La résistance aux antibiotiques : une menace pour la santé publique de portée mondiale

(Available in English: Resistance to Antibiotics: A Global Threat to Public Health)

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En ce XXIsiècle, mettre un frein à la propagation de la résistance aux antibiotiques est, de plus en plus, l’un des grands défis mondiaux en matière de santé.

En mai 2016, le groupe d’experts Review on Antimicrobial Resistance sous l’égide du gouvernement britannique a publié le plus récent avertissement et des recommandations sous la forme d’un rapport définitif [DISPONIBLE EN ANGLAIS SEULEMENT].

Selon les estimations de ce rapport, quelque 700 000 personnes meurent chaque année de maladies résistant aux antibiotiques. Le rapport met en garde que, sans l’adoption de mesures pour endiguer le problème, ce nombre pourrait atteindre 10 millions de personnes par année d’ici 2050, ce qui est plus que le nombre de personnes qui meurent du cancer actuellement. L’Asie et l’Afrique seraient les régions les plus touchées. Sur le plan de l’économie mondiale, les coûts pourraient atteindre 100 billions de dollars US.

La résistance aux antibiotiques est la capacité d’une souche bactérienne de survivre à l’exposition à un antibiotique précis. Cette apparition de résistance s’explique aisément et n’a rien de surprenant. Toutefois, l’emploi – et le mauvais emploi – des antibiotiques en a accéléré sa progression.

La découverte d’un nombre grandissant de bactéries pathogènes qui résistent à l’un ou à l’autre – voire à plusieurs – des antibiotiques sur le marché représente une grave menace pour la santé publique. Selon certains experts, nous serions à l’aube d’une ère post-antibiotique si la plupart des infections bactériennes deviennent résistantes à de multiples antibiotiques.

La présente Note de la Colline contextualise l’urgence du problème et dépeint les efforts actuellement déployés pour atténuer la menace. (Le terme « antimicrobien » [antimicrobial], souvent utilisé dans les documents mentionnés dans la présente Note, désigne les substances qui tuent l’ensemble des micro-organismes, comme les virus et les champignons, et pas uniquement les bactéries.)

Figure 1 : Chronologie de la découverte des antibiotiques et de l’apparition de la résistance à ces derniers

Source : Public Health England, « Guidance – Health Matters: Antimicrobial Resistance », 10 décembre 2015. [DISPONIBLE EN ANGLAIS SEULEMENT]

Source : Public Health England, « Guidance – Health Matters: Antimicrobial Resistance », 10 décembre 2015. [DISPONIBLE EN ANGLAIS SEULEMENT]

Le mauvais usage des antibiotiques, un facteur aggravant pour relever le défi

Différents types de mauvais usages des antibiotiques ont accéléré la résistance aux antibiotiques, notamment la prescription excessive par le corps médical, l’interruption d’un traitement aux antibiotiques avant la fin prescrite et leur emploi thérapeutique et non thérapeutique en agriculture.

En fait, selon un rapport de l’Agence de la santé publique du Canada datant de 2013, l’emploi des antibiotiques est plus répandu dans le secteur agricole qu’au sein de la population. Environ deux tiers des antibiotiques utilisés en agriculture (chez les animaux destinés à la consommation) servent également à lutter contre les infections bactériennes chez les humains; seul le tiers des antibiotiques utilisés chez l’animal est réservé à un usage vétérinaire exclusif.

Chez les animaux d’élevage, les antibiotiques ont trois utilités : le traitement des infections, la prévention des infections et la stimulation de la croissance. La prévention des infections et la stimulation de la croissance requièrent toutes deux une distribution à grande échelle d’antibiotiques aux animaux, ce qui augmente d’autant les risques de résistance. L’emploi des antibiotiques comme stimulateurs de croissance est controversé et interdit en Union européenne depuis 2006.

Pour freiner l’utilisation des antibiotiques dans le secteur agricole, le gouvernement du Canada a annoncé en 2014 qu’il ne permettrait plus d’associer les antibiotiques à des allégations de stimulateurs de croissance et qu’il entendait renforcer la surveillance vétérinaire de l’utilisation des antimicrobiens chez les animaux destinés à la consommation.

Figure 2 : Secteurs touchés par l’usage des antimicrobiens

Des préoccupations à l’égard de la santé publique

À mesure qu’augmente la résistance des bactéries pathogènes à divers antibiotiques, une dépendance s’accroît à l’égard de médicaments nouveaux – et plus coûteux – pour traiter les infections. Les nouveaux médicaments ne sont jamais le traitement de premier recours, non seulement en raison de leur coût, mais aussi en raison d’une volonté de ralentir l’apparition de souches bactériennes résistantes. Toutefois, la résistance aux nouveaux médicaments sera inévitable.

