L’Inuit Nunangat et la COVID 19

Le 26 mai 2020, 11h00

(Available in English: Inuit Nunangat and COVID-19)

Plusieurs facteurs déterminants de la santé et du bien-être peuvent rendre les Inuits plus vulnérables à la COVID‑19 et les exposer à des formes graves de la maladie. La présente Note de la Colline fournit des renseignements sur l’accès aux soins de santé, les récentes mesures de financement fédérales et la réponse des collectivités autochtones à la COVID‑19 dans l’Arctique canadien.

Contexte

L’Inuit Nunangat (la terre natale des Inuits) comprend les terres, les eaux et les glaces de la Région désignée des Inuvialuit, du Nunavut, du Nunavik (Nord du Québec) et du Nunatsiavut (Nord du Labrador). Dans cette région, 52 % des logements sont surpeuplés et les résidents sont plus susceptibles de vivre dans la pauvreté [en anglais seulement], de ne pas avoir un accès continu à des aliments sains en quantité suffisante et de présenter des affections chroniques sous‑jacentes.

Ces déterminants de la santé sont exacerbés par des traumatismes historiques liés à la colonisation, comme la transmission de la tuberculose ou de la grippe espagnole [en anglais seulement] aux Inuits par les Européens. Aujourd’hui, l’incidence de la tuberculose est très élevée chez les Inuits; c’est une maladie qui a été généralement éradiquée dans le Sud du Canada, mais qui est un problème constant pour les Inuits [en anglais seulement] depuis des décennies. Partout au pays, d’importantes disparités en matière de santé [en anglais seulement] sont observées chez les populations autochtones en comparaison avec les autres Canadiens, y compris dans les territoires.

Accès aux soins de santé

L’accès aux soins de santé est sensiblement plus restreint pour les Inuits et les populations nordiques que pour les autres Canadiens. Par rapport à la moyenne canadienne (84 %), seulement 24 % des résidents du Nunavut et 44 % des citoyens des Territoires du Nord‑Ouest ont leur propre fournisseur de soins de santé. Les services limités offerts dans les collectivités [en anglais seulement], le déficit infrastructurel [en anglais seulement], le coût élevé des déplacements pour soins médicaux ainsi que la difficulté de garder en poste les professionnels de la santé [en anglais seulement] sont autant d’obstacles à surmonter pour les systèmes de santé de l’Arctique.

Dans les collectivités éloignées de l’Inuit Nunangat, les soins de santé primaires sont dispensés par du personnel infirmier. Certains résidents de ces collectivités peuvent devoir utiliser le transport aérien pour se rendre dans les centres régionaux pour accéder aux services de santé. De plus, ceux qui nécessitent des soins spécialisés, primaires ou intensifs, peuvent aussi avoir besoin de prendre l’avion pour aller dans le Sud du pays, où ils risquent d’être exposés à la COVID‑19.

Les transports sanitaires représentent une proportion importante des dépenses en soins de santé dans l’Arctique. Par exemple, en 2015‑2016, les coûts de transport sanitaire au Nunavut ont représenté 16 % (70 millions de dollars) des dépenses globales du ministère de la Santé.

Mesures liées à la COVID‑19 dans l’Inuit Nunangat

Les membres des communautés de l’Inuit Nunangat risquent de contracter la COVID‑19 auprès de personnes en provenance du Sud du Canada. Au début de la pandémie, les restrictions relatives aux voyages non essentiels ont limité les déplacements entre le Nunavut, le Nunavik et les Territoires du Nord‑Ouest. Le gouvernement du Nunatsiavut a aussi recommandé à la population d’éviter les voyages non essentiels.

L’identification rapide du virus est nécessaire pour en limiter la propagation. Bien que des vols réguliers aient relié les collectivités nordiques au Sud du Canada avant la pandémie, les restrictions de voyage ont retardé l’envoi des échantillons à analyser et des fournitures essentielles. Au Nunavut, la livraison des résultats d’analyse peut prendre jusqu’à une semaine [en anglais seulement]. Ce délai pourrait favoriser la transmission communautaire, car des personnes infectées pourraient ne pas être dépistées assez rapidement.

