La pandémie de COVID-19 et le genre : sélection de points à prendre en considération

Révisée le 25 août 2020, 13h05
Dans cette Note de la Colline, tout changement d’importance depuis la dernière publication est indiqué en caractères gras.

(Available in English: The COVID-19 Pandemic and Gender: Selected Considerations)

Des questions biologiques, les normes sexospécifiques et les inégalités font en sorte que les urgences de santé publique comme la pandémie de COVID-19 ont des conséquences socioéconomiques qui ne sont pas les mêmes pour les hommes et les femmes [en anglais seulement]. Bien comprendre en quoi les effets de l’éclosion d’une maladie diffèrent entre les hommes et les femmes [en anglais seulement] est essentiel pour pouvoir élaborer des politiques et des mesures efficaces afin de contrer les effets d’une pandémie et permettre un retour à la normale par la suite.

Idéalement, les analyses des résultats socioéconomiques des pandémies devraient tenir compte d’un éventail de facteurs qui s’entrecroisent [en anglais seulement], dont le genre, l’âge, l’ethnicité et le revenu. Selon un article de presse [en anglais seulement], on a demandé au ministère des Femmes et de l’Égalité des genres d’effectuer une analyse comparative entre les sexes plus (ACS+) pour les programmes de dépenses et les mesures du gouvernement fédéral relativement à la COVID-19.

L’Union interparlementaire (UIP) recommande de placer « l’égalité des sexes au cœur de la réponse parlementaire à la pandémie de COVID-19 » et que les parlements prennent des décisions qui intègrent la perspective de genre. L’UIP estime qu’il faut veiller à la poursuite des travaux des comités existants sur l’égalité des genres pendant la pandémie et à l’inclusion de la question de l’égalité des genres dans le mandat des comités parlementaires créés spécialement pour examiner les mesures prises par les gouvernements pour répondre à la COVID-19.

La violence entre partenaires intimes et les pandémies

La violence fondée sur le genre peut augmenter pendant et après des situations de catastrophe et des urgences de santé publique comme les pandémies [en anglais seulement]. Ainsi, le taux [en anglais seulement] de violence conjugale a augmenté à la suite de l’éclosion de la maladie à virus Ebola en Sierra Leone de 2014 à 2016. Les femmes et les filles sont, de façon disproportionnée, victimes de la violence fondée sur le genre.

Le fait que les autorités recommandent ou ordonnent [en anglais seulement] aux citoyens de rester à la maison durant une pandémie peut faire en sorte qu’une personne est davantage exposée à un partenaire violent, augmenter les stress financier et émotionnel, perturber les réseaux sociaux et les réseaux de protection et diminuer l’accès aux services — tous des facteurs susceptibles d’aggraver le problème de la violence entre partenaires intimes [en anglais seulement]. Divers facteurs [en anglais seulement] pouvant être présents en situation de pandémie peuvent mener directement ou indirectement à des actes de violence contre les femmes et les enfants.

Facteurs liés aux pandémies pouvant mener à la violence contre les femmes et les enfants

La figure 1 illustre neuf facteurs liés aux pandémies pouvant mener à la violence contre les femmes et les enfants : 1. Stress lié à l’insécurité financière et à la pauvreté; 2. Quarantaines et isolement social; 3. Agitation et instabilité liées à une catastrophe ou à un conflit; 4. Exposition à un rapport d’exploitation en raison de changements démographiques; 5. Diminution des services de santé offerts et de l’accès aux premiers répondants; 6. Sources de violence liées au virus; 7. Impossibilité pour les femmes d’échapper temporairement à un partenaire violent; 8. Exposition à la violence et à la contrainte découlant des mesures d’intervention; 9. Violence commise envers les travailleurs de la santé.

Source : Centre for Global Development, A Gender Lens on COVID-19: Pandemics and Violence against Women and Children [traduction, en anglais seulement].

Des données anecdotiques semblent suggérer une augmentation des cas de violence entre partenaires intimes dans certains pays, dont le Canada [en anglais seulement], la France et le Royaume-Uni [en anglais seulement], depuis le début de la pandémie de COVID-19. Au Canada, environ 80 % des victimes de ce type de violence sont des femmes. Dans une enquête réalisée par Statistique Canada sur les répercussions de la COVID-19, les femmes ont été proportionnellement plus nombreuses (10 %) que les hommes (6 %) à déclarer ressentir beaucoup ou énormément d’inquiétude à propos de la possibilité de violence familiale. La violence est aussi intersectionnelle; un grand nombre de facteurs autres que le genre peuvent influer sur le risque d’être victime de violence aux mains d’un partenaire intime, comme l’identité autochtone, l’âge, le lieu et l’orientation sexuelle.

Des parties prenantes à l’international ont demandé aux gouvernements d’adopter des mesures [en anglais seulement] pour prévenir la violence entre partenaires intimes et venir en aide aux victimes durant la crise de la COVID-19. Dans le cadre du Plan d’intervention économique du Canada pour répondre à la COVID-19, le gouvernement du Canada a annoncé qu’il allait accorder jusqu’à 50 millions de dollars aux maisons d’hébergement pour femmes et aux centres d’aide aux femmes victimes d’agressions sexuelles. Ce montant comprend jusqu’à 10 millions de dollars octroyés par l’entremise du Programme pour la prévention de la violence familiale de Services aux Autochtones Canada et jusqu’à 40 millions de dollars par l’entremise du ministère des Femmes et de l’Égalités des genres.

