La réponse internationale à l’État islamique en Irak et au Levant

Le prétendu État islamique en Irak et au Levant (EIIL) – aussi appelé « État islamique en Irak et de la Syrie », « État islamique de l’Irak et al-Cham », « État islamique » et « Daech » (en arabe) – est un groupe djihadiste sunnite militant aux ambitions transnationales.

Son objectif est d’étendre son contrôle sur de plus grands territoires et de consolider ses acquis sous la forme d’un État islamique gouverné selon une interprétation stricte de la charia.

L’EIIL est le fruit de l’unification de groupes terroristes qui étaient actifs en Afghanistan, en Jordanie et en Irak à la fin des années 1990 et dans les années 2000. Entre 2004 et 2006, le groupe alors connu sous le nom d’Al‑Qaïda en Irak (AQI) était dirigé par Abou Moussab Al-Zarkoui, un militant jordanien qui a été tué par une frappe aérienne américaine en 2006. En 2011, le groupe, ayant désormais à sa tête Abou Bakr Al-Baghdadi, a commencé à faire des percées en Syrie; en 2013, il s’est dissocié d’Al-Qaïda et s’est renommé EIIL.

L’EIIL a attiré l’attention de la communauté internationale en 2014 après une série d’attaques d’envergure et d’allure militaire en Irak et en Syrie. En janvier 2014, il s’est emparé de la ville de Raqqa, qui est alors devenue son fief en Syrie. En juin 2014, il a pénétré dans le nord de l’Irak s’emparant de Mossoul, la ville irakienne qui se trouve au deuxième rang au chapitre de la population dans ce pays.

C’est en partie grâce au conflit qui a éclaté en Syrie en 2011 que l’EIIL a pu prendre de l’expansion dans ce pays. En Irak, il a profité de la détérioration de la situation de sécurité, du sectarisme grandissant et des sentiments de marginalisation politique de la population sunnite.

L’EIIL a commis des gestes de violence extrême et des violations des droits de la personne, notamment des décapitations, de la torture et des attentats‑suicides à la bombe. Il a délibérément persécuté les minorités religieuses et a exercé des violences sexuelles systématiques contre les femmes et les filles, notamment en les soumettant à l’esclavage sexuel.

Le groupe a également détruit des monuments historiques et des artefacts culturels. Les actions de l’EIIL ont contribué à la crise humanitaire qui secoue les pays touchés au Moyen‑Orient, en Europe et ailleurs.

Qu’est-ce que l’EIIL?

Plusieurs facteurs font de l’EIIL une organisation unique et une menace internationale, notamment à cause de sa capacité à s’autofinancer et à recruter des combattants. L’EIIL aurait accès à des ressources financières considérables qui proviennent principalement des impôts, des ventes illicites de pétrole, de l’extorsion, des rançons, de la vente d’antiquités volées et de la contrebande. Il est difficile d’avoir des statistiques fiables, mais selon une estimation, en date de la fin de 2015, l’EIIL engrangerait environ 80 millions de dollars américains par mois.

L’EIIL a attiré des milliers de recrues de partout dans le monde. Les estimations quant au nombre total de combattants de l’EIIL varient grandement. Selon le Soufan Group, une organisation américaine de consultants spécialisés en renseignement, entre 27 000 et 31 000 personnes, provenant d’au moins 86 pays, se sont rendues en Irak et en Syrie pour se joindre à l’EIIL et à d’autres groupes extrémistes violents.

La majorité des combattants étrangers proviennent de pays arabes, principalement de la Tunisie. Environ 130 personnes ayant des liens avec le Canada se seraient rendues à l’étranger pour participer à des activités terroristes, et bon nombre d’entre elles seraient parvenues en Irak et en Syrie. L’EIIL est très actif sur les médias sociaux et les utilise pour recruter des sympathisants et diffuser sa propagande.

L’EIIL s’est proclamé califat en juin 2014 et cherche à repousser ses frontières. Il ne souhaite pas seulement maîtriser son propre territoire, mais aussi se comporter comme un État islamique; c’est une caractéristique clé qui différencie l’EIIL d’autres groupes terroristes, comme Al‑Qaida.

Combattre l’EIIL

En août 2014, les États‑Unis ont entrepris des mesures militaires directes contre l’EIIL et ont assemblé une coalition de pays pour le combattre. Cette coalition, qui regroupe plus de 60 pays dont le Canada, lutte sur plusieurs fronts, notamment en tentant de tarir le flot de combattants étrangers vers la région, de couper les sources de financement de l’EIIL, de répondre aux besoins humanitaires et de contrecarrer la propagande idéologique de l’EIIL. Environ un quart des membres de la coalition ont participé aux frappes aériennes, mais la vaste majorité de celles‑ci ont été réalisées par les forces américaines.Carte de la région du Moyen-Orient montrant les frappes aériennes de la coalition, de janvier à décembre 2015Source : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement, Ottawa, 2016, à partir de données tirées du département de la Défense des Étas-Unis, Operation Inherent Resolve, 2016; Ressources naturelles Canada, « Le monde (2000) » Série de cartes de référence de l’Atlas du Canada, échelle 1 / 35 000 000; et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, « Global Administrative Unit Layer G2015_2014 », GeoNetwork. Le logiciel utilisé est produit par Esri, ArcGIS, version 10.3.1. Une partie de l’information est visée par une licence d’utilisation Licence du gouvernement ouvert – Canada.

