Peuples autochtones : terminologie et identité

Tonina Simeone
Division des affaires juridiques et sociales

Pendant des siècles, les premiers habitants de l’Amérique du Nord ont été définis en grande partie par d’autres, à commencer par Christophe Colomb, qui a utilisé à tort le terme Indiens pour désigner les divers peuples établis dans les Amériques.

Aujourd’hui, les attitudes à l’égard des premiers peuples du Canada évoluent, et il en est de même des termes employés pour décrire ce segment de la population. Or, il est souvent difficile de savoir quels sont les termes à utiliser, quelles sont les nuances qui les distinguent sur le plan juridique et à qui ils s’appliquent.

Il est pourtant essentiel d’utiliser les bons termes si l’on veut entretenir des relations positives et respectueuses avec les membres des Premières Nations, les Inuits et les Métis. Et si l’on veut éviter d’utiliser des termes jugés discriminatoires ou insultants. Par exemple, il est généralement considéré comme désobligeant d’appeler les Inuits des Esquimaux.

La présente Note de la Colline offre quelques points de repère dans ce labyrinthe terminologique.

Terminologie et identité

La terminologie et l’identité sont étroitement liées. Les mots que nous utilisons pour nous décrire contribuent à définir notre identité. Ainsi, la terminologie peut exprimer la façon dont un groupe se voit et se décrit.

En 2008, par exemple, les 42 collectivités de la Nation Anishinabek de l’Ontario ont adopté une résolution contre l’utilisation du mot Aboriginal (Autochtone). Elles ont expliqué que ce mot représentait une autre forme d’assimilation et de déracinement. Ce terme a aussi été rejeté par les membres de l’Assemblée des chefs du Manitoba, qui se sont dits inquiets des effets préjudiciables de l’emploi d’un seul terme pour désigner des peuples distincts ayant chacun leur propre langue, leur propre culture, leur propre histoire et leur propre territoire. La position des chefs du Manitoba et la résolution de la Nation Anishinabek donnent une idée de certaines des tensions qui entourent la signification et l’application de termes utilisés pour désigner des groupes qui ont été opprimés au cours de leur histoire et qui cherchent à se réapproprier leur identité et à se définir en fonction de leurs réalités sociales.

Comprendre l’usage courant

Selon la définition donnée au paragraphe 35(2) de la Loi constitutionnelle de 1982, « peuples autochtones » s’entend « des Indiens, des Inuit[s] et des Métis ». Pour cette raison, peuples autochtones est souvent employé pour désigner à la fois les membres des Premières Nations (les Indiens), les Inuits et les Métis.

Quoique plus fréquemment utilisé dans un contexte international, le terme « indigène » est de plus en plus accepté en remplacement du terme « autochtone ». Ce changement de terminologie au pays coïncide, en partie, avec l’adoption, en 2007, de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones par l’Assemblée générale de l’ONU. Le fait d’avoir renommé l’« Aboriginal Peoples Choice Music Awards » « Indigenous Music Awards » et d’avoir modifié le nom anglais du ministère fédéral « Aboriginal Affairs and Northern Development Canada » pour le remplacer par « Indigenous and Northern Affairs Canada » (qui a désormais une ministre des « Indigenous Affairs ») sont des exemples de ce changement de vocabulaire.

Ce changement à la désignation du Ministère vise à respecter plus fidèlement la définition des termes employés par les communautés indigènes elles‑mêmes et n’a aucune incidence juridique sur le mandat du Ministère ni sur les obligations légales de la ministre.

Il importe également de signaler que, si le terme « indigenous » est utilisé plus régulièrement en anglais, ce n’est pas le cas pour son équivalent français, « indigène ». Cette réalité se reflète dans le fait que le nom du Ministère demeure « Affaires autochtones et Développement du Nord Canada » en français.

Même s’il est aujourd’hui considéré comme désuet, le terme Indien a un sens juridique précis selon la Loi sur les Indiens, et son utilisation peut être indiquée dans certaines circonstances.

Il y a trois catégories d’Indiens : les Indiens inscrits, les Indiens non inscrits et les Indiens visés par un traité. Le collectif Première Nation est l’équivalent contemporain d’Indien et désigne les Indiens inscrits et non inscrits (membres des Premières Nations), mais il n’a aucune valeur juridique.

Les termes Première Nation et collectivité de(s) Première(s) Nation(s) sont aussi employés fréquemment à la place du terme bande, qui apparaît dans la Loi sur les Indiens. De nombreuses collectivités préfèrent ces termes et ont changé leur nom en conséquence.

Il y a deux façons de définir les Métis. On peut les décrire comme les personnes dont les ancêtres habitaient l’Ouest et le Nord du Canada et ont reçu une terre ou un certificat de Métis. Autrement dit, il s’agit des descendants de la nation métisse historique. Une définition plus large englobe tous les gens qui ont à la fois des ancêtres autochtones et non autochtones et qui se considèrent eux-mêmes comme Métis.

Les Inuits forment un peuple circumpolaire qui vit principalement dans quatre régions du Canada : le territoire du Nunavut, le Nunavik, le Nunatsiavut et la région désignée des Inuvialuit. Prises ensemble, ces régions sont appelées l’Inuit Nunangat. Si Inuk est, étymologiquement, le singulier d’Inuits, l’usage français privilégie maintenant Inuit pour désigner une seule personne (contrairement à l’anglais, qui conserve Inuk). 

Quelques suggestions

Autant que possible, il est préférable de parler des membres des peuples indigènes en faisant référence de façon précise à leur identité ou à leur nation. On dira par exemple « une artiste haida », « un pilote cri » ou « un chercheur mohawk ».

Même s’il est utilisé couramment, surtout dans les médias, le nom propre Autochtone devrait être évité. Le mot peut cependant être employé comme adjectif. Ainsi, on parlera des « peuples autochtones » plutôt que des « Autochtones ».

Il convient également d’éviter le possessif « nos peuples autochtones/indigènes », particulièrement en raison du contexte historique. Il est préférable de dire « les peuples autochtones/indigènes du Canada ». Il est aussi recommandé de mettre des majuscules à Première Nation, ainsi qu’à Inuit et à Métis – et à Indigène et à Autochtone, s’il faut les employer – lorsqu’ils sont utilisés comme noms (comme on le ferait en parlant d’un Iranien ou d’un Français) et d’accorder les adjectifs indigène, autochtone, inuit et métis – ainsi que les noms correspondants, d’ailleurs – en genre et en nombre (comme on le ferait pour iranien ou français).

On trouvera des guides du bon usage sur le site Web d’Affaires autochtones et Développement du Nord Canada et ailleurs. Pour plus de clarté, voici d’autres conseils fournis par l’organisation inuite nationale, l’Inuit Tapiriit Kanatami :

  • Le terme premiers peuples est parfois employé au lieu de peuples autochtones, quoique plus rarement. Les premiers peuples comprennent les Inuits, les Premières Nations (les Indiens) et les Métis.
  • Les termes peuples autochtones et Premières Nations ne sont pas interchangeables.
  • Les termes peuples autochtones et premiers peuples sont interchangeables.
  • Les Inuits ne sont pas des Premières Nations, parce que ces dernières sont des Indiens. Les Inuits ne sont pas des Indiens.
  • Les Inuits et les Innus sont deux groupes différents. Les Innus forment une Première Nation (Indiens) établie dans le nord-est du Québec et dans le sud du Labrador.

Cela dit, même ces termes peuvent évoluer au fil des ans, à mesure que leur sens est contesté, débattu et reconstitué en fonction de perceptions sociales changeantes.

Ressources connexes