Le déclin de la population de monarques : réponses gouvernementales

Penny Becklumb, Jed Chong et Tim Williams
Division de l’économie, des ressources et des affaires internationales

En Amérique du Nord, de nombreux enjeux environnementaux nécessitent une coopération à l’échelle continentale. C’est le cas de la gestion du monarque, la seule espèce connue de papillon à faire une migration aller-retour, comme les oiseaux.

Chaque année, les monarques effectuent un périple de plusieurs milliers de kilomètres pour se déplacer vers leurs aires d’hivernage en Floride, dans les montagnes du Mexique ou dans le sud de la Californie (voir la figure 1), et pour en revenir. Les premiers spécimens de la saison à revenir au Canada ont récemment été signalés.

Cependant, même si la superficie occupée par l’espèce était plus étendue cet hiver que l’hiver précédent, cette superficie était, à une exception près, la plus faible en plus de 20 ans. Cela reflète bien le déclin des populations de monarques durant cette période.

Figure 1 – Voies migratoires du monarque en Amérique du Nord

Carte des voies migratoires du monarque en Amérique du NordSource : Carte adaptée d’Environnement Canada, Registre public des espèces en péril, Plan de gestion du monarque (Danaus plexippus) au Canada – 2014 [proposition], figure 3.

Déclin des populations

Les monarques se divisent en deux populations, selon qu’ils vivent à l’ouest ou à l’est des Rocheuses. La population de l’ouest hiverne en Californie, tandis que la population de l’est, plus nombreuse, passe l’hiver en Floride ou dans les forêts mexicaines.

Les dénombrements de populations sont effectués durant la période d’hivernage de l’espèce. Au Mexique, la superficie de forêt occupée par les colonies de monarques durant cette période sert d’indicateur du nombre d’individus arrivant du Canada et des États‑Unis chaque année.

Comme l’indique la figure 2, cette superficie peut varier considérablement, mais elle a généralement diminué depuis les années 1990. Selon des données recueillies par des bénévoles de la Californie, la population de l’ouest aurait également décliné, même si elle est demeurée stable depuis quatre ou cinq ans.

Figure 2 – Superficie de forêt (hectares) occupée par la population de l’est du monarque, Mexique, 1993-2014

Charte: Superficie de forêt (hectares) occupée par la population de l’est du monarque, Mexique, 1993-2014Note :           La mesure est effectuée en décembre de chaque année.

Source :       Figure préparée par les auteurs à partir de données tirées d’Omar Vidal et Eduardo Rendón‑Salinas, « Dynamics and trends of overwintering colonies of the monarch butterfly in Mexico », Biological Conservation, vol. 180, décembre 2014; et E. Rendón-Salinas, A. Fajarsdo-Arroyo et G. Tavera-Alonso, Forest Surface Area Occupied by Monarch Butterfly Hibernation Colonies in December 2014, 27 janvier 2015.

Causes du déclin

D’après le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC), divers problèmes reliés à l’habitat contribuent au déclin des populations du monarque, notamment la perte d’habitat dans les sites d’hivernage causée par la déforestation au Mexique et le développement immobilier en Californie.

La moindre abondance de l’asclépiade est un autre facteur qui touche l’habitat du monarque partout en Amérique du Nord. Les monarques se reproduisent uniquement là où l’asclépiade est présente, puisque leurs larves se nourrissent exclusivement de cette plante.

Souvent jugée indésirable pour l’agriculture, l’asclépiade est réprimée au moyen d’herbicides. Les monarques ont cependant besoin de l’asclépiade pour mener à terme leur migration, puisqu’ils subissent un changement générationnel durant leur périple de retour.

Le COSEPAC cite également d’autres facteurs – dont les pesticides, les conditions météorologiques extrêmes et les changements climatiques – qui pourraient affecter la santé des monarques.

Initiatives gouvernementales : exemples du Canada, des États-Unis et du Mexique

Au Canada, la gestion de l’habitat vital du monarque est principalement de compétence provinciale. Le gouvernement fédéral joue toutefois un rôle dans la conservation de l’espèce, de par sa responsabilité en matière d’affaires internationales et son pouvoir de conclure des ententes internationales.

