Ce que nous savons au sujet d’une possible deuxième vague de COVID-19

Révisée le 29 septembre 2020, 12h40
Dans cette Note de la Colline, tout changement d’importance depuis la dernière publication est indiqué en caractères gras.

(Available in English: What We Know About a Potential Second Wave of COVID-19)

Peu après que l’Organisation mondiale de la Santé a déclaré que nous étions face à une pandémie mondiale de COVID‑19, le 11 mars 2020, plusieurs scientifiques émettaient déjà des mises en garde [en anglais] concernant une possible deuxième vague de COVID‑19. (La COVID‑19 est la maladie causée par l’infection avec le virus SARS‑CoV‑2.)

La présente Note de la Colline présente un aperçu des épidémies et pandémies antérieures suivies d’une deuxième vague, et fournit certains éléments probants qui laissent présager une possible deuxième vague de COVID‑19.

Qu’est‑ce que la deuxième vague d’un virus?

Bien que les médias parlent souvent d’une « deuxième vague » pour désigner une résurgence possible des cas de COVID‑19, aucune définition scientifique précise ne correspond à ce terme [en anglais] dans le contexte des pandémies.

Le premier cas de COVID‑19 au Canada, confirmé le 25 janvier 2020, était lié à un retour de voyage à l’étranger. Le premier cas de transmission communautaire a été confirmé [en anglais] début mars 2020. Le nombre de cas a atteint un pic à la mi‑avril (< 2 000 cas par jour), puis a diminué lentement jusqu’à la fin juin (~ 200 cas par jour).

Certaines régions du Canada semblent connaître une deuxième vague de COVID‑19 depuis que le faible taux d’infection qui s’est maintenu des mois durant, a recommencé à augmenter de façon constante, plutôt que de prendre la forme de petites éclosions pouvant être rapidement maîtrisées.

Le graphique ci‑dessous illustre les deux vagues de la pandémie de grippe H1N1 au Canada en 2009 et 2010.

Admissions à l’hôpital et décès liés à la grippe H1N1 au Canada, 2009–2010

Le graphique montre deux vagues de grippe H1N1 : la première a eu lieu à la fin du printemps 2009, et la seconde, de plus forte gravité, à l’automne 2009. Au pire de la deuxième vague à la fin octobre, on comptait près de 250 hospitalisations et moins de 20 décès tous les jours.

Source : Melissa Helferty et coll., « Incidence of hospital admissions and severe outcomes during the first and second waves of pandemic (H1N1) 2009 [en anglais] », Canadian Medical Association Journal, 14 décembre 2010, volume 182, numéro 18, p. 1983.

Deuxième vague régionale ou deuxième vague mondiale

Une deuxième vague peut seulement émerger une fois la première vague terminée. Les taux d’infection dans les différents pays sont caractérisés par des tendances et des calendriers différents.

Selon ce qu’indique le tableau de bord sur la COVID‑19 de l’Organisation mondiale de la Santé [en anglais], les premières vagues semblent être terminées dans quelques pays, où les taux d’infection demeurent bas et stables, y compris en Norvège [en anglais] et en Thailande [en anglais].

Plusieurs pays connaissent une deuxième vague, comme certains pays d’Europe [en anglais], Israël [en anglais] et le Canada [en anglais]. D’autres pays, comme l’Australie [en anglais] et le Japon [en anglais], ont déjà vu une deuxième vague.

Aux États‑Unis [en anglais], après une légère et courte baisse des taux d’infection, plusieurs États ont connu une résurgence [en anglais] des cas quotidiens de COVID‑19. Cette résurgence ne constitue pas une deuxième vague, mais plutôt une flambée des infections de la première vague. À la fin septembre 2020, certains pays se trouvaient encore dans la première vague, notamment au Mexique [en anglais], au Brésil [en anglais] et en Inde [en anglais].

À l’échelle mondiale, le taux d’infection quotidien de tous les pays réunis n’a pas encore diminué. Alors que les nouvelles infections quotidiennes avaient plafonné à environ 80 000 cas en avril et en mai 2020, elles ont connu une hausse continue depuis juin pour atteindre 300 000 cas par jour. Par conséquent, dans une perspective mondiale, on ne peut actuellement dégager aucun modèle clair concernant la première vague de cette pandémie.

Quelles sont les références historiques de pandémies ayant connu une deuxième vague?

La plupart des références historiques de pandémies ayant connu plusieurs vagues se rattachent à des virus de la grippe. La pandémie de COVID‑19 est seulement la deuxième pandémie connue qui soit liée à un coronavirus.

