Aspirer à un monde durable et respectueux de la dignité humaine

Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 (ci-après appelé le « Programme à l’horizon 2030 ») a été adopté le 25 septembre 2015 lors d’un sommet spécial de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Il est l’expression de l’engagement commun de tous les États membres à prendre les mesures nécessaires pour éradiquer la pauvreté, surmonter les inégalités, promouvoir la dignité humaine et protéger l’environnement.

Au cœur du Programme à l’horizon 2030 figurent les objectifs de développement durable (ODD). Le 1er janvier 2016, ils ont succédé aux objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), lesquels étaient au centre des efforts de l’ONU en matière de développement. Alors que les OMD comportaient 8 objectifs et 17 cibles, les ODD fixent maintenant 17 objectifs assortis de 169 cibles.

Au fil de leur mise en œuvre, il faudra tenir compte d’un certain nombre de défis.

S’attaquer à un large éventail d’enjeux

Les OMD avaient été lancés pour insuffler un nouvel élan aux efforts d’amélioration des conditions de vie des plus pauvres du monde. Quant aux ODD, ils établissent plutôt un large éventail d’objectifs économiques, sociaux et environnementaux. Ainsi, alors que l’une des cibles vise, par exemple, à garantir l’accès universel aux services énergétiques, d’autres portent sur la résilience face aux changements climatiques, le travail décent et une couverture de santé universelle.

Ce nouveau cadre des objectifs du Programme à l’horizon 2030 a donc une portée beaucoup plus vaste puisque certaines de ses cibles visent à remédier à des conditions pouvant soit stimuler ou encore entraver le développement. Autrement dit, il s’attaque à des facteurs souvent à la base des problèmes – qu’il s’agisse de pauvreté ou de décès évitables – que l’aide au développement est appelée à atténuer.

La qualité des institutions, en particulier de celles qui sont chargées d’offrir les services publics, en est un exemple. L’objectif consiste à bâtir des institutions efficaces, responsables et transparentes, qui soient parties intégrantes de l’édification de sociétés inclusives, exemptes de corruption et fondées sur la primauté du droit.

Concilier ambition et réalité

La barre est haute pour l’atteinte de bon nombre des ODD.

Prenons la pauvreté en guise d’exemple. La cible des OMD consistait à réduire de moitié, entre 1990 et 2015, la proportion de la population vivant dans une extrême pauvreté. L’atteinte de cette cible, avant l’échéance, est principalement attribuable aux taux de croissance économique sans précédent en Extrême-Orient.

À présent, la cible consiste à « éliminer complètement l’extrême pauvreté dans le monde entier » d’ici 2030. L’ONU estime que 836 millions de personnes vivent présentement dans une extrême pauvreté. Or, ce chiffre peut fluctuer. En effet, de nombreux facteurs, allant de la sécheresse aux catastrophes naturelles, en passant par le ralentissement économique, peuvent faire basculer des personnes dans une situation de vulnérabilité.

De plus, le travail demeure inachevé en ce qui concerne certaines cibles, comme celles relatives à la mortalité maternelle et infantile.

Certains peuvent prétendre que, comme il englobe tous les aspects du développement durable et du bien-être, le nouveau cadre des objectifs du Programme à l’horizon 2030 abandonne deux traits distinctifs de son prédécesseur : la simplicité et l’aide ciblée.

Cela dit, d’autres remarqueront que les défis en matière de développement – comme l’inégalité entre les sexes et l’exclusion économique – sont par essence multidimensionnels et interreliés. Par conséquent, pour être efficace, toute stratégie conçue pour les surmonter doit tenir compte de cette complexité.

Le même raisonnement s’applique à l’évaluation des résultats en matière de développement.

Au cours des 25 dernières années, d’importantes avancées ont été réalisées au chapitre du développement dans le monde. Malheureusement, elles se sont réparties de façon inégale entre les pays, particulièrement entre les pays jouissant de la paix et d’une bonne gouvernance et ceux soumis à la fragilité, aux crises et aux conflits. D’où le principe fondamental du nouveau programme : ne laisser personne de côté.

