Résultats cliniques dans différentes populations au Canada lors de pandémies

Révisée le 28 juillet 2020, 11h55
Dans cette Note de la Colline, tout changement d’importance depuis la dernière publication est indiqué en caractères gras.

(Available in English: Health Outcomes During Pandemics in Different Population Groups in Canada)

Le 11 mars 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié de pandémie l’éclosion de COVID-19, la maladie causée par le nouveau coronavirus (SARS-CoV-2). Étant donné que personne ne possède d’immunité préexistante contre le virus, tous les Canadiens risquent de contracter la COVID-19. Le risque peut toutefois être plus élevé chez les personnes appartenant à certains groupes à cause de leur état de santé sous-jacent, de risques professionnels, de leur milieu de vie et d’autres facteurs. Cette Note de la Colline examine l’incidence que peuvent avoir certains facteurs personnels, sociaux, économiques et environnementaux sur les résultats cliniques lors de pandémies, de même que les liens qui agissent entre ces facteurs.

Les principes qui sous-tendent l’intervention du gouvernement du Canada en réponse à la COVID-19 sont issus des leçons tirées d’urgences sanitaires antérieures, dont l’éclosion du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) en 2003. L’intervention fédérale en réponse à la COVID-19 tient compte des résultats cliniques dans des groupes vulnérables tels que les personnes âgées et les populations éloignées.

Les déterminants de la santé

Des facteurs personnels, sociaux, économiques et environnementaux qu’on nomme les déterminants de la santé interagissent et ont une influence sur la santé d’une personne ou d’une population. Des études évoquent un lien entre les déterminants de la santé et la susceptibilité à une maladie ou la gravité d’une affection, notamment lors de pandémies [en anglais seulement]. Les déterminants de la santé qui suivent sont abordés dans la présente Note de la Colline :

  • la biologie et la génétique;
  • l’accès aux soins de santé;
  • l’environnement physique;
  • les connaissances en matière de santé;
  • le revenu, l’emploi et les conditions de travail.

La biologie et la génétique

La biologie et la constitution génétique jouent un rôle – à un degré encore mal connu – dans la réaction d’une personne à un virus :

  • La majorité des décès causés par la grippe saisonnière au Canada se produisent chez les personnes âgées, en particulier celles atteintes de troubles de santé chroniques. En revanche, pendant la pandémie de H1N1 en 2009, des groupes plus jeunes (y compris des personnes qui étaient autrement en bonne santé) ont été les plus touchés, nécessitant davantage d’hospitalisations et de soins intensifs.
  • Pendant les épidémies du SRAS [en anglais seulement] et du syndrome respiratoire du Moyen-Orient [en anglais seulement], les données de l’OMS indiquent que les hommes avaient des résultats cliniques moins bons que les femmes. Statistiquement, lors de la pandémie de H1N1, les femmes ont été plus gravement atteintes [en anglais seulement] que les hommes au Canada.
  • Certains groupes, dont les femmes enceintes et les personnes atteintes d’une maladie préexistante, présentaient un risque accru de développer des complications attribuables au H1N1 au Canada.

En ce qui concerne la pandémie de COVID-19, des données mondiales [en anglais seulement] indiquent que la maladie est présente dans toutes les tranches d’âge, mais que les adultes âgés de plus de 60 ans présentent le plus grand risque d’être gravement atteints. Au Canada, 33 % des cas déclarés* (au 27 juillet 2020) concernent des personnes âgées de 60 ans et plus, et les taux d’hospitalisation (69 %) et d’admission aux unités de soins intensifs (60 %) sont les plus élevés au sein de ce groupe.

Selon les données enregistrées dans certains pays [en anglais seulement], les taux de décès attribuables à la COVID‑19 seraient plus élevés chez les hommes que chez les femmes. Au 27 juillet 2020 au Canada, toutefois, les femmes représentent 55.5 % des cas signalés de COVID‑19 et 54 % des décès, tandis que les hommes comptent pour une plus grande proportion des hospitalisations (51 %) et des admissions aux soins intensifs (62 %).

On ne sait pas dans quelle mesure les facteurs biologiques ou génétiques ou d’autres déterminants de la santé sont responsables des différences observées entre les résultats de santé des hommes et ceux des femmes (voir la section « L’environnement physique » ci‑dessous pour plus de détails).

Par ailleurs, en date du 15 avril 2020, 75 % des patients hospitalisés en raison de la COVID-19 au Canada avaient au moins un problème de santé préexistant, notamment une maladie respiratoire, une maladie cardiaque ou le diabète.

Même si les femmes enceintes et leurs bébés courent un risque accru de développer un problème de santé [en anglais seulement] à la suite d’une infection grippale, les premiers résultats et données de recherche [en anglais seulement] sur la COVID-19 et les données observées concernant l’issue de la grossesse laissent entendre que « les effets sur les mères sont similaires à ceux sur les femmes non enceintes, et que les cas de transmission verticale et d’infection néonatale sont rares ». Les chercheurs rappellent cependant que le développement de vaccins et de médicaments thérapeutiques contre la COVID‑19 doit tenir compte des effets sur les femmes enceintes.

