné que « seules les opérations de sauvetage se sont poursuivies » et 7 % ont souligné que les activités avaient complètement cessé.

Dans le contexte de la COVID‑19, les acteurs locaux [en anglais] sont devenus plus importants que jamais pour garantir la poursuite de l’acheminement de l’aide vers les personnes dans le besoin et d’une intervention adaptée aux réalités sur le terrain.

Le « marché » [en anglais] mis de l’avant lors du Sommet humanitaire mondial de 2016 avait, entre autres objectifs [en anglais], celui de verser au moins 25 % du financement humanitaire aux intervenants locaux et nationaux, aussi directement que possible, d’ici 2020. Néanmoins, les premières versions du Plan de réponse humanitaire global à la COVID‑19 des Nations Unies ont suscité des inquiétudes quant au montant limité [en anglais] qui était réservé au financement direct des organismes non onusiens.

La mise à jour de juillet 2020 du Plan de réponse comprend une « enveloppe supplémentaire » de 300 millions de dollars américains destinée aux organisations non gouvernementales (ONG). Au 17 août 2020, les ONG nationales et locales avaient reçu [en anglais] quelque 23 millions de dollars américains du financement direct déclaré par les Services de surveillance financière, contre plus de 1,7 milliard de dollars américains pour les agences des Nations Unies. Des montants de ce financement qui varient selon les agences sont ensuite acheminés vers les partenaires de mise en œuvre.

Un système à la limite de ses capacités

Outre les risques immédiats que posent la COVID‑19 pour la santé, il y a des enjeux plus généraux à prendre en compte.

Le premier concerne les demandes adressées au système humanitaire.

À la fin de 2019, l’ONU a demandé près de 29 milliards de dollars américains aux donateurs pour l’année à venir dans le but de répondre aux crises humanitaires dans le monde. En juillet 2020, l’appel, qui inclut désormais le Plan de réponse humanitaire global à la COVID‑19, était passé à 40 milliards de dollars américains. Ce montant « record » est destiné à aider environ 250 millions de personnes.

Le deuxième enjeu est la nature mondiale de l’urgence de la lutte contre la COVID‑19.

Le modèle traditionnel des opérations humanitaires voit les ressources extérieures affluer dans une zone ciblée en situation de crise. Cependant, comme l’ont noté [en anglais] des chercheurs du Center for Global Development, ce modèle est remis en question « lorsque les déplacements sont très restreints et que la crise frappe tous les pays simultanément ».

Le troisième enjeu porte sur les vulnérabilités accrues auxquelles sont confrontés certains groupes dans le contexte de la COVID‑19.

Outre le risque de violence familiale et conjugale pour les femmes et les filles en situation de confinement, les femmes et les filles déplacées peuvent être exposées à un risque accru d’exploitation sexuelle et de mariage précoce. Malgré cela, seul un petit montant du financement humanitaire, environ 44 millions de dollars américains déclarés [en anglais] pour l’urgence de la lutte contre la COVID‑19 au 17 août 2020, cible spécifiquement la violence sexuelle et sexiste.

Le quatrième et dernier enjeu, c’est que la pandémie exacerbe de nombreuses crises humanitaires aiguës et prolongées.

Par exemple, après plus de cinq ans de guerre civile et d’intervention étrangère [en anglais], quelque 80 % de la population du Yémen dépend de l’aide humanitaire, dont 12,3 millions d’enfants [en anglais]. On estime que seule la moitié des établissements de santé du pays sont pleinement opérationnels. Le Yémen, qui traite déjà des cas présumés de choléra [en anglais] dans 22 de ses 23 gouvernorats, a déclaré son premier cas de COVID‑19 le 10 avril 2020 [en anglais].

L’ONU, qui a retiré [en anglais] une certaine partie de son personnel du Yémen à la suite de la COVID‑19 et qui a dû réduire ou fermer [en anglais] de nombreux programmes en raison d’un manque de financement, considère que le pays est l’un des environnements les moins permissifs pour les opérations humanitaires.

Aujourd’hui, la dépréciation de la monnaie locale augmente le prix des denrées alimentaires au sein d’une population qui était déjà confrontée à une famine généralisée, alors même que diminuent les envois de fonds [en anglais] des Yéménites travaillant à l’étranger. La persistance du conflit armé, l’absence de règlement politique et la détérioration de la situation économique et humanitaire semblent avoir poussé le Yémen au bord du gouffre [en anglais].

Lectures complémentaires

Parker, Ben, « COVID-19 aid funding: The many pots and pitfalls », Aid and Policy, The New Humanitarian, 3 juin 2020 [en anglais].

Aly, Heba, « This global pandemic could transform humanitarianism forever. Here’s how », Aid and Policy, The New Humanitarian, 8 juin 2020 [en anglais].

Melissa Pavlik, « A Great and Sudden Change: The Global Political Violence Landscape Before and After the COVID-19 Pandemic », Armed Conflict Location & Event Data Project, 4 août 2020. [en anglais].

Chi, Y-Ling, Lydia Regan, Cassie Nemzoff, Carleigh Krubiner, Yasmine Anwar et Damian Walker, Beyond COVID-19: A Whole of Health Look at Impacts During the Pandemic Response, Center for Global Development, document de travail 117, juillet 2020 [en anglais].

Development Initiatives, Global Humanitarian Assistance Report 2020, 22 juillet 2020 [en anglais].

Affaires mondiales Canada, L’aide humanitaire continue du Canada en réponse à la pandémie de COVID‑19, Communiqué de presse, 15 juin 2020.

Affaires mondiales Canada, Document d’information – Le Canada octroie des fonds pour contenir la pandémie de COVID‑19, 5 avril 2020.

Auteure : Allison Goody, Bibliothèque du Parlement