Recherche et développement de vaccins contre la COVID-19

Temps de lecture : 7 minutes

Révisée le 9 novembre 2020, 12h10
Dans cette Note de la Colline, tout changement d’importance depuis la dernière publication est indiqué en caractères gras.

(Available in English: COVID-19 Vaccine Research and Development)

L’immunisation par la vaccination sera un outil essentiel pour contrôler la propagation du SRAS‑CoV‑2, c’est‑à‑dire le virus qui cause la maladie à coronavirus (COVID‑19). À ce jour, plus de 50 millions de cas de COVID‑19 et plus de 1,2 million décès ont été signalés [en anglais] dans le monde entier. Le 11 janvier 2020, la séquence génétique du SRAS‑COV‑2 a été publiée [en anglais], ce qui a permis aux chercheurs d’entreprendre la mise au point un vaccin. La présente Note de la Colline donne un aperçu des travaux de recherche et développement (R-D) réalisés pour trouver un vaccin contre la COVID‑19, ainsi que des efforts déployés au Canada et à l’échelle mondiale pour accélérer ce processus.

Qu’est-ce qu’un vaccin?

Un vaccin [en anglais] est un médicament préventif qui aide une personne à lutter contre les infections causées par des microorganismes, comme les bactéries et les virus. Il utilise la réponse immunitaire de l’organisme face à un agent infectieux modifié ou affaibli, ce qui permet d’activer la défense immunitaire contre la forme complète de la bactérie ou du virus. Un vaccin fournit l’antigène qui amène le système immunitaire à produire des anticorps.

Élaborer un vaccin est un long processus

L’étape exploratoire [en anglais] consiste notamment à isoler et à caractériser l’organisme infectieux. Il s’agit de purifier l’organisme et d’en choisir un fragment ou d’en fabriquer une version qui provoquera la production d’anticorps contre la souche virulente, sans toutefois causer la maladie. Les protéines contenues dans l’enveloppe virale s’attachent à l’un ou l’autre des divers récepteurs situés en surface des cellules humaines, ce qui permet au virus d’infiltrer les cellules. Ces protéines – ou leur séquence génétique – peuvent être identifiées et utilisées dans un vaccin. La partie d’un organisme infectieux qui provoque la production d’anticorps est appelée « site antigénique ». Les anticorps stimulés par les protéines de l’enveloppe virale empêcheront le virus d’infecter les cellules.

Ensuite [en anglais], les antigènes potentiels sont testés pour déterminer leur capacité à provoquer une réponse immunitaire (immunogénicité). Ce stade, dit préclinique, peut comprendre des essais sur des tissus cultivés en laboratoire et/ou sur des animaux.

Lorsqu’une réponse immunitaire appropriée est détectée, le candidat‑vaccin passe par les trois phases [en anglais] des essais cliniques chez l’humain pour vérifier son innocuité et son efficacité (voir la figure 1). Chaque phase d’essai clinique d’un vaccin peut s’échelonner sur plusieurs années [en anglais] et même plus.

Figure 1 : Aperçu des phases des essais cliniques en recherche et développement de vaccins

Cette infographie illustre les trois phases du processus d’essai clinique qui sont nécessaires à la mise au point d’un vaccin et à l’obtention de l’approbation réglementaire. Pendant la première phase, les essais cliniques sont plus petits et n’incluent que des dizaines de volontaires. Ils ne comprennent pas de groupe placebo. Cette phase vise à déterminer si le vaccin est sécuritaire et si l’organisme produit des anticorps en réaction au vaccin. Elle sert également à établir la dose optimale du vaccin. Les essais cliniques de phase deux durent habituellement jusqu’à deux ans. Pendant la deuxième phase, les essais cliniques incluent cette fois des centaines de volontaires, qui sont répartis de façon aléatoire dans deux groupes différents, dont un groupe qui reçoit un vaccin placebo. Les essais cliniques de la phase deux évaluent l’innocuité, l’immunogénicité, la voie d’administration, la posologie et le calendrier d’immunisation. Les essais cliniques de phase deux durent deux à trois ans. Les essais cliniques de phase trois incluent des milliers de volontaires et peuvent durer en moyenne cinq à dix ans. Les volontaires sont répartis de façon aléatoire en deux groupes, dont un qui reçoit le vaccin et l’autre, un placebo. Les essais cliniques de phase trois évaluent l’innocuité et l’efficacité auprès d’un grand groupe de la population et recherchent les effets secondaires auprès de certains groupes de la population. Une fois le processus d’essai clinique terminé, le fabricant de vaccins crée une présentation de drogue nouvelle fondée sur les données recueillies pendant les essais et la soumet à Santé Canada pour obtenir l’approbation réglementaire. Santé Canada approuvera la présentation de drogue nouvelle si son évaluation permet d’établir que les avantages du candidat vaccin l’emportent sur tout risque.

