La diversité au Canada : évolution des tendances en matière d’immigration

Le rôle de l’immigration est de plus en plus décisif dans la composition de la population canadienne. Certains facteurs, tels que l’évolution des politiques, ont mené à des changements importants dans la mosaïque de la population immigrante au fil du temps.

Ainsi, la diversité linguistique, raciale et religieuse du pays ne cessent d’augmenter, et rien n’indique un ralentissement de cette tendance.

Selon les projections de la diversité de la population canadienne de Statistique Canada, la proportion de la population canadienne née à l’étranger continuera de croître dans les années à venir, et pourrait atteindre entre 25 % et 28 % d’ici  2031.

En comparaison, cette proportion se situait autour de 22 % de 1911 à 1931, soit la proportion la plus élevée enregistrée au cours du dernier siècle.

Faits saillants de l’histoire de l’immigration au Canada

L’expansion du Canada vers l’Ouest jusqu’au Pacifique dépendait de l’immigration, en particulier pour peupler les provinces des Prairies et le territoire du Yukon.

Selon le recensement de 1911, le premier effectué après la poussée expansionniste, la proportion de personnes nées à l’étranger dans ces régions s’élevait à plus du double de la moyenne nationale, allant d’un peu plus de 40 % au Manitoba à quelque 55 % en Alberta, en Colombie‑Britannique et dans le territoire du Yukon.

Cent ans plus tard, selon l’enquête nationale auprès des ménages de 2011, une proportion importante de la population de la Colombie‑Britannique et de l’Alberta était née à l’étranger, soit respectivement 27.6 % et 18 % (figure 1).Cartes géographiques montrant le pourcentage de la population canadienne née à l'étranger, selon les recensements de 1911 et 2011

Sources : Carte produite par la Bibliothèque du Parlement, Ottawa, 2016, à partir de données tirées de Statistique Canada, Statut d’immigrant (4) pour la population, pour le Canada, les provinces et les territoires, recensements de 1911 à 2001 – Données-échantillon (20 %), Catalogue no. 97F0009XCB2001001, 2003, Enquête nationale auprès des ménages de 2011 : Tableaux de données, Catalogue no. 99-010-X2011026, 2011; ministère de l’Intérieur, “Division territoriales”, Atlas du Canada, 1906; et Ressources naturelles Canada, Atlas du Canada, données à l’échelle nationale 1/15 000 000. Logiciel utilisé : Esri, ArcGIS, version 10.3.1. Contient de l’information visée par la Licence du gouvernement ouvert – Canada.

 

Cependant, en 2011, l’Ontario était la province comptant la plus forte proportion de personnes nées à l’étranger, soit 28.5 %. C’est au Canada atlantique qu’on trouvait les plus faibles proportions de personnes nées à l’étranger, qui se situaient de moins de 2 % à Terre-Neuve-et-Labrador jusqu’à 5 % en Nouvelle-Écosse.

Des changements de politique qui ont contribué à une augmentation de la diversité ethnoculturelle

Si, depuis 1911, la vaste majorité des immigrants au Canada est issue des pays d’Europe occidentale, des populations importantes provenant d’autres régions du monde étaient toutefois présentes au pays avant 1911 et par la suite.

Au début du XXe siècle, à l’époque où le Canada recrutait activement des immigrants en Europe pour peupler les Prairies, de nombreux immigrants indiens et chinois sont venus s’installer en Colombie‑Britannique.

Pour endiguer le flux d’immigrants issus d’Extrême-Orient, une série de mesures législatives et fiscales ont été instaurées, notamment une « taxe d’entrée » fédérale imposée aux immigrants chinois et des restrictions sur le droit de vote provincial en Colombie-Britannique visant les immigrants indiens.

En 1962 puis en 1967, des modifications aux règlements sur l’immigration ont éliminé la discrimination raciale manifeste des politiques d’immigration économiques du Canada par l’introduction de nouveaux critères d’évaluation des personnes voulant immigrer au Canada. Selon ces critères, des points étaient attribués aux demandeurs en fonction de leur connaissance du français ou de l’anglais, de leur niveau d’études, de leurs compétences et de leur adéquation avec les demandes du marché du travail.

En 1976, une nouvelle Loi sur l’immigration s’engageait explicitement à la non-discrimination, comme principe et objectif de la politique d’immigration canadienne.

Ces modifications législatives ont eu pour effet de changer considérablement la composition des nouveaux arrivants au Canada. D’une part, la proportion d’immigrants européens a chuté de moitié, passant de 78 % à 38 % de 1962 à 1976. D’autre part, la proportion d’immigrants issus de l’Asie et des Caraïbes a plus que doublé, augmentant de 10 % à 23 % de 1966 à 1970. La figure 2 illustre le changement dans la répartition de la population canadienne née à l’étranger par pays d’origine entre 1911 et 2011.