Des dirigeants de l’Arctique ont indiqué que le transport aérien constituait un défi de taille pour la réponse à la COVID‑19. Le gouvernement du Nunavut dépense 2,25 millions de dollars [en anglais seulement] par semaine pour maintenir les vols réguliers. Des démarches ont été entreprises auprès du gouvernement fédéral pour qu’il augmente les subventions aux transporteurs aériens du Nord et reconnaisse ces derniers comme prestataires d’un service essentiel durant la pandémie [en anglais seulement].

Les ordonnances de quarantaine et les mesures d’éloignement physique sont plus difficiles à appliquer dans l’Arctique. Dans l’Inuit Nunangat, plusieurs familles peuvent habiter dans un même logement, ce qui rend presque impossibles l’éloignement physique et l’isolement volontaire.

Devant la difficulté de contenir le virus dans un système de santé fragile, les Inuits ont réclamé des réformes, notamment la création de systèmes de soins de santé permettant aux communautés de recevoir la visite régulière de médecins et d’infirmiers. Ils ont aussi demandé une augmentation du soutien fédéral destiné aux infrastructures de la santé, comme des tentes d’isolement et des tentes médicales, ainsi que des respirateurs et de l’équipement de protection individuelle.

Mesures financières récentes du gouvernement fédéral

En plus des programmes d’aide liés à la COVID‑19 offerts à l’ensemble des Canadiens, les Inuits ont reçu un financement du Fonds de soutien aux communautés autochtones, doté d’un budget de 305 millions de dollars. Les organisations de revendications territoriales inuites [en anglais seulement] ont alloué 45 millions de dollars de la part inuite du Fonds comme suit :

  • 5,8 millions de dollars à la Société régionale inuvialuit;
  • 22,5 millions de dollars à Nunavut Tunngavik Incorporated;
  • 11,2 millions de dollars à la Société Makivik;
  • 5,3 millions de dollars au gouvernement du Nunatsiavut.

Le gouvernement du Canada a annoncé des mesures d’aide financière en mars et en avril 2020 pour les Inuits et l’Inuit Nunangat, notamment :

  • des fonds additionnels de 25 millions de dollars pour Nutrition Nord Canada, qui offre des subventions pour l’achat de produits alimentaires et hygiéniques;
  • 1,6 million de dollars pour les services de soins de santé dans les territoires (sur un fonds de 500 millions de dollars);
  • 18,4 millions de dollars au Yukon, 23,4 millions de dollars aux Territoires du Nord‑Ouest et 30,8 millions de dollars au Nunavut, pour des mesures de préparation et d’intervention en matière de services sociaux et de santé liées à la COVID‑19;
  • jusqu’à 3,6 millions de dollars au Yukon, 8,7 millions de dollars aux Territoires du Nord‑Ouest et 5 millions de dollars au Nunavut pour les transporteurs aériens du Nord, sur une période de 3 mois, et
  • 15 millions de dollars pour les entreprises des territoires touchées par la COVID‑19.

Compte tenu de la faible population dispersée dans tout l’Arctique et de la formule de financement par habitant adoptée pour le Transfert canadien en matière de santé, qui assure un financement pour les soins de santé, les gouvernements territoriaux doivent fournir les services avec des budgets limités. Tout en saluant la récente aide financière, le premier ministre du Nunavut a déclaré que le Nunavut a besoin d’une aide bonifiée, dès maintenant [en anglais seulement]. Les organisations de revendications territoriales inuites se sont aussi montrées préoccupées par le niveau de l’aide fédérale accordée pour lutter contre la COVID‑19.

La Société Makivik a déclaré que le financement du Fonds de soutien aux communautés autochtones est parvenu au Nunavik après plus d’un mois d’attente. Elle a exprimé des réserves au sujet des modalités de financement, en particulier la limite de 5 000 dollars applicable aux dépenses en immobilisations, sous réserve d’une dérogation autorisée par le ministre des Services aux Autochtones. Cette formule empêche une utilisation rapide des fonds pour l’achat de tentes ou de petits bâtiments pour accueillir les personnes incapables de s’isoler dans un logement surpeuplé.