Les activités de prestation de soins à autrui non rémunérées et les pandémies

Partout dans le monde, y compris au Canada, les femmes effectuent une plus grande proportion d’activités de prestation de soins à autrui non rémunérées que les hommes. Parmi les raisons [en anglais seulement] qui contribuent à cette réalité, il y a les normes sexospécifiques selon lesquelles ce sont les femmes qui prodiguent des soins, la répartition des activités de prestation de soins qui reflète ces normes dans la majorité des familles et les inégalités entre les genres sur le marché du travail. Des travaux de recherche [en anglais seulement] réalisés sur des éclosions de maladies antérieures et une analyse [en anglais seulement] préliminaire portant sur la pandémie de COVID-19 révèlent qu’il y a une augmentation des activités de prestation de soins à autrui non rémunérées :

Pendant une urgence de santé publique, les activités de prestation de soins peuvent avoir des conséquences négatives imprévues sur le bien-être mental et physique [en anglais seulement] des personnes qui prodiguent ces soins, dont un risque accru qu’elles tombent malades.

Les aidants qui n’ont pas accès à des congés payés ou à des modalités de travail souples [en anglais seulement] pourraient être forcés de réduire leurs heures de travail rémunérées, de refuser des possibilités d’avancement professionnel ou de quitter carrément leur emploi rémunéré pour s’occuper de membres de leur famille. Il n’est pas toujours simple pour les parents seuls de concilier les activités rémunérées et non rémunérées. Cela touche particulièrement les femmes puisque les mères seules représentaient 81 % des familles monoparentales au Canada en 2016.

Certains chercheurs [en anglais seulement] pensent que la pandémie de COVID-19 pourrait accélérer un changement des normes sexospécifiques liées aux activités de prestation de soins non rémunérées : les entreprises pourraient adopter des modalités de travail plus souples pour les employés qui ne peuvent pas faire garder leurs enfants et, dans certaines familles, le rôle de prestataire de soins principal pourrait être inversé [en anglais seulement] ce qui pourrait mener à une nouvelle répartition des tâches domestiques.

Le Plan d’intervention économique du Canada pour répondre à la COVID-19 comprend la Prestation canadienne d’urgence (PCU), une prestation imposable destinée aux personnes qui, entre autres raisons, ont dû cesser de travailler à cause de la pandémie pour s’occuper de leurs enfants, de personnes à charge ou d’un membre de la famille malade.

Les ralentissements économiques, le genre et la sécurité économique

La pandémie de COVID-19 aura de graves répercussions sur l’économie. Selon les estimations, l’économie mondiale connaîtra une contraction de 6 % dans les économies avancées en 2020. Des données indiquent que le produit intérieur brut (PIB) du Canada a reculé de 7,2 % en mars 2020. Selon une moyenne de prévisions du PIB établies par certaines banques canadiennes et le Bureau du directeur parlementaire du budget, le PIB baisserait d’environ 5 % en 2020. ONU Femmes [en anglais seulement] a souligné l’importance d’appliquer la perspective de genre aux mesures de relance budgétaire et aux programmes d’aide sociale liés à la pandémie de COVID-19.

Les ralentissements économiques peuvent avoir des conséquences [en anglais seulement] économiques genrées qui reflètent, en partie, la division genrée des emplois sur le marché du travail. Au Canada, pendant la récession de 2008, les pertes d’emploi ont été plus marquées chez les hommes que chez les femmes. Pendant l’éclosion de la maladie à virus Ebola en Sierra Leone, en Guinée et au Libéria de 2014 à 2016, les femmes ont été particulièrement touchées puisqu’un grand nombre de leurs sources d’emploi [en anglais seulement] ont été perturbées.

Les données de Statistique Canada révèlent des différences entre les sexes pour ce qui est des pertes d’emploi et de la reprise de l’emploi depuis le début de la pandémie de COVID-19. D’après les données de mars 2020 sur la population active, l’emploi a diminué deux fois plus chez les femmes que chez les hommes pendant le mois (-5 % par rapport à -2 %). En avril 2020, la baisse de l’emploi était plus marquée chez les hommes que chez les femmes. Dans l’ensemble, les données de février à avril 2020 sur la population active au Canada révèlent que l’emploi a diminué un peu plus chez les femmes que chez les hommes (-16,9 % par rapport à -14,6 %).

Au fur et à mesure que les restrictions sur les activités économiques sont levées au Canada, les hommes retrouvent leur emploi plus vite que les femmes. En effet, d’après les données sur la population active de juillet 2020, l’emploi des hommes est plus près du niveau observé avant la crise économique que celui des femmes. En juillet 2020, pour le groupe d’âge 25 à 54 ans, l’emploi chez les hommes était 4,4 % plus bas que le niveau observé en février 2020, comparativement à 5,7 % plus bas pour les femmes.

Le gouvernement du Canada a adopté une série de mesures pour aider les travailleurs, les entreprises et les industries à surmonter les chocs économiques causés par la pandémie de COVID‑19.

Ressources additionnelles

Clare Annett, Robert Mason et Laura Munn-Rivard, Résultats cliniques dans différentes populations au Canada lors de pandémies, Notes de la Colline, Bibliothèque du Parlement, 6 avril 2020.

Condition féminine Canada [ministère des Femmes et de l’Égalité des genres], Ressources provinciales et territoriales.

Julia Smith, « Gender and the Coronavirus Outbreak », Think Global Health, Council on Foreign Relations, 4 février 2020 [en anglais seulement].

Data2X, Gender and Data Resources Related to COVID-19 [en anglais seulement].

Auteures : Dominique Montpetit et Laura Munn-Rivard, Bibliothèque du Parlement