Ainsi, les experts de l’ONU œuvrent à améliorer les indicateurs qui serviront à mesurer les progrès accomplis à l’aide de données ventilées par niveau de revenu, sexe, âge, race, appartenance ethnique, statut migratoire, handicap et emplacement géographique.

Mobiliser l’ensemble des ressources

La mise en œuvre des ODD demandera des ressources financières de loin supérieures au montant d’aide publique au développement consenti chaque année par les gouvernements donateurs. Cette réalité a été prise en compte dans le Programme d’action d’Addis-Abeba, un cadre adopté en juillet 2015 à la troisième Conférence internationale sur le financement du développement.

Ce programme reflète une approche évolutive à l’égard du financement du développement par son insistance sur la mobilisation des ressources nationales. Il souligne les conditions propices à une croissance économique inclusive et durable, dont les cadres politiques et réglementaires des pays, et leur respect de la primauté du droit. Le débat actuel sur le financement du développement insiste sur la possibilité de générer des ressources publiques à l’échelle nationale, notamment par le renforcement des régimes fiscaux et la lutte contre l’évasion fiscale et la corruption.

De plus, le secteur privé – qui va des microentreprises locales aux grandes multinationales – est à présent considéré comme un partenaire essentiel du développement puisque la création d’emploi, l’investissement et l’innovation qu’il entraîne sont d’importants moteurs de la croissance économique.

L’aide publique au développement continue de jouer un rôle au titre du financement du développement, mais ce rôle est de plus en plus perçu comme complémentaire à la mobilisation des autres ressources publiques et privées. Le besoin pour cette forme d’aide se fait surtout sentir dans les pays les plus pauvres, dotés de ressources internes limitées et où l’investissement étranger est minime.

Mise en œuvre à l’échelle nationale

Le Programme à l’horizon 2030 établit la vision qu’a la communauté internationale de ce qu’est une qualité de vie en toute dignité et durabilité pour tous et chacun. Au fil du temps, le programme, tout comme ses éléments constituants, trouvera sa pertinence dans la mesure où les États membres de l’ONU intégreront les ODD à leurs politiques et programmes.

L’idéal poursuivi par le Programme à l’horizon 2030 serait que chaque État membre de l’ONU définisse sa propre stratégie. C’est en effet ainsi que se traduirait la réalisation des objectifs nationaux, fixés par les ODD, liés aux mécanismes de financement. Dans sa stratégie, chaque pays devra aussi composer avec la pertinence du programme, en tant que cadre universel, aux politiques tant nationales qu’internationales.

La lettre de mandat remise à la ministre du Développement international et de la Francophonie du Canada prévoit l’appui de la mise en œuvre du Programme à l’horizon 2030 dans le cadre de l’une des grandes priorités de la ministre, qui consiste à recentrer l’aide au développement consentie par le Canada sur l’aide « aux personnes les plus pauvres et les plus vulnérables ».

Le Parlement se trouve au cœur des efforts déployés en ce sens. En effet, l’examen parlementaire des politiques, des mesures législatives et des budgets peut garantir le respect de l’obligation redditionnelle entre les engagements pris à l’échelle internationale par l’adoption du Programme à l’horizon 2030, et les mesures prises pour le réaliser par l’action nationale.

Ressources connexes

Transformer notre monde : perspectives canadiennes sur les objectifs de développement durable, Conseil canadien pour la coopération internationale, 2016.

James Michel, Beyond Aid: The Integration of Sustainable Development in a Coherent International Agenda, Center for Strategic and International Studies, janvier 2016.

Sarah Hearn, « The UN Global Goals: Treasure the Vision, Demand Implementation », Center on International Cooperation, Université de New York, 21 septembre 2015 [disponible en anglais uniquement].

Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), États de fragilité 2015 : Réaliser les ambitions de l’après-2015, édition révisée, Éditions OCDE, Paris, 26 mars 2015.

Rapport du Comité intergouvernemental d’experts sur le financement du développement durable, Assemblée générale des Nations Unies, 69e session, A/69/315, 15 août 2014.

Auteurs: Allison Goody et Pascal Tremblay, Bibliothèque du Parlement