Source :  Préparée par les auteurs d’après « Vaccine Development, Testing and Regulation » [en anglais], The History of Vaccines.

Finalement, l’antigène doit aussi pouvoir être inclus à une préparation qui provoque la réponse immunitaire souhaitée, être fabriqué sans trop de difficulté et en quantités suffisantes, et être relativement stable.

Les candidats‑vaccins peuvent échouer à l’une ou l’autre de ces étapes. Seule une petite proportion [en anglais] de candidats‑vaccins sont soumis au processus d’approbation réglementaire en vue de leur utilisation au Canada.

Rôle du gouvernement fédéral dans l’accélération de la recherche et du développement de vaccins contre la COVID 19 et pour en assurer l’accès

Soutenir l’accès rapide à un vaccin contre la COVID‑19 est un élément important du plan de préparation et d’intervention en cas de pandémie du gouvernement fédéral. Dans le cadre d’une stratégie nationale de recherche médicale de 1,1 milliard de dollars pour lutter contre la COVID‑19, le gouvernement fédéral fournit des fonds pour la R-D sur des candidats‑vaccins contre la COVID‑19 au Canada.

Le Vaccine and Infectious Disease Organization – International Vaccine Centre (VIDO-InterVac) de l’Université de la Saskatchewan [en anglais] et Medicago sont deux groupes canadiens qui ont reçu des fonds du gouvernement fédéral pour développer des candidats‑vaccins et mener des essais cliniques. Le gouvernement fédéral a également octroyé des fonds pour renforcer la capacité du Centre de recherche en thérapeutique en santé humaine du Conseil national de recherches du Canada, afin qu’il puisse accroître la production et la mise à l’essai des candidats‑vaccins en vue d’une production industrielle.

Le 5 août 2020, le gouvernement fédéral a rendu publique l’identité des membres du Groupe de travail sur les vaccins contre la COVID‑19. Depuis, conformément aux recommandations du groupe de travail, le gouvernement fédéral a conclu des ententes avec sept concepteurs de vaccins afin d’assurer l’accès à des dizaines de millions de doses de vaccins si ceux‑ci sont homologués par Santé Canada après des essais cliniques. 

Comme il est aussi prévu que l’arrivée de doses de vaccins s’échelonnera sur plusieurs mois, le Comité consultatif national de l’immunisation a élaboré des orientations préliminaires sur les populations à immuniser en priorité contre la COVID‑19. Les principales populations sont les suivantes :

  • les personnes à risque élevé de maladie grave et de décès;
  • les personnes prodiguant des soins de santé à des personnes à risque de maladie grave et de décès et ayant des contacts avec elles;
  • les personnes offrant des services essentiels à la société;
  • les personnes qui travaillent et vivent dans des milieux propices à la propagation du virus.

Rôle de Santé Canada

Une fois qu’un vaccin a été mis au point, Santé Canada est responsable d’autoriser son utilisation au Canada, conformément à la Loi sur les aliments et drogues. Dans le cadre de son examen réglementaire, le Ministère évalue les données scientifiques et cliniques concernant l’innocuité, la qualité et l’efficacité du vaccin, ce qui comprend les résultats des essais cliniques et des essais sur les lots de vaccins produits par les fabricants.

Les dispositions sur la présentation de drogues nouvelles pour usage exceptionnel du Règlement sur les aliments et drogues permettent toutefois au ministre de la Santé d’accélérer ce processus. En cas de risque imminent pour la santé publique, ces dispositions permettent d’approuver un vaccin en se basant sur les résultats d’études sur les animaux et les données limitées provenant d’essais cliniques chez l’humain. Le ministre peut aussi accélérer l’approbation d’un candidat‑vaccin par un arrêté d’urgence émis en vertu de la Loi sur les aliments et drogues. Les fabricants de médicaments doivent toutefois continuer de surveiller l’innocuité du vaccin après son approbation et signaler toute réaction indésirable à Santé Canada. 

Propriété intellectuelle

Les vaccins sont assujettis [en anglais] aux lois fédérales sur la propriété intellectuelle (PI). Par exemple, les brevets peuvent s’appliquer à la formulation d’un vaccin, à son processus de fabrication et à son mécanisme de distribution. Les marques de commerce peuvent protéger une marque associée au vaccin, tandis que les droits d’auteur peuvent protéger les documents explicatifs.

La législation sur la PI peut appuyer la mise au point, la fabrication et la distribution d’un vaccin en offrant des droits exclusifs [en anglais] sur la fabrication et l’utilisation du vaccin et des matières connexes. Les parties sont plus susceptibles d’investir dans le coûteux processus de R-D et de fabrication d’un vaccin si elles peuvent tirer parti de la PI pour récupérer leurs investissements et tirer profit de leur innovation. Les droits en matière de PI fournissent également des moyens de diriger les autres parties qui fabriquent et distribuent le vaccin, et ainsi d’assurer le contrôle de la qualité.

