Peuples autochtones : guide terminologique

(Available in English: Indigenous Peoples: Terminology Guide)

Pendant des siècles, les premiers habitants des Amériques ont été définis en grande partie par d’autres, à commencer par Christophe Colomb, qui a utilisé à tort le terme Indiens pour désigner les divers peuples de ces continents. Aujourd’hui, les attitudes à l’égard des premiers peuples de ce qu’on appelle désormais le Canada évoluent, et il en est de même des termes employés pour les décrire. Or, il est souvent difficile de savoir quels sont les termes à utiliser, quelles sont les nuances qui les distinguent sur le plan juridique et à qui ils s’appliquent. Il est pourtant essentiel d’utiliser les bons termes si l’on veut entretenir des relations positives et respectueuses avec les membres des Premières Nations, les Inuits et les Métis, et éviter d’utiliser des termes discriminatoires, insultants ou inexacts.

La présente Note de la Colline offre quelques points de repère afin de mieux s’y retrouver.

Terminologie et identité

La terminologie et l’identité sont étroitement liées. Les mots que nous utilisons pour nous décrire contribuent à définir notre identité. Comme le souligne l’écrivaine métisse Chelsea Vowel [en anglais seulement], « les noms sont associés à l’identité; or, les notions d’identité fluctuent. Elles changent et évoluent [traduction] ». La terminologie peut exprimer la façon dont un groupe se voit et se décrit à un moment précis. Ainsi, la justesse de la terminologie dépend du contexte.

De plus, dans le lexique terminologique de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, il est expliqué que, « [b]ien que le terme « [Autochtone] » puisse être considéré comme étant le plus inclusif puisqu’il désigne les peuples dans une situation similaire, quelles que soient les frontières nationales ou les conventions locales, il demeure controversé du fait qu’il définit les groupes essentiellement en fonction de leurs colonisateurs ». Cela met en lumière certaines des tensions qui entourent la signification et l’application de termes utilisés pour désigner des groupes qui ont été opprimés au cours de leur histoire et qui cherchent à se réapproprier leur identité et à se définir en fonction de leurs réalités sociales.

Termes d’usage courant

Des termes en usage courant dans le domaine des affaires autochtones sont définis ci-dessous. La traduction anglaise de chaque terme est incluse entre parenthèses.

