Impacts de la COVID-19 sur l’emploi au Canada par secteur d’activité

Le 25 juin 2020, 9h20

(Available in English: Impacts of COVID-19 on Employment in Canada by Sector)

Les mesures de confinement découlant de la pandémie de COVID-19 ont diminué l’activité économique canadienne, plus particulièrement dans certains secteurs d’activité tels que présentés dans la Note de la Colline, Impacts de la COVID-19 sur certains secteurs de l’économie canadienne. Les répercussions sur l’emploi en mars (semaine du 15 au 21), en avril (semaine du 12 au 18) et en mai (semaine du 10 au 16) sont maintenant connues; cette présente Note de la Colline précise les effets négatifs de cette pandémie sur divers secteurs d’activité.

Impacts majeurs sur le marché du travail dans son ensemble

La production canadienne, mesurée par son produit intérieur brut (PIB), a diminué de 7,2 % en mars et devrait continuer à afficher une baisse en avril. Cela se concrétise de plusieurs manières sur le marché du travail :

  • baisse de l’emploi – l’économie canadienne a perdu 1 million d’emplois de février à mars (-5 %), puis 2 millions de mars à avril (-11 %), pour un total de 3 millions d’emplois (-16 %). La perte des emplois a cessé en mai avec la création de 290 000 nouveaux emplois par rapport à avril (2 %).
  • baisse des heures travaillées – en avril, 2,2 millions de personnes de plus qu’en février étaient en emploi, mais absentes du travail puisqu’elles n’ont déclaré aucune heure travaillée, ni sur le lieu de travail, ni à la maison. En mai, ce nombre a baissé à 1,8 million. De plus, en mai, 314 000 personnes de plus qu’en février travaillaient moins de la moitié de leurs heures habituelles.
  • hausse du télétravail – en avril, des 12 millions de Canadiens qui travaillaient encore au moins la moitié de leurs heures habituelles, 5 millions l’exécutaient de leur domicile, dont 3,3 millions qui ne le faisaient pas auparavant. Cette situation est restée sensiblement la même en mai.

Impacts variés sur l’emploi selon divers secteurs d’activité de l’économie canadienne

Secteur des biens

Si la baisse de l’emploi a été modérée dans le secteur des biens de février à mars (-1 %), elle s’est accélérée de mars à avril (-16 %). D’avril à mai, l’emploi a augmenté de 5 %. Le graphique 1 montre que la baisse a été plus marquée de février à avril dans les secteurs de la construction (-21 %) et de la fabrication (-17 %). Ce sont aussi les deux secteurs où la reprise de l’emploi a été la plus forte d’avril à mai (6 % chacun). L’emploi dans l’agriculture a continué à baisser en mai (-1 %).

Graphique 1 – Variation de l’emploi, secteur des biens, par secteur d’activité, Canada
Février à avril et avril à mai 2020

Le graphique 1 montre la variation de l’emploi au Canada, par secteur d’activité et en pourcentage, dans le secteur des biens. Par exemple, l’emploi dans le secteur des ressources naturelles a baissé de 7 % de février à avril, et a augmenté de 5 % d’avril à mai.

Source : Graphique préparé par l’auteur à l’aide de données obtenues de Statistique Canada. Tableau 14-10-0355-02, Emploi selon l’industrie, données mensuelles désaisonnalisées.  

Construction

Dans le secteur de la construction, l’emploi est resté presque inchangé en mars (-0,1 % ou 2 000 pertes d’emplois), par rapport à février. C’est entre mars et avril que la baisse de l’emploi s’est manifestée (-21 % ou 314 000 pertes d’emplois). En mai, l’emploi a augmenté de 6 % (74 000 emplois). En mars et avril, la baisse de l’emploi est reflétée par une baisse des activités dans le secteur de la construction. Par exemple, la valeur des permis de bâtir a diminué de 28 % entre février et avril. De plus, en mars, le PIB du secteur de la construction a diminué de 4 %; en outre, l’investissement a baissé de 3 % dans la construction résidentielle et de 4 % dans la construction non résidentielle.