Les responsables de la santé publique craignent depuis longtemps l’apparition de souches bactériennes résistantes à de multiples antibiotiques; malheureusement, leurs inquiétudes ont commencé à se matérialiser. Par exemple, en 2016, une souche bactérienne résistante à la colistine, un antibiotique de dernier recours, a été isolée [DISPONIBLE EN ANGLAIS SEULEMENT] d’une femme aux États-Unis. La bactérie avait été repérée pour la première fois en Chine en 2015.

Les populations vulnérables, par exemple celle des personnes âgées, sont particulièrement à risque. Ces sous‑populations ne sont pas nécessairement assez fortes pour survivre à de multiples séries d’antibiotiques administrées dans l’espoir de trouver le médicament qui parviendra efficacement à combattre l’infection résistante. En l’absence de traitements antibiotiques efficaces, les infections actuellement jugées traitables risquent de redevenir mortelles, comme elles l’étaient avant l’arrivée des antibiotiques.

Figure 3 : Nombre de décès prévus à l’échelle mondiale en 2050 causés par une résistance aux antimicrobiens

Source : The Review on Antimicrobial Resistance, « Antimicrobial Resistance: Tackling a Crisis for the Health and Wealth of Nations », décembre 2014. [DISPONIBLE EN ANGLAIS SEULEMENT]

Source : The Review on Antimicrobial Resistance, « Antimicrobial Resistance: Tackling a Crisis for the Health and Wealth of Nations », décembre 2014. [DISPONIBLE EN ANGLAIS SEULEMENT]

Les efforts déployés au Canada et à l’étranger pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens

Selon le Rapport de l’administrateur en chef de la santé publique sur les maladies infectieuses publié en 2013, le nombre d’ordonnances d’antimicrobiens au Canada a diminué depuis 2006. Par contre, ce même rapport a souligné l’apparition de micro-organismes résistants aux médicaments et l’absence de mise au point de nouveaux médicaments.

Figure 4 : Nombre de nouveaux antibiotiques homologués par la Food and Drug Administration des États-Unis de 1983 à 2011

Source : Agence de la santé publique du Canada, Rapport de l’administrateur en chef de la santé publique sur l’état de la santé publique au Canada, 2013 : Les maladies infectieuses — Une menace perpétuelle, 2013, Figure 3.

Source : Agence de la santé publique du Canada, Rapport de l’administrateur en chef de la santé publique sur l’état de la santé publique au Canada, 2013 : Les maladies infectieuses — Une menace perpétuelle, 2013, Figure 3.

En 2015, le gouvernement du Canada a annoncé que, depuis 2006, il avait investi plus de 143 millions de dollars dans la recherche sur la résistance aux antimicrobiens. Les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) font état d’un certain nombre de projets réalisés dans le cadre de leurs Initiatives sur la résistance aux antimicrobiens. Ces projets comprennent un investissement de 13 millions de dollars dans l’initiative Nouvelles solutions de rechange aux antibiotiques et un investissement de 6 millions de dollars dans l’Initiative de programmation conjointe sur la résistance aux antimicrobiens, une entreprise à laquelle participent 18 autres pays.

Le 21 septembre 2016, les États membres des Nations Unies ont convenu par acclamation [DISPONIBLE EN ANGLAIS SEULEMENT] d’élaborer et d’adopter individuellement un plan d’action national de lutte contre la résistance aux antimicrobiens. Chacun de ces plans devra se conformer aux paramètres fixés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans son Plan d’action mondial pour combattre la résistance aux antimicrobiens (2015).

L’OMS tient une bibliothèque de plans nationaux [DISPONIBLE EN ANGLAIS SEULEMENT] à laquelle le Canada contribue depuis 2014. Le gouvernement du Canada a publié un cadre en 2014 et un plan d’action en 2015 sur la lutte contre la résistance aux antimicrobiens. Le plan d’action cible trois champs d’intervention :

  • la surveillance de l’emploi des antimicrobiens et la détection de la résistance aux antimicrobiens;
  • l’intendance pour prévenir les infections et réduire l’emploi et le mauvais usage des antibiotiques chez les humains et dans le secteur agricole;
  • les investissements dans l’innovation en vue de mettre au point de nouveaux antimicrobiens.

Auteure : Sonya Norris, Bibliothèque du Parlement