  • peuples autochtones (Aboriginal peoples) : Terme utilisé au paragraphe 35(1) de la Loi constitutionnelle de 1982, qui reconnaît et confirme les droits existants –  ancestraux ou issus de traités – des peuples autochtones. Selon le paragraphe 35(2), ce terme s’entend des Indiens (Premières Nations), des Inuits et des Métis du Canada. 
  • Indigenous peoples : Terme anglais utilisé en remplacement d’« Aboriginal peoples ». Quoique, jusqu’à récemment, il ait été plus fréquemment utilisé dans un contexte international, le terme « Indigenous » est de plus en plus accepté comme substitut privilégié du terme « Aboriginal » au Canada.
    Il figure dans la désignation anglaise de ministères fédéraux (Indigenous Services Canada, Crown-Indigenous Relations and Northern Affairs Canada) et dans le titre anglais de certaines lois fédérales (p. ex. An Act respecting Indigenous languages [Loi concernant les langues autochtones]). Quoi qu’il en soit, le terme « Aboriginal » reste d’usage lorsqu’il est question de concepts juridiques canadiens (comme « Aboriginal rights [en anglais seulement]» [droits ancestraux] et « Aboriginal title [en anglais seulement]» [titre ancestral]). Il convient de noter que le passage du terme « Aboriginal » à « Indigenous » ne concerne que l’anglais puisque, en français, on utilise toujours l’adjectif « autochtone » dans un contexte canadien (plutôt que « aborigène » ou « indigène »).
  • premiers peuples (First peoples) : Terme parfois utilisé, bien que rarement, à la place de « peuples autochtones ». Ce terme ne revêt pas de signification juridique. 
  • Indien (Indian) : Bien que désuet, le terme « Indien » a un sens juridique précis selon la Loi sur les Indiens et son utilisation peut être indiquée dans certaines circonstances. Il désigne généralement les Indiens inscrits, les Indiens non inscrits et les Indiens visés par un traité. Le terme « Premières Nations », qui n’a pas de sens juridique, est maintenant largement accepté en remplacement du terme « Indiens ». 
  • Premières Nations (First Nations) : Terme désignant tous les Indiens, inscrits et non inscrits, ainsi que leurs collectivités. Bien qu’il ne soit pas défini dans la Loi sur les Indiens, il est maintenant utilisé dans la plupart des lois canadiennes (p. ex. Loi concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis).
  • Indien inscrit (Status Indian: Personne inscrite – ou ayant droit d’être inscrite – à titre d’Indien selon les dispositions de la Loi sur les Indiens. Le statut d’Indien est un statut légal qui confère certains droits et avantages et détermine l’admissibilité à certains programmes fédéraux. Les tribunaux ayant conclu que les critères d’admissibilité étaient discriminatoires envers les femmes des Premières Nations, le gouvernement fédéral a dû les revoir à plusieurs reprises depuis 1985.
  • Indien non inscrit (Non-Status Indian: Personne d’ascendance des Premières Nations, culturellement liée à une Première Nation ou qui est membre d’une Première Nation, mais qui n’a pas droit d’être inscrite à titre d’Indien en vertu de Loi sur les Indiens
  • Indien visé par un traité (Treaty Indian: Personne membre d’une Première Nation signataire d’un traité historique conclu avec la Couronne. Les termes « Indien inscrit » et « Indien visé par un traité » ne sont pas interchangeables, puisque les Indiens inscrits n’appartiennent pas tous à un groupe signataire d’un traité.
  • chef (Chief) : Personne à la tête du gouvernement d’une Première Nation en vertu du régime de la Loi sur les Indiens. Le chef et ses conseillers, lesquels forment le conseil de la bande, sont élus en fonction de divers systèmes électoraux. Ce modèle de gouvernance n’est pas traditionnel chez les Premières Nations. Traditionnellement, certaines Premières Nations avaient des structures de gouvernance héréditaires. Certaines d’entre elles ont maintenu leurs institutions traditionnelles parallèlement au régime de la Loi sur les Indiens. Les rôles et responsabilités contemporains des chefs héréditaires varient d’une communauté à l’autre.
  • Inuits (Inuit: Peuple circumpolaire vivant principalement dans l’Inuit Nunangat, le territoire couvrant la terre, les glaces et les eaux du Nunavut, du Nunatsiavut (nord du Labrador), du Nunavik (nord du Québec) et de la région désignée des Inuvialuits (nord du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest). En inuktut, « Inuit » signifie « le peuple ». Par conséquent, l’expression « peuple inuit » est à éviter. En anglais, le mot « Inuk » est la forme singulière du mot « Inuit » et sert à désigner une seule personne. En français, on accorde « Inuit » en genre et en nombre. Autrefois, les Inuits étaient appelés « Esquimaux », un terme considéré péjoratif.
    Il convient de noter que les Inuits et les Innus ne sont pas le même peuple : les Innus forment une Première Nation habitant le nord-est du Québec et le sud du Labrador.
  • Métis (Métis: L’identité métisse se définit de différentes façons. Les Métis peuvent être décrits comme les personnes dont les ancêtres habitaient l’Ouest et le Nord du Canada et ont reçu une terre ou un certificat de Métis. Autrement dit, il s’agit des descendants de la nation métisse historique. Une définition plus large inclut les personnes d’ascendance mixte (autochtone et non autochtone) qui s’identifient comme Métis.
    Dans le jugement Powley de 2003, la Cour suprême du Canada a retenu trois facteurs principaux comme indicateurs de l’identité métisse : l’auto-identification, les liens ancestraux et l’acceptation par la communauté.
  • droits ancestraux (Aboriginal rights) : Ensemble de droits protégés par la Constitution que détiennent les peuples autochtones en vertu de leur occupation et de leur utilisation historiques du territoire en tant que sociétés distinctes ayant leurs propres pratiques, coutumes et traditions.
  • titre ancestral (Aboriginal title) : Droit collectif d’occupation et d’utilisation exclusives d’un territoire par un groupe autochtone.
  • droits issus des traités (Treaty rights: Droits définis dans les traités historiques et modernes négociés entre la Couronne et les peuples autochtones.

Quelques suggestions

Autant que possible, il est préférable de parler des membres des peuples autochtones en faisant référence de façon précise à leur identité ou leur nation. On dira par exemple « une artiste haïda », « un pilote cri » ou « un chercheur mohawk ». Dans le doute, les membres des peuples autochtones devraient être désignés comme ils se désignent eux-mêmes. 

De plus, le mot Autochtone, comme substantif, devrait être évité. Le mot devrait plutôt être employé comme adjectif. Il convient également d’éviter le possessif « nos peuples autochtones ». Il est préférable de dire « les peuples autochtones du/au Canada ». Il est aussi recommandé de mettre des majuscules à Première Nation, à Inuit et Métis (lorsqu’ils sont utilisés comme noms) ainsi qu’à Chef et Aîné (lorsqu’ils sont utilisés comme des titres officiels). Enfin, soulignons que « peuples autochtones » et « Premières Nations » ne sont pas interchangeables : les Inuits et les Métis sont aussi des peuples autochtones.

Les termes et les concepts énumérés dans la présente Note de la Colline peuvent évoluer au fil du temps, à mesure que leur sens est contesté, débattu et reconstitué en fonction de perceptions sociales changeantes. Les préférences des Premières Nations, des Inuits et des Métis peuvent aussi changer.

Ressources supplémentaires

Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, Lexique terminologique, 1er juin 2019.

Canadian Geographic, « Premières Nations : Foire aux questions », dans Atlas des peuples autochtones du Canada.

Canadian Geographic, « Inuit : Foire aux questions », dans Atlas des peuples autochtones du Canada.

Canadian Geographic, « Métis : Foire aux questions », dans Atlas des peuples autochtones du Canada.

Université de la Colombie-Britannique, Indigenous Peoples: Languages Guidelines, Version 2.0, 2018 [en anglais seulement].

Auteure : Tonina Simeone, Bibliothèque du Parlement
Révisé par :
Olivier Leblanc-Laurendeau, Bibliothèque du Parlement

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