La relation canado-américaine : vivre à l’ombre d’un géant

James Lee
Section des affaires internationales

On connaît les paroles du président John F. Kennedy caractérisant la relation entre le Canada et les États-Unis, « La géographie a fait de nous des voisins; l’histoire, des amis; l’économie, des partenaires; et la nécessité, des alliés. »

Plus d’un demi-siècle plus tard, cette déclaration reste encore vraie : les deux pays maintiennent une des relations les plus étroites et englobantes au monde, et les États‑Unis demeurent une des grandes priorités du Canada et des parlementaires canadiens.

En effet, le journal Embassy signale que, à la 41e législature, les débats du Parlement et de ses comités ont cité plus souvent les États‑Unis que, réunis, l’Union européenne et les cinq autres pays les plus souvent mentionnés.

Comprendre la relation

Il faut tenir compte de plusieurs éléments de contexte pour aider les parlementaires à mieux comprendre la relation mutuellement bénéfique – bilatérale, régionale et internationale – du Canada et des États-Unis.

Premièrement, cette relation s’incarne dans des milliers d’interactions quotidiennes entre gouvernements, provinces, États, entreprises et particuliers. Et malgré les discordes – sur des sujets toujours changeants – qui peuvent faire la manchette de temps à autre, presque toutes ces interactions bilatérales se font sans heurts, sans « faire de vagues ».

Deuxièmement, même si les deux pays partagent beaucoup de points en commun, leurs systèmes politiques sont très différents. Le Premier ministre du Canada, avec un gouvernement majoritaire, est bien plus libre dans l’exercice de son pouvoir politique que le président des États-Unis, qui doit composer avec le Congrès.

Troisièmement, l’asymétrie entre les deux pays fait en sorte que les États-Unis ont toujours été plus importants pour le Canada que l’inverse. C’est pourquoi le Canada doit souvent s’adapter à l’évolution des priorités économiques, géopolitiques et autres des États‑Unis.

Enfin, depuis les attaques terroristes de septembre 2001, les États-Unis mettent les bouchées doubles en matière de sécurité, y compris à la frontière. La circulation des biens et des personnes à la frontière canado-américaine s’en est ressentie.

Dans ce contexte, le Canada a intérêt à établir des « règles du jeu » pour sa relation avec les États-Unis. Voilà pourquoi des centaines de traités bilatéraux et autres conventions servent à structurer la coopération entre les deux pays et à résoudre les éventuels différends.

Améliorer la prospérité économique

Le Canada et les États-Unis entretiennent depuis longtemps une des relations économiques les plus étendues au monde.

Un des éléments importants est le commerce bilatéral des biens et services, dont la valeur a atteint près de 760 milliards de dollars US en 2014. En moyenne, ce sont des produits ou services de quelque 1,4 million de dollars US qui sont échangés chaque minute entre les deux pays.

Cette relation économique bilatérale se fonde en partie sur l’Accord de libre‑échange nord-américain (ALENA) de 1994, que le Mexique a aussi signé. D’ailleurs, les trois pays font partie des négociateurs du Partenariat transpacifique récemment conclu.

Le Canada et les États‑Unis, soucieux d’accroître leur compétitivité et leur prospérité, ont aussi établi le Conseil de coopération en matière de réglementation, qui vise à favoriser une coopération plus étroite en ce qui a trait aux systèmes de réglementation.

Enfin, dans le cadre de l’initiative Par-delà la frontière, les deux pays cherchent à concilier les impératifs de la sécurité à la frontière pour la circulation quotidienne des marchandises légitimes et de centaines de milliers de personnes.

La sécurité et la défense

En plus de veiller à la sécurité de leur frontière commune, le Canada et les États‑Unis sont des alliés militaires depuis des décennies, et collaborent étroitement sur le continent et à l’étranger.

À cet égard, l’entente bilatérale la plus connue est le North American Aerospace Defence Command (NORAD); c’est d’ailleurs le seul accord dans lequel les États-Unis permettent à un État étranger de participer directement, de façon permanente, à la défense du territoire américain.

Sur la scène mondiale, la coopération militaire canado-américaine dans des pays comme l’Afghanistan s’est souvent déroulée sous l’égide de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ou dans le cadre d’autres coalitions.

Protéger l’environnement

L’eau, l’air et la faune ignorent les frontières. C’est pourquoi le Canada et les États‑Unis collaborent aux niveaux fédéral et infranational à la protection de leurs environnements respectifs et partagés.

Par exemple, depuis le Traité relatif aux eaux limitrophes de 1909, les deux pays protègent le débit et le niveau des eaux transfrontalières. Ottawa et Washington ont aussi signé l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs, et les provinces et États de cette région coopèrent au contrôle des transferts d’eau et des déviations de cours d’eau.

En ce qui concerne la qualité de l’air, en 1991, le Canada et les États-Unis ont signé l’Accord Canada – États-Unis sur la qualité de l’air. En 2000, pour parfaire cet accord, une annexe sur le mouvement des polluants atmosphériques associés à l’ozone troposphérique a été ajoutée à cet accord qui portait à l’origine sur les pluies acides.

Le changement climatique est un enjeu international auquel les gouvernements fédéraux des deux pays collaborent de maintes façons, entre autres par le Dialogue États-Unis – Canada sur l’énergie propre. De plus, certaines provinces participent avec la Californie à un programme d’échange de droits d’émissions de gaz à effet de serre, la Western Climate Initiative.

Influence sur les États-Unis

Le Canada peut influer sur les perceptions et les actions des États-Unis de plusieurs façons.

Son ambassade à Washington, D.C., est au cœur de ses efforts diplomatiques en ce sens. Des bureaux commerciaux et consulaires, un peu partout aux États-Unis, apportent eux aussi leur soutien.

À Washington, le gouvernement du Canada exerce son influence auprès non seulement de la Maison‑Blanche mais aussi du Congrès, où beaucoup d’observateurs constatent actuellement un manque de coopération bipartisane. Ottawa agit aussi ailleurs aux États‑Unis, en coopération avec les provinces et d’autres intervenants canadiens ou américains.

Quant aux parlementaires canadiens, ils défendent les positions de leur pays, surtout auprès des législateurs américains; le Groupe interparlementaire Canada-États-Unis sert notamment à cette fin.

Des interactions positives entre les chefs des gouvernements du Canada et des États‑Unis peuvent contribuer à la relation entre les deux pays, à la fois symboliquement et concrètement. En plus de tenir des réunions bilatérales, le Premier ministre du Canada et le président des États-Unis se rencontrent aux sommets internationaux, comme ceux du G7 et du G20.

Accompagnés du président du Mexique, ils participent notamment aux Sommets des leaders nord-américains, qui sont l’occasion de discuter des horizons et des défis communs aux trois pays. Le prochain sommet se déroulera d’ailleurs au Canada en 2016.

Graphique montrant les points de discussions entres les partenaires canadiens et américains

Sources – infographie

Ressources connexes

Gouvernement du Canada, Relations canado-amérique.

Ambassade des États-Unis, Ottawa, Canada, U.S.-Canada Relations [document anglais seulement].

Gowans, Dylan, Activités de commerce et d’investissement : Canada–États-Unis, publication no 2015-77-F, Service d’information et de recherche parlementaires, Bibliothèque du Parlement, Ottawa, 16 November 2015.