Les femmes au Parlement du Canada

Laura Munn-Rivard
Division des affaires juridiques et sociales

En 1921, Agnes Macphail devient la première femme élue à la Chambre des communes du Canada et la seule femme à siéger durant la 14e législature. En 1930, Cairine Wilson devient la première femme nommée sénatrice au Canada. Ces pionnières ont ouvert les portes du Parlement aux générations futures de Canadiennes.

Depuis lors, les Canadiennes en sont venues à jouer un plus grand rôle en politique que jamais auparavant dans l’histoire du pays. Cependant, les femmes sont toujours sous-représentées dans tous les ordres de gouvernement, notamment au Parlement du Canada.

La 42e législature canadienne : pourcentage record de députées

Aux élections fédérales canadiennes tenues le 19 octobre 2015, les femmes ont remporté 88 des 338 sièges (26,0 %) à la Chambre des communes, ce qui représente un pourcentage record de députées. Cette représentation est supérieure à celle observée aux élections de 2011, où les femmes avaient obtenu 76 des 308 sièges (24,7 %).

Les femmes ont dépassé la marque des 20 % à la Chambre des communes pour la première fois aux élections de 1997, où elles ont remporté 20,6 % des sièges. Le pourcentage avait avoisiné la marque des 20 % jusqu’aux élections générales de 2008, où il avait atteint les 22,4 %.

Selon l’organisme À voix égales, au moment où Élections Canada a fermé les mises en nomination le 28 septembre 2015, les femmes représentaient 33 % des candidats des cinq principaux partis aux élections, soit un peu plus que les 31 % atteints aux élections fédérales de 2011. En 2015, les femmes constituaient :

  • 20 % des candidats du Parti conservateur du Canada;
  • 28 % des candidats du Bloc québécois;
  • 31 % des candidats du Parti libéral du Canada;
  • 39 % des candidats du Parti vert du Canada;
  • 43 % des candidats du Nouveau Parti Démocratique.

La représentation des femmes au Sénat est plus élevée qu’à la Chambre des communes. En octobre 2015, les femmes détenaient 31 des 83 sièges occupés (37,4 %) à la Chambre rouge.

Les femmes exerçant un rôle de premier plan au Parlement

Une mesure utile de la représentation des femmes dans des postes de pouvoir et de prise de décision est la proportion de femmes qui exercent la fonction de chef de gouvernement ou de chef d’État, de ministre ou de président d’assemblée.

Les femmes constituaient 14 des 193 chefs de gouvernement dans le monde (7,3 %) en janvier 2015. À l’échelon national, le Canada n’a pas encore élu une femme au poste de premier ministre. Kim Campbell est devenue la première femme à exercer cette fonction au Canada lorsqu’elle a remporté la course à la direction du Parti progressiste conservateur après la retraite de Brian Mulroney en 1993.

Dans le monde, en janvier 2015, 6,6 % des pays avaient une femme comme chef d’État. Au Canada, trois femmes – Jeanne Sauvé, Adrienne Clarkson et Michaëlle Jean – ont occupé le poste de gouverneur général, qui est le représentant du chef d’État du Canada, la reine Elizabeth II.

En janvier 2015, dans 30 pays, dont le Canada, un minimum de 30 % des postes ministériels étaient occupés par les femmes. Le 4 novembre 2015, le premier ministre Justin Trudeau a formé le premier conseil des ministres fédéral à se composer d’un nombre égal de femmes et d’hommes (15 femmes et 15 hommes, en plus du premier ministre), remplissant ainsi l’engagement pris durant la campagne électorale de respecter le principe de la parité des sexes au conseil des ministres.

En janvier 2015, dans 15,8 % des pays, des femmes occupaient le poste de Président de Parlement. Au Canada, en 1980, Jeanne Sauvé a été la première femme – et la seule, jusqu’à présent – à exercer la fonction de Présidente de la Chambre des communes. Muriel McQueen Fergusson a été la première femme à exercer la fonction de Présidente du Sénat, poste qu’elle a occupé de 1972 à 1974.

Leadership politique des femmes dans le monde et à d’autres ordres de gouvernement au Canada

Selon les données de l’Union interparlementaire de 2015, le pourcentage moyen mondial de femmes dans la Chambre unique ou basse s’élève à 22,9 %, donc en deçà du chiffre repère de 30 % qui, selon les Nations Unies, assure une masse critique de femmes dans les parlements, et largement sous les 50 % nécessaires à la pleine égalité.

