La violence faite aux femmes au Canada : la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes

(Available in English: Violence Against Women in Canada: The National Day of Remembrance and Action on Violence Against Women)

La Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes – que l’on souligne le 6 décembre chaque année – nous convie à réfléchir sur les effets de la violence envers les femmes au Canada et sur la façon dont nos collectivités peuvent agir pour mettre fin à cette violence. Instituée en 1991 par le Parlement du Canada, cette journée souligne l’anniversaire du meurtre sexiste de 14 jeunes femmes en 1989, à l’École polytechnique de Montréal.

Au Canada et ailleurs dans le monde, la violence contre les femmes et les filles demeure un grave problème. Elle empêche la participation pleine et égale des femmes à la vie publique, engendre des effets dommageables à court et à long terme sur la santé physique et mentale des femmes et crée du tort aux familles et à la société en général.

La violence faite aux femmes : aperçu du problème

Au Canada, selon une enquête de 2014 sur la victimisation autodéclarée, le taux de victimisation avec violence est plus élevé chez les femmes que les hommes, soit 85 incidents pour 1 000 femmes comparativement à 67 incidents pour 1 000 hommes. Cette différence s’explique en grande partie par le fait que le taux d’agressions sexuelles, où la majorité des victimes étaient des femmes, est demeuré relativement stable au cours des dix dernières années, alors que les taux des autres crimes violents, où la majorité des victimes était des hommes, a connu une baisse.

Le problème de la violence est d’une portée et d’une gravité différentes chez les femmes que chez les hommes au Canada :

  • les femmes sont plus susceptibles d’être victimisées par des hommes qu’elles connaissent, soit un partenaire intime ou un membre de la famille, alors que les hommes risquent davantage de l’être par des connaissances ou par des étrangers;
  • les femmes courent un risque plus élevé de subir certaines formes de violence, notamment la violence conjugale, l’agression sexuelle et le harcèlement criminel (prédation);
  • les femmes sont davantage exposées à des formes plus graves de violence conjugale, telles qu’être agressées sexuellement ou battues, être menacées d’une arme à feu ou d’un couteau, ou encore être l’objet d’incidents de violence chronique.

Selon des statistiques récentes sur la violence faite aux femmes au Canada :

Mesures actuelles du gouvernement fédéral et du Parlement pour contrer la violence faite aux femmes

L’organisme fédéral Condition féminine Canada s’est notamment fixé pour domaine d’intervention prioritaire l’élimination de la violence faite aux femmes et aux filles. Cet objectif figure dans la lettre de mandat de la ministre de la Condition féminine, qui prévoit l’élaboration et la mise en œuvre d’« une stratégie fédérale complète en matière de violence fondée sur le sexe et un plan d’action fédéral complet, qui sont en harmonie avec les stratégies provinciales ». En juin 2016, un Conseil consultatif sur la stratégie fédérale contre la violence fondée sur le sexe a été créé à titre de lieu d’échange de connaissances, d’expériences, de pratiques prometteuses et de résultats de recherche relativement à la violence fondée sur le sexe. Entre juillet et septembre 2016, des tables rondes ont été organisées un peu partout au pays pour discuter des priorités relatives à une stratégie fédérale contre la violence fondée sur le sexe.

En ce qui concerne les activités parlementaires en cours dans ce domaine, le Comité permanent de la condition féminine de la Chambre des communes achève une étude sur la violence envers les jeunes femmes et filles, et plus particulièrement la cyberviolence, le harcèlement dans les lieux publics et l’agression sexuelle sur les campus d’établissements postsecondaires.

Populations vulnérables : les femmes et les jeunes filles autochtones

La violence touche les femmes de tous les groupes sociaux, économiques et culturels. Toutefois, le risque de victimisation est plus élevé chez certains groupes de femmes, dont les femmes autochtones.

Les femmes autochtones – y compris les femmes métisses, inuites et des Premières Nations – sont plus susceptibles d’être la cible de violence que les autres femmes. À titre d’exemple, le taux d’agressions sexuelles autodéclarées était trois fois plus élevé chez les femmes autochtones (11,5 %) que chez les femmes non autochtones (3,5 %). Selon la Gendarmerie royale du Canada, de 1980 à 2012, les femmes autochtones représentaient 11 % des femmes disparues et 16 % des victimes d’homicide, mais ne constituaient que 4 % de la population totale des femmes au Canada.

En 2014, un rapport produit par le Comité spécial de la Chambre des communes sur la violence faite aux femmes autochtones exposait certaines des causes profondes de cette violence. Le Comité reconnaissait que les causes étaient variées, complexes et interreliées et identifiait certains facteurs comme « la traite de personnes, la toxicomanie, la prostitution, la pauvreté, le manque de logement et les mauvaises conditions de vie, le manque de services de prévention tels que des services de santé mentale, et les séquelles durables laissées par les pensionnats indiens », de même que le racisme systémique.

En 2014, en réponse à ce rapport du Comité spécial, le gouvernement du Canada a présenté les mesures qu’il comptait prendre pour réduire la violence faite aux femmes autochtones dans le Plan d’action pour contrer la violence familiale et les crimes violents à l’endroit des femmes et des filles autochtones.

Pendant une journée en février 2015, les leaders autochtones et les premiers ministres des provinces et des territoires ont tenu une Table ronde nationale sur les femmes et jeunes filles autochtones disparues ou assassinées à laquelle le gouvernement fédéral a participé.

Le 8 décembre 2015, la ministre de la Justice, la ministre de la Condition féminine et la ministre des Affaires autochtones et du Nord ont annoncé la mise sur pied d’une Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. L’enquête a débuté par le processus de définition des paramètres de l’enquête, suivi de la publication du cadre de référence et de la sélection des cinq commissaires. Le budget de 2016 affecte 40 millions de dollars sur deux ans, à compter de 2016–2017, à l’enquête.

Ressources connexes

Organisation mondiale de la santé. La violence à l’encontre des femmes : violence d’un partenaire intime et violence sexuelle à l’encontre des femmes. Aide‑mémoire no 239, novembre 2016.

Sinha, Maire. Mesure de la violence faite aux femmes : tendances statistiques. Juristat 85-002-X. Statistique Canada, Ottawa, 25 février 2013.

Auteure : Laura Munn-Rivard, Bibliothèque du Parlement