Mesures de réponse à la COVID‑19 dans l’Inuit Nunangat

Les gouvernements et les organisations de revendications territoriales inuits ont répondu aux besoins des collectivités durant la pandémie. Au Nunavut, il arrive souvent que l’eau soit livrée par camion et doive être conservée en raison des infrastructures municipales limitées et des logements surpeuplés [en anglais seulement], munis de réservoirs d’eau insuffisants pour combler les besoins des ménages. Afin de répondre aux besoins en eau pour le lavage des mains et le nettoyage, Nunavut Tunngavik Incorporated a financé des services quotidiens de livraison d’eau et de vidange des égouts [en anglais seulement].

De nombreux Inuits souffrent de la faim en raison du prix élevé des produits d’épicerie et des coûts liés au carburant, à l’équipement et aux véhicules utilisés pour la chasse et la pêche. Dans toutes les régions [en anglais seulement], des programmes ont été conçus pour fournir des provisions alimentaires à des groupes cibles, comme les Aînés et les enfants [en anglais seulement] inuits ainsi que les familles à faible revenu, ou une aide financière [en anglais seulement] pour l’achat de nourriture. Dans certains cas, un financement est offert aux Inuits [en anglais seulement] pour s’approvisionner localement [en anglais seulement] en aliments traditionnels.

Au Nunatsiavut, les mauvaises conditions de logement et l’effet des changements climatiques sur l’intégrité structurelle des habitations ont fait augmenter les coûts de chauffage, qui sont subventionnés durant la pandémie.

La réponse des gouvernements provinciaux à la pandémie peut avoir des répercussions sur les collectivités inuites. Le 13 avril 2020, le gouvernement du Québec a annoncé la reprise des activités minières, malgré les préoccupations exprimées par la Société Makivik quant à l’absence de consultation et à la propagation potentielle de la COVID‑19 au Nunavik avec la reprise des vols vers les mines.

Les Inuits s’efforcent de coordonner les communications et la prise de décisions dans la lutte contre la pandémie. Le Nunavik Leaders Group a été créé pour régler les problèmes auxquels sont confrontés les Inuits et prendre des décisions dans le combat contre la COVID‑19. Pour répondre aux besoins des collectivités, les Inuits travaillent avec les gouvernements et les responsables de la santé publique au sein du Groupe de travail sur la santé publique des Inuits [en anglais seulement]. Les Inuits utilisent aussi les médias sociaux pour contrer l’isolement social et se rattacher à leur culture par des séances de danse du tambour et de chant [en anglais seulement].

Ressources supplémentaires

Elis Quinn et al., « Roundup of COVID-19 Responses Around the Arctic », Eye on the Arctic, Radio-Canada International [en anglais seulement].

Inuit Tapiriit Kanatami, Inuit Tuberculosis Elimination Framework, novembre 2018 [en anglais seulement].

Inuit Circumpolar Council, Ongoing Coronavirus Pandemic Highlights Infrastructure Gaps Across Circumpolar Regions Related to Inuit Health – Demonstrates Strength of Inuit Culture, 21 avril 2020 [en anglais seulement].

Centre de collaboration nationale de la sante de la santé, Le logement : un déterminant social de la santé des Premières Nations, des Inuits et des Métis, 2017.

Jessica Penney, « COVID-19 and Inuit Nunangat: Research, Responsibility & Infrastructure Inequality », Yellowhead Institute, 31 mars 2020 [en anglais seulement].

Rachel Kiddell-Monroe et al., « Inuit communities can beat COVID-19 and tuberculosis », The Lancet, 24 avril 2020 [en anglais seulement].

Statistique Canada, Premières Nations, Métis, Inuits et la COVID-19 : Caractéristiques sociales et de la santé, 17 avril 2020.

Auteures : Sara Fryer et Brittany Collier, Bibliothèque du Parlement