Affichant un pourcentage de 26,0 % de femmes siégeant à la Chambre des communes, le Canada se classe au 48e rang mondial des pays pour la représentation des femmes dans une Chambre unique ou basse.

Le Canada se classe devant des pays comme les États-Unis (19,4 %) et la Russie (13,6 %) au chapitre de la représentation des femmes. Toutefois, il arrive après des pays comme le Royaume-Uni (29,4 %), la Nouvelle-Zélande (31,4 %), la Suède (43,6 %) et le leader mondial, le Rwanda (63,8 %).

À l’échelon provincial, trois provinces (l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique) sont dirigées par une première ministre, alors qu’en 2013, six des 13 provinces et territoires, un chiffre record, étaient dirigés par une femme.

Le pourcentage de femmes dans les assemblées législatives provinciales et territoriales varie beaucoup. Dans quatre assemblées législatives provinciales et territoriales, le pourcentage de femmes est supérieur au chiffre repère de 30 % : celles de l’Alberta (34,5 %), de la Colombie-Britannique (36,1 %), de l’Ontario (34,9 %) et du Yukon (31,6 %).

Les femmes représentent 18 % des maires et 17 % des chefs des communautés des Premières Nations.

Pourquoi les femmes sont-elles sous-représentées?

Les faits montrent que les électeurs ne font pas activement de la discrimination contre les candidates. Comment explique-t-on alors que les femmes continuent d’être sous-représentées en politique, notamment à la Chambre des communes du Canada?

Il existe plusieurs théories expliquant pourquoi les femmes choisissent de ne pas se porter candidates ou pourquoi elles ne sont pas choisies comme candidates par les partis politiques :

  • Les femmes exerçant des fonctions de direction continuent à se heurter à des notions de leadership différencié selon le genre selon lesquelles ce sont les aptitudes et qualités typiquement masculines qui incarnent le « leadership ».
  • Il se peut que les femmes soient socialisées de telle manière qu’elles présentent de plus faibles niveaux de confiance, qu’elles sont moins compétitives et qu’elles ont moins d’ambition politique.
  • La participation des femmes à la politique peut être limitée par le fait que les rôles et attentes découlant de la socialisation genrée ont pour effet que les femmes au Canada continuent d’exercer une part disproportionnée des responsabilités ménagères et d’aidant naturel.
  • Il est possible que les femmes éprouvent de la difficulté à obtenir une nomination à l’investiture des partis. Étant toujours sous-représentées dans les couches supérieures du droit, du milieu universitaire et du monde des affaires, elles ont moins d’occasions d’acquérir de l’expérience et des compétences pertinentes, de recueillir des soutiens financiers ou de se constituer le genre de réseaux souhaités par les partis politiques.

Une fois élues, les femmes peuvent voir leur pleine et égale participation compromise par la culture, les structures, les opérations et les procédures parlementaires qui peuvent, non intentionnellement, favoriser les hommes ou être discriminatoires envers les femmes.

Des efforts ont été déployés récemment à l’international pour inciter les parlements à devenir plus sensibles au genre en adoptant, notamment, des horaires de séances plus compatibles avec la vie familiale, des politiques de congés parentaux et de garderie ou la pratique du vote par procuration, ainsi qu’en créant des associations ou des caucus de femmes parlementaires.

Ressources connexes

Andre Barnes et Laura Munn-Rivard, Parlements sensibles au genre : Gouvernement, Parlement et politique, publication no 2012-40-F, Service d’information et de recherche parlementaires, Bibliothèque du Parlement, Ottawa, 5 avril 2013.

Laura Munn-Rivard, Parlements sensibles au genre : 2. Le travail des législateurs, publication no 2012-45-F, Service d’information et de recherche parlementaires, Bibliothèque du Parlement, Ottawa, 5 avril 2013.

Sonia Palmieri, Parlements sensibles au genre. Étude mondiale des bonnes pratiques, Union interparlementaire, Rapports et documents no 65-2011, Genève, Suisse, 2011.

Conseil du statut de la femme, Les femmes en politique : en route vers la parité, 2015.

Julie Cool, Les femmes au Parlement, publication no 2011-56-F, Service d’information et de recherche parlementaires, Bibliothèque du Parlement, Ottawa, 2 juillet 2013 (révision à venir).