Le 8 février 2016, le premier ministre Trudeau a annoncé la nouvelle approche du Canada pour combattre l’EIIL. Dans le cadre de cette politique, le gouvernement fédéral s’engage à mettre fin aux frappes aériennes du Canada en Irak et en Syrie, à faire passer de 650 à 830 le nombre de militaires de la Force aérienne du Canada déployés dans le cadre de l’Opération Impact et à tripler la taille de sa mission de formation, de conseil et d’aide en Irak.

Le gouvernement a également promis d’accroître son aide humanitaire dans la région. Le Canada s’était auparavant engagé à recevoir 25 000 réfugiés déplacés par le conflit qui secoue toujours la Syrie.

Sur le plan multilatéral, le Conseil de sécurité des Nations Unies s’est affairé à établir les contextes politique et juridique internationaux afin de renforcer les sanctions internationales contre l’EIIL et de perturber son accès à des fonds et à des recrues. Les principales résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies qui visent l’EIIL sont la résolution 2178 (2014) qui porte sur le recrutement de combattants étrangers, la résolution 2199 (2015) qui vise les sources de revenus de l’EIIL et la résolution 2253 (2015) qui consolide les mécanismes pour combattre le financement du terrorisme.

Tendance pour les prochains mois

La menace à la sécurité que représente l’EIIL est plus prononcée en Irak et en Syrie, mais elle s’étend aussi à d’autres parties de la région et du globe. Par exemple, des rapports indiquent que le groupe étend ses tentacules dans d’autres pays : de hauts gradés de l’EIIL sont maintenant présents en Libye, et des groupes militants en Égypte, au Nigéria, au Pakistan, en Afghanistan, en Indonésie et dans d’autres pays ont prêté allégeance à l’EIIL.

Par ailleurs, l’EIIL a revendiqué des attaques terroristes qui sont survenues à l’extérieur de l’Irak et de la Syrie, dont l’écrasement d’un avion de passagers russe en Égypte et des attaques perpétrées contre des civils en France et au Liban en novembre 2015.

Même s’il se maintient en Syrie et en Irak, l’EIIL est confronté à de nombreux défis : il n’a pas d’États alliés; il est la cible d’une campagne soutenue de frappes aériennes de la part de la coalition internationale; il doit se mesurer sur le terrain à des forces locales, comme les peshmergas (les forces militaires de la région autonome du Kurdistan irakien) et les Forces de sécurité irakiennes.

L’EIIL doit aussi affronter d’autres groupes terroristes et militants, notamment le Front Al-Nosra, un allié d’Al‑Qaïda en Syrie. Face à cette opposition, la capacité de l’EIIL de se maintenir dans les territoires qu’il occupe actuellement ou d’en conquérir de nouveaux est limitée. Déjà en décembre 2015, l’EIIL avait perdu environ 14 % du territoire qu’il détenait en janvier de la même année.

Pourtant, malgré quelques progrès enregistrés pour reprendre le territoire occupé par l’EIIL dans des régions clés comme Ramadi (reprise par les Forces de sécurité irakiennes en décembre 2015), plusieurs défis demeurent pour combattre l’EIIL. Il faut notamment tarir le flot de combattants étrangers qui arrivent en Irak et en Syrie, couper les sources de revenus de l’EIIL et contrecarrer la propagande idéologique du groupe. Par ailleurs, l’existence continue de l’EIIL est liée à la situation qui perdure en Syrie.

L’EIIL a su profiter de la faiblesse ou de l’absence d’institutions politiques et de sécurité en Syrie et du climat général d’impunité pour prendre racine dans le pays et attirer du financement et des recrues. Pour lutter réellement contre l’EIIL, il faudra trouver une solution durable au conflit en Syrie.

Ressources connexes

Fernandez, Alberto M. « Here to Stay and Growing: Combating ISIS Propaganda Networks », The Brookings Project on U.S. Relations with the Islamic World, octobre 2015. (Documents du forum sur les États-Unis et le monde musulman disponibles uniquement en anglais)

Bauchard, Denis. Le Moyen-Orient face à Daech : Défi et ripostes, Paris, IFRI, 2014.

Lister, Charles. « Profiling the Islamic State », Brookings Doha Center, 1er décembre 2014. (Disponible uniquement en anglais)

Blanchard, Christopher M. et Carla E. Humud, « The Islamic State and U.S. Policy », Service de recherche du Congrès, 3 mars 2016. (Disponible uniquement en anglais)

Wood, Graeme. « What ISIS Really Wants », The Atlantic, mars 2015. (Disponible uniquement en anglais)

McFate, Jessica Lewis. « The ISIS Defense in Irak and Syria: Countering an Adaptive Enemy », Institute for the Study of War, rapport 27 sur la sécurité au Moyen-Orient, mai 2015. (Disponible uniquement en anglais)

Licourt, Julien et Laure Kermanach. De ses origines aux attentats de Paris, le point sur l’État islamique, Le Figaro, 21 novembre 2015.

« What is “Islamic State”? », BBC News, 2 décembre 2015. (Disponible uniquement en anglais)

Laub, Zachary. « The Islamic State », Council on Foreign Relations, 3 mars 2016. (Disponible uniquement en Anglais)

Auteur : Brian Hermon, Bibliothèque du Parlement