COVID-19, insécurité alimentaire et problèmes connexes

Révisée le 19 mai 2020, 9h35
Dans cette Note de la Colline, tout changement d’importance depuis la dernière publication est indiqué en caractères gras.

(Available in English: COVID-19, Food Insecurity and Related Issues)

Avec l’arrivée de la maladie à coronavirus 2019 (la COVID-19) au Canada, les Canadiens ont commencé à craindre des perturbations en matière d’approvisionnement alimentaire. Un sondage en mars 2020 par Abacus Data [en anglais seulement] révèle que près des deux tiers des Canadiens appréhendent une hausse des prix des denrées alimentaires (65 %) et la raréfaction de certaines d’entre elles (62 %). Toutefois, rien ne prouve actuellement que la pandémie entraînera des pénuries alimentaires généralisées ou à long terme au Canada.

La présente Note de la Colline porte sur l’incidence de la pandémie sur l’insécurité alimentaire, la chaîne d’approvisionnement alimentaire, le prix des aliments et la salubrité des aliments.

Insécurité alimentaire

Selon un rapport de mars 2020, au moins 4,4 millions de Canadiens étaient en situation d’insécurité alimentaire en 2017-2018, c’est-à-dire qu’ils n’étaient pas en mesure de se procurer des aliments sains et nutritifs en quantités suffisantes. L’insécurité alimentaire est fortement liée à la capacité financière des gens de se nourrir correctement, tant sur le plan de la quantité que de la qualité.

Selon des experts [en anglais seulement], la montée en flèche du chômage est actuellement en train d’accroître l’insécurité alimentaire de façon alarmante. Alors que des gens perdent leur emploi, et leur principale source de revenus, en raison de la fermeture d’entreprises non essentielles, les efforts déployés pour contrôler la pandémie pourraient exacerber les vulnérabilités existantes en matière de sécurité alimentaire au Canada. Cette situation est d’autant plus inquiétante que, selon un rapport du Bureau du directeur parlementaire du budget, le taux de chômage pourrait grimper à 15 % d’ici au troisième trimestre de 2020.

Certaines banques alimentaires anticipent ou connaissent déjà une augmentation de la demande. En même temps, elles font face à des pressions accrues, car elles ont moins de bénévoles pour les aider et ont besoin aussi de plus de dons en argent et en nature. Le 3 avril 2020, le premier ministre a annoncé que 100 millions de dollars seraient versés aux banques alimentaires et autres organismes qui viennent en aide aux personnes plongées dans l’insécurité alimentaire à cause de la COVID-19. Dans une lettre ouverte, plusieurs universitaires ont salué l’annonce, mais ont tenu à souligner que certaines communautés n’ont peut-être pas la capacité de profiter pleinement de cet argent. Ils ont aussi fait remarquer que les collectivités autochtones, déjà frappées de manière disproportionnée par l’insécurité alimentaire et la malnutrition, pourraient avoir besoin d’un appui logistique pour assurer le maintien d’un approvisionnement en aliments sains, nutritifs et traditionnels pendant la pandémie. D’autres spécialistes affirment que la charité et les banques alimentaires ne sont pas la solution à l’insécurité alimentaire [en anglais seulement].

Le 14 avril 2020, le premier ministre a également annoncé l’octroi de fonds additionnels pour les communautés du Nord, dont 25 millions de dollars pour le programme Nutrition Nord Canada.

Chaîne d’approvisionnement alimentaire

La fermeture des frontières et des usines causée par la pandémie fait craindre une fragilisation de la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Cependant, des pénuries à long terme sont peu probables en raison de la solidité de la chaîne d’approvisionnement canadienne [en anglais seulement]. Evan Fraser, titulaire d’une chaire de recherche du Canada sur la sécurité alimentaire mondiale, estime qu’il n’y a pas lieu de paniquer [en anglais seulement]: « Le Canada a la chance de disposer d’infrastructures solides et d’un réseau de pointe constitué de transformateurs, de détaillants et d’organismes de réglementation qui font tout pour que les denrées continuent d’arriver plus ou moins comme si rien n’avait changé. »

Sur la scène internationale, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture affirme que, jusqu’à présent, les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement alimentaire sont minimes. Le Comité sur la sécurité alimentaire mondiale explique, dans son document de synthèse provisoire sur les conséquences de la COVID-19, qu’à moyen et long terme, les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement mondiales dépendront de la durée et de l’ampleur de la pandémie.

Selon M. Fraser, cette pandémie pourrait donner lieu à des débats sur la mondialisation et l’interdépendance des systèmes alimentaires à l’échelle planétaire. Il pourrait y avoir une tendance accrue en faveur d’une production alimentaire davantage locale et régionale. La situation actuelle a également mis en lumière la dépendance du secteur agricole et agroalimentaire canadien à l’égard des travailleurs étrangers temporaires pour la production et la transformation des aliments. Cette main-d’œuvre est exemptée des restrictions imposées aux entrées d’étrangers en raison de la COVID-19 [en anglais seulement], à condition qu’elle se conforme à certaines exigences, comme l’autoisolement réglementaire à son arrivée en sol canadien. Le gouvernement a annoncé l’octroi de 50 millions de dollars aux producteurs agricoles, aux pêcheurs et aux employeurs des secteurs de la production et de la transformation afin de garantir le respect de l’isolement de 14 jours des travailleurs étrangers arrivant au Canada.