La première était la pandémie de SRAS de 2002–2003, qui avait causé moins d’infections et de décès que la COVID‑19, bien que le taux de mortalité ait été plus élevé. Le tableau ci‑dessous décrit certaines des pandémies et des épidémies pouvant servir de référence.

Caractéristiques de certaines pandémies et épidémies liées à des infections respiratoires virales, 1889 à 2020

Pandémie/épidémie Virus responsable Étendue géographique Infections/décès Population la plus touchée Modèle de propagation
Virus de la grippe
Pandémie de grippe de 1889–1892 [en anglais] Grippe de type A, sous‑type H2 Mondiale Taux d’infection inconnu; nombre estimatif d’un million de décès [en anglais] Personnes ayant des problèmes de santé sous‑jacents Trois vagues dont la deuxième fut la plus sévère
Pandémie de grippe de 1918–1920 [en anglais] Grippe de type A, sous‑type H1N1 Mondiale Environ 500 000 millions de personnes infectées et entre 50 et 100 millions de décès La majorité des décès ont touché les moins de 65 ans, particulièrement les jeunes adultes Trois vagues dont la deuxième fut la plus sévère
Pandémie de grippe de 1957–1958 [en anglais] Grippe de type A, sous‑type H2 Mondiale Environ 40 % de la population mondiale infectée, 1,1 million de décès [en anglais] Enfants; aînés; personnes ayant déjà des problèmes de santé Deux vagues de sévérité comparable
Pandémie de grippe de 1968–1969 [en anglais] Grippe de type A, sous‑type H3 Mondiale Environ 15 % de la population infectée, 1 million de décès à l’échelle mondiale (taux de mortalité de 0,5 %) [en anglais] Enfants; aînés; personnes ayant déjà des problèmes de santé Deux vagues
Pandémie de grippe de 2009–2010 [en anglais] Grippe de type A, sous‑type H1N1

(H1N1pdm09)

Mondiale 200 millions de personnes infectées, environ 200 000 décès [en anglais] (taux de mortalité de 0,001‑0,002 %) Adolescents; jeunes adultes Deux petites vagues, dont la deuxième fut légèrement plus sévère
Coronavirus
Épidémie de SRAS de 2002–2003 [en anglais] (syndrome respiratoire aigu sévère) SRAS‑CoV‑11

(coronavirus)

Asie du Sud‑Est et Canada Environ 8 500 personnes infectées, 800 décès (taux de mortalité de 9 %) [en anglais] Personnes âgées ayant déjà des problèmes de santé [en anglais] Deux courtes vagues
Épidémie de coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen‑Orient de 2012 * [en anglais] MERS‑CoV

 

27 pays, principalement dans la péninsule d’Arabie 2 494 personnes infectées; 858 décès (taux de mortalité de 35 %) Hommes de plus de 60 ans présentant déjà des problèmes de santé Petites vagues multiples [en anglais]
Pandémie de COVID‑19 SRAS‑CoV‑2 Mondiale Plus de 33 millions de personnes infectées, plus d’un million de décès (taux de mortalité moyen de 4 à 5 % [en anglais], variant selon les pays) Personnes âgées et ayant déjà des problèmes de santé À déterminer

* Contrairement aux autres virus énumérés ici, le virus MERS‑CoV était généralement transmis aux humains par les animaux plutôt que par contact direct entre personnes.

Source : Préparé par l’auteur à partir de Tom Jefferson et Carl Heneghan, « Covid‑ 19 – Epidemic ‘Waves’ [en anglais] », Centre for Evidence Based Medicine, 30 avril 2020; et données supplémentaires selon les sources en hyperliens.

Qu’est‑ce qui cause une deuxième vague de COVID‑19?

Il n’existe actuellement aucun vaccin ni traitement contre la COVID‑19. La diminution quotidienne des infections que l’on a obsevée au Canada pendant l’été découle des efforts déployés par les gouvernements et les citoyens pour réduire la capacité de propagation du virus. Parmi ces efforts, il y a les restrictions visant les déplacements et certaines activités commerciales, la fermeture des frontières, de même que les mesures de quarantaine, la distanciation physique, le port de masques ou couvre-visages, le lavage et la désinfection des mains, et le fait de rester le plus possible à la maison.

Selon la modélisation utilisée par le gouvernement, publiée en juillet, tout assouplissement des mesures visant la population (p. ex. fermeture des commerces), sans intervention adéquate en matière de santé publique (p. ex. distanciation physique) et en l’absence de bons programmes de dépistage et de retraçage des cas, risquerait fort d’entraîner une résurgence de la pandémie.