Toutefois, certains intervenants soutiennent [en anglais] que la législation sur la PI pourrait nuire à la diffusion d’un vaccin. Les droits en matière de PI (p. ex. un brevet) confèrent un monopole limité sur l’offre de la PI visée (p. ex. une invention brevetée). Par conséquent, les critiques suggèrent que la législation sur la PI contribue à augmenter le coût des vaccins. De plus, étant donné que plusieurs parties peuvent détenir des droits de PI sur un seul vaccin, le manque de coordination peut entraîner des retards et des obstacles à sa distribution.

La gestion de la PI peut aider à surmonter ces difficultés. Différents titulaires de PI peuvent, par exemple, conclure des ententes réciproques de licences permettant à chaque partie d’utiliser la PI des autres. D’autres intervenants, y compris les gouvernements, peuvent assurer une diffusion adéquate grâce à la gestion de la PI, par exemple en exigeant un accès préférentiel ou étendu à un vaccin protégé par la PI en échange de fonds.

Les gouvernements peuvent également recourir à une licence obligatoire pour permettre l’utilisation d’un vaccin protégé par des droits de PI à des fins non commerciales sans l’autorisation du titulaire de ces droits, plus particulièrement pour assurer sa distribution dans des marchés moins rentables ou répondre à une urgence nationale.

Parmi les exemples de telles mesures prévues dans la législation sur les brevets, mentionnons le régime canadien d’accès aux médicaments et les dispositions qui permettent l’utilisation de brevets par le gouvernement fédéral. Le recours aux licences obligatoires, toutefois, a été utilisé que rarement pour les produits pharmaceutiques, même en contexte d’épidémie. D’autres mécanismes, par exemple le Conseil d’examen du prix des médicaments brevetés du Canada, peuvent aider à accroître l’accessibilité à un vaccin protégé par la législation en matière de PI en réglementant son prix.

Bien que les dispositions sur la PI des vaccins contre le SRAS‑CoV‑2 soient toujours en cours d’élaboration, certains suggèrent que les ententes de licence devraient permettre aux Canadiens d’avoir un accès prioritaire aux candidats‑vaccins financés par le gouvernement fédéral. L’Assemblée mondiale de la Santé a récemment soutenu des ententes de PI qui faciliteront l’accès mondial aux vaccins contre le SRAS‑CoV‑2, y compris des initiatives de mise en commun volontaire de brevets [en anglais].

État actuel du développement des vaccins contre la COVID‑19

Des efforts sont déployés [en anglais] partout dans le monde pour mettre au point un vaccin [en anglais] contre le SRAS‑CoV‑2. On compte maintenant plus de 150 candidats‑vaccins fondés sur diverses approches [en anglais]. Certaines entreprises comme Johnson & Johnson [en anglais] et Codagenix [en anglais] misent sur l’approche traditionnelle par virus entier (inactivé ou affaibli) pour mettre au point un vaccin.

D’autres privilégient de nouvelles technologies pour concevoir des vaccins. Par exemple, certaines entreprises utilisent des sous‑unités protéiques du virus (Université du Queensland [en anglais], Novavax [en anglais], Clover Biopharmaceuticals [en anglais] et Vaxart [en anglais]) ou des parties ciblées de la séquence génétique du virus (Inovio [en anglais], Moderna [en anglais], Pfizer [en anglais] et CureVac [en anglais]).

Les vaccins conçus à l’aide de techniques traditionnelles ont des antécédents d’utilisation sécuritaire, tandis que les techniques novatrices comme les vaccins génétiques n’en ont pas [en anglais]. C’est pourquoi les tests d’innocuité des vaccins novateurs pourraient exiger une plus grande rigueur réglementaire. Le 8 septembre 2020, les directeurs des opérations de neuf grands développeurs de vaccins se sont engagés [en anglais] à ne soumettre aucun vaccin potentiel à l’approbation réglementation tant que toutes les normes éthiques et scientifiques n’auront pas été respectées.

Au 9 novembre 2020, le portrait provisoire des candidats‑vaccins contre la COVID‑19 de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) montrait [en anglais] que 47 candidats‑vaccins avaient progressé jusqu’à l’évaluation clinique, tandis que 155 autres candidats-vaccins en étaient encore aux stades de développement préclinique. Medicago mène actuellement un essai clinique de phase I. L’entreprise a aussi obtenu en octobre l’autorisation de Santé Canada de mener des essais de phase II et III.

Auteurs : Karin Phillips, Francis Lord et Sonya Norris, Bibliothèque du Parlement



Catégories :COVID-19, Santé

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