COVID-19, insécurité alimentaire et problèmes connexes

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Révisée le 10 février 2021, 8h45
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(Available in English: COVID-19, Food Insecurity and Related Issues)

Lorsque la maladie à coronavirus 2019 (la COVID-19) est arrivée au Canada, les Canadiens ont commencé à craindre des perturbations en matière d’approvisionnement alimentaire. Un sondage en mars 2020 par Abacus Data [en anglais seulement] révélait que près des deux tiers des Canadiens appréhendaient alors une hausse des prix des denrées alimentaires (65 %) et la raréfaction de certaines d’entre elles (62 %). Rien ne prouve que la pandémie a entraîné (ou entraînera) des pénuries alimentaires généralisées ou à long terme au Canada; toutefois, elle a eu un effet négatif sur la sécurité alimentaire, provoqué des perturbations dans la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire et contribué à la hausse des prix des denrées alimentaires.

Insécurité alimentaire

Selon un rapport de mars 2020, au moins 4,4 millions de Canadiens étaient en situation d’insécurité alimentaire en 2017-2018, c’est-à-dire qu’ils n’étaient pas en mesure de se procurer des aliments sains et nutritifs en quantités suffisantes. L’insécurité alimentaire est fortement liée à la capacité financière des gens de se nourrir correctement, tant sur le plan de la quantité que de la qualité. Un récent rapport souligne que « [l]es niveaux d’insécurité alimentaire augmenteront probablement partout au pays en 2021 ».

Selon des experts [en anglais seulement], la montée en flèche du chômage est actuellement en train d’accroître l’insécurité alimentaire de façon alarmante. Alors que des gens perdent leur emploi, et leur principale source de revenus, en raison de la fermeture d’entreprises non essentielles, les efforts déployés pour contrôler la pandémie pourraient exacerber les vulnérabilités existantes en matière de sécurité alimentaire au Canada. Cette situation est d’autant plus inquiétante que, selon Statistique Canada, le taux de chômage (9,4 %) et le taux de sous-utilisation de la main-d’œuvre (18,4 %) sont demeurés relativement élevés à l’échelle nationale en janvier 2021. Des données de Statistiques Canada ont également montré que, dans les premiers mois de la pandémie, ceux dont l’emploi a été affecté par celle-ci « étaient près de trois fois plus susceptibles d’être en situation d’insécurité alimentaire que ceux qui travaillaient ».

Les banques alimentaires font face à des pressions accrues en raison de la pandémie. Selon l’organisation nationale Banques alimentaires Canada, le recours à celles-ci a augmenté de 20 % [en anglais] entre mars et mai 2020. Le 3 avril 2020, le premier ministre a annoncé que 100 millions de dollars seraient versés aux banques alimentaires et autres organismes qui viennent en aide aux personnes plongées dans l’insécurité alimentaire à cause de la COVID-19. Dans une lettre ouverte, plusieurs universitaires ont salué l’annonce, mais ont tenu à souligner que certaines communautés n’ont peut-être pas la capacité de profiter pleinement de cet argent. Ils ont aussi fait remarquer que les collectivités autochtones, déjà frappées de manière disproportionnée par l’insécurité alimentaire et la malnutrition, pourraient avoir besoin d’un appui logistique pour assurer le maintien d’un approvisionnement en aliments sains, nutritifs et traditionnels pendant la pandémie. D’autres spécialistes affirment que la charité et les banques alimentaires ne sont pas la solution à l’insécurité alimentaire [en anglais seulement].

En octobre 2020, le gouvernement a annoncé que 100 millions de dollars additionnels seraient versés aux banques alimentaires et autres organisations alimentaires par l’entremise du Fonds d’urgence pour la sécurité alimentaire.

Le 14 avril 2020, le premier ministre a également annoncé l’octroi de fonds additionnels pour les communautés du Nord, dont 25 millions de dollars pour le programme Nutrition Nord Canada.

Chaîne d’approvisionnement alimentaire

La fermeture des frontières et des usines causée par la pandémie fait craindre une fragilisation de la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Cependant, des pénuries à long terme sont peu probables en raison de la solidité de la chaîne d’approvisionnement canadienne [en anglais seulement]. Evan Fraser, titulaire d’une chaire de recherche du Canada sur la sécurité alimentaire mondiale, estime qu’il n’y a pas lieu de paniquer [en anglais seulement]. Toutefois, selon M. Fraser, cette pandémie pourrait donner lieu à des débats sur la mondialisation et l’interdépendance des systèmes alimentaires à l’échelle planétaire. Il pourrait y avoir une tendance accrue en faveur d’une production alimentaire davantage locale et régionale. La pandémie de COVID-19 soulève aussi des questions concernant notre système alimentaire fondé sur le principe du « juste assez, juste à temps » [en anglais seulement], lequel permet aux magasins de limiter leurs stocks pour avoir juste assez de denrées, juste à temps pour les vendre. Ce modèle est pratique et permet de réaliser des économies, mais il résiste moins aux chocs et aux perturbations dans la distribution.