Pour bien faire, il faudrait lever lentement les restrictions relatives à la santé publique en période d’épidémie ou de pandémie, en s’appuyant sur des protocoles de santé et de sécurité appropriés. Ainsi, toute augmentation du taux d’infection serait rapidement décelée et combattue au moyen des mesures de dépistage, de recherche des contacts et d’isolement des personnes dont on sait ou soupçonne qu’elles sont infectées.

Toutefois, si les taux d’infection venaient à trop augmenter et que la recherche des contacts s’avérait difficile, les infections ne pourraient probablement plus être contenues, entraînant une hausse quotidienne des cas de COVID‑19. Échouer à contenir les nouvelles infections peut entraîner une deuxième vague de la maladie et nécessiter le rétablissement de certaines des restrictions.

D’autres facteurs pourraient contribuer à une deuxième vague potentielle, dont une possible mutation virale pouvant augmenter la transmissibilité ou la virulence [en anglais] du virus, comme ce fut le cas lors de la pandémie de grippe de 1918–1920; une immunité naturelle au SRAS‑CoV‑2 (COVID‑19) plus faible que prévu chez les personnes déjà infectées; et une sensibilité accrue à l’infection causée par le SRAS‑CoV‑2 ou une gestion plus difficile des infections en raison de la coïncidence avec la grippe saisonnière qui aura pour effet d’alourdir le fardeau pesant sur le système de santé.

Les vagues printanières et automnales préalablement observées dans les pandémies de grippe sont semblables au profil saisonnier de la grippe. Les enfants, généralement d’importants vecteurs [en anglais] de la grippe, ne vont pas à l’école pendant les vacances d’hiver et d’été, ce qui réduit la propagation du virus. Toutefois, on ne sait toujours pas [en anglais] si les enfants jouent un rôle important dans la propagation de la COVID‑19.

Enfin, on sait que la propagation du nouveau coronavirus se produit de façon plus rapide à l’intérieur qu’à l’extérieur. Par conséquent, à l’approche du temps plus froid, les gens passeront plus de temps à l’intérieur, ce qui pourrait aussi entraîner une résurgence des cas, surtout si les mesures de santé publique ne sont pas respectées.

L’évolution de la pandémie de COVID‑19

Plusieurs pandémies mondiales de grippe ont connu au moins une deuxième vague d’infection, mais on dispose de moins d’éléments probants témoignant d’une telle tendance dans le cas d’une pandémie causée par un coronavirus. Les pandémies de grippe, dont la grippe saisonnière, se sont généralement produites au printemps ou à l’automne. Il est arrivé que la deuxième vague d’une pandémie ait été plus sévère que la première.

Les coronavirus à l’origine des épidémies de SRAS et de MERS ont infecté beaucoup moins de personnes que les virus grippaux et n’ont présenté aucune deuxième vague marquée. Cependant, le coronavirus à l’origine de COVID-19 ne s’est jusqu’à présent pas comporté comme le coronavirus du SRAS et du MERS. Ce nouveau virus a infecté beaucoup plus de personnes et a causé beaucoup plus de décès, malgré le taux de mortalité plus faible de la maladie.

Dans plusieurs régions du monde, la deuxième vague de COVID-19 est enclenchée. Il est probable qu’il y aura beaucoup de personnes infectées et de décès, tant qu’on n’aura pas découvert de traitements et de vaccins efficaces.

Ressources additionnelles

Alberto Aleta et coll., « Modeling the impact of social distancing, testing, contact tracing and household quarantine on second‑wave scenarios of the COVID‑19 epidemic », Center for Inference and Dynamics of Infectious Diseases, 18 mai 2020 doi: 1.06.05.2020/1101.10. [en anglais].

Inayat Ali, « COVID‑19: Are We Ready for the Second Wave? », Disaster Medicine and Public Health Preparedness, publié en ligne le 7 mai 2020, doi: 10.1017/dmp.2020.149. (prépublication) [en anglais].

Eskild Petersen et coll., « Comparing SARS‑CoV‑2 with SARS‑CoV and influenza pandemics », The Lancet, publié en ligne le 3 juillet 2020, doi.org/10.1016/S1473‑3099(20)30484‑9 [en anglais].

Shunqing Xu et Yuanyuan Li, « Beware of the second wave of COVID‑19 », The Lancet, volume 395, issue 10233, 25 avril – 1er mai 2020 [en anglais].

Worldometer, COVID‑19 Coronavirus Pandemic [en anglais].

Auteure : Sonya Norris, Bibliothèque du Parlement