État de la littératie financière au Canada : que savons-nous exactement?

(Available in English: The State of Financial Literacy in Canada: How Much Do We Know?)

On entend par littératie financière les connaissances, les compétences et la confiance dont ont besoin les gens pour faire des choix éclairés en regard de l’argent. Cela permet aux Canadiens de surveiller et d’améliorer leurs finances personnelles. En adoptant de bonnes pratiques financières, comme l’épargne-retraite, la population canadienne contribue également à la stabilité économique du pays. La présente Note de la Colline traite de l’état de la littératie financière au Canada, ainsi que des initiatives du gouvernement fédéral pour l’améliorer.

État de la littératie financière des Canadiens

Les Canadiens obtiennent de bons résultats en matière de littératie financière lorsqu’on les compare aux citoyens d’autres pays. Par exemple, en 2015, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a mesuré, dans le cadre de son enquête sur la littératie et l’inclusion financières (Survey on Measuring Financial Literacy and Financial Inclusion) [en anglais seulement], les connaissances, les attitudes et les comportements des répondants en matière financière. Il a classé le Canada au troisième rang parmi 29 pays. L’enquête a toutefois révélé que seulement 61 % des Canadiens — plus ou moins la moyenne des pays de l’OCDE – étaient en mesure de répondre correctement à cinq des sept questions évaluant leurs connaissances financières.

Les résultats de l’Enquête canadienne sur les capacités financières (ECCF) laissent aussi entendre que les Canadiens manquent de connaissances en matière financière. Les répondants à l’Enquête ont répondu à 14 questions objectives sur les connaissances, obtenant une note moyenne de 60,6 %. Les résultats montrent qu’il existe des écarts entre différents groupes au Canada.

Les différences entre les hommes et les femmes varient en fonction de facteurs comme l’âge, le revenu et le niveau de scolarité. Selon Statistique Canada, en moyenne, les hommes ont obtenu des notes nettement plus élevées que les femmes à l’ECCF, l’écart étant plus prononcé chez les répondants plus âgés. Cela s’explique peut-être par les tendances sociales qui ont fait en sorte que certaines femmes plus âgées n’ont pas été préparées à gérer leurs finances.

Les mêmes données montrent que les répondants dont la langue maternelle est l’anglais obtiennent de meilleures notes que ceux dont la langue maternelle est le français. On observe la même chose chez les répondants ayant suivi un cours d’économie ou de finances par rapport à ceux qui n’en ont pas suivi. L’écart entre ces groupes s’accentue en fonction du genre.

Le tableau 1 compare les notes obtenues par ces groupes aux questions objectives de l’ECCF portant sur les connaissances financières.

Tableau 1 : Notes sur les questions objectives portant sur les connaissances financières, Enquête canadienne sur les capacités financières (2014, %)

Population Total Cours Sans cours
Total 60,6 68,3 59,4
     Femmes 57,7 66,8 57,0
     Hommes 62,8 69,7 61,7
Anglophone 62,9 71,2 62,2
     Femmes 61,0 69,3 60,3
     Hommes 64,8 73,1 63,9
Francophone 56,4 66,5 55,9
     Femmes 54,0 68,2 53,0
     Hommes 58,7 64,6 58,3

Nota : Les chiffres diffèrent des analyses de Statistique Canada en raison de l’exclusion délibérée de données. En cas de disparité entre ces chiffres et les données de Statistique Canada, veuillez consulter ces dernières.
Source : Tableau préparé par l’auteur à l’aide de données obtenues de Statistique Canada, « Enquête canadienne sur les capacités financières de 2014 », Collection de fichiers de microdonnées à grande diffusion, consultée le 1er mars 2019. Cela ne constitue pas une approbation du produit par Statistique Canada.

On comprend mal pourquoi certains groupes obtiennent de meilleures notes que d’autres. Toutefois, il semble que certains d’entre eux se heurtent à des obstacles pour améliorer leurs connaissances en matière financière. Ces résultats montrent qu’il faut adapter les initiatives de littératie financière aux diverses populations.