Fabrication

Dans le secteur de la fabrication, la baisse cumulée de l’emploi de février à avril (-17 %) a été suivie d’une hausse d’avril à mai (6 %). Cela ne s’est pas manifesté dans tous les sous-secteurs. Par exemple, dans la fabrication de matériel de transport, l’emploi a baissé de 34 % de février à avril, puis a augmenté de 17 % en mai. En revanche, dans la transformation alimentaire, la baisse de l’emploi de février à avril (-6 %) s’est poursuivie d’avril à mai (-13 %), ce qui représente une baisse cumulée de 48 000 emplois.

Également, en mars, la baisse de l’emploi a été accompagnée d’une diminution de la production et des ventes du secteur de la fabrication de 7 % et 9 % respectivement. Plus des trois quarts des établissements du secteur de la fabrication ont déclaré que leurs activités avaient été touchées par la COVID-19.

Secteur des services

Dans le secteur des services, la baisse cumulée de l’emploi de février à avril (-15 %) a été suivie d’une reprise de l’emploi plus faible que celle manifestée dans le secteur des biens (1 % comparativement à 5 %). Le graphique 2 montre que certains sous-secteurs ont perdu une part très importante de leurs emplois de février à avril, comme l’hébergement et la restauration (-50 %), alors que d’autres ont été relativement épargnés, comme les administrations publiques (-2 %). La reprise de l’emploi en mai n’a pas non plus touché tous les sous-secteurs; par exemple, on a vu une hausse de 5 % de l’emploi dans le commerce, mais une baisse s’est poursuivie dans les services aux entreprises (-5 %).

Graphique 2 – Variation de l’emploi, secteur des services, par secteur d’activité, Canada
Février à avril et avril à mai 2020

Le graphique 2 montre la variation de l’emploi au Canada, par secteur d’activité et en pourcentage, dans le secteur des services. Par exemple, l’emploi dans le secteur de l’enseignement a baissé de 12 % de février à avril et a augmenté de 2 % d’avril à mai.

Source : Graphique préparé par l’auteur à l’aide de données obtenues de Statistique Canada. Tableau 14-10-0355-02, Emploi selon l’industrie, données mensuelles désaisonnalisées.

Commerce

De février à avril, l’emploi du secteur du commerce a diminué de 20 %, soit 10 % dans le commerce de gros et 23 % dans le commerce de détail. En mai, l’emploi a crû de 5 % dans le commerce de gros et le commerce de détail. Telle qu’illustrée au graphique 3, la baisse de l’emploi a peu ou pas du tout touché certains sous-secteurs, comme les grossistes de produits alimentaires (hausse cumulée de 14 % de février à mai). En revanche, l’emploi a fortement baissé dans les magasins de vêtements de février à avril (-60 %), ce qui représente une perte d’environ 128 000 emplois. L’emploi a considérablement rebondi en mai dans les magasins de sports, loisirs et livres (37 %). Étonnamment, l’emploi a aussi baissé dans les magasins d’alimentation en mars, avril et mai (baisse cumulée de 13 %), mais il se peut que les entreprises de ce secteur aient accru leur recours au travail à temps plein (plutôt qu’à temps partiel) et aux heures supplémentaires.

En mars, les pertes d’emploi du secteur du commerce ont été accompagnées par des baisses du PIB dans le commerce de détail et de gros de 5 % et 10 % respectivement.

Graphique 3 – Variation de l’emploi, secteur du commerce, par sous-secteur, Canada
Février à avril et avril à mai 2020

Le graphique 3 montre la variation de l’emploi au Canada, par secteur d’activité et en pourcentage, dans le secteur du commerce. Par exemple, l’emploi dans les concessionnaires automobiles a baissé de 38 % de février à avril et a augmenté de 18 % d’avril à mai.