L’accès aux soins de santé

L’accès aux services de santé peut être plus difficile pour certains Canadiens vivant en milieu urbain, dans des collectivités éloignées et isolées ou dans des communautés des Premières Nations, Inuites et Métisses, surtout pendant une pandémie. L’accès peut également être difficile pour les personnes ayant besoin d’une aide à domicile ou d’un moyen de transport pour obtenir des soins.

L’accès aux soins de santé peut aussi être problématique pour les personnes : 

  • vivant avec une incapacité physique ou mentale;
  • qui ne parlent ni anglais ni français, ou très peu;
  • qui sont sans-abri;
  • âgées;
  • nouvellement immigrantes et réfugiées.

L’environnement physique

L’environnement physique peut également exposer des individus au risque de contracter la maladie pendant une pandémie. Ainsi, les personnes sans-abri [en anglais seulement], celles dont le logement est surpeuplé [en anglais seulement] et les individus détenus [en anglais seulement] pourraient courir un risque particulier faute de pouvoir s’isoler ou d’avoir facilement accès à l’eau courante et à des installations sanitaires.

Selon les données de recherche [en anglais seulement] mondiales, les résidants des maisons de soins infirmiers, qui sont pour la plupart des personnes âgées, sont particulièrement vulnérables à une infection au SRAS-CoV-2 et ils risquent davantage de mourir de la COVID-19. Au Canada, les résidants et le personnel des centres de soins de longue durée (SLD) constituent plus de 80 % des décès attribuables à la COVID-19 au pays [en anglais seulement]; des recherches préliminaires laissent croire que ce taux est plus élevé que celui constaté dans des installations comparables de nombreux autres pays. La majorité des résidants et des employés [en anglais seulement] des centres de SLD du Canada sont des femmes, ce qui pourrait contribuer au taux de décès attribuable à la COVID‑19 plus élevé observé chez les femmes au pays.

Les connaissances en matière de santé

Il existe une corrélation entre la qualité de l’éducation et le niveau d’instruction, d’une part, et les connaissances en matière de santé [en anglais seulement], d’autre part, c’est-à-dire la capacité de comprendre et d’utiliser l’information pour prendre des décisions qui sont bonnes pour la santé. Pendant une urgence de santé publique telle qu’une pandémie, de bonnes connaissances en matière de santé au sein de la population peuvent se traduire par l’adoption rapide de comportements propres à freiner la propagation de la maladie et peuvent contrer la mésinformation néfaste.

Le manque d’information et de connaissances sur la santé tend à être concentré dans certaines populations vulnérables au Canada [en anglais seulement].

D’après des études sur les communications des autorités sanitaires pendant l’éclosion du virus Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014, les contenus doivent être rédigés dans un langage clair et simple [en anglais seulement] et être adaptables à différentes cultures, religions et langues [en anglais seulement].

Le revenu, l’emploi et les conditions de travail

En période de pandémie, les autorités peuvent recommander ou ordonner à la population de rester chez elle, sauf pour vaquer à des activités essentielles. En l’absence de soutiens additionnels, les personnes à faible revenu, qui ont peu d’avantages sociaux ou dont l’emploi est précaire [en anglais seulement] ne peuvent pas se permettre de rester à la maison en dépit de la maladie ou des recommandations de santé publique; elles mettent alors en danger leur propre santé et celle des autres avec lesquels elles entrent en contact.

Les personnes dont la seule source de revenu est un emploi précaire ou intermittent, par exemple, n’ont peut-être pas accès à l’assurance-emploi et pourraient par conséquent hésiter à rester à la maison pour des motifs financiers. Le gouvernement fédéral a étendu la Prestation canadienne d’urgence à des travailleurs tels que les contractuels qui ne seraient autrement pas admissibles à l’assurance-emploi.

Par ailleurs, des travailleurs qui exercent un emploi jugé essentiel pourraient ne pas avoir la possibilité de travailler de la maison. Par conséquent, certains groupes de travailleurs sont plus à risque de tomber malades ou de propager la maladie pendant une pandémie, notamment :

  • les travailleurs de la santé (y compris les médecins, les infirmiers et infirmières et les employés des établissements de soins de longue durée) – une main-d’œuvre où dominent les femmes – sont plus exposés au risque de contracter le virus [en anglais seulement] que le reste de la population;
  • certains travailleurs de la vente au détail (une main-d’œuvre où dominent les femmes) ainsi que les policiers, camionneurs, chauffeurs d’autobus, travailleurs de la construction et mineurs (autant de secteurs où dominent les hommes), et d’autres travailleurs jugés essentiels ne sont pas directement exposés au virus, mais ne peuvent pas travailler en toute sécurité à domicile.

Outre le travail rémunéré, les femmes assument une part plus grande des soins non rémunérés que les hommes. Ainsi, elles prennent soin de membres de leur famille qui sont malades, ce qui peut accroître le risque de contracter une maladie.

*(Toutes les données canadiennes sont tirées de l’Agence de la santé publique du Canada : voir le rapport épidémiologique complet.)

Auteurs : Clare Annett, Robert Mason et Laura Munn-Rivard, Bibliothèque du Parlement