Le 35e anniversaire de notre hymne national : L’évolution de l’« Ô Canada »

Erin Virgint
Division des affaires juridiques et sociales

La fête du Canada de 2015 coïncidera avec le 35e anniversaire de l’adoption de l’« Ô Canada » comme hymne national. Pendant plus d’une centaine d’années, plusieurs versions de ce chant ont été entonnées, mais il a fallu attendre jusqu’au 1er juillet 1980 pour que la pièce soit officiellement reconnue comme l’hymne national du Canada, avec l’entrée en vigueur de la Loi sur l’hymne national.

La Loi fixe les paroles de l’« Ô Canada » dans les deux langues officielles, ainsi que la mélodie de l’hymne. On a depuis tenté à de nombreuses reprises de modifier les paroles anglaises de l’hymne national, mais sans succès.

Les origines de l’hymne national : un chant patriotique du Canada français

L’« Ô Canada » est composé à l’occasion du Congrès national des Canadiens français, qui a lieu à Québec le 24 juin 1880, le jour de la Saint-Jean-Baptiste. Calixa Lavallée, compositeur de renom, compose la mélodie et sir Adolphe-Basile Routhier, juge et poète, rédige le texte français, que l’on chante encore aujourd’hui sous sa forme originale.

Bien que l’hymne soit rapidement adopté comme chant patriotique dans le Canada français, ce n’est qu’à partir du début du XXe siècle qu’il gagne en popularité dans le Canada anglais. Plusieurs traductions anglaises sont proposées, mais aucune ne connaît de succès.

Pendant plusieurs années, on entend au cours d’événements publics diverses versions anglaises de l’« Ô Canada ». C’est en 1908 que l’honorable Robert Stanley Weir, juge de la Cour de l’Échiquier du Canada (aujourd’hui la Cour fédérale du Canada), rédige la version anglaise de l’hymne que l’on connaît aujourd’hui. La première strophe de ce poème se lisait comme suit :

O Canada! Our home and native land! True patriot love thou dost in us command. We see thee rising fair, dear land, The True North, strong and free; And stand on guard, O Canada, We stand on guard for thee.

[Traduction]

Ô Canada, notre patrie et pays natal Objet de l’amour patriotique de nous tous. Le cœur heureux, nous te regardons grandir Pays du nord, puissant et libre. De loin et de partout Ô Canada Nous sommes prêts à tout pour toi.

Source d’unité en période de crise

Au cours de la Première Guerre mondiale, l’hymne devient populaire d’un océan à l’autre, ainsi que parmi les soldats canadiens déployés à l’étranger. Il devient alors une source d’unité en période de crise.

En 1915, il est entonné au cours d’un service commémoratif en l’honneur des soldats canadiens tenu à la cathédrale St. Paul’s, à Londres. À la fin des années 1920, on commence à chanter l’« Ô Canada » quotidiennement dans de nombreuses écoles.

Malgré la vaste popularité de l’hymne, ce n’est qu’au cours des années 1960 que l’on propose de faire de l’« Ô Canada » l’hymne officiel du pays. Le 31 janvier 1966, le premier ministre Lester B. Pearson dépose à la Chambre des communes une motion demandant « [q]ue le gouvernement soit autorisé à prendre les mesures nécessaires pour décréter que “Ô Canada” est l’hymne national du Canada, tandis que “Dieu protège la Reine” est l’hymne royal au Canada. »

La Chambre des communes adopte la motion et, en 1967, un sous-comité spécial est chargé d’étudier la question. Ce dernier recommande l’adoption de la version originale française et d’une version modifiée du texte de M. Weir.

La Loi sur l’hymne national

En juin 1980, peu de temps après le référendum du Québec, le Parlement adopte rapidement la Loi sur l’hymne national. Le poème de 1908 de M. Weir est raccourci et légèrement modifié pour la version anglaise de l’hymne, qui commence : « O Canada! Our home and native land! True patriot love in all thy sons command. » (Ô Canada, notre patrie et pays natal. Objet de l’amour patriotique de tous tes fils.) Le texte français de M. Routhier est adopté dans sa version originale de 1880.

Le débat sur le projet de loi est court; on promet que des modifications à la Loi pourront être étudiées après son adoption. Le secrétaire d’État et ministre des Communications de l’époque, Francis Fox, fait la déclaration suivante à la Chambre des communes :

Beaucoup souhaiteraient remplacer les mots « sons » et « native land » de la version anglaise […] afin de mieux peindre la réalité canadienne. Je crois que tous les députés sont d’accord là-dessus. Je tiens par conséquent à assurer à la Chambre que, pendant la prochaine session du Parlement, le gouvernement sera tout à fait disposé à accepter qu’un bill d’initiative parlementaire ou plusieurs bills […] soient soumis à l’étude du comité compétent de la Chambre.

Douze projets de loi ont été présentés pour modifier l’hymne national

En dépit de maintes discussions et de nombreuses tentatives de révision, la Loi n’a jamais été modifiée. Depuis 1980, 12 projets de loi portant modification de l’hymne national ont été présentés, soit neuf projets de loi d’initiative parlementaire et trois projets de loi émanant du gouvernement, mais tous ont été rejetés.

La grande majorité des modifications réclamées visent à rendre le texte anglais de l’hymne neutre sur le plan des genres. Ainsi, dix projets de loi visaient à remplacer l’expression « thy sons » (tes fils) par « of us » (nous) ou « our hearts » (nos cœurs).

En outre, un projet de loi, présenté en 1980, visait à supprimer le mot « native » de la version anglaise de l’hymne, et un autre projet de loi, présenté en 2003, visait à établir une version bilingue de l’hymne national afin de refléter la dualité linguistique du Canada.

Par ailleurs, dans le discours du Trône de 2010, le gouverneur général a annoncé que le « gouvernement demandera […] au Parlement d’examiner la formulation anglaise neutre de la version originale de l’hymne national. »