Source : Graphique préparé à l’aide de données non désaisonnalisées obtenues de Statistique Canada; les données ont été désaisonnalisées par l’auteur.

Transport et entreposage

L’emploi a baissé de 14 % de février à avril dans le secteur du transport et de l’entreposage. En mai, la baisse s’est poursuivie (-3 %). Cette baisse n’a pas été la même dans tous les sous-secteurs, telle qu’illustrée au graphique 4. Ainsi, le sous-secteur des messageries a enregistré une hausse de l’emploi en mars, avril et mai (total cumulé de 14 %), alors qu’à l’autre bout du spectre, la baisse de l’emploi dans le transport scolaire et d’employés par autobus s’est poursuivie (-58 % au total).

Par rapport à février, la baisse de l’emploi en mars reflète une baisse du PIB de 12 % dans le secteur du transport et de l’entreposage. Cette baisse de production s’illustre par la baisse de 32 % des mouvements d’aéronefs, de 35 % des chargements ferroviaires de carburéacteur et de 48 % des véhicules automobiles transportés sur le réseau ferroviaire en mars 2020, par rapport à mars 2019.

Graphique 4 – Variation de l’emploi, secteur du transport et de l’entreposage, par sous-secteur, Canada
Février à avril et avril à mai 2020

Le graphique 4 montre la variation de l’emploi au Canada, par secteur d’activité et en pourcentage, dans le secteur du transport et de l’entreposage. Par exemple, l’emploi dans le secteur du transport aérien a baissé de 30 % de février à avril et a augmenté de 2 % d’avril à mai.

Source : Graphique préparé à l’aide de données non désaisonnalisées obtenues de Statistique Canada; les données ont été désaisonnalisées par l’auteur.

Services divers

L’emploi a évolué de manière variée dans les services autres que le commerce et le transport entre février et mai, comme le montre le graphique 5. Par exemple, dans le secteur de la finance et des assurances, l’emploi s’est accru de 1 %. À l’opposé, certains secteurs ont connu une baisse de l’emploi de plus de 50 % entre février et avril, puis une hausse de 5 à 10 % en mai, comme les cabinets de dentistes, les établissements de divertissements et loisirs ainsi que les restaurants et bars.

Graphique 5 – Variation de l’emploi, services divers, Canada
Février à avril et avril à mai 2020

Le graphique 5 montre la variation de l’emploi au Canada, par secteur d’activité et en pourcentage, dans divers services. Par exemple, l’emploi dans le secteur de l’hébergement a baissé de 40 % de février à avril et de 1 % d’avril à mai.

Source : Graphique préparé à l’aide de données non désaisonnalisées obtenues de Statistique Canada; les données ont été désaisonnalisées par l’auteur.

Télétravail

Le phénomène du télétravail était moins fréquent dans des secteurs demandant soit une plus grande présence physique sur les lieux de travail, ou soit une proximité plus importante avec les collègues ou les clients. Le manque d’accès à une connexion Internet à haute vitesse, surtout dans les régions éloignées, pourrait aussi être un facteur important. Dans le secteur des services d’hébergement et de restauration, seulement 8 % des employés avaient recours au télétravail; cette proportion était de 19 % dans la construction. En revanche, ce pourcentage atteignait 76 % dans les services professionnels, scientifiques et techniques, et 63 % dans les administrations publiques.

Reprise des activités

D’une part, à mesure que les gouvernements annoncent la réouverture de certaines activités, la croissance de l’emploi pourrait reprendre rapidement dans certains secteurs, comme ceux de la construction et de la fabrication; d’autre part, dans d’autres secteurs, comme le transport aérien, la restauration, l’hébergement et les activités culturelles, la reprise de l’emploi pourrait être plus lente, à cause du risque d’un temps plus long pour atteindre le niveau habituel de la demande de ces services.

Auteur : André Léonard, Bibliothèque du Parlement