Initiatives du gouvernement fédéral pour améliorer la littératie financière

En vertu de la Constitution du Canada, l’éducation relève des provinces et des territoires. Toutefois, le gouvernement fédéral contribue depuis toujours au financement des écoles dans les provinces et les territoires et des études des membres des Premières Nations. Il participe aussi à la coordination des initiatives des provinces et des territoires en matière de littératie financière. Par exemple, près du tiers des recommandations formulées par le Groupe de travail sur la littératie financière dans son rapport de 2010 s’adressaient aux gouvernements provinciaux et territoriaux.

En outre, les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux réglementent conjointement le secteur des services financiers. Ainsi, depuis 2001, le gouvernement fédéral confie principalement la gestion de ses programmes de littératie financière à son organisme de supervision financière et de protection du consommateur, soit l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC). D’autres organismes fédéraux, comme la Banque du Canada et la Société d’assurance-dépôts du Canada, fournissent aussi de l’information de nature financière aux Canadiens.

Au titre de la Stratégie nationale pour la littératie financière (la Stratégie nationale), le gouvernement fédéral accorde des fonds à l’ACFC pour lui permettre « d’entreprendre des initiatives, de mener des recherches et d’élaborer des programmes et des outils conviviaux pour les consommateurs ». En avril 2014, le gouvernement du Canada a nommé sa première et seule chef du développement de la littératie financière, qui a dirigé les efforts nationaux de littératie financière sous l’autorité de l’ACFC jusqu’en avril 2019. La chef, de même que deux incarnations du Comité directeur national sur la littératie financière ont mis en œuvre la Stratégie nationale en coordonnant le travail des intervenants et en concevant des outils et des programmes.

De plus, l’ACFC a créé un Sous-comité national de recherche sur la littératie financière pour conseiller le gouvernement. Elle a aussi mis sur pied deux groupes de travail qui axent leurs activités sur les milieux de travail et les Autochtones. En outre, l’ACFC préside le Comité interministériel sur la littératie financière, qui coordonne les initiatives des ministères et organismes fédéraux.

Dans le cadre de son plan de communication, l’ACFC organise des ateliers et une conférence nationale, et elle gère une base de données sur la littératie financière qui comprend des ressources gratuites, entre autres initiatives. Une grande partie de ses activités de communication porte sur les besoins uniques de Canadiens d’horizons divers. Les recherches dans la base de données de l’ACFC peuvent être effectuées par sujet et par public cible (comme les aînés, les Autochtones, les jeunes, les nouveaux arrivants et les Canadiens à faible revenu). L’ACFC échange aussi des pratiques exemplaires avec d’autres réseaux de littératie financière. Bon nombre de ses activités ont lieu en novembre, désigné Mois de la littératie financière par le Parlement en 2012.

Récents changements aux initiatives fédérales de littératie financière

La Loi no 2 d’exécution du budget de 2018 (projet de loi C-86) a aboli le poste de chef du développement de la littératie financière le 10 avril 2019 et a confié la responsabilité de la littératie financière à la commissaire de l’ACFC. Le projet de loi C-86 précise que la littératie financière s’inscrit dans le mandat de l’ACFC : elle est désormais plus clairement liée aux rôles de l’Agence en matière de services à la population et de protection du consommateur.

Jennifer Robson, Ph. D., professeure agrégée à l’Université Carleton et ancienne membre du comité national de recherche sur la littératie financière, est d’avis [en anglais seulement] qu’il est logique, si l’on veut mieux protéger le consommateur, de confier la promotion de la littératie financière à l’organisme canadien chargé d’appliquer les lois relatives aux marchés financiers (c.-à-d. l’ACFC). Ces changements contribuent également à la reconnaissance officielle du rôle de l’éducation financière dans le cadre d’une stratégie plus vaste de protection du consommateur.

Auteur : Ryan van den Berg, Bibliothèque du Parlement

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