Sur la scène internationale, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture affirme que, jusqu’à présent, les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement alimentaire sont minimes. Le Comité sur la sécurité alimentaire mondiale explique, dans son document de synthèse provisoire sur les conséquences de la COVID-19, qu’à moyen et long terme, les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement mondiales dépendront de la durée et de l’ampleur de la pandémie.

La situation actuelle a également mis en lumière la dépendance du secteur agricole et agroalimentaire canadien à l’égard des travailleurs étrangers temporaires pour la production et la transformation des aliments. Cette main-d’œuvre est exemptée des restrictions imposées aux entrées d’étrangers en raison de la COVID-19 [en anglais seulement], à condition qu’elle se conforme à certaines exigences, comme l’autoisolement réglementaire à son arrivée en sol canadien. 

Afin d’appuyer les secteurs de la production et de la transformation alimentaire, le gouvernement fédéral a annoncé plusieurs mesures, dont :

De plus, le 15 mai 2020, le projet de loi C-16, Loi modifiant la Loi sur la Commission canadienne du lait, a reçu la sanction royale. Le projet de loi augmente la limite d’emprunt de la Commission canadienne du lait de 300 millions de dollars à 500 millions de dollars pour tenir compte des coûts additionnels liés à l’entreposage temporaire de produits laitiers.

Prix des aliments

En décembre 2020, des chercheurs du Laboratoire en science analytique agroalimentaire de l’Université Dalhousie et de l’Institut Arnell sur l’alimentation de l’Université de Guelph ont présenté leurs nouvelles prévisions concernant le prix des aliments. Ils ont conclu que, au Canada, le prix global des aliments augmentera de 3 à 5 % en 2021 rapport à l’année précédente. Dans leur rapport, ils soulignent que la pandémie « a provoqué une volatilité économique sur les marchés mondiaux et présenté des circonstances en évolution rapide et des perturbations auxquelles toutes les étapes de la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire—de la ferme à la vente au détail—doit s’adapter rapidement ».

Sur la scène internationale, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture a indiqué que les prix mondiaux des denrées alimentaires avaient augmenté entre mai 2020 et janvier 2021, après avoir atteint un niveau historiquement bas dans les premiers mois de la pandémie.

Salubrité des aliments

La salubrité des aliments – à ne pas confondre avec la sécurité alimentaire – repose sur des mesures et des pratiques destinées à empêcher les aliments de contenir ou de transmettre des maladies, des contaminants et d’autres dangers pour la santé qui sont d’origine alimentaire. Au moment de rédiger ces lignes, il n’existait aucune preuve scientifique que les aliments sont une source ou un moyen de transmission du SRAS-CoV2, le virus à l’origine de la COVID-19. En septembre 2020, la Commission internationale pour la définition des caractéristiques microbiologiques des aliments [en anglais seulement] a écrit que « le SARS-CoV-2 ne devrait pas être considéré comme un danger pour la salubrité des alimentaires ». Selon le gouvernement fédéral, en date de janvier 2021, « [i]l n’y a pour le moment aucun cas confirmé de transmission de la COVID-19 ou des variants de la COVID-19 par des aliments ni par des matériaux d’emballage de produits alimentaires ».

Pendant la pandémie, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) maintient ses services essentiels, tels que les inspections et les enquêtes sur la salubrité des aliments. Le gouvernement a annoncé l’octroi de 20 millions de dollars additionnels à l’ACIA afin d’appuyer ces services. En mai 2020, plusieurs inspecteurs de l’ACIA ont contracté la maladie à la suite d’éclosions dans des usines de transformation de la viande.

Ressources supplémentaires

Agriculture et Agroalimentaire Canada, COVID-19 – Renseignements pour le secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire.

Bashar Abu Taleb, Julie Béchard, Madalina Chesoi et Natacha Kramski, « La circulation des biens et des personnes aux frontières du Canada dans un monde affecté par la COVID-19 », Bibliothèque du Parlement, le 3 avril 2020.

Agence canadienne d’inspection des aliments, Coronavirus (COVID-19) : informations destinées aux consommateurs sur l’alimentation et la santé animale.

Elisa Levi et Tabitha Robin, COVID-19 Did Not Cause Food Insecurity In Indigenous Communities But It Will Make It Worse, Yellowhead Institute, 29 avril 2020 [en anglais seulement].

Banques alimentaires Canada, Trouvez une banque alimentaire.

Natacha Kramski, « Résumé législatif du projet de loi C-16 : Loi modifiant la Loi sur la Commission canadienne du lait », Bibliothèque du Parlement, 27 mai 2020.

Auteur : Olivier Leblanc-Laurendeau, Bibliothèque du Parlement



Catégories :Affaires sociales et communauté, COVID-19

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