Une stratégie économique pour la Francophonie internationale

La Journée internationale de la Francophonie est célébrée le 20 mars de chaque année afin de souligner la date à laquelle a été créée l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Bien qu’elle soit à priori une communauté culturelle, éducative et sociale depuis sa création, la Francophonie n’a pas négligé de se doter d’une dimension économique.

En 2014, lors du XVe Sommet de la Francophonie tenu à Dakar, les 80 États et gouvernements de l’OIF ont exprimé leur volonté de développer davantage la dimension économique de la Francophonie en adoptant pour la première fois une Stratégie économique pour la Francophonie (« Stratégie »).

En tant que membre influent, le Canada a joué un rôle clé dans la promotion de la Stratégie. De plus, la secrétaire générale de la Francophonie, l’ancienne gouverneure générale du Canada Michaëlle Jean, a prononcé un discours aux Nations Unies en 2015 dans lequel elle a réitéré l’importance de cette Stratégie pour faire face aux divers enjeux économiques, environnementaux et sociaux pressants auxquels se confrontent les pays de la Francophonie.

La vision et les axes de la Stratégie économique pour la Francophonie

Cette Stratégie commune, considérée comme une référence, s’inscrit « dans une vision qui place l’épanouissement de l’individu au cœur du processus du développement économique durable ». Elle contribue également à la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations Unies.

Son but est « de renforcer l’espace économique francophone pour apporter des réponses aux questions que suscitent les défis économiques, sociaux, énergétiques et environnementaux, ainsi que les déséquilibres croissants du système économique et financier mondial ».

La Stratégie s’articule autour de deux axes : 1) promouvoir une économie centrée sur l’Homme et son épanouissement; 2) renforcer l’espace économique francophone pour en faire un espace d’échanges, de coopération et de solidarité privilégié.

Plus précisément, tout en encourageant l’usage du français et valorisant le multilinguisme, la Stratégie envisage concilier « croissance économique, lutte contre la pauvreté et les inégalités, sauvegarde de l’environnement et préservation du patrimoine culturel. Pour cela, elle appelle à approfondir les processus démocratiques, à renforcer l’État de droit, la gouvernance, les droits de l’Homme et l’égalité entre les femmes et les hommes ». De plus, elle soutient une gouvernance économique et fiscale saine et efficace.

La mise en œuvre de la Stratégie ne pourra se faire sans l’engagement des membres et institutions de la Francophonie, des acteurs locaux de développement et de la société civile, ainsi que du secteur privé et de la diaspora. Ses modes d’intervention sont : la mobilisation, la coopération, l’influence et le plaidoyer.

Le potentiel de la Stratégie économique pour la Francophonie

La Stratégie offre, pour les États et gouvernements de l’OIF, un espace économique considérable qu’il faut explorer davantage et des nouvelles possibilités de marchés.

Selon la Stratégie économique pour la Francophonie et le récent Rapport de la langue française dans le monde, en 2010, ces pays représentaient  14 % de la population mondiale, 14 % du revenu national brut mondial (RNB) et 20 % des échanges commerciaux. Ils comptent aujourd’hui plus de 900 millions d’habitants et pourraient en compter de 1,5 à 2 milliards en 2050.Statistiques quant à la représentation des états et gouvernements au sein de l'Organisation internationale de la FrancophonieGraphique montrant la répartition mondiale des francophones en 2014Source : Organisation internationale de la Francophonie, Estimation des francophones.

Même en réduisant le nombre de pays à ceux qui ont le français comme langue officielle et ceux qui connaissent une pratique significative de la langue française (33 pays), l’ensemble, en 2009-2010, représentait encore :

  • 6,5 % de la population mondiale;
  • 8,4 % du PIB mondial;
  • 11 % des terres agricoles mondiales;
  • 6 % des réserves mondiales de ressources énergétiques (selon les estimations de la Banque mondiale en 2005, dont 8,4 % du gaz naturel et 5,5 % des ressources pétrolières);
  • 14 % des IDE (investissements directs étrangers) entrants dans le monde et 15,3 % des flux d’IDE sortants.

Toujours selon le Rapport de la langue française dans le monde, la langue française est aujourd’hui classée au 3e rang des « langues des affaires ». En outre, elle recèle une valeur économique à titre de compétence valorisable sur le marché du travail ou dans une entreprise, ou encore de « produit » dont l’acquisition se traduit par une dépense (p. ex., cours de français) ainsi qu’à titre d’élément constitutif d’un service ou produit (p. ex., un livre, un film).

Ce même Rapport stipule aussi que le français constitue une composante importante des industries culturelles. À titre d’exemple, les pays francophones représentent une part de marché considérable dans les exportations et importations mondiales de contenu audiovisuel et de services associés (p. ex., en 2008, l’exportation était de 14,3 % et l’importation, de 22,3 %).

Graphique montrant la part des pays ayant le français comme langue officielle ou co-officielle dans les exportations mondiales de contenu audiovisuel et de services associés (14,3%) en 2008Graphique montrant la part des pays ayant le français comme langue officielle ou co-officielle dans les importations mondiales de contenu audiovisuel et de services associés (22,29%) en 2008Source : Organisation internationale de la Francophonie (coordonné par l’Observatoire de la langue française de l’OIF), Rapport de la langue française dans le monde, Paris, Éditions Nathan, 2014, p. 426.

 

Le défi de la Stratégie économique pour la Francophonie

Le principal défi de la Stratégie demeure sa mise en œuvre efficace et intégrée. La Francophonie englobe des territoires répartis sur tous les continents, avec des niveaux de richesse et de développement très différents (p. ex., certains pays sont membres du G8 et du G20, alors que 23 pays, notamment africains, font partie des 48 pays les moins avancés au monde). De plus, les enjeux socio-économiques et l’émergence des nouvelles problématiques varient d’un pays à l’autre.

La Stratégie ne propose pas de plan d’action concret permettant aux membres de vérifier l’atteinte des objectifs et de mesurer les progrès accomplis.

Le poids du Canada dans la Francophonie économique

Le Canada est le deuxième bailleur de fonds de l’OIF, derrière la France, et l’un des principaux piliers de la Francophonie. Il joue un rôle significatif dans chacune des institutions de l’OIF, notamment au sein de son organe consultatif, l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, par le biais de la Section canadienne.

En tant qu’acteur influent, le Canada a donc été actif dans la promotion de la Stratégie et considère sa mise en œuvre efficace comme une priorité de son engagement au sein de la Francophonie. La Stratégie représente pour le pays une opportunité économique importante tant au niveau des nouvelles possibilités de rayonnement international de son économie et de ses investissements qu’au niveau de coopération internationale dans des domaines clés comme les industries culturelles.

D’ailleurs, dans un discours qu’elle a prononcé en janvier 2016, l’honorable Marie-Claude Bibeau, ministre du Développement international et de la Francophonie, a souligné l’importance d’évaluer les progrès accomplis dans le cadre de la Stratégie, et ce, lors du XVIe Sommet de la Francophonie qui se tiendra à Madagascar en novembre 2016.

Ressources connexes

Affaires mondiales Canada, la Francophonie.

Organisation internationale de la Francophonie (coordonné par l’Observatoire de la langue française de l’OIF), Rapport de la langue française dans le monde, Paris, Éditions Nathan, 2014, p. 403-485.

Auteure : Armine Tchakmakchian, Bibliothèque du Parlement