Diagramme circulaire montrant le pourcentage de la population du Canada née à l'étranger, par région de naissance, en 1911Données réunies par la Bibliothèque du Parlement à partir de l’information de Statistique Canada, Tableau A297-326, Pays de naissance de la population née dans un autre pays britannique et née à l’étranger, dates de recensement, 1871 à 1971, Statistiques historiques du Canada, 1983.
Diagramme circulaire montrant le pourcentage de la population du Canada née à l'étranger, par région de naissance, en 2011Données réunies par la Bibliothèque du Parlement à partir de l’information de Statistique Canada, Profil de l’Enquête nationale auprès des ménages, 2011.

Ces changements de politique ont contribué à l’accroissement des populations de minorités visibles. Seuls 12,4 % des immigrants arrivés au Canada avant 1971 comptaient parmi les minorités visibles, alors que 78 % des immigrants arrivés entre 2006 et 2011 étaient de minorités visibles.

La diversité linguistique en progression

Si le Canada a deux langues officielles – le français et l’anglais –, l’Enquête nationale auprès des ménages 2011 indique toutefois que 1 Canadien sur 10 parle une langue différente à la maison. En comparaison, en 1971 et en 1991, moins de 7 % et 8 % des Canadiens parlaient une langue autre que le français ou l’anglais à la maison.

En 2011, près de 9 % des résidents des Territoires du Nord-Ouest, et plus de la moitié des résidents du Nunavut parlaient une langue autochtone; les langues autochtones sont considérées comme des langues officielles dans ces territoires.

Au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique, environ 1 résident sur 6 parlait une langue autre que le français ou l’anglais à la maison. Au Manitoba et en Alberta, c’est 1 résident sur 10 qui vivait cette même situation.

Au Canada, outre le français et l’anglais, le punjabi est la langue la plus communément parlée à la maison; toutefois, les langues utilisées varient selon les provinces et territoires. Par exemple, le cantonais est la langue non officielle la plus communément parlée à la maison en Ontario, alors qu’au Manitoba, c’est l’allemand.

La diversité religieuse : projections en hausse

Une troisième dimension de la diversité est celle de la religion. À cet égard, le tiers (33 %) des immigrants arrivés au Canada entre 2001 et 2011 se disaient musulmans, hindous, sikhs ou bouddhistes, ce qui est 10 fois plus que les immigrants arrivés avant 1971 qui s’identifiaient à ces mêmes confessions religieuses (3 %).

Les personnes de confession chrétienne représentaient tout de même près de la moitié (47,5 %) des nouveaux immigrants arrivés entre 2006 et 2011. Toutefois, cette proportion est largement inférieure aux 78 % d’immigrants arrivés avant 1971 et qui se disaient de confession chrétienne en 2011.

Selon les données de Statistique Canada, en date de 2011, 11.6 % de la population totale du Canada qui avaient une appartenance religieuse, se disaient d’une religion autre que la religion chrétienne; d’ici à 2031, cette proportion pourrait atteindre entre 17 % et 19 %. La religion non-chrétienne la plus répandue, l’Islam, pourrait représenter 6.8% de la population totale canadienne à cette date.

S’adapter aux changements démographiques

Selon Statistique Canada, le Canada comptait une plus forte proportion de résidents nés à l’étranger que tout autre pays du G8.

Andrew Griffith, auteur et ancien directeur général de Citoyenneté et multiculturalisme à Citoyenneté et Immigration Canada, a avancé que le Canada, du fait d’être né des peuples autochtones et de deux « peuples fondateurs » parlant deux langues, est bien positionné pour s’adapter aux changements démographiques.

En revanche, au moins une évaluation relève certaines lacunes dans la gestion de la convergence de la diversité et de la cohésion sociale. Le rapport, publié par Horizons de politiques Canada, indique ce qui suit :

«L’on connaît mal le degré d’efficacité des infrastructures et des mécanismes actuels du Canada dans un contexte de diversité accrue. Les instruments en vigueur pour la gestion de la diversité garantissent les droits de certains membres de la population, mais sont insuffisants pour affronter les défis émergents.»

Toutefois, selon les résultats d’une enquête internationale menée en 2011 et publiée par le Conference Board du Canada, la grande majorité des Canadiens (80 %) ont indiqué que leur communauté était tolérante à l’égard des personnes de groupes racial, ethnique et culturel différents, ce qui place le Canada en tête de tous les autres pays sondés.

Ressources connexes

Griffith, Andrew. Multiculturalism in Canada: Evidence and Anecdote, 2015.

Kelley, Ninette et Michael Trebilcock. The Making of the Mosaic: A History of Canadian Immigration Policy, 1999.

Auteures: Havi Echenberg et Sandra Elgersma, Bibliothèque du Parlement