Le gouvernement fédéral favorise également la coordination intergouvernementale des activités de conservation, en plus de mener des recherches scientifiques et d’appuyer sur le plan financier et technique la conservation de l’espèce.

Le monarque figure sur la liste des espèces « préoccupantes » de la Loi sur les espèces du péril (LEP) du Canada. Les espèces préoccupantes sont les espèces qui ne sont pas encore menacées ni en voie de disparition, mais qui pourraient le devenir. La LEP prévoit l’établissement de plans de gestion, assortis d’objectifs, pour maintenir les niveaux de population des espèces.

En 2014, le gouvernement a tenu des consultations sur un projet de plan de gestion du monarque. Au parc national de la Pointe-Pelée, Parcs Canada procède à une remise en état de l’habitat du monarque et organise des randonnées en septembre, quand le monarque entame sa migration vers le sud.

Aux États-Unis, le U.S. Fish and Wildlife Service a annoncé, en février 2015, la conclusion d’une entente de coopération de 2 millions de dollars avec la National Fish and Wildlife Foundation pour créer un Fonds de conservation du monarque (Monarch Conservation Fund), qui aidera à financer les projets de conservation.

Le 19 mai 2015, les États-Unis ont publié la National Strategy to Promote the Health of Honey Bees and Other Pollinators. Un des principaux objectifs de la stratégie est d’augmenter la population de l’est du monarque, afin qu’elle occupe une superficie de six hectares dans l’aire d’hivernage au Mexique d’ici 2020.

Au Mexique, la désignation des sites d’hivernage comme réserves fauniques (de divers types) en assure la protection depuis les années 1980. La Réserve de biosphère du papillon monarque, créée en 2000 et reconnue comme site du patrimoine mondial en 2008, couvre plus de 560 kilomètres carrés.

Les mesures d’application de la loi prises par le gouvernement mexicain ont permis de réduire le déboisement illégal dans la réserve, tandis que de multiples initiatives publiques et privées visant à améliorer la situation économique de la région ont eu pour effet de dissuader les gens, localement, d’exploiter illégalement la forêt.

Sur le plan trilatéral, la Commission de coopération environnementale a publié en 2008 un Plan nord-américain de conservation du monarque. En mars 2014, le premier ministre du Canada et les présidents des États-Unis et du Mexique ont publié une déclaration conjointe annonçant la création d’un groupe de travail chargé d’assurer la conservation du monarque.

Plus récemment, en avril 2015, les trois pays ont discuté de la conservation du monarque à l’assemblée annuelle du Comité trilatéral sur la conservation et la gestion des espèces sauvages et des écosystèmes à San Diego, en Californie. Des officiels de chaque gouvernement, dont un représentant du Service canadien de la faune, ont parlé des initiatives en cours dans leur pays respectif.

Les participants à la réunion ont également visité le San Diego National Wildlife Refuge Complex, où ils ont planté 90 plants indigènes d’asclépiade et d’autres espèces végétales prisées par les pollinisateurs, qui serviront d’habitat aux monarques.

Ressources connexes

Borders, Brianna, et Eric Lee-Mäder. Milkweeds: A Conservation Practitioner’s Guide – Plant Ecology, Seed Production Methods, and Habitat Restoration Opportunities, The Xerces Society for Invertebrate Conservation, 2014.

Commission de coopération environnementale. Conservation du monarque et promotion de modes de subsistance durables.

Fonds mondial pour la nature au Canada. Le monarque.

Jepsen, Sarina, et al. Conservation Status and Ecology of the Monarch Butterfly in the United States, NatureServe et The Xerces Society for Invertebrate Conservation, mars 2015.

National Fish and Wildlife Foundation. Monarch Butterfly Conservation Fund.

Registre public des espèces en péril. Profil d’espèce : Monarque.

Union internationale pour la conservation de la nature [IUCN]. World Heritage Nomination – IUCN Technical Evaluation: Monarch Butterfly Biosphere Reserve (Mexico) – ID No. 1290, avril 2007.

Vidal, Omar, José López-García et Eduardo Rendón-Salinas. « Trends in Deforestation and Forest Degradation after a Decade of Monitoring in the Monarch Butterfly Biosphere Reserve in Mexico », Conservation Biology, vol. 28, no 1, février 2014.