La pandémie de COVID-19 soulève aussi des questions concernant notre système alimentaire fondé sur le principe du « juste assez, juste à temps » [en anglais seulement]. Avec ce système, les magasins limitent leurs stocks pour avoir juste assez de denrées, juste à temps pour les vendre. Ce modèle est pratique et permet de réaliser des économies, mais il résiste moins aux chocs et aux perturbations dans la distribution. Notre système alimentaire produit normalement plus qu’assez pour combler la demande, mais lorsque les gens cèdent à la panique et achètent plus que de raison, faisant grimper la demande jusqu’à 500 % [en anglais seulement], il faut du temps pour réapprovisionner les rayons.

Le 5 mai 2020, le premier ministre a annoncé 252 millions de dollars afin d’appuyer les producteurs et les transformateurs d’aliments. La semaine précédente, la Fédération canadienne de l’agriculture avait demandé au gouvernement fédéral la création d’un fonds d’urgence de 2,6 milliards de dollars.

Le 14 mai 2020, le premier ministre a également annoncé 470 millions de dollars afin d’appuyer les pêcheurs. Ce financement s’ajoute au Fonds canadien pour la stabilisation des produits de la mer de 62,5 millions de dollars annoncé le mois précédent.

Le 15 mai 2020, le projet de loi C-16, Loi modifiant la Loi sur la Commission canadienne du lait, a reçu la sanction royale. Le projet de loi augmente la limite d’emprunt de la Commission canadienne du lait de 300 millions de dollars à 500 millions de dollars pour tenir compte des coûts additionnels liés à l’entreposage temporaire de produits laitiers.

Prix des aliments

En mars 2020, des chercheurs du Laboratoire en science analytique agroalimentaire de l’Université Dalhousie et de l’Institut Arnell sur l’alimentation de l’Université de Guelph ont mis à jour leurs prévisions concernant le prix des aliments en 2020 [en anglais seulement]. Malgré la pandémie, ils maintiennent leurs prévisions de décembre 2019, à savoir une augmentation annuelle maximale de 4 %. Toutefois, ils notent trois facteurs qui pourraient aussi avoir une incidence sur les prix des denrées dans les prochains mois :

  • les pressions exercées pour modifier les pratiques en matière de salubrité des aliments dans le commerce de détail et la production pourraient entraîner une augmentation de la charge de travail pour l’industrie;
  • la faiblesse du dollar canadien pourrait faire augmenter le coût des aliments importés;
  • la guerre des prix du pétrole que se livrent la Russie et l’Arabie saoudite, qui a provoqué une chute massive des cours dans les premiers mois de 2020, pourrait faire baisser le coût d’acheminement des denrées alimentaires vers les marchés.

Le professeur Sylvain Charlebois a par ailleurs expliqué que même si le prix des aliments pouvait augmenter au Canada, il se peut que les consommateurs réalisent des économies puisqu’ils dépensent moins dans les restaurants et apprennent à mieux gérer leurs réserves d’aliments.

Sur la scène internationale, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture a indiqué que les prix mondiaux des denrées alimentaires avaient chuté en février, en mars et en avril 2020 en raison d’une baisse de la demande de certains produits alimentaires occasionnée par la pandémie.

Salubrité des aliments

La salubrité des aliments – à ne pas confondre avec la sécurité alimentaire – repose sur des mesures et des pratiques destinées à empêcher les aliments de contenir ou de transmettre des maladies, des contaminants et d’autres dangers pour la santé qui sont d’origine alimentaire. Au moment de rédiger ces lignes, il n’existait aucune preuve scientifique que les aliments sont une source ou un moyen de transmission du SRAS-CoV2, le virus à l’origine de la COVID-19. 

Pendant la pandémie, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) maintient ses services essentiels, tels que les inspections et les enquêtes sur la salubrité des aliments. Le gouvernement a annoncé l’octroi de 20 millions de dollars additionnels à l’ACIA afin d’appuyer ces services.

Ressources supplémentaires

Agriculture et Agroalimentaire Canada, COVID-19 – Renseignements pour le secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire.

Bashar Abu Taleb, Julie Béchard, Madalina Chesoi et Natacha Kramski, « La circulation des biens et des personnes aux frontières du Canada dans un monde affecté par la COVID-19 », Bibliothèque du Parlement, le 3 avril 2020.

Agence canadienne d’inspection des aliments, Coronavirus (COVID-19) : informations destinées aux consommateurs sur l’alimentation et la santé animale.

Elisa Levi et Tabitha Robin, COVID-19 Did Not Cause Food Insecurity In Indigenous Communities But It Will Make It Worse, Yellowhead Institute, 29 avril 2020 [en anglais seulement].

Banques alimentaires Canada, Trouvez une banque alimentaire.

Auteur : Olivier Leblanc-Laurendeau, Bibliothèque du Parlement