La productivité au Canada : opportunités et défis

André Léonard
Division de l’économie, des ressources et des affaires internationales

La productivité, soit la production par heure de travail, est l’un des principaux moteurs de la croissance économique, surtout pour une population vieillissante comme celle du Canada.

Cependant, le Canada investit moins dans le secteur de la recherche et développement (R et D) que plusieurs autres pays semblables. Cette réalité peut être déterminante quand on sait que la R et D peut mener à l’innovation qui permet généralement d’améliorer la productivité.

Ceci pourrait expliquer en partie le fait que, selon le Centre d’étude des niveaux de vie, la productivité du secteur privé canadien équivalait en 2014 à 71 % de la productivité du secteur privé américain; en 1984, la différence n’était que de 5 % (voir Figure 1).

Figure 1 – Productivité du travail au Canada comparée à celle des États-Unis (= 100), secteur privé, 1961-2014Figure 1 FRSource : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement à partir de données tirées du Centre d’étude des niveaux de vie, Aggregate Income and Productivity Trends, Canada vs. United States.

Parmi tous les pays du G7, c’est aux États-Unis que la productivité était la plus élevée en 2014, chaque heure de travail produisant en moyenne 63 $ en biens et services, soit près de 30 % de plus qu’au Canada. Au cours des trente dernières années, la productivité canadienne a augmenté à un taux annuel moyen de 1,1 %, classant ainsi le Canada en avant-dernière position des pays du G7.

Tableau 1 – Niveau et taux de croissance annuels moyens de la productivité, 1984-2014Figure FR 2Source : Tableau préparé par la Bibliothèque du Parlement à partir de données tirées de l’Organisation de coopération et de développement économique, Productivité, Niveau de PIB par tête et de productivité, OCDE.Stat (base de données), consultées le 22 octobre 2015.

Productivité et croissance du niveau de vie

La production par habitant est une approximation du niveau de vie. Comme la population canadienne vieillit, il devient plus difficile d’augmenter les heures travaillées pour maintenir ou améliorer le niveau de vie et payer aussi les dépenses croissantes dans des domaines tels que ceux de la santé et de la sécurité de la vieillesse. Ainsi, il sera probablement nécessaire d’augmenter la production par heure de travail, c’est-à-dire de devenir plus productif.

La Figure 2 ci-dessous présente différents éléments identifiés dans les études spécialisées ayant un impact possible sur la productivité.

Figure 2 – Schéma des facteurs importants qui influencent la productivité

Figure 3 FRSource : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement à partir de différentes études économiques.

Analyse de la situation canadienne

Plusieurs études ont examiné la faible performance de la productivité canadienne. Un article de Don Drummond, Confessions of a Serial Productivity Researcher, démontre qu’un grand nombre de facteurs qui permettent de favoriser la productivité sont déjà en place au Canada. Par exemple, le niveau de scolarité de la population canadienne est parmi les plus élevés et les facteurs macroéconomiques sont contrôlés. L’auteur invite donc à effectuer plus de recherche sur l’insuffisance d’investissements des entreprises en R et D. Une étude du cabinet de services professionnels Deloitte, L’avenir de la productivité 2013 : Comblez l’écart de perception, révèle que 36 % des entreprises ont une perception erronée : elles pensent investir plus que les autres firmes alors que tel n’est pas le cas.

En 2014, les dépenses intérieures brutes en R et D des entreprises canadiennes représentaient 0,82 % du produit intérieur brut (PIB), soit moins qu’au Japon, aux États-Unis, en France et au Royaume-Uni. La Figure 3 ci-dessous affiche cette proportion à la baisse pour le Canada depuis 2001 alors qu’elle était de 1,26 % du PIB.

Figure 3 – Dépenses intérieures brutes en recherche et développement des entreprises en pourcentage du produit intérieur brut de divers pays, 2000-2013

Figure FR 4Source : Figure préparée par la Bibliothèque du Parlement à partir de données tirées de l’Organisation de coopération et de développement économique, Indicateurs de la science et de la technologie, Principaux indicateurs de la science et de la technologie, DIRDE en pourcentage du PIB, OCDE.Stat (base de données), consultées le 22 octobre 2015.

Efforts du gouvernement fédéral en matière de productivité

Le gouvernement fédéral investit dans plusieurs programmes pouvant favoriser l’amélioration de la productivité. Il a aussi demandé des études à des groupes d’experts pour mieux comprendre les défis et solutions de cet enjeu. En voici quelques exemples.

Le rapport du groupe d’étude sur les politiques en matière de concurrence met de l’avant 65 recommandations en vue d’accroître la concurrence et favoriser la productivité, autant dans les domaines de la fiscalité et de l’immigration que dans celui de la croissance des entreprises.

Le rapport d’un groupe d’experts (rapport Jenkins) recommande, entre autres, une meilleure coordination au niveau fédéral de l’aide à l’innovation qui devrait relever d’un seul ministère.

La stratégie du gouvernement fédéral en matière de sciences, technologie et innovation, mise à jour en 2014, repose sur trois piliers, soit ceux de la « dimension humaine », du « savoir » et de l’« innovation ».

Certains programmes ont été mis en place par le gouvernement fédéral; par exemple, le Programme d’innovation Construire au Canada permet aux entreprises canadiennes de vendre leurs produits au gouvernement à l’étape de la précommercialisation. Ceci leur permet ainsi d’améliorer leurs produits ou services et de trouver plus facilement des acheteurs potentiels, étant donné que le gouvernement fédéral a déjà testé et acheté leurs produits. Selon le Rapport sur les plans et les priorités de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, les dépenses de ce programme devraient se chiffrer à 29,8 millions de dollars en 2015-2016 et atteindre 39,8 millions de dollars en 2017-2018.

Le gouvernement fédéral appuie aussi la R et D au moyen d’investissements dans des projets de la Fondation canadienne pour l’innovation, créée en 1997, ainsi que dans les organismes subventionnaires qui financent, entre autres, la recherche universitaire. Ainsi, lors du budget fédéral de 2015, 100 millions de dollars ont été octroyés à la Fondation pour financer l’infrastructure de recherche numérique et, à partir de 2016-2017, 46 millions de dollars supplémentaires seront octroyés aux trois organismes subventionnaires et au Fonds de soutien à la recherche pour une meilleure collaboration entre les chercheurs universitaires et les entreprises. Selon le Budget principal des dépenses 2015-2016, le budget du Conseil de recherches en sciences humaines était de 717 millions de dollars et comprenait 342 millions de dollars pour la gestion du Fonds de soutien à la recherche; celui du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie était de 1,1 milliard de dollars et celui des Instituts de recherche en santé du Canada, de 1 milliard de dollars.

Ressources connexes

Centre d’étude des niveaux de vie, Observateur international de la productivité. Depuis l’automne 2008, les articles sont disponibles en anglais uniquement.

Conseil des académies canadiennes, Assemblage requis : Compétences en STGM et productivité économique du Canada, Ottawa, 2015.

Léonard, André. La productivité au Canada : concepts et enjeux, publication no 2014-84-F, Ottawa, Service d’information et de recherche parlementaires, Bibliothèque du Parlement, 16 septembre 2014.